ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 à Mortagne-au-Perche : en réélisant Valtier, les électeurs choisissent-ils encore Jean-Claude Lenoir ? – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Mortagne-au-Perche ! Ce petit théâtre de verdure où les ombres des notables d’antan dansent encore sur les pavés usés par les siècles, où les électeurs, tels des figurants dociles, répètent inlassablement le même geste électoral depuis des décennies. La question posée par Ouest-France n’est pas une simple interrogation journalistique : c’est un symptôme, une plaie purulente qui suinte depuis les entrailles de notre démocratie malade. « En réélisant Valtier, les électeurs choisissent-ils encore Jean-Claude Lenoir ? » Mais non, pauvres fous ! Ils ne choisissent plus rien du tout. Ils obéissent. Ils reproduisent. Ils perpétuent l’éternel retour du même, ce manège grotesque où les chevaux de bois s’appellent « clientélisme », « notabilité », et « résignation ». Plongeons, voulez-vous, dans les abysses de cette farce électorale, où l’histoire se répète, d’abord en tragédie, puis en comédie – mais toujours avec la même distribution.
Pour comprendre cette mascarade, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée politique, là où l’homme, ce singe savant, a inventé la domination pour ne plus avoir à la subir. Sept étapes cruciales, sept moments où l’humanité a cru s’émanciper, avant de retomber dans les mêmes pièges, les mêmes rets tendus par les puissants. Mortagne-au-Perche n’est qu’un microcosme de cette tragédie universelle.
1. La Genèse du Pouvoir Local : Le Roi, le Seigneur et le Paysan (Moyen Âge)
Au commencement était le fief. Mortagne, comme tant d’autres bourgades, naît sous l’œil bienveillant d’un seigneur, ce petit roi local qui prélève, juge, et punit. Les paysans, ces éternels damnés de la terre, n’ont d’autre choix que de courber l’échine. Mais voici le génie du système : on leur fait croire qu’ils participent. Les assemblées de village, les conseils de fabrique – autant de leurres pour donner l’illusion d’une voix. Déjà, l’électeur est un pantin. Déjà, le notable local, ce Valtier avant l’heure, se présente comme l’intercesseur indispensable entre le peuple et le pouvoir. Jean-Claude Lenoir ? Non, disons plutôt Hugues de Mortagne, seigneur du lieu, qui place ses hommes dans les offices municipaux. La continuité est frappante : le pouvoir ne se prend pas, il se transmet, comme une maladie héréditaire.
2. La Révolution Française : L’Illusion de la Rupture (1789-1799)
1789 ! Les cloches sonnent, les têtes tombent, et Mortagne, comme toute la France, croit s’affranchir. Les cahiers de doléances sont rédigés, les assemblées primaires élisent leurs représentants. Enfin, le peuple parle ! Sauf que… Sauf que les notables locaux, ces bourgeois rusés, savent mieux que quiconque manipuler les nouvelles règles. Les Lenoir d’alors, ces marchands enrichis, ces avocats retors, se glissent dans les habits neufs de la République. Robespierre ? Un idéaliste. Danton ? Un corrompu. Mais les Valtier, eux, restent. Ils changent de discours, pas de méthodes. La Révolution n’a été qu’un changement de décor : le pouvoir local, lui, est toujours aux mains des mêmes familles. L’électeur, ébloui par les grands principes, ne voit pas qu’on lui vole sa voix avant même qu’il ne la donne.
3. Le Second Empire : Le Clientélisme en Habit de Lumière (1852-1870)
Napoléon III, ce génie du plébiscite, comprend une chose essentielle : le peuple aime les hommes providentiels. À Mortagne, comme partout en France, les préfets sont chargés de « guider » les élections. Les maires sont nommés, les listes préparées à l’avance. Le clientélisme devient une science. On distribue des faveurs, on promet des emplois, on menace discrètement. Les électeurs, flattés d’être courtisés, votent comme on leur dit. Valtier, en 2026, n’est que l’héritier lointain de ces maires bonapartistes, ces petits empereurs locaux qui savent que le pouvoir se gagne dans les bistrots, les comices agricoles, et les enterrements. Jean-Claude Lenoir, lui, joue les parrains bienveillants : il n’a même plus besoin de menacer, tant la soumission est devenue une seconde nature.
4. La IIIe République : L’École et la Fabrique du Citoyen Docile (1870-1940)
La République, enfin ! L’école gratuite, laïque et obligatoire ! Jules Ferry promet d’émanciper les masses. À Mortagne, comme ailleurs, on apprend aux enfants à vénérer les grands hommes, à respecter l’autorité, à voter « bien ». Mais qui contrôle les instituteurs ? Qui nomme les maires ? Qui distribue les subventions ? Toujours les mêmes réseaux. Les Lenoir, devenus radicaux ou modérés, tiennent les rênes. Les Valtier, leurs héritiers, apprennent l’art de la synthèse : un peu de social pour les ouvriers, un peu de conservatisme pour les paysans, et beaucoup de clientélisme pour tout le monde. L’électeur, formé à l’école de la République, croit agir librement. En réalité, il ne fait que reproduire les schémas qu’on lui a inculqués. La démocratie ? Une illusion d’optique.
5. Les Trente Glorieuses : Le Notabilisme Moderne (1945-1975)
Après la guerre, la France se reconstruit. À Mortagne, comme dans tant de petites villes, une nouvelle élite émerge : les notables gaullistes. Jean-Claude Lenoir, jeune loup ambitieux, comprend que le pouvoir local se gagne par les réseaux. Il devient député, puis maire, puis président du conseil général. Les Valtier, ses lieutenants, gèrent les affaires courantes. Le clientélisme se modernise : on ne distribue plus des sacs de blé, mais des HLM, des emplois municipaux, des subventions. L’électeur, devenu consommateur, vote comme il achète : par habitude, par intérêt, par résignation. La démocratie locale n’est plus qu’une machine à reproduire les élites. Les partis politiques ? Des écrans de fumée. Les idéologies ? Des slogans. Seul compte le réseau, cette toile d’araignée où chacun est à la fois prédateur et proie.
6. La Mondialisation : Le Désenchantement et la Résignation (1975-2000)
Les Trente Glorieuses s’achèvent. La mondialisation frappe Mortagne comme un coup de massue. Les usines ferment, les jeunes partent, les commerces périclitent. Les Lenoir et les Valtier, eux, s’adaptent. Ils deviennent les gestionnaires d’un déclin qu’ils ont contribué à organiser. Le discours change : il ne s’agit plus de promettre la prospérité, mais de « limiter les dégâts ». L’électeur, désorienté, se tourne vers les extrêmes – mais pas trop. On vote FN pour protester, mais on réélit Valtier par habitude. La démocratie locale n’est plus qu’un théâtre d’ombres, où les mêmes marionnettes jouent les mêmes pièces depuis des décennies. Les médias locaux, aux ordres des notables, entretiennent la fiction d’un débat démocratique. En réalité, tout est joué d’avance.
7. L’Ère Numérique : La Démocratie Spectacle (2000-2026)
Nous y voilà. En 2026, Mortagne-au-Perche est un laboratoire de la démocratie postmoderne. Les réseaux sociaux ont remplacé les bistrots, mais le clientélisme reste le même. Valtier, maire sortant, se présente comme un homme « proche des gens », un « gestionnaire compétent ». Jean-Claude Lenoir, lui, tire toujours les ficelles en coulisses. Les électeurs, bombardés d’informations, ne savent plus où donner de la tête. On leur parle de « participation citoyenne », de « démocratie locale », mais tout est verrouillé. Les budgets participatifs ? Une mascarade. Les référendums locaux ? Une farce. Les listes « citoyennes » ? Des leurres. L’électeur, désabusé, vote par réflexe, par habitude, ou ne vote plus du tout. Ceux qui croient encore au changement sont moqués, ignorés, ou achetés. La démocratie n’est plus qu’un mot vide, un slogan, une coquille sans noyau. Mortagne-au-Perche, en réélisant Valtier, ne choisit pas Lenoir : elle choisit la résignation. Elle choisit de perpétuer un système où le pouvoir local n’est plus qu’une survivance, un vestige d’un monde disparu, mais dont les héritiers refusent de lâcher les rênes.
Analyse Sémantique : Le Langage du Pouvoir Local
Écoutez-les parler, ces notables locaux. Leur langage est un chef-d’œuvre de manipulation. « Proximité » : ce mot magique qui justifie tout. « Gestion » : ce terme technique qui dissimule l’absence de vision. « Expérience » : ce sésame qui permet de perpétuer l’immobilisme. « Rassemblement » : ce leurre qui cache les divisions. « Service public » : cette noble cause qui sert de couverture aux petits arrangements entre amis. Les Lenoir et les Valtier parlent une novlangue bien à eux, où chaque mot est un piège, chaque phrase une promesse creuse. « Changer pour continuer » : quelle belle formule ! Elle résume à elle seule l’hypocrisie du système. On promet la rupture, mais on reproduit l’identique. On parle de démocratie, mais on pratique l’oligarchie. Le langage du pouvoir local est un miroir aux alouettes : il reflète les espoirs des électeurs, mais ne leur renvoie que leur propre soumission.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Face à cette mascarade, que faire ? Se résigner ? Voter blanc ? S’abstenir ? Non. La résistance commence par le refus de jouer le jeu. Il faut déconstruire les mécanismes du pouvoir local, exposer ses mensonges, ridiculiser ses prétentions. Les Lenoir et les Valtier comptent sur notre passivité : il faut les surprendre. Organiser des assemblées populaires en dehors des institutions. Créer des médias indépendants. Boycotter les élections quand elles ne sont qu’une mascarade. Mais surtout, il faut réinventer la démocratie locale, la sortir des mains des notables pour la rendre aux citoyens. La France insoumise l’a compris : le municipalisme doit être un levier de transformation sociale, pas un outil de reproduction des élites. À Mortagne-au-Perche, comme ailleurs, il faut briser le cercle vicieux, refuser l’éternel retour du même, et inventer une nouvelle façon de faire de la politique. Pas avec des notables, mais avec des citoyens. Pas avec des clients, mais avec des acteurs. Pas avec des sujets, mais avec des hommes libres.
Exemples de résistance ? Ils existent, même s’ils sont rares. Prenez les ZAD, ces zones à défendre où les citoyens reprennent le contrôle de leur territoire. Prenez les communes autogérées d’Espagne, où la démocratie directe a remplacé le clientélisme. Prenez les expériences de budget participatif, comme à Porto Alegre, où les habitants décident eux-mêmes de l’affectation des ressources. À Mortagne, il faudrait une liste citoyenne, indépendante des partis, qui refuse les combines et les petits arrangements. Une liste qui parle vrai, qui propose des solutions radicales : la gratuité des services publics, la municipalisation des terres agricoles, la création de coopératives locales. Une liste qui ne cherche pas à gérer le déclin, mais à le combattre. Une liste qui ne soit pas l’héritière des Lenoir, mais leur fossoyeuse.
Et l’art dans tout ça ? Il est essentiel. La littérature, le cinéma, le théâtre doivent démasquer cette comédie du pouvoir local. Pensez à Le Maire de Georges Simenon, où l’on voit un notable de province étouffer sous le poids de ses mensonges. Pensez à La Terre de Zola, où les paysans, ces éternels exploités, se battent pour un lopin de terre. Pensez aux films de Ken Loach, où la misère sociale est montrée sans fard. L’art doit être un miroir tendu aux électeurs de Mortagne : un miroir qui leur renvoie non pas leur résignation, mais leur potentiel de révolte.
Ô Mortagne, ville aux cent clochers muets,
Tes rues sont des veines où coule un sang vieux,
Un sang de notables, épais et poisseux,
Qui colle aux pavés comme un mensonge usé.
Tes électeurs, troupeau docile et las,
Votent en baillant, l’œil morne et le pas lent,
Comme on va à l’usine, comme on va au champ,
Sans joie, sans espoir, sans même un serment.
Valtier, ton maire, singe en costume gris,
Joue les pères nobles, les sages, les forts,
Mais dans l’ombre, Lenoir, ce vieux renard sournois,
Tire les ficelles de ton théâtre mort.
Ô ville endormie, réveille-toi donc !
Brise tes chaînes, chasse tes fantômes,
Que ton ciel se déchire, que ton sol frissonne,
Et que naisse enfin, sous tes toits de chaume,
Une démocratie vraie, ardente, vivante,
Où chaque voix compte, où chaque main se tend,
Où le pouvoir n’est plus un bien qui se vend,
Mais un feu sacré qui jamais ne s’éteint.