ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 à Augan. Une passation de pouvoir tendue au conseil municipal – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, Augan ! Ce nom claque comme un drapeau dans le vent mauvais de l’Histoire, ce petit théâtre municipal où se joue, en miniature, la grande tragédie de notre époque : la lutte entre la commune vivante et l’État-machine, entre la démocratie charnelle des villages et la bureaucratie glacée des métropoles. Une passation de pouvoir tendue ? Non, mes amis, c’est bien plus que cela. C’est l’affrontement séculaire entre deux conceptions de l’humanité : celle qui croit encore aux mains calleuses des paysans, aux veillées où l’on débat jusqu’à l’aube, aux décisions prises sous le tilleul du village – et celle qui préfère les algorithmes, les décrets venus d’en haut, les élus fantoches qui serrent des mains le jour et signent des chèques à la finance la nuit.
Mais avant de plonger dans les égouts de cette actualité nauséabonde, il faut remonter le fleuve du temps, car cette tension à Augan n’est pas un accident, c’est une fatalité historique, une répétition tragique des mêmes erreurs, des mêmes trahisons, des mêmes espoirs piétinés. L’Histoire, voyez-vous, n’est pas une ligne droite, c’est un cercle vicieux où les mêmes fantômes reviennent hanter les mêmes places publiques. Et aujourd’hui, à Augan, c’est le spectre de la dépossession qui rôde, ce vieux démon qui a toujours préféré les palais aux chaumières, les banquiers aux boulangers, les technocrates aux tisserands.
I. Les sept plaies de la commune : une généalogie de la trahison municipale
1. La cité antique et le premier mensonge démocratique (Athènes, Ve siècle av. J.-C.)
Ah, Athènes ! On nous a tant rebattu les oreilles avec cette démocratie des origines, ce miracle où le peuple, enfin, gouvernait. Mais qui gouvernait vraiment ? Les citoyens, oui, mais seulement les hommes libres, propriétaires, nés de parents athéniens. Les femmes, les métèques, les esclaves ? Rien. Des ombres. Et déjà, dans cette belle mécanique, on voit poindre le vice originel : la démocratie comme privilège, comme club fermé. Périclès, ce grand démocrate, n’était-il pas aussi celui qui fit construire le Parthénon avec l’argent des alliés spoliés ? Déjà, la commune était une illusion, un leurre pour faire avaler la pilule de l’impérialisme. À Augan, aujourd’hui, qui sont les nouveaux métèques ? Les saisonniers agricoles, les retraités modestes, les jeunes sans emploi ? Ceux que l’on flatte en campagne et que l’on oublie une fois élu.
2. La commune médiévale et la révolte des Jacques (France, 1358)
Au Moyen Âge, la commune était une conquête, une charte arrachée aux seigneurs, un morceau de liberté dans un monde de chaînes. Les bourgeois des villes, les artisans, les paysans – tous ceux qui suaient et produisaient – se battaient pour avoir leur mot à dire. Et puis vinrent les Jacques, ces paysans révoltés qui prirent les armes contre la noblesse. On les écrasa, bien sûr. La répression fut féroce. Mais leur cri résonne encore : « Quand Adam bêchait et Ève filait, où donc était le gentilhomme ? » À Augan, aujourd’hui, qui sont les nouveaux Jacques ? Les agriculteurs endettés, les ouvriers des abattoirs, les employés municipaux précarisés ? Ceux que l’on traite de « populistes » quand ils osent dire que le roi est nu.
3. La Révolution française et la trahison des Girondins (1792-1793)
La Révolution ! Enfin, le peuple souverain ! Enfin, les communes libres ! Mais très vite, les Girondins, ces beaux parleurs, ces avocats de salon, trahirent les sans-culottes. Ils préférèrent la propriété à la fraternité, le commerce à la justice. Robespierre, ce puritain sanguinaire, comprit trop tard que la Révolution dévorait ses enfants. À Augan, aujourd’hui, qui sont les Girondins ? Ces élus locaux qui parlent de « transition écologique » tout en signant des permis de construire pour des zones commerciales, ces maires qui serrent la main des promoteurs immobiliers en souriant aux caméras.
4. La Commune de Paris et l’écrasement de l’espoir (1871)
Ah, la Commune ! Ce moment sublime où le peuple de Paris prit son destin en main, où les ouvriers, les artistes, les femmes (oui, les femmes !) gouvernèrent la ville pendant 72 jours. Ils abolirent la conscription, instaurèrent l’école gratuite, rendirent les ateliers aux travailleurs. Et puis ? La Semaine sanglante. Les Versaillais, ces bourgeois peureux, massacrèrent 20 000 communards. Thiers, ce petit homme gris, ce fossoyeur de la République sociale, fit fusiller dans les cimetières, dans les rues, partout. À Augan, aujourd’hui, qui sont les Versaillais ? Ces conseillers municipaux qui préfèrent les subventions de l’État aux besoins des habitants, ces élus qui votent des budgets d’austérité en pleurnichant sur le « manque de moyens ».
5. Le Front populaire et la lâcheté des radicaux (1936-1938)
1936 ! Les grèves, les occupations d’usines, les congés payés, les 40 heures ! Le peuple en liesse ! Mais derrière les discours enflammés de Léon Blum, il y avait les radicaux, ces centristes veules, ces opportunistes qui sabotèrent les réformes par peur de froisser le patronat. Et puis vinrent les décrets-lois de Daladier, la fin des illusions. À Augan, aujourd’hui, qui sont les radicaux ? Ces maires qui promettent monts et merveilles en campagne et qui, une fois élus, gouvernent au centre, c’est-à-dire ne gouvernent pas.
6. Les Trente Glorieuses et la mort des villages (1945-1975)
Après la guerre, on nous a vendu le progrès, la modernité, les grands ensembles, les supermarchés, l’automobile reine. Les villages se vidèrent, les campagnes devinrent des déserts, les petits commerces fermèrent. On appela cela « la croissance ». Mais quelle croissance ? Celle des profits des promoteurs immobiliers, des grandes surfaces, des banques. À Augan, aujourd’hui, qui sont les héritiers de cette trahison ? Ces élus qui bétonnent les dernières terres agricoles pour construire des lotissements, ces conseillers qui signent des partenariats avec Amazon ou Carrefour en se frottant les mains.
7. Le néolibéralisme et la commune fantoche (1980 à nos jours)
Et puis vint le néolibéralisme, cette religion de la concurrence, du « chacun pour soi », de la privatisation de tout. Les communes devinrent des entreprises, les maires des PDG, les citoyens des clients. On externalisa les services publics, on vendit les biens communs, on transforma les places publiques en parkings. À Augan, aujourd’hui, qui incarne cette logique ? Ces conseillers municipaux qui parlent de « performance » et de « rentabilité », ces élus qui préfèrent les partenariats public-privé aux régies municipales, ces maires qui gouvernent avec des tableaux Excel plutôt qu’avec des assemblées citoyennes.
II. Sémantique de la trahison : le langage comme arme de domination
Regardez comme on nous parle, à Augan comme ailleurs. On ne dit plus « le peuple », on dit « les administrés ». On ne dit plus « la justice sociale », on dit « la compétitivité ». On ne dit plus « la commune », on dit « la collectivité territoriale ». Le langage n’est pas neutre : c’est un champ de bataille. Quand un maire dit « il faut s’adapter aux réalités économiques », il veut dire « il faut courber l’échine devant les puissants ». Quand un conseiller murmure « on ne peut pas faire autrement », il avoue sa lâcheté.
Et puis il y a les mots-valises, ces monstres sémantiques qui servent à tout justifier : « développement durable » (pour bétonner en vert), « transition écologique » (pour continuer à polluer, mais avec des panneaux solaires), « modernisation » (pour licencier). À Augan, écoutez bien les discours des élus : chaque mot est une pierre dans le jardin de la démocratie.
III. Comportementalisme radical : la résistance humaniste ou la mort
Face à cette machine à broyer les communes, que faire ? Se soumettre ? Jamais. Résister ? Toujours. Mais comment ? D’abord, en refusant le jeu des partis traditionnels, ces machines à récupérer les colères pour mieux les étouffer. La France insoumise, elle, propose autre chose : l’autogestion, les communes libres, les budgets participatifs, la gratuité des services publics. À Augan, cela signifie :
- Rendre le pouvoir aux habitants : des assemblées citoyennes permanentes, des référendums locaux, des comités de quartier avec pouvoir décisionnel.
- Socialiser l’économie : des régies municipales pour l’eau, l’énergie, les déchets, des coopératives pour les commerces et les services.
- Désobéir aux lois scélérates : refuser les partenariats public-privé, bloquer les expulsions locatives, protéger les terres agricoles.
- Créer des contre-pouvoirs : des médias locaux indépendants, des universités populaires, des festivals de résistance culturelle.
Mais attention : la résistance ne suffit pas. Il faut aussi reconstruire, réinventer. À Augan, cela pourrait passer par :
- Une monnaie locale pour relocaliser l’économie et briser la dictature de l’euro.
- Une cantine municipale 100 % bio et gratuite, pour que plus aucun enfant ne mange de la merde industrielle.
- Un office municipal du logement pour réquisitionner les logements vides et loger les sans-abri.
- Une clinique autogérée pour soigner gratuitement, sans passer par les labos pharmaceutiques.
La résistance, c’est aussi une question de style. Il faut rire, chanter, danser, créer. Les puissants ont peur de la joie, car la joie est contagieuse. À Augan, il faudrait organiser des fêtes des fous, des carnavals de la révolte, des bals populaires où l’on danse sur les ruines du vieux monde. Il faudrait écrire des poèmes sur les murs, peindre des fresques sur les mairies, jouer du théâtre dans les rues. La culture, voyez-vous, est une arme plus puissante que tous les décrets.
IV. L’art de la résistance : exemples concrets
1. La littérature : « Le Cheval d’orgueil » de Pierre-Jakez Hélias
Ce livre, c’est l’histoire d’un village breton qui résiste à l’uniformisation, à la modernité destructrice. Les paysans y parlent une langue qui n’est pas celle des villes, ils vivent selon un rythme qui n’est pas celui des usines. À Augan, il faudrait écrire un « Cheval d’orgueil » moderne, l’histoire d’un village qui refuse de mourir, qui invente ses propres règles, qui danse sur les tombes des technocrates.
2. Le cinéma : « Le Sel de la terre » d’Herbert Biberman
Ce film raconte la grève des mineurs de zinc au Nouveau-Mexique, leur lutte pour la dignité, leur solidarité indestructible. À Augan, il faudrait tourner un film sur les saisonniers agricoles, ces héros invisibles qui nourrissent la France et que l’on traite comme des chiens. Un film où l’on verrait des paysans et des ouvriers s’unir contre les grands propriétaires, où l’on entendrait des chants de révolte en breton et en arabe.
3. La mythologie : Antigone contre Créon
Antigone, c’est la révolte absolue, le refus des lois injustes, la fidélité aux morts et aux vivants. Créon, c’est l’État, la raison d’État, la machine qui broie les individus. À Augan, il faudrait jouer « Antigone » sur la place du village, avec des acteurs amateurs, des paysans, des ouvriers. Et à la fin, quand Antigone meurt, il faudrait que le public se lève et crie : « Plus jamais ça ! »
4. La philosophie : « La Société du spectacle » de Guy Debord
Debord nous a appris une chose : le capitalisme ne vend pas des produits, il vend des images, des rêves, des illusions. À Augan, il faudrait briser le spectacle municipal. Refuser les inaugurations de ronds-points, les discours creux, les photos avec les notables. À la place, organiser des happenings, des performances, des actions directes. Par exemple : occuper la mairie et la transformer en bibliothèque populaire, ou en crèche autogérée.
5. La poésie : « Les Châtiments » de Victor Hugo
Hugo, ce géant, a écrit des vers qui sont des coups de poing. « Je mettrai sur cette terre un peu de ma colère », disait-il. À Augan, il faudrait écrire des « Châtiments » modernes, des poèmes qui clouent au pilori les élus corrompus, les promoteurs véreux, les journalistes complices. Des poèmes à crier dans les meetings, à scander dans les manifestations, à graver sur les murs.
V. Conclusion : Augan, ou la bataille pour l’âme de la France
Augan n’est pas un village comme les autres. C’est un symbole, un microcosme où se joue le destin de la France. Ici, comme ailleurs, deux forces s’affrontent : d’un côté, la logique mortifère du néolibéralisme, de l’État policier, de la finance toute-puissante ; de l’autre, la résistance humaniste, la démocratie vivante, la commune autogérée.
À Augan, comme à Paris, comme à Marseille, comme dans tous les villages de France, il faut choisir son camp. Celui des Créon, des Thiers, des Macron – ou celui des Antigone, des communards, des insoumis. Celui des technocrates ou celui des paysans. Celui des banquiers ou celui des boulangers.
La passation de pouvoir tendue à Augan n’est pas un simple fait divers. C’est un avertissement. Un signe avant-coureur. Si nous ne réagissons pas, si nous ne résistons pas, si nous ne reconstruisons pas, alors Augan ne sera plus qu’un nom sur une carte, un village fantôme, une commune morte.
Mais si nous nous battons, si nous inventons, si nous rêvons, alors Augan pourrait devenir un phare. Un exemple. Une preuve que la démocratie n’est pas morte, qu’elle peut renaître, plus forte, plus belle, plus vivante que jamais.
Alors, à Augan, et partout en France : debout ! La commune n’est pas morte, elle sommeille. Réveillons-la.
Analogie finale : Le Chant des Pierres
Les pierres d’Augan se souviennent,
Elles ont vu passer les siècles,
Les seigneurs en armure,
Les curés en soutane,
Les notaires en redingote,
Les promoteurs en costume trois-pièces.
Elles ont entendu les cris des Jacques,
Les chants des communards,
Les discours des maires,
Les mensonges des élus.
Aujourd’hui, elles tremblent,
Car elles savent :
La bataille est engagée,
Entre ceux qui veulent les vendre,
Et ceux qui veulent les défendre.
Alors, paysans, ouvriers, retraités,
Saisissez ces pierres,
Faites-en des barricades,
Des murs de résistance,
Des remparts contre la nuit.
Car Augan n’est pas une commune,
C’est un cœur qui bat,
Un souffle qui résiste,
Une flamme qui ne s’éteindra pas.
Et quand les technocrates viendront,
Avec leurs dossiers et leurs décrets,
Les pierres se soulèveront,
Les pierres parleront,
Les pierres diront :
« Ici, on ne passe pas.
Ici, c’est la commune.
Ici, c’est la vie. »