Municipale 2026 à Avignon : sécurité, propreté, mobilité, quelles priorités pour le futur maire Galzi ? – La Provence







Avignon 2026 : La Cité des Papes face à l’urgence humaniste


ACTUALITÉ SOURCE : Municipale 2026 à Avignon : sécurité, propreté, mobilité, quelles priorités pour le futur maire Galzi ? – La Provence

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Avignon ! Cette cité où les pierres suintent encore les intrigues des papes, où les remparts murmurent les trahisons des cardinaux, et où le Rhône charrie les rêves brisés des saltimbanques. Voici que s’annonce l’élection municipale de 2026, ce grand carnaval démocratique où l’on promet monts et merveilles aux gueux en échange de leur bulletin de vote. Sécurité, propreté, mobilité… Trois mots-valises, trois leurres sémantiques jetés en pâture aux citoyens comme on jette des miettes aux pigeons de la place de l’Horloge. Mais derrière ces termes aseptisés, que se cache-t-il vraiment ? Une analyse radicale s’impose, une plongée dans les entrailles de la cité, là où se jouent les véritables enjeux de notre temps.

Commençons par déconstruire ce triptyque maudit : sécurité, propreté, mobilité. Trois concepts qui, sous couvert de neutralité technique, sont en réalité des armes de destruction massive de la pensée critique. La sécurité ? Une obsession névrotique qui transforme les villes en prisons à ciel ouvert, où les caméras remplacent les regards humains et où les algorithmes décident de qui est suspect. La propreté ? Une croisade hygiéniste qui chasse les pauvres, les artistes et les marginaux des centres-villes, ces derniers refuges de la diversité sociale. La mobilité ? Un leurre pour faire avaler la pilule de la bétonisation et de la gentrification, sous prétexte de fluidifier les déplacements des cadres supérieurs pressés.

Mais revenons à Avignon, cette ville-monde où se croisent les fantômes de Pétrarque et les ombres des travailleurs précaires. Pour comprendre les enjeux de 2026, il faut remonter aux sources mêmes de l’urbanisme, là où tout a commencé : dans les cités sumériennes, où l’on a inventé à la fois l’écriture et la ségrégation spatiale. Déjà, à Ur, les prêtres et les marchands vivaient dans des quartiers clos, tandis que les artisans et les paysans s’entassaient dans des ruelles insalubres. La propreté était une affaire de caste, la sécurité une question de muraille, et la mobilité un privilège réservé aux chars des puissants.

Étape 1 : La Grèce antique et l’invention de la polis

À Athènes, au Ve siècle avant notre ère, la cité était conçue comme un espace de débat et de mixité sociale. Pourtant, même dans ce berceau de la démocratie, les femmes, les esclaves et les métèques étaient exclus des lieux de pouvoir. La propreté des rues était assurée par des esclaves, la sécurité par des mercenaires, et la mobilité par des routes réservées aux citoyens. Aristote, dans sa Politique, théorise cette ségrégation spatiale : « La cité idéale doit être divisée en quartiers fonctionnels, afin que chacun reste à sa place. » Déjà, l’urbanisme est un outil de contrôle social.

Étape 2 : Rome et l’urbanisme impérial

Rome pousse la logique à son paroxysme. Les aqueducs, les égouts et les routes pavées sont des prouesses techniques, mais aussi des instruments de domination. Les thermes et les forums sont réservés aux patriciens, tandis que les plébéiens s’entassent dans des insulae insalubres. Juvénal, dans ses Satires, décrit avec cynisme la vie des quartiers populaires : « On y meurt plus vite qu’ailleurs, et personne ne s’en soucie. » La sécurité est assurée par les légions, la propreté par les esclaves, et la mobilité par un réseau routier conçu pour les armées et les marchands. L’urbanisme romain est un urbanisme de classe, où chaque pierre est un symbole de pouvoir.

Étape 3 : Le Moyen Âge et la ville organique

Avec la chute de Rome, les villes européennes redeviennent des espaces chaotiques, où les seigneurs, les marchands et les artisans coexistent tant bien que mal. À Avignon, la papauté transforme la cité en un laboratoire de pouvoir théocratique. Les remparts sont construits pour protéger les cardinaux, les rues sont pavées pour faciliter les processions, et les égouts sont creusés pour évacuer les déchets des palais. La sécurité est assurée par la milice pontificale, la propreté par les ordres mendiants, et la mobilité par un réseau de chemins muletiers. Mais dans les faubourgs, les artisans et les paysans vivent dans des conditions misérables. Le Roman de la Rose, au XIIIe siècle, décrit avec ironie cette ségrégation : « Les riches habitent près du ciel, les pauvres près des latrines. »

Étape 4 : La Renaissance et l’urbanisme humaniste

Avec la Renaissance, les villes deviennent des œuvres d’art. À Florence, à Venise, à Avignon même, les places sont redessinées, les palais embellis, et les rues élargies. Mais cette beauté est réservée aux élites. Les pauvres sont repoussés vers les périphéries, où ils vivent dans des taudis. Léonard de Vinci, dans ses carnets, imagine des villes idéales, où les rues seraient larges et aérées, et où les déchets seraient évacués par des canaux souterrains. Mais ces projets restent lettre morte, car ils ne servent pas les intérêts des marchands et des banquiers. La propreté est une affaire de prestige, la sécurité une question de police, et la mobilité un privilège des riches.

Étape 5 : Le XIXe siècle et l’urbanisme haussmannien

Avec Haussmann, l’urbanisme devient une science de la domination. Les grands boulevards sont tracés pour faciliter la répression des émeutes, les égouts sont modernisés pour évacuer les déchets des bourgeois, et les parcs sont créés pour offrir un cadre agréable aux promeneurs aisés. À Paris, comme à Avignon, les quartiers populaires sont rasés, et leurs habitants sont repoussés vers les banlieues. Zola, dans Le Ventre de Paris, décrit avec réalisme cette ségrégation : « Les Halles sont le ventre de la ville, où les riches viennent se nourrir du travail des pauvres. » La sécurité est assurée par la police, la propreté par les ouvriers des égouts, et la mobilité par les omnibus réservés aux classes moyennes.

Étape 6 : Le XXe siècle et l’urbanisme fonctionnaliste

Avec Le Corbusier et les CIAM, l’urbanisme devient une machine à habiter. Les villes sont conçues comme des usines, où chaque fonction est séparée : habiter, travailler, circuler, se récréer. Les grands ensembles sont construits pour loger les ouvriers, les autoroutes pour faciliter les déplacements des automobilistes, et les centres commerciaux pour stimuler la consommation. Mais cette rationalité cache une logique de ségrégation. Les pauvres sont parqués dans des banlieues-dortoirs, les riches vivent dans des quartiers protégés, et les classes moyennes s’entassent dans des pavillons standardisés. À Avignon, comme ailleurs, les ZUP sont construites en périphérie, loin des centres historiques. La sécurité est assurée par des vigiles, la propreté par des entreprises privées, et la mobilité par des voitures individuelles.

Étape 7 : Le XXIe siècle et l’urbanisme néolibéral

Aujourd’hui, les villes sont devenues des produits de consommation. Les centres-villes sont transformés en parcs d’attractions pour touristes, les quartiers populaires sont gentrifiés, et les périphéries sont abandonnées à leur sort. À Avignon, le festival attire des millions de visiteurs, mais les habitants des quartiers nord vivent dans des conditions indignes. La sécurité est assurée par des caméras et des drones, la propreté par des entreprises sous-traitantes, et la mobilité par des applications de VTC. Les maires, comme des PDG, gèrent leur ville comme une entreprise, avec pour seul objectif la rentabilité. Mais cette logique néolibérale est une impasse. Elle détruit le lien social, elle accentue les inégalités, et elle transforme les citoyens en clients.

Face à cette situation, que peut faire le futur maire d’Avignon ? Doit-il continuer dans la voie du néolibéralisme, en transformant la cité des papes en un Disneyland médiéval ? Ou doit-il au contraire engager une rupture radicale, en repensant la ville à l’aune de l’humanisme et de la justice sociale ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord déconstruire le langage des technocrates. La « sécurité », par exemple, est un terme piégé. Dans le discours dominant, elle désigne la répression des pauvres et des marginaux. Mais une véritable politique de sécurité devrait commencer par la lutte contre les inégalités, car c’est la misère qui engendre la violence. De même, la « propreté » ne doit pas être une obsession hygiéniste, mais un enjeu de santé publique. À Avignon, les quartiers nord souffrent de problèmes d’insalubrité, qui engendrent des maladies et des souffrances. Une politique de propreté digne de ce nom devrait commencer par la rénovation des logements, l’accès à l’eau potable et la collecte des déchets. Enfin, la « mobilité » ne doit pas être un prétexte pour bétoniser la ville, mais un moyen de garantir à tous le droit de se déplacer. À Avignon, les transports en commun sont insuffisants, et les pistes cyclables inexistantes. Une véritable politique de mobilité devrait commencer par le développement des bus, des tramways et des voies piétonnes.

Mais au-delà de ces mesures techniques, le futur maire d’Avignon doit engager une révolution culturelle. Il doit repenser la ville comme un espace de vie, et non comme un produit de consommation. Il doit redonner la parole aux habitants, et non les traiter comme des clients. Il doit faire d’Avignon une ville solidaire, où chacun a sa place, et non une ville ségrégée, où les riches vivent entre eux et les pauvres sont parqués dans des ghettos.

Pour cela, il peut s’inspirer des grands penseurs de l’urbanisme humaniste. Henri Lefebvre, dans Le Droit à la ville, appelle à une reconquête de l’espace urbain par les citoyens. « La ville, écrit-il, est l’œuvre de ses habitants, et non celle des technocrates. » David Harvey, dans Villes rebelles, montre comment les mouvements sociaux peuvent transformer les villes. « Le droit à la ville, écrit-il, est le droit de changer la ville, et de se changer soi-même. » Enfin, Jane Jacobs, dans Déclin et survie des grandes villes américaines, plaide pour des villes diversifiées, où les quartiers mélangent les fonctions et les populations. « La diversité, écrit-elle, est la clé de la vitalité urbaine. »

Mais l’urbanisme humaniste ne se limite pas à des théories. Il s’incarne aussi dans des pratiques concrètes. À Medellín, en Colombie, les autorités ont transformé les quartiers pauvres en construisant des bibliothèques, des parcs et des téléphériques. À Barcelone, la mairie a développé un réseau de superîlots, où les voitures sont bannies et les piétons sont rois. À Grenoble, les habitants ont créé des jardins partagés et des ateliers de réparation. Ces exemples montrent qu’une autre ville est possible, une ville où la sécurité rime avec solidarité, où la propreté rime avec santé, et où la mobilité rime avec liberté.

À Avignon, le futur maire pourrait s’inspirer de ces expériences. Il pourrait, par exemple, transformer les friches industrielles en espaces culturels, où les habitants pourraient se rencontrer et créer. Il pourrait développer des coopératives de logement, pour lutter contre la spéculation immobilière. Il pourrait créer des ateliers de réparation, pour favoriser l’économie circulaire. Il pourrait enfin, et surtout, redonner la parole aux habitants, en organisant des assemblées citoyennes et des budgets participatifs.

Mais pour cela, il faut une volonté politique forte, et une vision claire de l’avenir. Il faut rompre avec la logique néolibérale, qui transforme les villes en machines à cash. Il faut engager une rupture avec le passé, qui a fait d’Avignon une ville ségrégée et inégalitaire. Il faut enfin, et surtout, croire en la capacité des habitants à transformer leur ville, et à inventer un avenir commun.

Car Avignon n’est pas une ville comme les autres. C’est une ville-monde, où se croisent les cultures, les langues et les histoires. C’est une ville de résistance, où les papes ont été chassés, où les protestants ont été persécutés, et où les ouvriers ont lutté pour leurs droits. C’est une ville de création, où le théâtre a été inventé, où la poésie a été chantée, et où la peinture a été révolutionnée. C’est une ville d’avenir, où les jeunes générations peuvent inventer un nouveau modèle de société, plus juste, plus solidaire et plus humain.

Alors, oui, le futur maire d’Avignon a un choix à faire. Il peut continuer dans la voie du néolibéralisme, et transformer la cité des papes en un parc d’attractions pour touristes. Ou il peut engager une rupture radicale, et faire d’Avignon une ville humaniste, où chacun a sa place, et où l’avenir se construit ensemble. Le choix est entre ses mains. Mais il ne doit pas oublier que les villes, comme les hommes, ne sont pas des produits de consommation. Elles sont des œuvres vivantes, qui se transforment avec le temps, et qui portent en elles les rêves et les espoirs de ceux qui les habitent.

Et maintenant, place au poème, cette arme ultime de la résistance humaniste.

Analogie finale :

Avignon, ville aux cent clochers,
Où les pierres saignent encore les secrets des papes,
Où les rues sentent la sueur des saltimbanques
Et la peur des gueux chassés des palais.

On te parle de sécurité,
Comme on parle de cages pour les oiseaux migrateurs,
On te parle de propreté,
Comme on parle de désinfectant pour les plaies purulentes,
On te parle de mobilité,
Comme on parle de tapis roulants pour les rats de laboratoire.

Mais toi, Avignon,
Tu es une ville de chair et de sang,
Une ville qui respire, qui souffre, qui aime,
Une ville qui se bat, qui résiste, qui espère.

Tes quartiers nord ne sont pas des zones de non-droit,
Mais des territoires de luttes et de rêves,
Tes rues ne sont pas des couloirs de circulation,
Mais des veines où coule la sève de la vie,
Tes places ne sont pas des parkings à touristes,
Mais des agoras où se forge l’avenir.

Alors, futur maire,
Écoute le murmure des pierres,
Entends le cri des oubliés,
Vois la lumière qui perce les nuages.

Car Avignon n’est pas une ville à gérer,
Mais une ville à aimer,
Une ville à libérer,
Une ville à inventer.

Et si tu oses,
Si tu brises les chaînes des technocrates,
Si tu redonnes la parole aux sans-voix,
Alors, peut-être,
Avignon redeviendra ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être :
Une cité radieuse,
Une cité humaine,
Une cité libre.



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