Montpellier : le premier Festival du film indépendant lancé cette année et ce n’est pas du cinéma ! – Actu.fr







Le Penseur Laurent Vo Anh – Festival du Film Indépendant de Montpellier


ACTUALITÉ SOURCE : Montpellier : le premier Festival du film indépendant lancé cette année et ce n’est pas du cinéma ! – Actu.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Montpellier ! Cette ville qui se croit encore capable de produire des étincelles dans la nuit noire de notre époque, comme si l’art pouvait encore jaillir d’un robinet à subventions. Le Festival du film indépendant, nous dit-on. Indépendant de quoi, au juste ? De la réalité ? De la pensée ? De l’audace ? Indépendant comme un chien en laisse est indépendant de son maître – il peut renifler à droite, à gauche, mais au bout du compte, c’est toujours la même main qui tient la poignée, la même voix qui dit « assis », « couché », « fais le beau ».

Ce festival, voyez-vous, est un symptôme. Un symptôme magnifique, pathétique et révélateur de ce que notre époque fait de l’art : une foire aux vanités, un supermarché des egos, une usine à contentement. On nous parle de cinéma indépendant comme on nous parle de café équitable ou de tourisme solidaire – des mots qui sentent bon la bonne conscience, qui permettent de se donner des tapes dans le dos en se disant qu’on fait encore partie des gens bien, des gens qui comptent, des gens qui résistent. Résistent à quoi ? À l’idée même que le cinéma puisse être autre chose qu’un produit culturel parmi d’autres, un divertissement formaté, une soupe tiède pour estomacs paresseux.

George Steiner, ce vieux hibou aux yeux perçants, nous avait prévenus : l’art est mort, et nous dansons sur sa tombe en croyant célébrer sa résurrection. Le cinéma indépendant de Montpellier, c’est exactement cela – une danse macabre. On y célèbre l’indépendance comme on célèbre la liberté dans un open-space : on peut choisir la couleur de son écran, la hauteur de son fauteuil, mais au final, on est toujours assis devant le même ordinateur, à produire les mêmes tableaux Excel pour les mêmes actionnaires. Ici, les actionnaires, ce sont les institutions, les subventions, les labels, les comités de sélection, toute cette machinerie bureaucratique qui transforme l’art en dossier administratif, la création en case à cocher, le génie en CV bien rempli.

Et le public ? Ah, le public ! Ce cher public, si avide de se sentir intelligent, si prompt à confondre l’originalité avec le simple fait de ne pas ressembler aux blockbusters hollywoodiens. Comme si l’indépendance se mesurait à l’aune du budget ou du nombre de stars dans le casting. Comme si un film tourné avec trois francs six sous dans un garage était automatiquement plus authentique qu’une superproduction. Comme si l’art se réduisait à une question de moyens, et non d’intentions. Le public se presse, applaudit, tweete, like, partage – et pendant ce temps, l’industrie culturelle continue de tourner, bien huilée, bien rodée, avalant tout sur son passage, digérant les révoltes, recrachant des produits lissés, aseptisés, prêts à consommer.

Le comportementalisme radical, cette science froide et cynique, nous enseigne une vérité cruelle : l’homme est un animal conditionné, et plus on lui donne l’illusion du choix, plus il est facile à contrôler. Ce festival est une expérience de comportementalisme appliqué. On offre au public l’illusion de l’alternative, l’illusion de la rébellion, l’illusion de la contre-culture. Et le public, ravi, se précipite, croyant échapper au système alors qu’il en est le meilleur allié. Il achète des billets, des pop-corns bio, des tote bags « cinéma indépendant », et rentre chez lui le cœur léger, persuadé d’avoir accompli son devoir de citoyen éclairé. Pendant ce temps, les vrais artistes – ceux qui crachent dans la soupe, ceux qui refusent de jouer le jeu, ceux qui préfèrent crever de faim plutôt que de signer un chèque en blanc à la médiocrité ambiante – ceux-là, on ne les invite pas. Ou alors, on les invite pour mieux les neutraliser, pour les transformer en curiosités exotiques, en bêtes de foire, en « artistes maudits » bien sages, bien propres sur eux, bien conformes à l’image que le système se fait de la rébellion.

La résistance humaniste, dans tout cela ? Elle est là, quelque part, tapie dans l’ombre, comme un vieux lion blessé qui refuse de mourir. Elle est dans ces salles obscures où quelques irréductibles continuent de projeter des films qui dérangent, qui blessent, qui obligent à penser. Elle est dans ces cinéastes qui tournent avec des bouts de ficelle, non pas par choix esthétique, mais parce qu’ils n’ont pas d’autre moyen d’exprimer leur vérité. Elle est dans ces spectateurs qui sortent d’une projection en silence, le cœur lourd, l’esprit en ébullition, et qui refusent de se laisser endormir par les berceuses du prêt-à-penser. Mais cette résistance, voyez-vous, elle n’a pas sa place dans un festival. Elle est trop dangereuse, trop imprévisible, trop réelle. Elle ne se laisse pas domestiquer, pas plus qu’elle ne se laisse réduire à une étiquette, à un label, à une case dans un formulaire de subvention.

Alors oui, ce festival n’est pas du cinéma. C’est quelque chose de bien pire : c’est du cinéma transformé en produit culturel, en objet de consommation, en spectacle pour bobos en mal de sensations. C’est du cinéma vidé de sa substance, réduit à sa plus simple expression – un divertissement parmi d’autres, une distraction, un passe-temps. Et le pire, c’est que personne ne semble s’en offusquer. Personne ne semble réaliser que quelque chose est en train de mourir, là, sous nos yeux, et que nous dansons sur sa tombe en agitant des drapeaux « indépendants ».

Mais peut-être est-ce cela, la véritable indépendance : refuser de participer à la mascarade. Refuser de jouer le jeu. Refuser de se laisser bercer par les illusions du système. Peut-être est-ce cela, la seule résistance qui vaille : tourner le dos aux festivals, aux subventions, aux labels, et créer, malgré tout, envers et contre tout, dans l’ombre, dans la solitude, dans l’indifférence générale. Créer comme on respire, comme on saigne, comme on meurt – parce que c’est la seule chose qui nous reste, la seule chose qui nous définisse encore comme des êtres humains, et non comme des consommateurs dociles.

Alors oui, ce festival n’est pas du cinéma. C’est quelque chose de bien plus triste : c’est la preuve que le cinéma, le vrai, est en train de disparaître, étouffé sous les tonnes de bonne volonté, de conformisme et de médiocrité qui caractérisent notre époque. Et nous, pauvres fous, nous continuons de danser, de rire, de croire que tout va bien, que l’art est vivant, que la culture résiste. Pendant ce temps, quelque part, un cinéaste inconnu tourne un film dans son coin, un film qui ne sera jamais projeté, jamais primé, jamais vu – et c’est peut-être cela, le dernier bastion de la vraie indépendance : l’invisibilité, l’oubli, le silence.


Analogie finale :

Comme un vieux projecteur qui grince,
Le festival tourne, tourne encore,
Éclairant des murs vides,
Où dansent des ombres sans corps.

Le public rit, applaudit, s’extasie,
Devant des images sans âme,
Des histoires sans chair,
Des rêves en kit, des drames en promo.

Et moi, je reste dans l’ombre,
À regarder le spectacle,
À écouter le bruit des rires,
Le cliquetis des verres qui s’entrechoquent.

Je pense à ceux qui sont partis,
À ceux qui n’ont jamais été invités,
À ceux qui ont refusé de jouer,
À ceux qui ont préféré brûler.

Je pense à ce cinéma-là,
Celui qui ne se laisse pas domestiquer,
Celui qui mord, qui griffe, qui déchire,
Celui qui fait mal, qui fait peur, qui fait penser.

Et je me dis que peut-être,
La vraie indépendance,
C’est de rester dans le noir,
À attendre que la lumière revienne.



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