Minimal, Richter, Kandinsky…. Ces expos d’art moderne et contemporain à ne pas manquer pendant Art Basel Paris – Beaux Arts







Le Penseur Laurent Vo Anh – L’Art Moderne ou la Nausée des Formes Vides


ACTUALITÉ SOURCE : Minimal, Richter, Kandinsky…. Ces expos d’art moderne et contemporain à ne pas manquer pendant Art Basel Paris – Beaux Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Art Basel ! Ce grand carnaval des vanités contemporaines où l’on expose, non plus des œuvres, mais des symptômes. Des symptômes de quoi ? De la décadence terminale d’une civilisation qui a perdu jusqu’au souvenir de ce que « voir » voulait dire. Minimal, Richter, Kandinsky… Des noms jetés en pâture aux gogos du marché, comme on lance des os à des chiens affamés de sens. Mais de quel sens parle-t-on ? Celui des cotes en salle des ventes ? Celui des communiqués de presse qui sentent la sueur des attachées de presse en mal de reconnaissance ? Ou celui, plus profond, plus nauséeux, de cette humanité qui a troqué la transcendance contre des rectangles colorés et des installations « conceptuelles » où le vide se donne des airs de profondeur ?

Plongeons, voulez-vous, dans les sept strates de cette farce monumentale, de cette comédie humaine où l’art, jadis flambeau, n’est plus qu’un miroir brisé reflétant notre propre nullité.

1. Les Origines : Quand l’Homme Croyait Encore aux Dieux (et aux Formes)

Au commencement était le geste. Le premier homme qui traça une ligne sur la paroi d’une grotte à Lascaux ne cherchait pas à « provoquer » ou à « interroger le spectateur ». Il cherchait à capturer l’âme du monde. Comme le dit Mircea Eliade, l’art préhistorique était une « hiérophanie » : une manifestation du sacré. Ces taureaux, ces chevaux, ces mains en négatif sur la pierre, c’étaient des prières, des sorts jetés à la face d’un univers indifférent. L’homme paléolithique savait une chose que nous avons oubliée : que le monde est un texte à déchiffrer, et que l’art en est la grammaire. Kandinsky, dans son délire théosophique, rêvait de retrouver cette pureté originelle. Mais entre Lascaux et le Bauhaus, il y a eu la Chute. La nôtre.

2. La Renaissance : L’Art comme Science (et l’Arrogance qui Va avec)

Avec Léonard, Michel-Ange et Raphaël, l’art devient une affaire de proportions, de perspective, de maîtrise. L’homme se prend pour Dieu. Il mesure, calcule, domine. La Joconde n’est pas qu’un portrait : c’est une démonstration de puissance. Comme le note Jacob Burckhardt, la Renaissance est l’âge où l’individu s’affirme comme centre du monde. Mais cette affirmation est aussi une malédiction. Car en se posant comme sujet souverain, l’homme se coupe de tout ce qui le dépasse. Il devient un regardeur, et non plus un voyant. Richter, avec ses photo-peintures floues, est l’héritier lointain de cette hubris. Il joue avec les images comme un enfant gâté avec des jouets, sans jamais se demander pourquoi il peint, ni pour qui. La technique, toujours la technique, comme si elle pouvait combler le vide métaphysique.

3. Le Romantisme : L’Art comme Cri (et la Naissance du Narcissisme)

Caspar David Friedrich et ses paysages désolés. Géricault et sa folie. Delacroix et ses massacres. Le romantisme, c’est l’art qui hurle sa douleur à la face d’un monde devenu muet. Mais attention : ce cri est déjà un aveu d’impuissance. Comme le dit Schopenhauer, l’art romantique est une « consolation » face à l’absurdité de l’existence. Mais une consolation pour qui ? Pour l’artiste, bien sûr, qui se complaît dans son propre malheur. Le romantisme annonce déjà l’art contemporain : un art qui ne parle plus que de lui-même, un art autiste. Kandinsky, avec ses « Compositions », croyait dépasser cette subjectivité. En réalité, il ne faisait que l’universaliser. Ses formes « pures » ne sont que des cris étouffés, des hurlements géométriques.

4. L’Avant-Garde : L’Art comme Bombe (et la Trahison des Clercs)

Dada, le surréalisme, le futurisme… L’art devient une arme. Une arme contre quoi ? Contre l’ordre bourgeois, bien sûr. Mais aussi contre le sens lui-même. Duchamp et son urinoir. Picabia et ses machines absurdes. Les avant-gardes voulaient « changer la vie », comme disait Rimbaud. En réalité, elles n’ont fait que préparer le terrain pour le capitalisme le plus cynique. Comme le note Peter Bürger dans sa Theorie der Avantgarde, les avant-gardes ont tué l’art en le réduisant à un geste. Un geste vide, un coup de pied dans la fourmilière. Mais les fourmis, elles, ont continué à travailler. Et aujourd’hui, l’urinoir de Duchamp vaut des millions. Ironie de l’histoire : l’art subversif est devenu la marchandise la plus rentable du marché.

5. L’Art Moderne : Le Triomphe du Néant (et la Naissance du Spectacle)

Rothko et ses rectangles colorés. Pollock et ses drippings. Newman et ses « zips ». L’art moderne, c’est l’art qui a renoncé à représenter pour mieux se représenter lui-même. Comme le dit Adorno, l’art moderne est une « allégorie de la négativité ». Mais une négativité stérilisante, une négativité qui tourne en rond. Minimal, avec ses cubes d’acier, ses néons, ses répétitions obsessionnelles, pousse cette logique à son paroxysme. L’œuvre minimale ne dit rien. Elle est, point. Comme un mur, comme un rocher. Mais un mur ou un rocher n’ont pas besoin d’être exposés dans une galerie pour exister. Le minimalisme est l’art de la tautologie : « ceci est de l’art parce que je vous dis que c’est de l’art ». Et les gens applaudissent. Parce que c’est plus facile que de penser.

6. L’Art Contemporain : Le Règne du Cynisme (et la Fin de l’Histoire)

Damien Hirst et ses requins dans le formol. Jeff Koons et ses ballons en acier. Tracey Emin et son lit défait. L’art contemporain, c’est l’art qui a renoncé à tout, sauf à l’argent et au scandale. Comme le dit Jean Clair dans La Responsabilité de l’artiste, l’art contemporain est une « escroquerie légalisée ». Mais c’est une escroquerie qui dit quelque chose de profond sur notre époque : que nous vivons dans un monde où plus rien n’a de valeur, sauf celle que le marché lui attribue. Richter, avec ses toiles floues, est le parfait représentant de cette ère du doute permanent. Ses tableaux ne sont ni figuratifs ni abstraits. Ils sont indécis, comme notre époque. Ils flottent, comme nous flottons, dans un monde sans repères.

7. Art Basel : Le Cirque Final (et la Comédie des Vanités)

Et nous voilà à Art Basel. Ce grand marché aux illusions où des gens très sérieux discutent de la « pertinence conceptuelle » d’une installation faite de détritus ou de la « profondeur ontologique » d’une toile blanche. Comme le disait déjà Baudrillard dans Le Système des objets, nous vivons dans une société où la valeur d’échange a remplacé la valeur d’usage. L’art n’échappe pas à cette logique. Une toile de Richter n’est pas achetée pour sa beauté, mais pour sa cote. Une installation de Eliasson n’est pas admirée pour son génie, mais pour son « potentiel Instagram ». L’art est devenu un produit comme un autre, un accessoire de distinction sociale pour les riches qui veulent se donner des airs de mécènes. Mais attention : derrière cette comédie se cache une tragédie. Celle d’une humanité qui a perdu le sens du sacré, du beau, du vrai. Qui se contente de simulacres, de faux-semblants, de bulles spéculatives.

Analyse Sémantique : Le Langage de l’Art ou la Novlangue du Néant

Écoutez parler les commissaires d’exposition, les critiques, les artistes eux-mêmes. Leur langage est une bouillie de concepts creux, de néologismes prétentieux, de références obscures. « L’œuvre interroge la porosité des frontières entre le visible et l’invisible. » « Cette installation déconstruit les narrations hégémoniques. » « Ce tableau explore la dialectique du plein et du vide. » Des phrases qui ne veulent rien dire, mais qui impressionnent les naïfs. Comme le disait Orwell, le langage politique (et l’art contemporain est une forme de politique) est conçu pour « donner une apparence de solidité à du vent ». Mais derrière ce jargon se cache une vérité terrible : que l’art contemporain n’a plus rien à dire. Alors il parle pour ne rien dire. Il se noie dans les mots pour ne pas avoir à affronter le silence.

Prenez le mot « minimal ». À l’origine, il désignait une esthétique de la réduction, de l’épure. Aujourd’hui, il désigne n’importe quoi : une chaise design, une appli avec trois boutons, une œuvre d’art qui consiste en un carré noir sur fond blanc. Le langage s’est vidé de son sens, comme les œuvres se sont vidées de leur substance. Kandinsky voulait que l’art soit une « spiritualité ». Aujourd’hui, l’art est une « expérience ». Une expérience de quoi ? De l’ennui, le plus souvent.

Comportementalisme Radical : Pourquoi les Gens Font Semblant d’Aimer Ça

Observez les visiteurs d’Art Basel. Ils défilent devant les œuvres avec un air pénétré, hochent la tête, murmurent des commentaires savants. Mais regardez leurs yeux. Ils sont vides. Comme les œuvres qu’ils contemplent. Pourquoi font-ils semblant ? Parce que c’est plus facile que d’avouer qu’ils ne comprennent rien. Parce que c’est socialement acceptable. Parce que, comme le disait La Rochefoucauld, « l’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ». En faisant semblant d’aimer l’art contemporain, les gens rendent hommage à l’idée qu’ils se font de la culture. Même si cette culture n’est qu’un simulacre.

Mais il y a plus. L’art contemporain flatte notre paresse intellectuelle. Il ne demande rien. Pas d’effort, pas de connaissance, pas de sensibilité. Il suffit de dire « c’est intéressant » ou « c’est provocant » pour passer pour un esprit fin. Comme le note Bourdieu dans La Distinction, l’art contemporain est un marqueur de classe. Il permet aux dominants de se reconnaître entre eux, de se distinguer des « vulgaires » qui osent encore aimer la peinture figurative ou la sculpture classique. Mais cette distinction est une imposture. Car les dominants ne comprennent pas plus l’art contemporain que les dominés. Ils font juste semblant, avec plus d’aplomb.

Résistance Humaniste : Il Reste Encore des Hommes Debout

Pourtant, tout n’est pas perdu. Il reste des hommes et des femmes qui refusent cette mascarade. Des artistes qui continuent à peindre, à sculpter, à créer avec leurs tripes et non avec des « concepts ». Des critiques qui osent dire que le roi est nu. Des collectionneurs qui achètent avec leur cœur et non avec leur portefeuille. Ces résistants sont minoritaires, mais ils existent. Comme le disait Camus, « la révolte est le fait de l’homme informé, qui possède la conscience de ses droits ». La révolte contre l’art contemporain, c’est la révolte de ceux qui savent encore ce qu’est la beauté, la vérité, la transcendance.

Prenez Anselm Kiefer. Ses toiles immenses, chargées de matière, de symboles, de mémoire. Elles ne sont pas « conceptuelles ». Elles sont organiques. Elles saignent, elles brûlent, elles crient. Ou prenez Zeng Fanzhi, avec ses portraits déformés, ses visages qui semblent fondre sous la pression de l’histoire. Ces artistes-là n’ont pas renoncé. Ils savent que l’art doit être un combat, une quête, une souffrance. Pas un jeu.

La résistance, c’est aussi refuser de jouer le jeu du marché. C’est acheter une toile parce qu’elle vous touche, et non parce qu’elle est signée par un artiste bankable. C’est visiter une exposition sans se soucier des « tendances ». C’est oser dire « je n’aime pas » quand tout le monde dit « c’est génial ». C’est, en un mot, rester humain dans un monde qui a fait de l’inhumanité une religion.

Mais attention : cette résistance ne doit pas être réactionnaire. Elle ne doit pas se contenter de pleurer sur le bon vieux temps. Elle doit inventer. Inventer de nouvelles formes, de nouveaux langages, de nouvelles façons de voir. Comme le disait Rimbaud, « il faut être absolument moderne ». Mais moderne ne veut pas dire cynique. Moderne ne veut pas dire vide. Moderne, c’est être à la hauteur de son époque, avec ses doutes, ses peurs, ses espoirs. C’est créer malgré tout, contre tout.


LES VANITÉS MODERNES

Oh ! ces salles blanches, ces murs aseptisés,
Où l’art se meurt en silence, étouffé,
Sous les néons crus, les regards blasés,
Les prix qui montent, les cotes qui flambent.

Minimal, dis-tu ? Non, maximal en rien,
Sinon en vide, en ennui, en néant.
Un carré noir, un trait, un point, un rien,
Et l’on s’extasie, et l’on s’agenouille devant.

Richter, Richter, avec tes toiles floues,
Tu peins l’époque, cette brume qui nous ronge,
Ce monde sans contours, sans formes, sans issues,
Où plus rien ne tient, où tout se décompose.

Kandinsky, ô toi, le dernier des mages,
Tu voulais faire chanter les couleurs,
Mais tes disciples n’ont gardé que l’outrage,
Des formes sans âme, des cris sans chaleur.

Art Basel ! Grand cirque, foire aux vanités,
Où l’on vend l’invisible, où l’on achète du vent,
Où les snobs s’agglutinent, les imbéciles s’extasient,
Et l’art n’est plus qu’un prétexte à argent.

Mais dans l’ombre, quelques fous résistent,
Ils peignent, ils sculptent, ils hurlent leur rage,
Ils croient encore que l’art peut sauver,
Que la beauté peut percer l’épaisseur du naufrage.

Alors oui, allez-y, visitez ces expos,
Regardez, critiquez, riez ou pleurez,
Mais souvenez-vous, au fond de vos tripes,
Que l’art n’est pas un jeu, mais une prière.

Une prière pour que l’homme ne meure pas,
Pour que la flamme ne s’éteigne pas,
Pour que dans ce monde de simulacres,
Il reste encore un peu de sacré, un peu d’éclat.



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