Minimal, Richter, Kandinsky…. Ces expos d’art moderne et contemporain à ne pas manquer pendant Art Basel Paris – Beaux Arts







Art Basel Paris : Le Spectacle de la Désintégration Esthétique

ACTUALITÉ SOURCE : Minimal, Richter, Kandinsky…. Ces expos d’art moderne et contemporain à ne pas manquer pendant Art Basel Paris – Beaux Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Art Basel ! Ce grand marché aux vanités où l’on vend des lambeaux de sens à des collectionneurs qui croient acheter de l’éternité, alors qu’ils ne font qu’acquérir des certificats de conformité bourgeoise. Minimal, Richter, Kandinsky… Des noms qui résonnent comme des grelots dans le vide sidéral de l’art contemporain, des étiquettes collées sur des œuvres vidées de leur substance par le capitalisme culturel. Ces expositions, présentées comme des « événements à ne pas manquer », ne sont que les symptômes d’une civilisation en phase terminale, où l’art n’est plus qu’un produit dérivé de la spéculation financière, un hochet pour oligarques en mal de légitimité culturelle. Mais allons plus loin, creusons cette plaie purulente, car c’est là, dans la pourriture, que germent les vérités les plus amères.

Commençons par le minimalisme, ce courant qui a réduit l’art à sa plus simple expression géométrique, comme si l’on pouvait purger l’humanité de ses passions par la seule vertu des lignes droites et des couleurs primaires. Le minimalisme, c’est l’art du néant organisé, une esthétique de la disparition où l’œuvre se fait si discrète qu’elle en devient presque invisible. Mais cette invisibilité n’est pas une victoire de la subtilité, non : c’est une capitulation. Le minimalisme, c’est l’art qui a abdiqué devant le monde moderne, qui a renoncé à lutter contre le bruit, la fureur, la laideur généralisée. Il se contente de poser des cubes blancs sur des socles blancs, comme pour dire : « Voilà, nous sommes entrés dans l’ère de l’insignifiance, et nous en sommes fiers. » Mais cette fierté est une imposture. Le minimalisme n’est pas une réponse à la complexité du monde, c’est une soumission à sa simplification marchande. Il est l’art préféré des architectes d’entreprise, des designers de start-up, des publicitaires qui veulent vendre du vide en le faisant passer pour de l’élégance. « Less is more », disent-ils. Foutaises. Less is less. Moins, c’est moins. Et moins, c’est la mort de l’art.

Passons à Gerhard Richter, ce caméléon de la toile qui a fait de l’indécision une carrière. Richter, c’est l’artiste qui a compris que dans un monde où tout est relatif, où les idéologies se sont effondrées, où les certitudes se sont dissoutes dans l’acide du postmodernisme, la seule posture tenable est celle de l’ambiguïté. Il peint des paysages flous, des portraits brouillés, des abstractions qui semblent toujours sur le point de se dissoudre. Son œuvre est un miroir tendu à une époque qui ne sait plus ce qu’elle voit, ni ce qu’elle croit. Mais cette ambiguïté n’est pas une liberté : c’est une prison. Richter nous montre que nous sommes condamnés à errer dans un brouillard de significations, sans jamais pouvoir saisir une vérité stable. Et cette errance n’est pas subversive : elle est confortable. Elle permet aux collectionneurs de se donner des airs de penseurs profonds tout en continuant à spéculer sur des œuvres dont la valeur ne tient qu’à leur capacité à flatter l’ego de leurs propriétaires. Richter, c’est l’artiste parfait pour une époque où l’on préfère le doute à la conviction, parce que le doute ne dérange personne. « Je ne sais pas ce que je fais », semble-t-il dire. Et le marché de répondre : « Parfait, nous non plus, mais peu importe, achetons quand même. »

Quant à Kandinsky, ce prophète de l’abstraction, ce mystique qui croyait que la peinture pouvait sauver l’âme du monde, le voilà réduit à une icône décorative, un nom que l’on invoque pour donner une touche de spiritualité à des expositions qui ne sont que des foires aux vanités. Kandinsky voulait que l’art soit une expérience transcendantale, une porte ouverte sur l’invisible. Mais aujourd’hui, ses toiles ne sont plus que des motifs pour coussins, des fonds d’écran pour smartphones, des images que l’on consomme sans jamais les voir. Le marché de l’art a fait de lui un produit, une marque, un logo. Et c’est là le drame de l’art moderne : il a cru pouvoir échapper au matérialisme en se réfugiant dans l’abstraction, mais le matérialisme l’a rattrapé, et il l’a avalé tout cru. Kandinsky voulait libérer la peinture de la représentation, mais il a fini par devenir lui-même une représentation, un fantôme que l’on agite pour justifier l’injustifiable : le triomphe de l’argent sur l’esprit.

Mais au-delà de ces figures, c’est le système tout entier qui est en cause. Art Basel, ce n’est pas une exposition, c’est une foire, un supermarché où l’on vend de l’art comme on vend des actions en Bourse. Les galeries y sont des stands, les artistes des vendeurs, et les collectionneurs des clients qui achètent non pas par amour de l’art, mais par peur de manquer une bonne affaire. L’art contemporain est devenu un placement financier, un actif comme un autre, un moyen de blanchir de l’argent ou de se donner une respectabilité culturelle. Et les institutions, les musées, les critiques, tous jouent le jeu. Ils encensent des œuvres qui ne valent souvent pas le prix du cadre, ils organisent des rétrospectives pour des artistes dont la seule originalité est d’avoir su flatter les goûts du moment. L’art n’est plus un langage, une révolte, une quête : c’est un produit, une marchandise, un objet de spéculation.

Et que dire des visiteurs, ces pauvres âmes qui défilent devant les œuvres avec des audioguides greffés aux oreilles, écoutant religieusement les commentaires des « experts » qui leur expliquent ce qu’ils doivent penser ? Ils croient voir, mais ils ne voient rien. Ils croient comprendre, mais ils ne comprennent rien. Ils sont comme ces touristes qui visitent le Louvre en courant, prenant des selfies devant la Joconde sans jamais la regarder. L’art contemporain est devenu un spectacle, une attraction, un divertissement pour masses aisées en quête de sensations fortes. On ne va plus au musée pour se confronter à l’inconnu, pour se laisser bouleverser par une œuvre, pour entrer en dialogue avec un artiste : on y va pour cocher une case, pour dire « j’y étais », pour se donner l’illusion d’être cultivé. « J’ai vu Basel, donc je suis. » Pathetic.

Mais le pire, c’est que ce système ne se contente pas de corrompre l’art : il corrompt aussi les artistes. Combien de jeunes talents, aujourd’hui, rêvent moins de créer que de percer, moins de révolutionner l’art que de figurer dans les catalogues des grandes foires ? Combien d’entre eux adaptent leur travail aux attentes du marché, renonçant à toute audace pour produire des œuvres « bankables », des produits calibrés pour plaire aux collectionneurs et aux galeristes ? L’art contemporain est devenu une machine à broyer les rêves, un système qui récompense la conformité et punit l’originalité. Les artistes ne sont plus des visionnaires, des rebelles, des fous : ce sont des entrepreneurs, des marketeurs, des vendeurs. Ils parlent de « stratégie », de « positionnement », de « cibles ». Ils organisent des « performances » pour attirer l’attention des médias, ils collaborent avec des marques de luxe pour « élargir leur audience ». L’art n’est plus une fin en soi : c’est un moyen, un outil, un levier pour réussir dans un monde où tout se monnaye.

Et que reste-t-il, dans tout cela, de la résistance ? Où est passée la subversion ? Où est l’art qui dérange, qui provoque, qui met le feu aux poudres ? Il a été étouffé, enterré, réduit au silence. Les institutions ne veulent plus d’artistes dangereux, elles veulent des artistes dociles, des artistes qui savent jouer le jeu, qui savent flatter les puissants sans les menacer. Les musées ne sont plus des temples de la pensée, ce sont des centres commerciaux de la culture, des lieux où l’on consomme de l’art comme on consomme du fast-food : vite, sans réfléchir, sans s’engager. Et les artistes, pour la plupart, ont abdiqué. Ils ont accepté de devenir les complices de ce système, les décorateurs d’un monde qui court à sa perte. Ils peignent, ils sculptent, ils installent, mais ils ne changent rien. Leur art est un art de salon, un art pour happy few, un art qui ne parle qu’aux initiés, aux riches, aux puissants. Il ne s’adresse pas au peuple, il ne le concerne pas. Il est l’art d’une élite pour une élite, un cercle fermé où l’on se congratule en buvant du champagne.

Mais attention : ce système est fragile. Il repose sur une illusion, celle que l’art peut survivre sans âme, sans révolte, sans transcendance. Or, l’art sans âme, c’est comme un corps sans vie : ça ne bouge plus, ça ne respire plus, ça pourrit. Et cette pourriture, nous la sentons déjà. Les collectionneurs achètent des œuvres à prix d’or, mais personne ne s’en souvient dix ans plus tard. Les musées organisent des expositions blockbusters, mais les visiteurs en ressortent aussi vides qu’ils y sont entrés. Les artistes produisent, produisent, produisent, mais personne ne les écoute. L’art contemporain est devenu un bruit de fond, un murmure insignifiant dans le vacarme du monde. Et ce bruit, un jour, cessera. Parce que l’art ne peut pas vivre sans vérité, sans passion, sans risque. Et ces choses-là, le marché ne peut pas les vendre.

Alors, que faire ? Faut-il boycotter Art Basel, brûler les musées, casser les cadres ? Non. La résistance ne passe pas par la destruction, mais par la création. Il faut créer un autre art, un art qui ne se soucie pas des cotes, des galeries, des collectionneurs. Un art qui parle aux humbles, aux exclus, aux damnés de la terre. Un art qui ne cherche pas à plaire, mais à réveiller. Un art qui ne soit pas un produit, mais un cri. Kandinsky, Richter, les minimalistes… Ils ont eu leur heure. Maintenant, il faut tourner la page. Il faut inventer un art qui soit à la hauteur de notre époque, un art qui affronte le chaos sans se soumettre, qui résiste à la barbarie sans se laisser corrompre. Un art qui ne soit pas un miroir, mais une arme.

Car l’art, le vrai, n’est pas une marchandise. C’est une flamme. Et une flamme, ça se transmet, ça se partage, ça embrase. Mais pour cela, il faut d’abord oser la prendre, cette flamme. Il faut oser la voler aux dieux du marché, aux prêtres de la spéculation, aux gardiens du temple. Il faut oser dire non. Non à l’art aseptisé, non à l’art marchandisé, non à l’art domestiqué. Il faut oser créer dans le désert, dans l’ombre, dans l’indifférence. Parce que c’est là, dans l’obscurité, que naissent les révolutions. Et c’est là, dans le silence, que l’art peut encore sauver le monde.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’art soit une forêt. Une forêt ancienne, sauvage, où chaque arbre est une œuvre, où chaque branche est une idée, où chaque feuille est un rêve. Pendant des siècles, cette forêt a prospéré, nourrie par la sève des révoltes, des passions, des utopies. Mais un jour, des bûcherons sont arrivés. Des hommes en costume, armés de tronçonneuses et de contrats. Ils ont commencé à abattre les arbres, non pas pour en faire du bois, mais pour en faire des meubles. Des meubles design, des meubles chers, des meubles qui se vendent bien. Ils ont rasé les chênes centenaires, les hêtres majestueux, les sapins mystérieux. À la place, ils ont planté des arbres nains, des bonsaïs, des espèces hybrides, stériles, sans âme. Des arbres qui poussent vite, qui se vendent bien, qui ne dérangent personne. Et peu à peu, la forêt a disparu. À la place, il n’y a plus qu’un parc, un jardin à la française, un décor. Un décor pour touristes, pour collectionneurs, pour gens pressés. Un décor où plus rien ne vit, où plus rien ne respire, où plus rien ne rêve. Et les bûcherons, satisfaits, disent : « Regardez comme c’est beau ! Regardez comme c’est moderne ! » Mais la forêt, elle, sait. Elle sait qu’elle est morte. Et elle attend, dans le silence, que quelqu’un vienne la ressusciter.



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