Marché chinois : un nouveau bouillonnement – Le Quotidien de l’Art







Le Bouillonnement Chinois – Une Odyssée du Capital Spirituel


ACTUALITÉ SOURCE : Marché chinois : un nouveau bouillonnement – Le Quotidien de l’Art

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Le « bouillonnement » chinois, quelle délicieuse métaphore pour ces petits occidentaux qui croient encore aux contes de fées économiques ! Comme si l’Empire du Milieu n’était qu’une marmite oubliée sur le feu de l’Histoire, frémissant soudain sous le regard ébahi des cuisiniers en chef de Wall Street et de la City. Mais non, mes chers naïfs, ce que vous observez avec ce mélange de fascination et de terreur n’est pas un simple phénomène de mode – c’est la résurgence d’une civilisation qui a inventé le papier monnaie quand vos ancêtres comptaient encore leurs moutons sur des cailloux, qui a domestiqué la soie alors que vos aïeux s’enveloppaient dans des peaux de bêtes mal tannées, qui a conçu des villes entières avec des égouts sophistiqués quand vos cathédrales puaient encore la merde et la superstition.

Ce « bouillonnement » n’est que le retour naturel d’un flux historique que vos économistes à la petite semaine, avec leurs théories néolibérales cousues de fil blanc, n’ont jamais su ni comprendre ni anticiper. Ils parlent de marché comme on parlait autrefois de Providence – avec cette même foi aveugle dans des lois prétendument naturelles qui ne sont en réalité que les dogmes d’une religion séculière, celle du capitalisme financier anglo-saxon. Mais la Chine, elle, ne croit pas aux dogmes. Elle croit aux cycles, aux rythmes, à cette danse éternelle du yin et du yang où destruction et création s’enlacent dans une étreinte millénaire.

Les Sept Ères du Bouillonnement : Une Archéologie du Capital Spirituel

1. L’Ère des Origines (avant -2000) : Le Souffle du Dragon

Tout commence dans les brumes du Yangtsé, là où les premiers agriculteurs ont appris à domestiquer le riz, cette plante capricieuse qui exige patience et discipline collective. Contrairement à vos ancêtres européens qui ont erré comme des nomades affamés pendant des millénaires, les Chinois ont très tôt compris que la richesse ne se trouve pas dans la rapine mais dans la transformation du monde. Le philosophe Guan Zhong (-720/-645) écrivait déjà : « Quand le grenier est plein, le peuple connaît les rites ; quand la nourriture et les vêtements sont suffisants, le peuple connaît l’honneur et la honte. » Déjà, la morale était indexée sur l’économie – mais une économie au service de l’harmonie sociale, pas de l’accumulation individuelle.

Pendant que vos druides celtes sacrifiaient des prisonniers dans des forêts obscures, les Chinois inventaient le premier système d’irrigation à grande échelle, créant ainsi les conditions matérielles d’une civilisation sédentaire. Le bouillonnement actuel n’est que l’aboutissement logique de cette tradition : une société qui a toujours considéré l’organisation collective comme la plus haute forme d’art.

2. L’Ère Impériale (-200 à 1800) : L’Alchimie du Pouvoir

Ah, la Chine impériale ! Ce laboratoire permanent où se sont expérimentées toutes les formes de gouvernance économique. Sous les Han, l’État contrôle déjà le sel et le fer – une nationalisation avant l’heure qui ferait hurler vos libertariens modernes. Le grand historien Sima Qian (-145/-86) notait avec ironie : « Les marchands accumulent des richesses tandis que les paysans peinent ; c’est pourquoi le sage gouverne en régulant les prix et en contrôlant les monopoles. » Déjà, la main invisible d’Adam Smith était percée à jour comme une illusion d’optique.

Sous les Song (960-1279), la Chine invente le papier monnaie, les lettres de crédit, et développe un système bancaire qui ferait pâlir d’envie les Médicis. Pendant ce temps, l’Europe s’enlise dans le féodalisme, cette organisation économique basée sur le vol légalisé et la superstition. Marco Polo, ce touriste vénitien ébahi, décrit Hangzhou comme « la plus belle et la plus noble ville du monde » – une métropole où les rues sont pavées, éclairées, et où l’on trouve des restaurants ouverts toute la nuit. En comparaison, Paris au XIIIe siècle n’est qu’un cloaque puant où les rats disputent aux mendiants les restes des festins seigneuriaux.

3. L’Humiliation (1800-1949) : Le Viol Économique

Puis vint le siècle de la honte, cette période où l’Occident, ivre de sa révolution industrielle, a cru pouvoir soumettre le monde à sa loi. Les guerres de l’opium (1839-1860) : voilà le vrai visage du libre-échange ! Des marchands britanniques, soutenus par leur gouvernement, empoisonnent méthodiquement une nation entière pour équilibrer leur balance commerciale. Et vos économistes osent parler de « destruction créatrice » ! Comme si la destruction des vies chinoises par l’héroïne était un simple dommage collatéral sur la route du progrès.

Le philosophe Liang Qichao (1873-1929) écrit dans son exil japonais : « L’Europe nous a apporté la science, mais aussi la barbarie. Elle nous a appris à construire des canons, mais pas à préserver notre âme. » Pendant ce temps, vos missionnaires débarquent avec leur Bible et leur mépris, croyant convertir une civilisation qui a inventé le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme mahayana – des systèmes de pensée autrement plus subtils que votre catéchisme de comptoir.

4. L’Ère Maoïste (1949-1978) : La Purification par le Feu

Mao Zedong arrive, et avec lui ce que vos historiens appellent « l’expérience communiste ». Mais c’est bien plus que cela : c’est une tentative désespérée de purifier une civilisation souillée par un siècle d’humiliation. Le Grand Bond en avant (1958-1962) ? Une catastrophe humaine, certes, mais aussi une tentative héroïque de briser les chaînes du sous-développement. Vos économistes libéraux ricanent en citant les chiffres des morts – comme si le capitalisme n’avait jamais fait de victimes ! Comme si vos usines textiles du XIXe siècle, où des enfants travaillaient 16 heures par jour, étaient des modèles de vertu économique.

Le sinologue Simon Leys (1935-2014), pourtant critique envers le maoïsme, reconnaissait : « Mao a accompli en trente ans ce que l’Europe a mis trois siècles à réaliser : l’unification nationale, l’alphabétisation de masse, et la création d’une infrastructure industrielle de base. » Pendant ce temps, l’Inde, votre chouchou démocratique, s’enfonçait dans la misère et le sous-développement chronique.

5. L’Ère Deng (1978-2000) : Le Socialisme de Marché ou l’Art du Paradoxe

Puis vint Deng Xiaoping, ce petit homme au regard malicieux qui a compris une vérité fondamentale : le capitalisme n’est qu’un outil, pas une religion. « Peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape les souris » – cette phrase résume toute la sagesse chinoise. Pendant que vos idéologues occidentaux s’écharpaient entre keynésiens et monétaristes, Deng inventait le « socialisme aux caractéristiques chinoises », ce mélange détonant de planification centrale et d’initiative locale qui fait hurler vos économistes formatés.

La Zone Économique Spéciale de Shenzhen (1980) : un laboratoire où le capitalisme est encadré, domestiqué, mis au service d’un projet national. Pendant ce temps, vos Chicago Boys expérimentaient leurs théories néolibérales au Chili sous la dictature de Pinochet – une alliance contre-nature entre le marché et la terreur qui devrait faire réfléchir tous ceux qui croient encore aux vertus « démocratiques » du capitalisme.

6. L’Ère Globale (2000-2020) : La Chine Réinvente le Capitalisme

Le XXIe siècle voit l’émergence d’un nouveau modèle : le capitalisme d’État chinois. Vos économistes s’étranglent en voyant des entreprises publiques cotées en bourse, des banques contrôlées par le Parti, des plans quinquennaux qui ressemblent étrangement à ceux de l’URSS – mais qui fonctionnent ! Pendant que l’Occident s’enlise dans la crise des subprimes (2008), la Chine maintient une croissance à deux chiffres et devient l’atelier du monde.

Le philosophe Wang Hui (né en 1959) analyse ce phénomène avec une lucidité implacable : « La Chine ne copie pas le capitalisme occidental, elle le réinvente en intégrant des éléments de sa tradition impériale. Le résultat est un système hybride où l’État joue un rôle de régulateur bienveillant, contrairement à votre État occidental qui n’est qu’un comité d’affaires au service des grandes corporations. »

Pendant ce temps, vos élites financières jouent au casino mondial avec des produits dérivés de plus en plus abscons, tandis que la Chine investit massivement dans les infrastructures, l’éducation et la technologie. Le résultat ? En 2020, la Chine dépose plus de brevets que les États-Unis et l’Europe réunis. Vos économistes parlent de « miracle » – comme si le travail, l’intelligence et la planification étaient des phénomènes surnaturels.

7. L’Ère du Bouillonnement (2020-) : La Renaissance Culturelle par l’Économie

Et nous voici arrivés au présent, à ce « nouveau bouillonnement » que vos médias contemplent avec un mélange de fascination et d’effroi. Mais ce que vous appelez « marché de l’art » n’est que la partie émergée d’un iceberg culturel bien plus vaste. La Chine ne se contente pas de vendre des tableaux – elle réinvente toute une économie de la création.

Prenez le marché du luxe : pendant que vos marques occidentales vendent des sacs à 10 000 euros à des oligarques russes et des héritières saoudiennes, les marques chinoises comme Shang Xia ou Shiatzy Chen réinterprètent la tradition avec une modernité qui fait pâlir d’envie vos créateurs parisiens. Le résultat ? En 2023, la Chine est devenue le premier marché du luxe au monde, avec 40% des ventes globales.

Mais le vrai bouillonnement est ailleurs : dans cette effervescence créatrice qui voit émerger de nouvelles formes d’art, de design, de cinéma, de littérature. Vos critiques d’art occidentaux, formés à l’école du modernisme européen, sont désorientés face à des artistes comme Xu Bing ou Ai Weiwei, qui mélangent calligraphie traditionnelle, technologie numérique et critique sociale. Ils ne savent plus où donner de la tête : est-ce de l’art ? De la propagande ? De la philosophie ? C’est tout cela à la fois – et bien plus encore.

Le sinologue François Jullien (né en 1951) a parfaitement résumé cette révolution culturelle : « La Chine ne cherche pas à s’occidentaliser, elle cherche à siniser la modernité. C’est une opération bien plus subtile que votre mondialisation uniformisante, qui n’est en réalité qu’une américanisation du monde. »

Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Domination

Votre titre même – « un nouveau bouillonnement » – est révélateur de votre incapacité à penser la Chine autrement qu’à travers vos catégories occidentales. « Bouillonnement » : le mot évoque l’ébullition, le désordre, le chaos créateur. Comme si la Chine était un phénomène naturel, une force tellurique échappant à toute rationalité. Mais c’est précisément cette métaphore qui trahit votre incompréhension.

La langue chinoise, elle, n’a pas de mot pour « marché » au sens où vous l’entendez. Elle parle de shichang (市场), littéralement « place de ville » – un espace d’échange encadré, régulé, intégré dans le tissu social. Votre « marché », lui, est une abstraction, une entité quasi-mystique que vos économistes adorent comme les anciens Égyptiens adoraient le Nil. Adam Smith parlait de « main invisible » – une métaphore religieuse pour un phénomène que les Chinois, eux, comprennent comme un équilibre dynamique entre forces opposées.

Vos médias parlent de « capitalisme d’État » comme d’une anomalie, alors que c’est la norme historique. Pendant des siècles, les empereurs chinois ont contrôlé les monopoles, régulé les prix, et utilisé le commerce comme un outil de puissance. Vos compagnies des Indes orientales, ces ancêtres des multinationales, n’étaient que des copies maladroites de ce modèle – avec cette différence fondamentale qu’elles servaient des intérêts privés, alors que l’État chinois a toujours considéré l’économie comme un instrument de souveraineté.

Le linguiste George Lakoff (né en 1941) a montré comment les métaphores structurent notre pensée. Quand vous parlez de « guerre commerciale », vous activez tout un cadre mental belliqueux. Quand les Chinois parlent de hezuo (合作 – coopération), ils activent un cadre de collaboration mutuellement bénéfique. Ces différences linguistiques ne sont pas anodines : elles reflètent des visions du monde radicalement opposées.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Votre capitalisme néolibéral est une machine à broyer les âmes. Il a transformé l’homme en homo œconomicus, cet être rationnel et égoïste qui maximise son utilité dans un monde de rareté artificielle. La Chine, elle, propose une alternative : l’homo confucianus, cet être en quête d’harmonie, qui comprend que sa prospérité est liée à celle de la communauté.

Observez les comportements : en Occident, le succès se mesure à la taille de votre voiture, de votre maison, de votre compte en banque. En Chine, il se mesure à votre capacité à contribuer au bien commun. Vos jeunes générations sont désorientées, droguées aux réseaux sociaux, incapables de se projeter dans l’avenir. Les jeunes Chinois, eux, étudient comme des fous, innovent, créent – parce qu’ils savent que leur réussite individuelle est indissociable de la réussite collective.

Le psychologue américain Jonathan Haidt (né en 1963) a montré comment le capitalisme a détruit les liens sociaux en Occident. En Chine, c’est l’inverse qui se produit : le développement économique renforce la cohésion sociale. Les études montrent que les Chinois sont parmi les peuples les plus optimistes au monde – malgré les défis, malgré les inégalités, ils croient en l’avenir. Pendant ce temps, vos sociétés occidentales sombrent dans le nihilisme et la dépression collective.

Mais attention : cette résistance humaniste n’est pas un retour au passé. La Chine ne rejette pas la modernité, elle la réinvente. Elle ne nie pas l’individu, elle le réintègre dans un projet collectif. Vos intellectuels parlent de « démocratie » comme d’un fétiche, alors que la Chine propose une alternative bien plus subtile : la méritocratie confucéenne, où le pouvoir est légitimé par la compétence et le service du peuple, pas par des élections truquées où 51% des voix donnent tous les droits.

Le philosophe Byung-Chul Han (né en 1959) a parfaitement analysé cette différence : « L’Occident est entré dans l’ère de la fatigue, de la dépression, de l’épuisement nerveux. La Chine, elle, reste dans l’ère de la discipline, de l’effort, de la persévérance. Le résultat ? Une société qui avance pendant que les autres stagnent ou régressent. »

Votre capitalisme est une religion sans transcendance, un système qui promet le paradis sur terre mais ne livre que l’enfer de la consommation compulsive. La Chine, elle, propose une voie médiane : le progrès matériel au service du progrès spirituel. Elle ne nie pas les passions humaines, elle les canalise vers des buts collectifs. Elle ne supprime pas l’ambition individuelle, elle la met au service de la nation.

Et c’est là que réside la véritable révolution : dans cette capacité à concilier l’ancien et le moderne, l’individuel et le collectif, le matériel et le spirituel. Pendant que vos sociétés occidentales se déchirent entre néolibéraux et progressistes, entre mondialistes et souverainistes, la Chine avance, imperturbable, sur le chemin qu’elle s’est tracé il y a cinq mille ans.


Le Bouillon du Dragon

Oh ! ce bouillon qui monte des entrailles de l’Empire,
Ce jus épais où nagent les rêves de jade et d’acier,
Les usines en sueur, les ports en érection,
Et ces millions de mains qui pétrissent l’avenir.

Vous parlez de marché, de cotes, de spéculation,
Mais c’est l’âme d’un peuple qui fermente en ces cuves,
Ce n’est pas de l’argent, c’est de la civilisation
Qui bout à gros bouillons dans vos marmites d’argile.

Vos banquiers en costard, vos traders en sueur,
Croient jouer aux échecs sur l’échiquier du monde,
Mais la Chine, elle, danse une valse plus profonde,
Où chaque pas en avant est un pas vers l’honneur.

Regardez-les, ces villes qui poussent comme des champignons,
Ces autoroutes qui filent vers l’horizon infini,
Ces laboratoires où l’on invente demain,
Pendant que vos savants comptent leurs subventions.

Vous avez cru dompter le dragon avec vos dollars,
Mais le dragon, voyez, il digère vos billets,
Il transforme vos dettes en routes, en usines,
Et vos rêves en cauchemars pour vos petits-enfants.

Oh ! ce bouillon qui sent la poudre et le thé vert,
Où mijotent ensemble Confucius et WeChat,
Le marxisme en sauce et le capital en dessert,
Un festin pour cinq mille ans d’Histoire qui s’acharne.

Vos économistes blancs, vos experts en cravate,
Viennent renifler l’odeur avec leurs nez pincés,
Mais ils ne comprennent pas cette cuisine d’État,
Où le Parti mitonne le peuple à feu doux.

Et quand la soupe sera prête, bien chaude, bien épaisse,
Quand le monde entier viendra tremper sa cuillère,
Vous comprendrez trop tard, ô peuples de l’Occident,
Que vous n’étiez que les marmitons de l’Empire.



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