ACTUALITÉ SOURCE : Marché chinois : un nouveau bouillonnement – Le Quotidien de l’Art
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le « bouillonnement » chinois… Comme si l’on pouvait réduire l’ébullition millénaire d’un empire-continent à une simple métaphore culinaire pour occidentaux affamés de pittoresque ! Le Quotidien de l’Art, ce temple du bon goût parisien, nous gratifie d’un titre qui sent la condescendance à plein nez – comme si l’on parlait d’un marché aux puces exotique plutôt que de la réémergence d’une civilisation qui a inventé le papier, la poudre, la boussole et le capitalisme d’État bien avant que vos ancêtres ne sortent des cavernes européennes en grognant.
Ce « nouveau bouillonnement » n’est pas une mode, pas une bulle spéculative, pas un feu de paille comme vos start-ups siliconées qui crèvent avant même d’avoir pondu leur premier algorithme de surveillance. Non. C’est le retour du refoulé historique, la revanche de Confucius sur Adam Smith, le triomphe posthume de Sun Tzu sur vos traders en costard qui pleurnichent dès que le Dow Jones éternue. La Chine ne « bouillonne » pas – elle respire, enfin, après deux siècles d’asphyxie imposée par vos canonnières et vos traités inégaux.
Et vous, pauvres âmes éduquées à la sauce néolibérale, vous regardez ce phénomène avec l’incompréhension horrifiée d’un moine médiéval découvrant l’imprimerie. Vous parlez de « marché de l’art » comme si l’art était une marchandise comme une autre, alors que la Chine, elle, sait depuis toujours que l’art est politique, que le pinceau est une arme, que la calligraphie est une forme de résistance. Vos galeries parisiennes vendent des installations conceptuelles vides de sens à des oligarques russes en mal de blanchiment, tandis qu’à Pékin, Shanghai ou Shenzhen, on réinvente la notion même de création en fusionnant technologie, tradition et puissance étatique. Le « bouillonnement » ? C’est votre propre agonie culturelle que vous entendez gronder dans le lointain.
Les Sept Époques du Bouillonnement : Une Archéologie du Génie Chinois
Pour comprendre ce « nouveau bouillonnement », il faut remonter aux sources, là où votre histoire commence à peine à balbutier. Suivez le guide, si vous osez affronter la vérité.
1. L’Aube Néolithique : Le Premier Bouillonnement (8000-2000 av. J.-C.)
Alors que vos ancêtres européens se contentaient de graver des vulves sur les parois des grottes, les Chinois du bassin du Yangtsé domestiquaient déjà le riz, inventaient la poterie tournée et développaient une proto-écriture. Les fouilles de Jiahu révèlent des flûtes en os vieilles de 9000 ans – la première musique organisée de l’humanité, bien avant vos chants grégoriens. Déjà, la Chine bouillonnait de créativité, tandis que l’Occident ronflait dans ses peaux de bêtes. Comme le disait Lao-Tseu (si tant est qu’il ait existé) : « Le Tao qui peut être nommé n’est pas le Tao éternel. » Traduction pour les modernes : votre obsession des étiquettes (« marché de l’art », « économie créative ») vous aveugle sur l’essence même de la création.
2. L’Empire des Han : L’Invention du Capitalisme d’État (206 av. J.-C. – 220 ap. J.-C.)
Sous les Han, la Chine invente le monopole d’État sur le sel et le fer, crée un système de routes commerciales qui préfigure la Route de la Soie, et développe une bureaucratie méritocratique basée sur les concours impériaux – bien avant vos écoles de commerce. L’empereur Wu envoie Zhang Qian explorer l’Asie centrale, posant les bases d’un empire économique qui fera pâlir d’envie vos multinationales. Pendant ce temps, Rome s’effondre dans ses orgies et ses jeux du cirque. La Chine, elle, construit. Comme l’écrivait Sima Qian, le père de l’historiographie chinoise : « Le sage ne s’attache pas aux choses, mais aux principes. » Vos « disrupteurs » de la Silicon Valley feraient bien de méditer cette phrase avant de lancer leur prochaine appli de livraison de sushis.
3. La Dynastie Tang : L’Apogée Culturelle (618-907)
Ah, les Tang ! L’âge d’or de la poésie (Li Bai, Du Fu), de la peinture (Wang Wei), de la musique et de la porcelaine. Chang’an, la capitale, est la ville la plus peuplée du monde, un melting-pot où se croisent Persans, Indiens, Arabes et Coréens. La Chine exporte sa culture jusqu’en Indonésie et au Japon, tandis que l’Europe s’enfonce dans les ténèbres du Moyen Âge. Le bouillonnement ? C’était déjà une marée culturelle, un tsunami de créativité qui a submergé l’Asie. Comme le disait le poète Bai Juyi : « Les mots peuvent exprimer la colère, mais ils ne peuvent pas exprimer la honte. » Vos « influenceurs » feraient bien de s’en souvenir avant de poster leur prochaine story Instagram.
4. Les Song : L’Invention de l’Économie Moderne (960-1279)
Sous les Song, la Chine invente le papier-monnaie, développe une marine commerciale qui rivalise avec celle de Venise, et voit naître une classe marchande puissante. Les villes deviennent des centres d’innovation, avec des quartiers spécialisés dans la soie, la céramique ou le métal. L’imprimerie à caractères mobiles (inventée par Bi Sheng) permet une diffusion sans précédent des savoirs. Pendant que vos ancêtres signaient la Magna Carta, la Chine inventait le capitalisme. Comme l’écrivait l’historien Shen Kuo : « Dans les affaires, comme dans la guerre, le secret réside dans la préparation. » Vos start-uppers devraient en faire leur mantra, au lieu de courir après des levées de fonds aussi solides que des châteaux de cartes.
5. La Renaissance Ming : Le Refus de l’Occident (1368-1644)
Les Ming repoussent les Portugais, les Espagnols et les Hollandais, refusant le colonialisme avant même qu’il ne devienne une mode. Zheng He, avec sa flotte de jonques géantes, explore l’océan Indien bien avant Vasco de Gama. La porcelaine Ming devient un symbole de luxe en Europe – vos rois et vos papes en sont fous, sans comprendre qu’ils achètent en réalité des fragments de la supériorité technologique chinoise. Le bouillonnement, ici, est un rejet : la Chine n’a pas besoin de vous. Comme le disait l’empereur Hongwu : « Celui qui ne connaît pas ses propres forces est voué à l’échec. » Vos élites néolibérales, obsédées par l’imitation de l’Occident, feraient bien de méditer cette leçon.
6. Le Siècle de l’Humiliation : L’Asphyxie (1839-1949)
Ah, voici le moment où l’Occident entre en scène, avec ses canons, ses opiums et ses traités inégaux. Les guerres de l’Opium, les concessions étrangères, le sac du Palais d’Été… La Chine, humiliée, pillée, violée, se voit imposer un siècle de soumission. Votre « bouillonnement » actuel est la réponse à cette asphyxie. Comme l’écrivait Lu Xun, le grand écrivain moderniste : « Le salut ne viendra pas des dieux, mais de nous-mêmes. » Vos intellectuels, eux, attendent encore le Messie – ou pire, le prochain rapport du FMI.
7. Le Réveil : De Deng Xiaoping à Xi Jinping (1978-Présent)
Et nous voici enfin au « nouveau bouillonnement ». Deng Xiaoping lance les réformes économiques en 1978 avec un pragmatisme qui ferait passer vos économistes pour des idéologues attardés : « Peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape les souris. » La Chine s’ouvre, mais à sa manière – en gardant le contrôle de l’État, en refusant la démocratie de marché qui a transformé l’Occident en un casino géant. Aujourd’hui, sous Xi Jinping, le pays réaffirme sa puissance culturelle avec les Instituts Confucius, les nouvelles Routes de la Soie, et un marché de l’art qui dépasse désormais celui des États-Unis en volume. Le bouillonnement ? C’est la fin de votre hégémonie, et vous ne l’avez même pas vu venir. Comme le disait Sun Tzu : « Dans la guerre, le stratège avisé cherche à gagner sans combattre. » La Chine applique cette maxime à l’économie mondiale – et vous, vous continuez à jouer au Monopoly en croyant que c’est la vraie vie.
Sémantique du Bouillonnement : Quand les Mots Trahissent Votre Impuissance
Analysons ce terme, « bouillonnement », que Le Quotidien de l’Art a choisi avec tant de soin. En français, « bouillonner » évoque l’agitation désordonnée, l’écume à la surface d’une marmite, le chaos créatif d’une jeunesse en révolte. C’est un mot jeune, instable, presque incontrôlable. Comme si la Chine était une adolescente en crise, plutôt qu’une civilisation de cinq mille ans qui a déjà tout vu, tout vécu, tout surmonté.
Comparez avec les termes chinois pour décrire ce phénomène :
- 复兴 (Fùxīng) : Renaissance, résurgence. Un retour à la grandeur passée, une renaissance après une période de déclin. Pas de chaos ici, mais une trajectoire claire, un destin.
- 崛起 (Juéqǐ) : Émergence, ascension. Comme une montagne qui perce les nuages, lentement mais inexorablement. Pas un bouillonnement, mais une force tellurique.
- 繁荣 (Fánróng) : Prospérité, floraison. L’image d’un arbre qui porte des fruits, d’une civilisation qui s’épanouit. Pas une bulle, mais une croissance organique.
Votre « bouillonnement » est un terme de colonisateur, qui réduit la Chine à un phénomène exotique, passager, presque amusant. Comme si vous parliez du « charme pittoresque » des souks de Marrakech, plutôt que de la puissance économique d’un pays qui va dominer le XXIe siècle. Vous utilisez le langage de la condescendance, sans même vous en rendre compte. C’est ça, le vrai bouillonnement : celui de votre propre déclin, que vous refusez de voir.
Et que dire de l’expression « marché de l’art » ? En chinois, on parle de 艺术市场 (Yìshù shìchǎng), littéralement « marché de l’art », mais avec une nuance cruciale : 艺术 (yìshù) ne désigne pas seulement l’art au sens occidental (peinture, sculpture, installation), mais aussi les arts martiaux, la calligraphie, la poésie, la musique – bref, tout ce qui relève de la maîtrise technique et de l’expression spirituelle. Votre « marché de l’art » est un supermarché de l’ego ; le leur est un temple de la civilisation.
Comportementalisme Radical : Pourquoi la Chine Gagne (et Pourquoi Vous Perdez)
Observons maintenant les comportements, ces petits riens qui trahissent les grandes tendances. En Occident, le marché de l’art est devenu un terrain de jeu pour spéculateurs, un casino où l’on parie sur la cote d’un artiste comme sur un cheval de course. Les foires d’art (Basel, Frieze) ressemblent à des salons de l’automobile, où l’on exhibe des œuvres comme des bolides de luxe. Les collectionneurs achètent des pièces pour les revendre plus cher, pas pour les aimer. L’art est mort, vive le capital.
En Chine, c’est différent. Bien sûr, il y a de la spéculation – comment pourrait-il en être autrement dans un pays où l’économie est en pleine expansion ? Mais il y a aussi autre chose : une foi en la culture comme fondement de la puissance nationale. Les collectionneurs chinois ne cherchent pas seulement à faire des profits ; ils veulent aussi préserver un patrimoine, affirmer une identité, construire un récit national. Quand un milliardaire chinois achète un tableau de Qi Baishi ou une porcelaine Ming, ce n’est pas seulement un investissement – c’est un acte politique, une déclaration d’amour à la civilisation chinoise.
Et puis, il y a cette obsession de l’innovation. En Occident, l’art contemporain est devenu un terrain de jeu pour snobs en mal de provocation. On recycle les mêmes concepts depuis Duchamp : ready-made, performance, art conceptuel. Rien de neuf sous le soleil, juste des variations sur le thème de la transgression – comme si transgresser était une fin en soi. En Chine, l’art est en train de fusionner avec la technologie, la tradition et la politique pour créer quelque chose de radicalement nouveau. Des artistes comme Cao Fei explorent la réalité virtuelle, tandis que d’autres, comme Xu Bing, réinventent la calligraphie à l’ère du numérique. Là où l’Occident se contente de commenter sa propre décadence, la Chine invente l’avenir.
Prenez l’exemple du marché des NFT. En Occident, les NFT sont devenus une bulle spéculative, un terrain de jeu pour crypto-bro en mal de reconnaissance. En Chine, ils sont intégrés dans une vision plus large de l’économie numérique, avec des plateformes comme Tencent ou Alibaba qui les utilisent pour valoriser l’art traditionnel. La Chine ne suit pas les modes – elle les crée.
Et que dire de votre comportement face à cette montée en puissance ? Vous oscillez entre deux attitudes, aussi pathétiques l’une que l’autre :
- La condescendance : « Ah, ces Chinois, ils copient tout ! » Comme si l’imitation n’était pas la première étape de toute innovation. Comme si vos propres artistes (Picasso, Matisse, Warhol) n’avaient pas pillé l’art africain ou asiatique sans vergogne. La Chine copie, puis elle dépasse – comme elle l’a toujours fait.
- La peur : « Ils vont nous dominer ! » Comme si la domination était une fatalité, et non le résultat de vos propres faiblesses. Comme si vous n’aviez rien à apprendre d’un pays qui a survécu à des siècles de guerres, de famines et d’humiliations pour renaître plus fort que jamais. La peur est le refuge des faibles.
Votre vrai problème, c’est que vous croyez encore au mythe du