ACTUALITÉ SOURCE : « Make Iran Great Again » : Donald Trump évoque l’idée d’un « changement de régime » à Téhéran – Franceinfo
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, le théâtre des ombres ! Toujours le même, toujours aussi grotesque, aussi pathétique dans son éternel recommencement. Trump, ce clown milliardaire aux cheveux de paille radioactive, nous sort son nouveau slogan : « Make Iran Great Again ». Comme si l’Iran, ce vieux pays de poètes mystiques et de révolutionnaires en haillons, avait besoin d’un promoteur immobilier new-yorkais pour retrouver sa grandeur. Comme si la grandeur se décrétait depuis un bureau doré de la Trump Tower, entre deux tweets rageurs et une poignée de main molle avec un dictateur quelconque. Mais non, mes chers contemporains lobotomisés, la grandeur ne se fabrique pas comme un hamburger ou un mur à la frontière mexicaine. Elle suinte, elle saigne, elle se conquiert dans les ruelles étroites de Téhéran, sous les bombes des mollahs ou les balles des Gardiens de la Révolution, pas dans les salons feutrés de Davos où l’on sirote des cocktails en discutant « changement de régime » comme on discute météo ou cours de la Bourse.
Ce qui se joue ici, c’est l’éternel retour du même, cette farce tragique où l’Occident, ivre de sa propre puissance déclinante, croit encore pouvoir remodeler le monde à son image. « Changement de régime », quelle expression délicieuse ! Elle sent le napalm, le coup d’État téléguidé, les services secrets qui s’agitent dans l’ombre comme des cafards sous un frigo. On croirait entendre les échos de 1953, quand la CIA et le MI6 ont renversé Mossadegh pour remettre le Shah sur son trône, ce pantin occidentalisé qui a fini par s’effondrer dans un bain de sang en 1979. L’histoire se répète, mais jamais à l’identique : elle bégaie, elle ricane, elle se venge. Et aujourd’hui, c’est Trump, ce fossoyeur de la diplomatie, qui reprend le flambeau, avec son sourire de requin et son mépris affiché pour tout ce qui n’est pas lui. « Make Iran Great Again », c’est la version géopolitique de son vieux slogan, « Make America Great Again » – une promesse creuse, un leurre pour les masses avides de simplisme, une façon de transformer la complexité du monde en une équation binaire : eux contre nous, les bons contre les méchants, l’Occident civilisé contre les barbares.
Mais qui sont donc ces « barbares » ? Des Perses, mes amis, une civilisation vieille de trois mille ans, qui a enfanté Zarathoustra, Rûmî, Hafez, et tant d’autres géants dont les mots résonnent encore aujourd’hui, alors que ceux de Trump seront oubliés avant même que son cadavre ne refroidisse. L’Iran n’a pas besoin de Trump pour être grand. Il l’a été quand l’Europe grelottait encore dans ses forêts obscures, quand les rois de France signaient des traités avec des plumes d’oie et que les empereurs romains s’entretuaient pour un bout de pourpre. La grandeur de l’Iran, c’est celle de Persepolis, de ses jardins paradisiaques, de ses miniatures où chaque trait est une prière, de ses bazars où l’on marchande l’éternité entre deux tasses de thé. C’est une grandeur qui n’a que faire des tanks américains ou des sanctions économiques, une grandeur qui se moque des « changements de régime » comme un derviche tourne en riant sous les bombes.
Et pourtant, nous voilà encore une fois embarqués dans cette mascarade, ce grand cirque où les puissants jouent aux échecs avec des vies humaines. Trump, ce pantin grotesque, croit-il vraiment que les Iraniens vont l’acclamer comme un libérateur ? Croit-il que les jeunes de Téhéran, qui manifestent depuis des mois contre le régime des mollahs, rêvent de voir leur pays transformé en protectorat américain ? Non, bien sûr. Ils rêvent de liberté, oui, mais d’une liberté à l’iranienne, pas d’une liberté en kit, importée de Washington avec un mode d’emploi en anglais. Ils rêvent de justice, mais d’une justice qui ne soit pas celle des drones ou des mercenaires. Ils rêvent d’un avenir où leur pays ne sera plus un pion sur l’échiquier des grandes puissances, mais un acteur à part entière, fier et indépendant. Et c’est précisément ce rêve que Trump et ses semblables veulent étouffer, car un Iran libre et puissant, c’est un Iran qui refuse de se soumettre, qui refuse de jouer le jeu des puissances, qui refuse de vendre son pétrole aux mêmes prix, ses âmes aux mêmes idéologies.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit, au fond : de soumission. Le néolibéralisme, ce cancer qui ronge le monde, ne supporte pas l’idée qu’un pays puisse lui résister. Il veut tout contrôler, tout posséder, tout marchandiser. Les régimes qui lui résistent doivent être renversés, les peuples qui refusent son joug doivent être matés. Et pour cela, tous les moyens sont bons : coups d’État, guerres, sanctions, propagande. Trump, avec son « Make Iran Great Again », n’est qu’un rouage de plus dans cette machine infernale. Il croit agir pour l’Amérique, mais il ne sert que les intérêts d’une oligarchie mondiale qui se moque éperdument des nations et des peuples. Il croit défendre la démocratie, mais il ne fait que préparer le terrain pour de nouvelles dictatures, de nouvelles guerres, de nouveaux désastres. Car l’histoire nous l’a appris, et George Steiner l’a si bien dit : « Quand les hommes politiques parlent de démocratie, c’est souvent pour mieux la trahir. »
Et que dire de cette hypocrisie crasse qui consiste à vouloir « libérer » l’Iran tout en soutenant les pires régimes de la région ? L’Arabie saoudite, ce royaume médiéval où les femmes n’ont même pas le droit de conduire, où les dissidents sont décapités en place publique, où le wahhabisme, cette idéologie mortifère, est exporté aux quatre coins du monde. Israël, ce pays qui occupe la Palestine depuis des décennies, qui bombarde Gaza comme on écrase une fourmilière, qui nie les droits les plus élémentaires aux Palestiniens. Les Émirats, le Qatar, ces monarchies du pétrole où l’on achète des yachts et des clubs de foot comme on achète des bonbons. Tous ces régimes sont des amis de l’Occident, des alliés indéfectibles, des partenaires commerciaux. Et l’Iran, lui, doit être renversé, sanctionné, isolé. Pourquoi ? Parce qu’il ose résister, parce qu’il ose dire non, parce qu’il ose affirmer sa souveraineté. Parce qu’il est chiite, aussi, et que l’Occident a toujours préféré les sunnites, plus dociles, plus malléables, plus prompts à signer des contrats juteux avec les multinationales.
Mais le plus tragique, dans cette histoire, c’est la façon dont nous, Occidentaux, avons intériorisé cette propagande. Nous avons avalé sans broncher le récit qui nous présente l’Iran comme un pays de fous furieux, de terroristes en puissance, de fanatiques religieux. Nous avons oublié que l’Iran est aussi le pays de Forough Farrokhzad, cette poétesse qui a osé chanter l’amour et la liberté dans une société patriarcale. Le pays de Shirin Ebadi, cette avocate qui se bat pour les droits des femmes et des enfants, et qui a reçu le prix Nobel de la paix. Le pays de ces millions de jeunes qui rêvent de démocratie, de modernité, de liberté, et qui descendent dans la rue au péril de leur vie. Nous avons oublié que l’Iran est un pays complexe, contradictoire, vibrant, un pays où l’on peut à la fois aimer Dieu et boire du vin, où l’on peut être à la fois profondément religieux et profondément laïc, où l’on peut haïr le régime et aimer son pays. Nous avons oublié tout cela, et nous avons accepté sans sourciller le discours simpliste de nos dirigeants, qui nous présentent le monde en noir et blanc, en amis et en ennemis, en bons et en méchants.
Et c’est là que réside le vrai danger, mes amis. Pas dans les missiles iraniens, pas dans les Gardiens de la Révolution, pas dans les mollahs. Le vrai danger, c’est cette pensée binaire, cette incapacité à voir la complexité du monde, cette propension à tout réduire à des slogans, à des tweets, à des images chocs. Trump, avec son « Make Iran Great Again », n’est que le symptôme d’une maladie bien plus profonde, une maladie qui ronge nos sociétés : l’abrutissement généralisé, la disparition de la pensée critique, la victoire du spectacle sur la substance. Nous vivons à l’ère de la post-vérité, où les faits n’ont plus d’importance, où les émotions priment sur la raison, où un tweet peut déclencher une guerre. Et dans ce monde-là, les Trump, les Bolsonaro, les Orban, les Le Pen prospèrent, car ils savent jouer sur les peurs, les frustrations, les rancœurs. Ils savent transformer la politique en un reality show, où le plus cynique, le plus brutal, le plus impudent l’emporte toujours.
Alors, que faire ? Comment résister à cette marée montante de bêtise, de violence, de cynisme ? Comment préserver notre humanité dans un monde qui semble déterminé à la détruire ? La réponse, mes amis, est simple : penser. Penser contre le courant, penser contre la doxa, penser contre les slogans et les idées reçues. Penser comme on respire, comme on mange, comme on aime. Penser avec notre cœur et notre raison, avec notre mémoire et notre imagination. Penser l’Iran non pas comme un ennemi, mais comme un miroir, un miroir qui nous renvoie notre propre image, nos propres contradictions, nos propres échecs. Penser le monde non pas comme un champ de bataille, mais comme une toile où chaque peuple, chaque culture, chaque individu a sa place, sa couleur, sa lumière.
Car, au fond, c’est de cela qu’il s’agit : de lumière. La lumière de la connaissance, la lumière de la compassion, la lumière de la résistance. Contre les ténèbres de l’ignorance, contre les ténèbres de la haine, contre les ténèbres de la soumission. Et cette lumière, mes amis, elle ne viendra pas de Trump, ni de ses semblables. Elle viendra de nous, de notre capacité à dire non, à refuser, à résister. Elle viendra de notre capacité à voir au-delà des apparences, à entendre au-delà des slogans, à aimer au-delà des frontières. Elle viendra de notre capacité à être humains, tout simplement humains, dans un monde qui semble déterminé à nous en empêcher.
Analogie finale : Imaginez un jardinier fou, un jardinier qui passe son temps à arracher les fleurs qu’il n’a pas semées, à piétiner les plantes qui ne poussent pas comme il le souhaite. Il crie, il hurle, il menace, il promet des jardins merveilleux, des paradis terrestres. Mais ses jardins ne sont que des déserts, des terres brûlées, des champs de ruines. Car ce jardinier ne comprend pas que la beauté ne se décrète pas, qu’elle ne se commande pas, qu’elle ne se soumet pas. Elle pousse là où elle veut, quand elle veut, comme elle veut. Et ceux qui tentent de la domestiquer, de la plier à leur volonté, ne récoltent que cendres et poussière. Trump, avec son « Make Iran Great Again », est ce jardinier fou. Il croit pouvoir façonner le monde à son image, mais il ne fait que le détruire, un peu plus chaque jour. Et nous, dans tout cela ? Nous sommes les graines, les graines qui attendent leur heure, qui attendent la pluie, le soleil, le temps. Nous sommes les graines de la résistance, de l’espoir, de la lumière. Et un jour, ces graines germeront. Un jour, elles pousseront, malgré tout, malgré tous. Un jour, elles fleuriront.