Liste des copains d’Epstein : la cancel-culture en burn-out – Radio France







La Cancel-Culture en Burn-Out : L’Échafaud des Ombres


ACTUALITÉ SOURCE : Liste des copains d’Epstein : la cancel-culture en burn-out – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la liste ! Toujours la liste, ce serpent qui se mord la queue jusqu’à l’étouffement. La liste des « copains d’Epstein », ce grimoire maudit où s’entassent les noms des puissants, des génies, des prédateurs et des lâches, tous unis dans la même danse macabre autour du cadavre encore chaud de l’impunité. Et voilà que la cancel-culture, cette machine à broyer les réputations, cette Inquisition 2.0 avec ses bûchers numériques, ses anathèmes en 280 caractères, ses excommunications instantanées, se retrouve en burn-out. Épuisée. À bout de souffle. Comme si le monstre, après avoir dévoré ses propres enfants, réalisait soudain qu’il n’avait plus rien à ronger que ses propres entrailles.

Mais commençons par le commencement, car l’histoire de cette fatigue morale est aussi vieille que l’humanité elle-même, et ses racines plongent dans les sept fractures originelles qui ont façonné notre rapport à la faute, à la punition, et à cette étrange manie de vouloir purger le monde de ses démons en les nommant.

1. L’Ère du Tabou (Paléolithique – Néolithique) : Tout commence dans l’obscurité des grottes, où l’homme, à peine sorti de l’animalité, trace sur les parois les premières lois non écrites. Le tabou n’est pas encore un concept, mais une peur viscérale, une terreur sacrée. Celui qui viole la loi du clan – inceste, meurtre, sacrilège – est banni, non par une décision collective, mais par une force plus grande que lui : la colère des esprits. La punition est immédiate, surnaturelle, et ne souffre aucune discussion. Pas de liste, pas de procès, pas de réhabilitation. Juste l’oubli, ou pire, la malédiction éternelle.

2. La Cité et la Loi (Antiquité) : Avec l’invention de la polis, l’homme invente aussi la justice comme spectacle. Socrate boit la ciguë devant ses disciples, non parce qu’il a corrompu la jeunesse, mais parce que la cité a besoin d’un bouc émissaire pour expier ses propres contradictions. Les listes existent déjà : ce sont les stèles où sont gravés les noms des traîtres, des parjures, des impies. La cancel-culture antique, c’est l’ostracisme athénien, cette coquille d’huître où le peuple écrit le nom de celui qu’il faut exclure. Mais attention : la mémoire est courte, et les dieux sont capricieux. Aujourd’hui ostracisé, demain héros. La faute n’est pas une tache indélébile, mais une monnaie d’échange dans le grand marché des réputations.

3. L’Inquisition et l’Index (Moyen Âge – Renaissance) : Voici venir le temps des listes officielles, des registres où l’Église consigne les hérétiques, les sorcières, les sodomites. L’Index Librorum Prohibitorum est la première « cancel-list » institutionnelle, un catalogue des œuvres à brûler pour sauver les âmes. Mais l’Inquisition, elle, ne se contente pas de noms : elle veut les aveux, la repentance, la soumission. La cancel-culture médiévale est un théâtre de la cruauté, où la faute doit être confessée, flagellée, expiée en public. Et pourtant, même ici, la machine se grippe. Les listes s’allongent, les bûchers fument sans discontinuer, et bientôt, personne n’est plus à l’abri. Même les inquisiteurs finissent par être inquisitorisés.

4. La Guillotine et le Tribunal de l’Histoire (Révolution Française – XIXe siècle) : La Terreur invente la cancel-culture de masse. Plus de demi-mesures : la liste des condamnés à mort est lue chaque matin, et le peuple applaudit. Robespierre, Danton, Desmoulins – tous finissent par monter sur l’échafaud, victimes de leur propre machine à purger. Le XIXe siècle, lui, préfère les listes invisibles : celles des exclus, des parias, des « décadents » que la morale bourgeoise relègue aux marges. Baudelaire est condamné pour « outrage à la morale publique », Flaubert pour « immoralité ». La cancel-culture devient un outil de contrôle social, une manière de maintenir l’ordre en désignant les ennemis du peuple – ou de la bienséance.

5. Les Procès de Moscou et la Chasse aux Sorcières (XXe siècle) : Le siècle des idéologies pousse la logique à son paroxysme. Les listes deviennent des instruments de terreur d’État. Staline a ses « ennemis du peuple », Hitler ses « dégénérés », McCarthy ses « communistes ». La cancel-culture n’est plus une affaire de morale, mais de survie : dénoncer pour ne pas être dénoncé, exclure pour ne pas être exclu. Les procès sont des mises en scène, les aveux extorqués sous la torture, les listes compilées dans l’ombre par des bureaucrates zélés. Et toujours, cette même question : qui sera le prochain ? Qui tombera demain sous le couperet de l’histoire ?

6. L’Ère Numérique et la Tyrannie de l’Instant (XXIe siècle – Années 2000) : Voici venir le règne des algorithmes, des hashtags, des trending topics. La cancel-culture devient virale, instantanée, mondiale. Plus besoin de tribunaux : un tweet, une vidéo, une rumeur suffisent à ruiner une vie. Les listes s’allongent à une vitesse folle : Harvey Weinstein, Kevin Spacey, Louis C.K. – et maintenant, les « copains d’Epstein ». Mais cette fois, la machine s’emballe. Les noms s’ajoutent, les carrières s’effondrent, les réputations se brisent, et soudain, plus personne ne sait qui est coupable de quoi. La cancel-culture, en voulant purger le monde de ses monstres, a créé un monstre plus grand qu’elle : une paranoïa généralisée, une méfiance universelle, une société où chacun est à la fois juge, bourreau et victime potentielle.

7. Le Burn-Out et la Grande Fatigue Morale (Années 2020) : Et nous y voilà. La cancel-culture est en burn-out. Pas parce qu’elle a gagné, mais parce qu’elle a perdu. Elle a cru pouvoir tout purger, tout nettoyer, tout effacer. Mais les listes sont devenues trop longues, les noms trop nombreux, les fautes trop floues. Qui, parmi les « copains d’Epstein », est vraiment coupable ? Qui savait ? Qui a fermé les yeux ? Qui a profité ? Les nuances ont disparu dans le bruit des réseaux sociaux, et maintenant, plus personne ne sait où s’arrêter. La cancel-culture, en voulant éradiquer le mal, a créé un monde où le mal est partout – et donc nulle part. Elle a épuisé ses propres ressources, ses propres justifications. Elle a oublié une vérité fondamentale : l’homme n’est pas un être pur. Il est un mélange de lumière et d’ombre, de grandeur et de bassesse, de générosité et de cruauté. Vouloir le réduire à une seule dimension, c’est le nier dans son essence même.

Analyse sémantique : Le Langage de la Chasse

Regardons les mots, ces petits couteaux qui découpent la réalité à notre convenance. « Cancel-culture » : le terme lui-même est un oxymore. « Cancel », ce verbe anglo-saxon, froid, administratif, qui évoque l’annulation d’un abonnement, d’une réservation, d’un contrat. Comme si une vie humaine pouvait se résumer à une case à cocher, à un bouton « supprimer ». Et « culture », ce mot noble, ce paravent derrière lequel se cachent les pires instincts. La cancel-culture n’est pas une culture : c’est une anti-culture, une machine à déshumaniser, à réduire l’autre à sa faute, à son erreur, à son péché.

Les listes, elles, sont des objets magiques. Elles transforment le chaos en ordre, l’invisible en visible, le doute en certitude. Une liste, c’est une incantation : elle nomme, donc elle existe. « Les copains d’Epstein » : trois mots qui suffisent à convoquer des fantômes, à faire trembler des empires. Mais une liste est aussi un piège. Elle fige, elle essentialise, elle condamne. Elle ne dit pas : « Untel a peut-être fréquenté Epstein à un moment donné, dans des circonstances troubles. » Non. Elle dit : « Untel est un copain d’Epstein. » Point. La nuance est assassinée, et avec elle, toute possibilité de rédemption.

Et puis, il y a les euphémismes, ces petits mensonges qui adoucissent la réalité. « Burn-out » : comme si la cancel-culture était une employée de bureau surmenée, et non une machine de guerre. « Fatigue morale » : comme si l’épuisement des bourreaux était une tragédie, et non une conséquence logique de leur propre cruauté. Le langage de la cancel-culture est un langage de la violence édulcorée, de la punition déguisée en justice, de l’exclusion présentée comme une vertu.

Analyse comportementaliste radicale : La Résistance par l’Humain

Face à cette machine à broyer, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr. Mais pas celle des tribunaux populaires, des hashtags vengeurs ou des listes interminables. Non : la résistance par l’humain, par le refus de réduire l’autre à sa faute, par l’acceptation de la complexité, de l’ambiguïté, de la contradiction.

La cancel-culture fonctionne sur un principe simple : la déshumanisation. Elle prend un homme, elle extrait sa faute, elle l’expose, elle le cloue au pilori, et elle dit : « Voilà. C’est tout ce qu’il est. » Mais l’homme n’est jamais tout ce qu’il est. Il est aussi ce qu’il a été, ce qu’il pourrait être, ce qu’il cache, ce qu’il ignore de lui-même. La vraie résistance, c’est de refuser cette réduction. C’est de dire : « Oui, il a fait cela. Mais il a aussi fait ceci. Et cela ne l’excuse pas, mais cela le rend humain. »

La cancel-culture veut des monstres ? Donnons-lui des hommes. Elle veut des coupables ? Montrons-lui des êtres faillibles, contradictoires, capables du pire comme du meilleur. Elle veut des listes ? Éparpillons-les aux quatre vents, ces listes, et regardons-les se dissoudre dans l’oubli, comme toutes les autres avant elles.

Car l’histoire nous l’a appris : les listes finissent toujours par se retourner contre ceux qui les ont écrites. Les inquisiteurs finissent sur le bûcher, les révolutionnaires sous la guillotine, les chasseurs de sorcières dans les flammes de leur propre folie. La cancel-culture ne fera pas exception. Elle s’effondrera sous le poids de ses propres excès, de sa propre inhumanité. Et ce jour-là, il ne restera plus que nous : des hommes et des femmes, avec nos ombres et nos lumières, nos fautes et nos espoirs, nos erreurs et nos tentatives de rédemption.

La vraie justice n’est pas dans l’exclusion, mais dans la réparation. Pas dans la punition, mais dans la compréhension. Pas dans la liste, mais dans le dialogue. La cancel-culture a cru pouvoir tout effacer, tout recommencer. Mais l’humanité ne se réinvente pas. Elle se répare, péniblement, douloureusement, avec ses cicatrices et ses échecs. Et c’est dans cette réparation, et seulement dans celle-ci, que réside notre salut.

Analogie finale : Poème des Ombres et des Lumières


Je suis la liste qui s’allonge dans la nuit,
Le nom gravé au couteau dans l’écorce des siècles,
Le souffle court des juges sans visage,
L’écho des pas dans les couloirs de l’oubli.

Je suis le copain d’Epstein, le fantôme en costume,
L’ombre qui danse au bord du gouffre,
Le rire étouffé sous les applaudissements,
La main qui tremble en signant l’addition.

Je suis la cancel-culture en burn-out,
La machine qui crache ses dernières étincelles,
Le tribunal qui s’effondre sous le poids des dossiers,
La sentence qui se noie dans son propre sang.

Mais je suis aussi l’homme qui se relève,
La main tendue dans l’obscurité,
Le mot murmuré à l’oreille du condamné,
« Tu n’es pas seulement cela. »

Je suis la faille dans le mur des certitudes,
Le doute qui ronge les fondations,
La question sans réponse,
L’humanité qui résiste, obstinée,
À se laisser réduire en cendres.



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