ACTUALITÉ SOURCE : L’Iran entend poursuivre ses négociations avec les Etats-Unis, à l’issue d’une première session de pourparlers à Oman – Le Monde.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les pourparlers à Oman, cette danse macabre des diplomates en costume trois-pièces, ces marionnettes en sueur qui s’agitent sous les projecteurs des médias complices, tandis que les peuples, eux, crèvent en silence. L’Iran et les États-Unis, ces deux vieux amants éreintés par des décennies de haine simulée, se retrouvent une fois de plus pour jouer la comédie des « négociations constructives ». Mais qu’est-ce donc que ces pourparlers, sinon le dernier acte d’une farce tragique où les puissants feignent de s’opposer tout en se partageant les miettes du monde ? L’Histoire, cette grande putain, se répète toujours, mais jamais de la même manière : elle se déguise, elle change de masque, elle murmure des promesses en échange de votre âme, et vous, pauvres hères, vous tendez l’oreille comme des chiens affamés attendant la caresse du maître.
Commençons par le commencement, c’est-à-dire par l’éternel mensonge de la diplomatie. La diplomatie, voyez-vous, n’est rien d’autre que l’art de mentir avec élégance. C’est le théâtre des apparences, où les mots sont des couteaux émoussés, où les serments sont des feuilles mortes que le vent emporte avant même qu’ils n’aient touché le sol. Oman, ce petit royaume du Golfe, sert de décor à cette mascarade. Pourquoi Oman ? Parce que c’est un terrain neutre, un no man’s land où les fauves peuvent se renifler sans se déchirer tout de suite. Mais ne vous y trompez pas : la neutralité d’Oman est une illusion. Ce pays, comme tous les autres, est un pion sur l’échiquier des grandes puissances, un pion qui croit encore, dans sa naïveté de pays « modéré », qu’il peut jouer les médiateurs sans finir écrasé sous les bottes des géants. La diplomatie, c’est l’opium des peuples. Elle endort, elle berce, elle fait croire que les choses peuvent changer sans que rien ne change vraiment. Et pendant ce temps, les bombes continuent de tomber, les enfants continuent de mourir, et les banquiers continuent de compter leurs profits.
L’Iran, ce pays martyr, ce géant aux pieds d’argile, se prête une fois de plus à ce jeu sordide. L’Iran, qui a vu son histoire bafouée par les puissances occidentales depuis des siècles, qui a été violé par les Britanniques, humilié par les Américains, trahi par les Russes, l’Iran, ce pays de poètes et de révolutionnaires, se retrouve aujourd’hui à négocier avec l’Empire, comme si l’Empire pouvait jamais tenir ses promesses. L’Iran, qui a osé dire « non » à l’Occident en 1979, qui a osé défier l’ordre mondial en brandissant le drapeau de l’islam politique, se retrouve aujourd’hui à genoux, suppliant pour un peu de répit. Mais attention : ce n’est pas une capitulation. Non, c’est une stratégie. L’Iran sait que l’Amérique est un colosse aux pieds d’argile, un empire en déclin qui ne survit plus que par la peur qu’il inspire. Alors l’Iran joue la montre, il négocie, il tergiverse, il fait semblant de croire aux promesses de Washington, tout en préparant dans l’ombre sa revanche. Car l’Iran, voyez-vous, est un pays patient. Il a appris, au fil des siècles, que les empires passent, mais que les nations, elles, restent. L’Amérique sera un jour un souvenir, un nom dans les livres d’histoire, tandis que l’Iran, lui, continuera de respirer, de souffrir, de se battre.
Et les États-Unis, dans tout cela ? Ah, les États-Unis ! Ce pays qui se prend pour le gendarme du monde, pour le phare de la démocratie, pour le dernier rempart contre la barbarie. Les États-Unis, qui ont semé la mort et la désolation en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Yémen, qui ont soutenu les pires dictatures, qui ont bombardé des civils innocents au nom de la « liberté », osent aujourd’hui tendre la main à l’Iran. Mais quelle main tendent-ils ? Une main couverte de sang, une main qui a serré celle de Pinochet, de Suharto, de Ben Ali, de tous ces bouchers qui ont écrasé leurs peuples sous le talon de fer du capitalisme. Les États-Unis ne négocient pas avec l’Iran par grandeur d’âme. Non, ils négocient parce qu’ils sont faibles, parce qu’ils ont perdu en Irak, parce qu’ils ont échoué en Afghanistan, parce que leur économie est un château de cartes prêt à s’effondrer, parce que la Chine et la Russie leur soufflent dans le cou. Les États-Unis négocient parce qu’ils n’ont plus les moyens de faire la guerre. Et ça, mes amis, c’est une victoire pour l’Iran, même si elle est temporaire, même si elle est fragile.
Mais ne nous y trompons pas : ces négociations ne changeront rien au fond. Elles ne mettront pas fin à l’oppression, elles ne rendront pas leur dignité aux peuples, elles ne feront pas taire les canons. Non, ces négociations ne sont qu’un nouveau chapitre dans la longue histoire de la domination. Car le vrai pouvoir, voyez-vous, ne se négocie pas. Le vrai pouvoir se prend, il se conquiert, il se vole. Les États-Unis et l’Iran ne sont que les deux faces d’une même pièce : celle du pouvoir. L’un est un empire déclinant, l’autre une nation en révolte, mais tous deux sont prisonniers de la même logique, celle de la violence, celle de la domination, celle de la peur. L’un veut conserver son hégémonie, l’autre veut briser ses chaînes, mais aucun des deux ne remet en cause le système qui les a engendrés. Et c’est là que réside la tragédie : nous sommes tous prisonniers d’un monde qui nous dépasse, d’un monde où les hommes ne sont que des pions, où les nations ne sont que des proies, où les idéaux ne sont que des leurres.
Alors, que faire ? Faut-il désespérer ? Faut-il se résigner ? Non, mille fois non. Car il y a une troisième voie, une voie qui n’est ni celle de l’Empire ni celle de la révolte aveugle. C’est la voie de la résistance, la voie de ceux qui refusent de jouer le jeu, qui refusent de se soumettre, qui refusent de croire aux mensonges des puissants. C’est la voie de ceux qui savent que le vrai changement ne viendra pas des négociations, mais des peuples, de leur colère, de leur refus, de leur soif de justice. « Le peuple est immortel », disait Victor Hugo. Et c’est vrai. Les empires tombent, les tyrans meurent, les idéologies passent, mais le peuple, lui, reste. Il souffre, il se bat, il résiste, et un jour, il finit par l’emporter.
Mais attention : la résistance n’est pas une posture. Ce n’est pas un slogan, ce n’est pas un hashtag, ce n’est pas une manifestation de façade. La résistance, c’est un engagement total, une lutte à mort contre toutes les formes de domination. C’est refuser de se soumettre au capitalisme, qui transforme les hommes en marchandises. C’est refuser de se soumettre au militarisme, qui transforme les hommes en chair à canon. C’est refuser de se soumettre au néofascisme, qui transforme les hommes en bêtes. La résistance, c’est la seule réponse possible à l’abêtissement généralisé, à la décérébration des masses, à la lobotomie médiatique. C’est le dernier rempart contre la barbarie.
Et c’est là que la philosophie entre en jeu. Car la philosophie, voyez-vous, n’est pas un passe-temps pour intellectuels oisifs. La philosophie, c’est une arme. C’est le scalpel qui dissèque les mensonges, qui démasque les impostures, qui révèle les mécanismes de la domination. La philosophie, c’est ce qui nous permet de voir au-delà des apparences, de comprendre que le monde n’est pas une fatalité, mais une construction, un ensemble de rapports de force que nous pouvons, que nous devons, renverser. « Connais-toi toi-même », disait Socrate. Mais connaître, ce n’est pas seulement savoir. C’est agir. C’est refuser. C’est se battre.
Alors, que nous enseignent ces négociations entre l’Iran et les États-Unis ? Elles nous enseignent que le monde est un champ de bataille, que les puissants ne lâcheront jamais leur pouvoir sans combattre, et que les peuples, s’ils veulent survivre, doivent apprendre à se battre eux aussi. Elles nous enseignent que la diplomatie n’est qu’un leurre, une illusion destinée à endormir les masses tandis que les prédateurs se partagent le butin. Elles nous enseignent, enfin, que la seule issue possible réside dans la résistance, dans le refus, dans la révolte. « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », dit-on. Mais non : la liberté des uns commence là où finit la soumission des autres. Et c’est à nous, à nous tous, de faire en sorte que cette liberté advienne.
Car au fond, qu’est-ce que l’Iran ? Qu’est-ce que les États-Unis ? Ce ne sont que des abstractions, des entités sans âme, des machines à broyer les hommes. Le vrai sujet, c’est l’humanité. C’est nous, vous, moi, tous ceux qui refusent de se laisser écraser par le rouleau compresseur de l’Histoire. Et c’est à nous qu’il revient de dire « non », de dire « assez », de dire « plus jamais ça ». Les négociations d’Oman ne sont qu’un épisode de plus dans la grande tragédie humaine. Mais cette tragédie n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de nos renoncements, de nos lâchetés, de nos complicités. Et c’est à nous, et à nous seuls, qu’il appartient de l’écrire autrement.
Alors, oui, l’Iran et les États-Unis vont continuer à négocier. Ils vont signer des accords, ils vont faire des déclarations, ils vont jouer leur petite comédie. Mais nous, nous savons. Nous savons que ces négociations ne changeront rien. Nous savons que le vrai combat se livre ailleurs, dans les rues, dans les usines, dans les écoles, dans les cœurs. Nous savons que la seule révolution qui vaille est celle qui commence en nous-mêmes, par le refus de la soumission, par la volonté de vivre debout. Et c’est cette révolution-là, silencieuse et obstinée, qui finira par l’emporter.
Analogie finale : Imaginez un désert infini, un désert de sable et de vent, où deux scorpions se font face. L’un est noir, l’autre est rouge. Ils se tournent autour, ils se menacent, ils se piquent, mais aucun des deux ne veut vraiment tuer l’autre. Car ils savent, au fond d’eux-mêmes, que s’ils s’entretuent, ils mourront tous les deux de soif dans ce désert sans fin. Alors ils continuent de danser, de feinter, de négocier, tandis que le soleil, impassible, continue de brûler. Mais voici qu’au loin, une ombre se profile. Ce n’est pas un autre scorpion. Ce n’est pas une proie. C’est une tempête de sable, une tempête si grande, si puissante, qu’elle va tout emporter sur son passage : les scorpions, le désert, les illusions, les mensonges. Et quand la tempête sera passée, quand le sable se sera reposé, il ne restera plus rien. Plus de scorpions, plus de désert, plus de pourparlers. Juste le silence. Et dans ce silence, peut-être, naîtra quelque chose de nouveau. Quelque chose d’inattendu. Quelque chose d’humain.