Lexique de l’univers de Marcel Aurange


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Ce document est un lexique thématique conçu pour explorer l’univers de l’artiste Marcel Aurange de manière simple et accessible. Il s’agit d’une porte d’entrée pour le néophyte, permettant de décrypter les concepts clés, les lieux emblématiques et la philosophie qui animent l’œuvre d’un créateur hors-norme. Artiste total, mémoire vivante de l’underground parisien, Marcel Aurange a bâti une carrière puissante et souterraine dont ce lexique révèle les strates les plus importantes.

1. L’Artiste et sa Vision : Comprendre le Créateur

1.1. Polyplasticien Environnement-Mental

Marcel Aurange se définit lui-même par ce néologisme qui capture l’essence de sa démarche. Le terme joue sur un double sens : il renvoie à la fois à son « environnement mental » (son monde intérieur, son érudition) et à son « environnement social », le contexte dans lequel il crée. Cette définition reflète parfaitement son travail, qui utilise les matériaux récupérés dans l’espace urbain pour les transformer au sein du cadre collectif et militant des squats, ces « bateaux pirates » qu’il habitera comme un « Apache dans la ville ».

1.2. Photographe à la main

Née d’un manque de moyens financiers pour acheter un appareil photo, cette technique est devenue sa signature. Plus qu’une simple méthode, c’est la pratique d’un véritable « reporter graphique de l’underground » qui capture le réel avec une rigueur quasi scientifique. Son processus se décompose en trois étapes fondamentales :

1. L’Instantané « à la Japonaise » : Aurange assiste à un spectacle par semaine et dessine sur le vif, croquant l’instant, les mouvements des danseurs ou des comédiens. Il capture « l’œuvre d’art vivante » avec la rapidité et la précision d’un cliché photographique, produisant entre 5 et 20 dessins par session.

2. Le Développement Sériel : De retour à l’atelier, il traite ses croquis comme un photographe développerait ses pellicules. Il travaille par séries, appliquant une couleur sur l’ensemble des dessins, puis effectuant les contours sur tous, dans un processus « comme en laboratoire photo » qui unifie la collection.

3. La Maîtrise de la Lumière : Inspiré par les vitraux de la cathédrale de Chartres et les clairs-obscurs de Goya, il sculpte l’image en travaillant par « retrait du blanc ». Il part du principe fondamental que « toute image est lumière, et l’œil va là où est la lumière », créant ainsi des « voies migratoires » pour guider le regard du spectateur.

1.3. Surréalisme

Le Surréalisme est la révélation fondatrice de Marcel Aurange, découverte à l’âge de 14 ans sous l’impulsion de son père. Pour lui, ce mouvement n’est pas une simple école artistique, mais une philosophie de vie qui consiste à se rappeler qu’« On peut voir les choses autrement. » Cette phrase paternelle est devenue la boussole de toute sa démarche créative.

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Cette vision artistique unique, née de la contrainte et de l’érudition, a trouvé son terreau le plus fertile dans les friches urbaines que Marcel Aurange a transformées en véritables cathédrales culturelles : les squats.

2. Les Lieux Emblématiques : Le Territoire des Squats

2.1. Le Squat Potin (1989-1991)

Le Squat Potin est le lieu fondateur et mythique du parcours de Marcel Aurange. Installé dans un ancien bâtiment d’Exposition Universelle, rue du Docteur Potin, il symbolise l’utopie concrète d’une génération.

  • L’origine du lieu : Un bâtiment de bois et de verre aux volumes immenses, vestige d’une ancienne Exposition Universelle, découvert dans une ruelle alors insalubre.

  • L’organisation créative : Le squat était un véritable centre culturel autogéré, avec une répartition par étages : la sculpture au rez-de-chaussée, la peinture au premier et le théâtre au troisième, créant une émulsion artistique totale.

  • L’ambiance : Les conditions de vie étaient précaires (« Pas de douche »), mais l’énergie collective primait, créant une atmosphère digne d’un film de Kusturica où « l’humanité devient belle parce que marginale et libre ». Fondé avec le groupe de l’Art Cloche, ce lieu a été immortalisé par le film « Nous Arzonaute » de Marie Décarnes.

2.2. Le « Village de squats »

Ce concept décrit le réseau de plus de 15 lieux autogérés que Marcel Aurange a contribué à fonder ou à animer. Fonctionnant comme un « bateau pirate » ou des « Apaches dans la ville », ce « village » non marchand était basé sur l’entraide, le refus du statut de consommateur et l’émulation créative.

Nom du Lieu

Personnes Associées (si mentionnées)

La Grange aux Belles (1995)

Pedro, Tiburce, Somine, Jean-Mi, SP38, Elco

Le Couvent des Récollets (1992)

Non spécifié

Le Squat Dubail (1991)

Non spécifié

Le Squat Matignon

Non spécifié, mais noter son paradoxe de vente aux riches collectionneurs

110 rue de la Jonquière (2003)

Macacq Troubadour

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Cette effervescence créative qui animait les squats ne se limitait pas aux murs ; elle infusait directement la nature collaborative de l’œuvre de Marcel Aurange.

3. L’Œuvre et le Collectif : Créer Ensemble

3.1. Une trace de pas ensemble !

Qualifiée de « chef-d’œuvre participatif », cette œuvre illustre parfaitement l’importance du collectif dans la vision d’Aurange. Le processus se déroule en deux temps : d’abord, il pose une toile au sol et invite le public à y marcher, à laisser l’empreinte de ses pieds, puis à dessiner à l’intérieur de ces traces. Ensuite, il finalise l’œuvre en peignant les espaces vides, transformant la trace collective en une véritable « poésie picturale ». L’un des exemples les plus marquants est le « Cheval rouge ailé », créé au squat du Bloc à partir de l’assemblage de ces pas.

3.2. Art Cloche

Ce collectif de squatteurs est le groupe avec lequel Marcel Aurange a fondé le mythique Squat Potin. Composé entre autres de Sara Chelou, Thierry Jarry, Brigitte Lebelle, Françoise Lautissier et Rachid le sculpteur, ce groupe ancre dès le début sa démarche artistique dans une dimension fondamentalement collective et militante.

3.3. Influences Artistiques

L’érudition de Marcel Aurange transparaît dans son trait, qui dialogue avec les grands maîtres de l’histoire de l’art. Son travail est un creuset d’influences multiples et assumées.

Dans son travail, on peut percevoir la profondeur d’espace et les corps insectoïdes de Roberto Matta, l’ossature d’Egon Schiele, l’abstraction décorative de Kandinsky ou encore les prismes éclatés de David Hockney.

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Derrière l’artiste, l’œuvre et le collectif se trouve l’homme, dont la philosophie de vie est un manifeste à elle seule.

4. L’Homme et sa Philosophie : Le Manifeste Vivant

4.1. Piss & Laught

C’est le mot, ou plutôt le mantra, qui définit le mieux Marcel Aurange. La traduction littérale (« Pisse et Rire ») cache une signification plus profonde qu’il résume par « Paix et Rire ». C’est une philosophie de vie libertaire, joyeuse et détachée.

4.2. Le Grand Tout Cosmique

Sa spiritualité rejette le Dieu individualisé du catéchisme pour embrasser une vision panthéiste d’un cycle cosmique. Il croit en un « grand tout cosmique », un retour de « poussière à poussière » où l’ego se dissout. Il médite, non pour se sauver, mais pour se dépasser soi-même.

4.3. Poétiser le Juron

Marcel Aurange transforme le langage pour en extraire la poésie et désamorcer la vulgarité, un art qu’il a appris « avec les enfants ». L’exemple le plus parlant est sa transformation du juron « putain » en « Potin », reliant ainsi son langage au lieu fondateur de son parcours. Avec humour, il avoue son seul regret linguistique : n’avoir trouvé que « À plus dans l’anus » comme rime en « -us ».


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