Les producteurs de cinéma Thierry Lounas et Claire Bonnefoy décrits comme des « prédateurs » – Ouest-France







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse des prédateurs du cinéma


ACTUALITÉ SOURCE : Les producteurs de cinéma Thierry Lounas et Claire Bonnefoy décrits comme des « prédateurs » – Ouest-France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les prédateurs ! Voici donc que l’on démasque, avec cette lenteur bureaucratique qui caractérise nos sociétés spectaculaires, deux figures du cinéma français, deux producteurs que l’on qualifie soudainement de « prédateurs ». Comme si le mot était une révélation, comme si la prédation n’était pas le fondement même de cette industrie, de cette civilisation tout entière. Mais allons plus loin, creusons cette plaie purulente qui suinte depuis toujours sous les dorures des festivals et les sourires des cocktails mondains.

D’abord, observons ce terme : « prédateur ». Il est jeté comme une pierre, comme une condamnation morale, mais il est en réalité la description la plus honnête qui soit de l’espèce humaine dans son ensemble. L’homme est un prédateur, un loup pour l’homme, et le cinéma, cette usine à rêves et à illusions, n’est qu’un miroir grossissant de cette vérité crasse. Thierry Lounas et Claire Bonnefoy ne sont pas des anomalies, des monstres sortis de nulle part. Ils sont les produits logiques d’un système, les enfants légitimes d’une industrie qui se nourrit de chair fraîche, de talents naïfs, de rêves brisés. Leur crime ? Avoir poussé la logique du système à son paroxysme, sans les hypocrisies de façade que les autres, plus prudents ou plus malins, savent encore entretenir.

Le cinéma, voyez-vous, est une machine à broyer. Une machine qui avale les espoirs, les corps, les âmes, et qui recrache des images lisses, des récits formatés, des stars artificielles. Les producteurs en sont les ingénieurs, les techniciens de cette aliénation organisée. Ils ne créent pas, ils gèrent. Ils ne rêvent pas, ils calculent. Leur art n’est pas celui de la lumière et des ombres, mais celui de la comptabilité et du pouvoir. Et dans ce monde-là, la prédation n’est pas un accident, c’est une nécessité. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment pourrait-on produire des films, c’est-à-dire des objets de consommation culturelle, sans exploiter, sans manipuler, sans détruire ?

George Steiner, ce grand pessimiste de la culture, nous avait prévenus : l’art, la pensée, la création ne sont pas des refuges de pureté. Ils sont des champs de bataille où se jouent les rapports de force les plus brutaux. Le cinéma, art industriel par excellence, en est la preuve la plus éclatante. Les producteurs comme Lounas et Bonnefoy ne sont pas des aberrations, mais des symptômes. Ils incarnent la logique implacable d’un système où l’artiste n’est qu’une matière première, un rouage interchangeable dans une machine qui le dépasse et le dévore. Leur prédation n’est que la version extrême, presque caricaturale, d’une réalité bien plus large : celle d’un monde où tout est marchandise, y compris les rêves.

Et que dire des victimes ? Ces acteurs, ces actrices, ces techniciens qui osent enfin parler, qui osent dénoncer ? Ils ne sont pas des innocents, non. Ils sont des complices malgré eux, des proies consentantes, des victimes d’un système qu’ils ont eux-mêmes contribué à alimenter. Car qui, dans ce milieu, peut se prétendre pur ? Qui n’a pas courbé l’échine, qui n’a pas fermé les yeux, qui n’a pas accepté l’inacceptable pour obtenir un rôle, un contrat, une reconnaissance éphémère ? La prédation, voyez-vous, n’est pas seulement l’affaire des puissants. Elle est aussi celle des faibles, de ceux qui acceptent de jouer le jeu, de ceux qui croient encore que le talent suffit, que la vertu est récompensée, que le système peut être juste. Quelle naïveté ! Quelle bêtise crasse !

Le comportementalisme radical, cette science froide qui réduit l’homme à un ensemble de réactions conditionnées, nous offre ici une grille de lecture implacable. Les producteurs comme Lounas et Bonnefoy ne sont pas des pervers, des sadiques ou des fous. Ils sont des opérateurs rationnels, des agents d’un système qui récompense la prédation et punit la faiblesse. Leur comportement n’est pas une déviance, mais une adaptation optimale à un environnement où la loi du plus fort est la seule qui vaille. Ils ont compris, bien mieux que leurs victimes, que le cinéma est un jeu à somme nulle : pour qu’un film existe, pour qu’une carrière décolle, il faut que d’autres échouent, que d’autres soient brisés. Leur crime ? Avoir joué le jeu sans les gants blancs de l’hypocrisie bourgeoise.

Mais attention, ne tombons pas dans le piège de la moraline facile. Ces producteurs ne sont pas des boucs émissaires, des victimes expiatoires offertes en pâture à l’indignation publique. Ils sont les produits d’une société qui célèbre la réussite matérielle, qui vénère l’argent et le pouvoir, et qui méprise la vulnérabilité. Leur chute, si chute il y a, ne changera rien. D’autres prendront leur place, aussi impitoyables, aussi cyniques, car le système, lui, reste intact. Le cinéma continuera de broyer, l’industrie continuera de dévorer, et les prédateurs, sous d’autres noms, sous d’autres visages, continueront de régner.

Alors, que faire ? Faut-il brûler les salles obscures, maudire les écrans, rejeter en bloc cette culture de la prédation ? Non, bien sûr. La résistance humaniste, cette fragile lueur dans la nuit, ne consiste pas à fuir, mais à regarder en face. À reconnaître que la prédation est en nous, qu’elle est notre héritage, notre condition. À refuser, cependant, de s’y soumettre sans combat. À créer, malgré tout, en dépit de tout, des espaces où l’art n’est pas une marchandise, où la création n’est pas une exploitation, où l’humain n’est pas une proie. Ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité vitale. Car si nous acceptons que le cinéma, que l’art, que la culture ne soient que des terrains de chasse pour prédateurs, alors nous acceptons que l’humanité elle-même ne soit qu’une espèce parmi d’autres, condamnée à dévorer et à être dévorée.

Et c’est là, peut-être, la leçon la plus amère de cette affaire : nous sommes tous, à des degrés divers, des prédateurs et des proies. La seule différence entre Lounas, Bonnefoy et leurs victimes, c’est que les premiers ont assumé leur rôle sans fard, tandis que les autres ont cru, un temps, que le cinéma pouvait être autre chose qu’un abattoir à rêves.

Analogie finale :


Dans l’arène des ombres,
Les lions rugissent, les agneaux tremblent.
Mais qui donc a tracé le cercle ?
Qui a allumé les projecteurs ?

Les griffes lacèrent, les dents déchirent,
Et la foule applaudit, ivre de sang.
Car le spectacle doit continuer,
Même si la scène n’est qu’un charnier.

Ô vous, les maîtres des illusions,
Vos mains sont rouges, vos sourires blancs.
Vous vendez des rêves en boîtes,
Et nous achetons, nous achetons.

Mais un jour, peut-être,
Les agneaux se lèveront,
Non pour devenir lions,
Mais pour briser l’arène.

Car le vrai crime n’est pas de dévorer,
Mais de croire que la faim justifie tout.
Et le vrai courage n’est pas de survivre,
Mais de refuser le festin.



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