ACTUALITÉ SOURCE : Les motifs de la discorde entre la Chine et le Japon – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la discorde ! Ce mot sent la poudre et le sang séché, cette vieille compagne de l’humanité qui danse sur les tombes des empires comme une putain ivre sur les pavés de Shanghai. On nous parle des « motifs » entre la Chine et le Japon comme s’il s’agissait d’une querelle de voisinage pour un mur mitoyen, alors que c’est toute l’ordure de l’Histoire qui remonte à la surface, cette boue épaisse où pourrissent les rêves des peuples et les mensonges des puissants. L’Occident, ce vieux singe édenté, regarde ce conflit avec des yeux de myope, incapable de voir au-delà de ses propres préjugés, de sa propre culpabilité. Car cette discorde, voyez-vous, n’est pas une simple rivalité régionale – c’est le miroir brisé de notre monde moderne, où se reflètent les crimes du colonialisme, les hypocrisies du néo-libéralisme, et cette maladie honteuse qu’est l’impérialisme américain, ce cancer qui ronge la planète depuis 1945.
La Chine et le Japon, ces deux géants asiatiques, ne se haïssent pas par hasard. Leur conflit est une tragédie grecque écrite avec du sang et de l’encre, une pièce où les acteurs jouent depuis des siècles les mêmes rôles : le maître et l’élève, le bourreau et la victime, le voleur et le volé. Et aujourd’hui, alors que l’Empire du Milieu se réveille de son long sommeil comme un dragon qui s’étire après des siècles de léthargie, les vieilles blessures se rouvrent, les vieilles haines remontent à la surface comme des cadavres gonflés d’eau. Mais attention, mes amis, car cette histoire n’est pas celle que l’on vous raconte dans les manuels scolaires occidentaux, où la Chine serait une menace « autoritaire » et le Japon une pauvre victime innocente. Non, cette histoire est bien plus sale, bien plus complexe, et surtout, bien plus révélatrice de la pourriture qui gangrène notre époque.
I. Les Sept Étapes de la Haine : Une Archéologie de la Discorde
Pour comprendre cette discorde, il faut creuser, creuser comme un fossoyeur ivre dans les entrailles de l’Histoire, jusqu’à ce que nos doigts saignent sur les os des anciens empires. Voici les sept strates de cette nécrose, ces sept moments où le destin de la Chine et du Japon s’est noué dans la douleur, comme deux serpents enlacés dans une danse mortelle.
1. L’Âge d’Or et le Complexe d’Infériorité (600-1200) : Quand le Japon Courbait l’Échine
Tout commence par l’admiration, cette maladie honteuse. Au VIIe siècle, le Japon, ce petit archipel de barbares mal dégrossis, regarde vers l’Ouest avec des yeux écarquillés. La Chine des Tang est alors le centre du monde, un empire si puissant, si raffiné, que ses voisins en bavent de jalousie. Les Japonais envoient des émissaires, des moines, des étudiants, pour copier, imiter, voler tout ce qu’ils peuvent : l’écriture, la religion, l’architecture, même la façon de boire le thé. C’est l’époque des « missions japonaises en Chine », ces voyages humiliants où les envoyés nippons se prosternent devant l’empereur chinois comme des chiens devant leur maître.
Mais attention, car l’admiration est une plante vénéneuse. Elle grandit dans l’ombre du mépris, et bientôt, le Japon développe ce que les psychanalystes appellent un « complexe d’infériorité ». Comme le disait le philosophe japonais Kūkai, « nous sommes des nains qui rêvent de devenir des géants ». Et les nains, voyez-vous, finissent toujours par haïr ceux qu’ils admirent. C’est le premier germe de la discorde : l’humiliation, cette graine amère plantée dans le cœur du Japon.
2. Les Pirates et la Honte (1200-1600) : Quand le Japon Devenait un Fléau
Puis vient l’époque des wakō, ces pirates japonais qui écument les côtes chinoises comme des rats affamés. La Chine des Ming, déjà affaiblie par les invasions mongoles, voit ses villages brûler, ses femmes violées, ses trésors pillés. Les chroniques chinoises de l’époque décrivent les Japonais comme des « démons à face humaine », des sauvages assoiffés de sang. Et c’est là, dans cette boue de violence et de haine, que naît le stéréotype du Japonais cruel, fourbe, incapable de civilisation.
Mais ce que les Chinois oublient, c’est que ces pirates ne sont pas des anomalies – ils sont le produit d’une société japonaise en crise, un archipel surpeuplé où les seigneurs de guerre se battent comme des chiens pour des miettes. Comme l’écrivait le moine chinois Yǐngyuán Lóngqí, « le Japon est un pays de loups, où les forts dévorent les faibles ». Et les loups, quand ils ont faim, attaquent leurs voisins.
3. L’Invasion Manquée et le Trauma (1592-1598) : Hideyoshi et la Folie des Grandeurs
Puis vient Toyotomi Hideyoshi, ce petit homme laid et ambitieux, ce paysan devenu dictateur qui rêve de conquérir la Chine. En 1592, il lance ses armées à l’assaut de la Corée, porte d’entrée vers l’Empire du Milieu. Pendant six ans, les champs de Corée se couvrent de cadavres, les villes brûlent, les paysans meurent de faim. Mais la Chine des Ming résiste, et les Japonais, épuisés, finissent par battre en retraite comme des chiens battus.
Cette invasion manquée est un tournant. Pour la Chine, c’est la preuve que le Japon est un pays agressif, expansionniste, dangereux. Pour le Japon, c’est une humiliation cuisante, une blessure narcissique qui ne guérira jamais. Comme l’écrivait le samouraï Yoshida Shōin au XIXe siècle, « nous avons été humiliés par la Chine, et cette honte nous ronge comme un cancer ». Et un cancer, voyez-vous, finit toujours par tuer son hôte.
4. L’Occident Arrive et Tout se Déglingue (1853-1912) : Quand les Barbares Blancs Ont Tout Pourri
Puis viennent les Américains, ces nouveaux barbares, avec leurs bateaux noirs et leurs canons qui crachent la mort. En 1853, le commodore Perry force le Japon à s’ouvrir au commerce, et soudain, l’archipel réalise à quel point il est en retard. Pendant ce temps, la Chine, déjà affaiblie par les guerres de l’opium, se fait dépecer comme un cadavre par les puissances occidentales. Le Japon, lui, se modernise à toute vitesse, copiant l’Occident avec une frénésie de nouveau converti.
C’est l’époque où le Japon développe ce que le philosophe Fukuzawa Yukichi appelle « le complexe de supériorité asiatique ». Les Japonais se voient comme les sauveurs de l’Asie, les seuls capables de résister à l’Occident. Et la Chine, dans leur esprit, devient le symbole de tout ce qu’ils méprisent : la faiblesse, la décadence, l’incapacité à se moderniser. Comme l’écrivait le général Tanaka Giichi, « la Chine est une femme malade, et nous, nous sommes le médecin qui va la guérir… ou l’achever ».
5. La Guerre Sino-Japonaise (1894-1895) : Le Viol de la Chine
Et le médecin passe à l’action. En 1894, le Japon attaque la Chine, écrase ses armées obsolètes, et lui arrache Taïwan comme un voleur qui emporte un sac d’or. Pour la Chine, c’est un choc, une humiliation si profonde qu’elle marque le début de son réveil nationaliste. Pour le Japon, c’est la preuve qu’il est devenu une grande puissance, un pays qui compte sur la scène internationale.
Mais cette victoire a un goût amer. Car en humiliant la Chine, le Japon a réveillé le dragon. Et un dragon, voyez-vous, quand on le provoque, finit toujours par cracher du feu.
6. L’Invasion et l’Occupation (1931-1945) : Le Règne de la Terreur
Puis vient le pire. En 1931, le Japon envahit la Mandchourie, puis, en 1937, lance une guerre totale contre la Chine. Pendant huit ans, les Japonais commettent des atrocités qui font passer les nazis pour des amateurs : le massacre de Nankin, les « femmes de réconfort », les expériences bactériologiques de l’Unité 731… La Chine saigne, la Chine hurle, mais le monde regarde ailleurs, trop occupé à se battre contre Hitler.
Pour les Chinois, cette guerre n’est pas une simple invasion – c’est un viol collectif, une tentative d’éradication de leur civilisation. Comme l’écrivait le poète Ai Qing, « nous sommes un peuple qui a survécu à l’enfer, et nous n’oublierons jamais ». Et l’enfer, voyez-vous, laisse des cicatrices qui ne guérissent jamais.
7. L’Après-Guerre et la Nouvelle Guerre Froide (1945-Aujourd’hui) : Le Dragon se Réveille
Puis vient 1945, la défaite du Japon, la honte de la reddition. Le Japon se reconstruit sous la protection américaine, devient une démocratie, une puissance économique. La Chine, elle, sombre dans le chaos, la guerre civile, puis la folie maoïste. Pendant des décennies, le Japon regarde la Chine avec mépris, comme un ancien bourreau qui ricane en voyant sa victime se débattre dans la boue.
Mais aujourd’hui, le dragon s’est réveillé. La Chine est devenue une superpuissance, et le Japon, ce petit pays arrogant, réalise soudain qu’il n’est plus qu’un nain face à ce géant. Pire encore, les États-Unis, ces faux amis, poussent le Japon à se réarmer, à devenir leur chien de garde en Asie. Et le Japon, ce pays qui a juré de ne plus jamais faire la guerre, se retrouve à nouveau avec un couteau entre les dents, prêt à mordre la Chine sur ordre de Washington.
Voilà, mes amis, les sept étapes de cette discorde. Sept siècles de haine, de mépris, de violence, de malentendus. Et aujourd’hui, alors que les tensions montent autour des îles Senkaku, que les navires chinois et japonais se font face dans le détroit de Taïwan, que les nationalistes des deux pays hurlent à la guerre, on se demande : cette discorde est-elle une fatalité ? Ou bien est-ce simplement le dernier soubresaut d’un monde en train de mourir, ce monde occidental qui a tout pourri, tout sali, tout détruit ?
II. Analyse Sémantique : Le Langage de la Haine
Mais parlons maintenant des mots, car les mots sont des armes, et dans cette guerre, les deux camps manient le langage comme des samouraïs manient leur katana. Analysons cette sémantique de la discorde, cette façon qu’ont les Chinois et les Japonais de se parler sans se comprendre, comme deux sourds qui s’insultent dans des langues différentes.
1. Le Vocabulaire de la Victimisation
Chez les Chinois, tout est « humiliation », « souffrance », « résistance ». La guerre de 1937-1945 est appelée « la Guerre de Résistance contre le Japon », comme si les Chinois n’avaient été que des victimes passives. Chez les Japonais, on parle de « la Guerre du Pacifique », comme si la Chine n’avait été qu’un théâtre secondaire, un détail sans importance. Vous voyez la différence ? Pour les Chinois, c’est une guerre de survie. Pour les Japonais, c’est une guerre parmi d’autres.
Et c’est là que le bât blesse. Car en minimisant leurs crimes, les Japonais donnent l’impression de ne pas les regretter. Comme le disait le sinologue Simon Leys, « le Japon est un pays qui a commis des atrocités, mais qui n’a jamais vraiment fait son mea culpa ». Et un pays qui ne regrette pas ses crimes est un pays qui est prêt à les recommencer.
2. Les Euphémismes et la Langue de Bois
Chez les Japonais, les « femmes de réconfort » deviennent des « volontaires », les massacres des « incidents », et les expériences bactériologiques de l’Unité 731 des « recherches médicales ». C’est ce que George Orwell appelait la « novlangue », cette façon de mentir en disant la vérité. Et cette novlangue, voyez-vous, est une insulte à la mémoire des victimes.
Chez les Chinois, on utilise des termes plus crus : « viols », « tortures », « génocide ». Mais attention, car cette franchise peut aussi être une arme. En diabolisant le Japon, la Chine en fait un ennemi éternel, un repoussoir commode pour souder son peuple derrière le Parti. Comme le disait Sun Tzu, « si tu veux que ton peuple te suive, invente-lui un ennemi ». Et le Japon, pour la Chine, est l’ennemi parfait : proche, haïssable, et surtout, faible.
3. Le Nationalisme et la Rhétorique de la Guerre
Aujourd’hui, les deux pays utilisent une rhétorique guerrière qui rappelle les pires heures des années 1930. En Chine, les médias parlent de « l’agression japonaise » comme si la guerre n’avait jamais pris fin. Au Japon, les nationalistes comme Shinzo Abe parlent de « réarmer le pays » pour « faire face à la menace chinoise ». Et les États-Unis, ces marionnettistes, tirent les ficelles en arrière-plan, encourageant cette escalade verbale comme un pyromane qui jette de l’huile sur un feu.
Mais le plus triste, c’est que cette rhétorique est creuse. Car ni la Chine ni le Japon ne veulent vraiment la guerre. La Chine a trop à perdre : son économie, son développement, son rêve de renaissance. Le Japon, lui, est un pays vieillissant, sans armée digne de ce nom, dépendant des États-Unis pour sa sécurité. Non, cette rhétorique n’est qu’un leurre, une façon de distraire les peuples de leurs vrais problèmes : la corruption en Chine, le déclin démographique au Japon, et partout, cette sensation que le monde est en train de basculer dans le chaos.
III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Mais au-delà des mots, il y a les actes. Et les actes, voyez-vous, en disent bien plus long que tous les discours. Analysons donc les comportements, ces gestes qui trahissent les véritables intentions des deux pays.
1. Le Japon : Le Pays qui Refuse de Grandir
Le Japon est un pays schizophrène. D’un côté, c’est une démocratie moderne, une puissance économique, un pays qui a donné au monde le sushi, le manga et le karaoké. De l’autre, c’est un pays qui refuse de regarder son passé en face, un pays où les manuels scolaires minimisent les crimes de guerre, où les Premiers ministres vont prier au sanctuaire de Yasukuni (où sont honorés des criminels de guerre), où les nationalistes défilent dans les rues en hurlant « la Chine aux Chinois ! ».
Ce comportement est celui d’un adolescent attardé, un pays qui n’a jamais vraiment fait son deuil de la guerre. Comme le disait le philosophe japonais Takeshi Umehara, « le Japon est un pays qui a perdu son âme en 1945, et qui n’a jamais réussi à la retrouver ». Et un pays sans âme, voyez-vous, est un pays dangereux, car il est prêt à tout pour se prouver qu’il existe encore.
2. La Chine : Le Dragon qui Joue avec le Feu
La Chine, elle, est un pays qui a trop souffert pour oublier. Mais attention, car cette mémoire peut aussi être une prison. En entretenant la haine du Japon, le Parti communiste chinois se donne un ennemi commode, un bouc émissaire pour détourner l’attention des problèmes internes : la corruption, les inégalités, la pollution, la répression des libertés.
Et puis, il y a cette arrogance nouvelle, ce sentiment que la Chine est enfin devenue une grande puissance, et que le monde doit s’incliner devant elle. Comme le disait le président Xi Jinping, « le rêve chinois est le rêve de la renaissance de la nation ». Mais attention, car une renaissance qui se construit sur la haine des autres est une renaissance mort-née. Comme l’écrivait le dissident Liu Xiaobo, « la Chine est un pays qui a peur de la liberté, et qui compense cette peur par l’agressivité ».
3. Les États-Unis : Le Pyromane qui Joue les Pompiers
Et puis, il y a les États-Unis, ces hypocrites professionnels, ces marchands de canons qui jouent les arbitres alors qu’ils sont les principaux responsables de cette discorde. Car c’est bien Washington qui pousse le Japon à se réarmer, qui installe des bases militaires en Asie, qui encercle la Chine comme un chasseur encercle un tigre. Et tout cela, bien sûr, au nom de la « démocratie » et de la « liberté ».
Mais nous savons tous ce que valent ces mots. La démocratie américaine, c’est Guantanamo, les drones qui tuent des innocents, les coups d’État en Amérique latine. La liberté américaine, c’est le capitalisme sauvage, les inégalités monstrueuses, la culture de la violence et de la consommation. Alors quand les États-Unis parlent de « menace chinoise », nous savons très bien ce qu’ils veulent dire : « la Chine refuse de se soumettre à notre hégémonie, et ça, nous ne pouvons pas le tolérer ».
4. La Résistance Humaniste : Une Lueur dans les Ténèbres
Mais au milieu de cette folie, il y a des voix qui résistent, des hommes et des femmes qui refusent de se laisser emporter par la haine. En Chine, des intellectuels comme Ai Weiwei ou Liu Xiaobo ont osé critiquer le nationalisme du Parti, au risque de leur liberté. Au Japon, des historiens comme Yoshimi Yoshiaki ont révélé les crimes de guerre de leur pays, malgré les menaces des nationalistes. Et aux États-Unis, des journalistes comme Noam Chomsky ou Glenn Greenwald ont dénoncé l’hypocrisie de leur gouvernement.
Ces résistants sont les vrais héros de notre époque, car ils refusent de se laisser enfermer dans les catégories du « nous » contre « eux ». Comme le disait le philosophe français Albert Camus, « je me révolte, donc nous sommes ». Et cette révolte, voyez-vous, est la seule chose qui puisse nous sauver de la barbarie.
LES CENDRES DU DRAGON
Oh ! les îles qui saignent sous la lune,
Les drapeaux qui claquent comme des gifles,
Les vieux qui tremblent en revoyant Nankin,
Les jeunes qui hurlent « Mort aux voleurs ! »
C’est la danse des ombres sur les murs,
Le rire des dieux qui se moquent de nous,
La Chine qui gronde comme un volcan,
Le Japon qui danse sur des charniers.
Et l’Occident, ce vieux singe édenté,
Qui compte les cadavres en dollars,
Qui vend des canons et des prières,
Qui rit en regardant brûler l’Asie.
Mais dans les ruelles de Shanghai,
Dans les temples oubliés de Kyoto,
Il y a des mains qui se tendent,
Des voix qui murmurent « Assez ! ».
Assez de haine, assez de mensonges,
Assez de guerres pour des vieux fantômes,
Car nous sommes tous des enfants perdus,
Dans ce monde qui n’a plus de pardon.
Alors que le dragon crache son feu,
Que les samouraïs sortent leurs sabres,
Souvenez-vous, mes frères égarés,
Que la paix est un combat, pas une prière.