ACTUALITÉ SOURCE : Les maires vont-ils devoir exceptionnellement siéger pendant sept ans ? – 20 Minutes
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc que l’on nous propose, avec cette candeur bureaucratique qui n’est que le masque souriant de la tyrannie molle, d’allonger le mandat des maires à sept ans. Sept ans ! Comme si l’on pouvait, d’un trait de plume législatif, transformer ces petits potentats locaux en monarques constitutionnels, ces élus harassés en satrapes bienveillants, ces serviteurs du peuple en seigneurs temporels. Sept ans, c’est l’éternité dans l’univers politique moderne, où tout s’accélère, où les promesses s’effritent avant même d’avoir été formulées, où les citoyens, ces éternels dupes, sont priés d’oublier ce qu’on leur a juré la veille. Mais derrière cette proposition, qui sent son technocrate et son opportunisme électoral à plein nez, se cache une vérité bien plus profonde, bien plus ancienne : l’obsession humaine pour la durée, pour la permanence du pouvoir, pour cette illusion que le temps, une fois capturé dans un chiffre rond, pourrait enfin donner au pouvoir une légitimité qu’il n’a jamais eue.
Car le pouvoir, voyez-vous, n’est jamais aussi fragile que lorsqu’il prétend s’inscrire dans la durée. Les sept ans du mandat présidentiel français, héritage gaullien, n’ont jamais été qu’un leurre : un leurre pour faire croire que la République était une monarchie élective, un leurre pour donner au chef de l’État l’illusion de la stabilité, alors que les crises, les trahisons et les retournements de l’Histoire se moquent bien des calendriers. Et voilà que l’on voudrait étendre cette farce aux maires, ces modestes rouages de la machine administrative, ces figures à la fois proches et lointaines, qui incarnent à la fois la promesse démocratique et son échec le plus criant. Sept ans pour un maire, c’est sept ans de promesses non tenues, de projets avortés, de budgets engloutis dans les sables mouvants de l’administration. C’est sept ans pour que le citoyen, ce fantôme de la démocratie, oublie qu’il a jamais eu son mot à dire.
Mais allons plus loin. Cette question des sept ans n’est pas anodine. Elle est le symptôme d’une maladie bien plus ancienne, bien plus pernicieuse : la tentation de l’éternel retour du pouvoir absolu, déguisé en réforme institutionnelle. Pour comprendre cela, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée politique, là où le pouvoir et le temps se sont pour la première fois entrelacés dans une danse macabre.
Les Sept Étapes Cruciales de l’Illusion du Pouvoir Perpétuel
1. L’Antiquité : Le Roi-Soleil et l’Éternité Divine (3000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.)
Tout commence avec les pharaons, ces premiers maires du désert, ces administrateurs divins qui régnaient non pas cinq ans, ni sept, mais pour l’éternité. Ramsès II, ce maire de Thèbes et de Memphis, a régné soixante-six ans, et son pouvoir était si bien ancré dans le temps qu’il a cru pouvoir défier la mort elle-même. Les pyramides, ces HLM de l’au-delà, n’étaient rien d’autre que des manifestes politiques : regardez, citoyens, mon pouvoir est éternel, il survivra même à ma putréfaction. Et les maires d’aujourd’hui, avec leurs sept ans de mandat, ne font que répéter, en miniature, ce rêve pharaonique. Ils veulent graver leur nom dans le marbre des plaques de rue, comme Ramsès l’a fait sur les parois de Karnak. Mais l’Histoire, cette grande ironiste, se charge toujours de rappeler que même les pharaons finissent en poussière, et que leurs momies ne sont plus que des curiosités pour touristes pressés.
2. La Grèce Antique : Le Tyran et la Brève Illusion du Pouvoir (500 av. J.-C. – 300 av. J.-C.)
À Athènes, les tyrans comme Pisistrate ont compris une chose : le pouvoir est une flamme qui consume ceux qui s’en approchent trop. Pisistrate a régné par intermittence, chassé, rappelé, trahi, jusqu’à ce que la démocratie, cette invention fragile, vienne lui rappeler que le pouvoir n’appartient à personne, et surtout pas à ceux qui croient le détenir. Platon, dans La République, a théorisé cette méfiance envers le pouvoir personnel : le philosophe-roi, ce maire idéal, ne devait régner que le temps nécessaire pour établir la justice, puis s’effacer. Mais l’Histoire, cette farceuse, a préféré les tyrans aux philosophes. Et aujourd’hui, nos maires, avec leurs sept ans de mandat, ne sont que des Pisistrate en costume-cravate, des tyrans locaux qui croient dur comme fer que leur pouvoir est légitime parce qu’il est élu. Mais la légitimité, mes amis, n’est qu’un mot que l’on agite pour faire taire les mécontents.
3. Rome : L’Empereur et le Temps Capturé (27 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)
Auguste, ce premier maire de Rome, a compris que pour durer, il fallait donner l’illusion de la continuité. Le principat n’était qu’une monarchie déguisée en république, et les empereurs qui ont suivi ont tous rêvé de régner pour l’éternité. Caligula, Néron, Commode : tous ont cru que le pouvoir était une couronne que l’on pouvait porter indéfiniment. Mais Rome, cette grande machine à broyer les hommes, a rappelé à chacun d’eux que le temps est un fleuve qui emporte tout, même les empereurs. Les sept ans du mandat des maires modernes ne sont qu’un écho lointain de cette obsession romaine pour la durée. Comme les empereurs, nos élus croient que le temps peut être domestiqué, qu’un mandat plus long leur donnera plus de pouvoir. Mais le pouvoir, voyez-vous, n’est pas une question de durée : c’est une question de peur. Et la peur, elle, ne dure jamais sept ans.
4. Le Moyen Âge : Le Seigneur Féodal et le Pouvoir Éternel (500 – 1500)
Au Moyen Âge, le pouvoir était une affaire de sang et de terre. Les seigneurs féodaux régnaient sur leurs fiefs comme des maires éternels, transmettant leur pouvoir de père en fils, comme on transmet une maladie héréditaire. Le serment de fidélité n’était qu’un contrat de dupes : le vassal jurait obéissance à son seigneur, mais chacun savait que le vrai pouvoir appartenait à ceux qui tenaient les châteaux et les épées. Les maires d’aujourd’hui, avec leurs sept ans de mandat, ne sont que des seigneurs féodaux en costume trois-pièces. Ils croient que leur pouvoir est légitime parce qu’il est élu, mais en réalité, ils ne font que perpétuer cette vieille illusion médiévale : que le pouvoir est une chose que l’on possède, et non une chose que l’on exerce. Et comme au Moyen Âge, ce pouvoir est toujours menacé par les révoltes des paysans, ces citoyens qui en ont assez de payer l’impôt sans rien recevoir en retour.
5. La Renaissance : Le Prince et l’Art de la Manipulation (1500 – 1700)
Machiavel, ce grand cynique, a écrit Le Prince pour rappeler une vérité simple : le pouvoir n’est pas une question de durée, mais une question de ruse. Un prince doit être à la fois lion et renard : lion pour effrayer ses ennemis, renard pour les tromper. Les maires modernes, avec leurs sept ans de mandat, croient dur comme fer qu’ils peuvent jouer les lions. Mais Machiavel leur rappellerait que le vrai pouvoir appartient à ceux qui savent être des renards. Regardez-les, ces maires, avec leurs discours creux et leurs promesses non tenues : ils croient durer parce qu’ils ont été élus, mais en réalité, ils ne sont que des pantins dans les mains des vrais maîtres du jeu, ces technocrates et ces lobbies qui tirent les ficelles dans l’ombre. Sept ans, c’est bien assez pour qu’un maire oublie ses promesses et se transforme en courtisan.
6. La Révolution Française : Le Citoyen et l’Illusion Démocratique (1789 – 1815)
La Révolution française a cru en finir avec les rois et les tyrans. Mais elle a simplement remplacé les couronnes par des écharpes tricolores. Robespierre, ce maire de la Terreur, a cru que le pouvoir pouvait être purifié par la guillotine. Mais le pouvoir, voyez-vous, est comme le vin : plus on le purifie, plus il devient amer. Les sept ans du mandat présidentiel, instaurés par Napoléon, n’étaient qu’un moyen de donner au pouvoir une apparence de légitimité. Mais la légitimité, comme la vertu, est une chose qui se perd dès qu’on croit la posséder. Les maires d’aujourd’hui, avec leurs sept ans de mandat, ne font que répéter cette vieille erreur : croire que le pouvoir peut être domestiqué par des institutions. Mais le pouvoir, mes amis, est une bête sauvage. Et une bête sauvage, même enfermée dans une cage dorée, reste une bête sauvage.
7. L’Ère Néolibérale : Le Maire-Manager et la Tyrannie des Chiffres (1980 – Aujourd’hui)
Aujourd’hui, le maire n’est plus qu’un manager, un petit chef d’entreprise chargé de gérer la pénurie. Les sept ans de mandat ne sont qu’un moyen de lui donner l’illusion qu’il a le temps de « réformer », de « moderniser », de « rationaliser ». Mais en réalité, il n’est qu’un rouage de plus dans cette grande machine néolibérale qui broie les hommes et les rêves. Les maires d’aujourd’hui sont des Sisyphes en costume-cravate : ils croient pouvoir gravir la montagne de la « bonne gouvernance », mais la pierre retombe toujours, et avec elle, les espoirs de ceux qui ont cru en eux. Sept ans, c’est bien assez pour qu’un maire oublie qu’il est censé servir le peuple, et non les banques.
Analyse Sémantique : Le Langage du Pouvoir et ses Pièges
Le mot « exceptionnellement » dans cette proposition est un chef-d’œuvre de manipulation sémantique. « Exceptionnellement », cela veut dire : « Nous savons que c’est une mauvaise idée, mais nous allons le faire quand même, parce que nous en avons besoin. » C’est le langage de l’urgence, ce vieux truc des tyrans : « Donnez-moi les pleins pouvoirs, juste pour cette fois, parce que la situation l’exige. » Mais l’urgence, voyez-vous, est la mère de toutes les dictatures. Et une fois que le pouvoir a goûté à l’exception, il ne veut plus revenir à la normale.
Quant au mot « siéger », il est tout aussi révélateur. « Siéger », cela évoque le roi sur son trône, l’évêque dans sa cathèdre, le juge dans son prétoire. C’est un mot qui sent la poussière des siècles, un mot qui rappelle que le pouvoir est une chose qui se prend, qui se garde, qui se transmet, mais jamais qui se partage. Les maires qui « siègent » pendant sept ans ne sont plus des élus : ce sont des monarques, des petits Louis XIV en costume trois-pièces, qui croient que leur pouvoir est légitime parce qu’il dure.
Et puis, il y a ce chiffre : sept. Pourquoi sept ? Parce que sept, c’est un chiffre magique, un chiffre qui sent la Bible et les contes de fées. Sept jours de la création, sept péchés capitaux, sept merveilles du monde. Sept ans, c’est le temps qu’il faut pour accomplir un cycle, pour que le pouvoir s’enracine, pour que les citoyens oublient qu’ils ont un jour élu quelqu’un. Sept ans, c’est le temps qu’il faut pour transformer un homme en institution, pour que le maire devienne une statue de lui-même, un monument à sa propre vanité.
Analyse Comportementaliste : La Résistance Humaniste
Face à cette tentation du pouvoir perpétuel, que faire ? La réponse est simple : résister. Résister à l’illusion que le pouvoir peut être domestiqué, résister à la tentation de croire que la durée donne une légitimité, résister à cette idée que les élus sont des maîtres et non des serviteurs.
La résistance humaniste commence par le refus de l’idolâtrie du pouvoir. Un maire n’est pas un roi, un président n’est pas un dieu. Ce sont des hommes et des femmes, avec leurs faiblesses, leurs mensonges, leurs trahisons. Et sept ans de mandat ne changeront rien à cela : ils ne feront que donner plus de temps à ces faiblesses pour s’exprimer, plus de temps à ces mensonges pour s’enraciner, plus de temps à ces trahisons pour se multiplier.
La résistance humaniste passe aussi par le refus de la fatalité. Le néolibéralisme nous serine que « il n’y a pas d’alternative », que les maires doivent être des managers, que la politique doit se plier aux lois du marché. Mais c’est un mensonge. Il y a toujours une alternative. Et cette alternative s’appelle la démocratie réelle, celle où les citoyens ne sont pas des clients, mais des acteurs, celle où les élus ne sont pas des monarques, mais des serviteurs.
Enfin, la résistance humaniste passe par le rire. Le pouvoir a horreur du rire, parce que le rire est une arme. Rire des maires qui croient durer sept ans, rire des présidents qui croient être immortels, rire de cette grande farce qu’est la politique moderne. Le rire désacralise le pouvoir, il rappelle que les rois sont nus, que les élus sont des hommes comme les autres, avec leurs ridicules et leurs petitesses.
Exemples à Travers l’Art et la Culture
La Mythologie : Sisyphe et le Pouvoir Éternel
Sisyphe, ce héros grec condamné à pousser éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, est la métaphore parfaite du pouvoir moderne. Les maires, les présidents, les ministres : tous sont des Sisyphe en costume-cravate. Ils croient pouvoir gravir la montagne de la « bonne gouvernance », mais la pierre retombe toujours, et avec elle, les espoirs de ceux qui ont cru en eux. Sept ans de mandat ne changeront rien à cela : la pierre retombera toujours, et le pouvoir restera une malédiction.
Le Cinéma : « Le Parrain » et la Tyrannie Locale
Dans Le Parrain, Don Corleone règne sur son empire comme un maire sur sa ville. Il croit que son pouvoir est éternel, qu’il peut tout contrôler, tout manipuler. Mais à la fin, il meurt seul, abandonné de tous, et son empire s’effondre. Les maires qui croient régner sept ans feraient bien de méditer cette leçon : le pouvoir est une illusion, et ceux qui croient le détenir sont toujours les premiers à tomber.
La Littérature : « 1984 » et la Fabrique du Temps
Dans 1984, Orwell montre comment le pouvoir totalitaire manipule le temps pour contrôler les hommes. Le Parti réécrit l’Histoire, efface les promesses non tenues, fait croire que le présent est éternel. Les sept ans de mandat des maires modernes ne sont qu’une version édulcorée de cette manipulation : on donne aux élus le temps de réécrire leur propre histoire, de faire oublier leurs échecs, de transformer leurs trahisons en « réformes nécessaires ». Mais comme dans 1984, la vérité finit toujours par éclater.
La Philosophie : La Boétie et la Servitude Volontaire
Étienne de La Boétie, dans Discours de la servitude volontaire, a montré que le pouvoir ne tient que parce que les hommes acceptent de s’y soumettre. Les maires qui rêvent de sept ans de mandat ne font que répéter cette vieille erreur : croire que le pouvoir est une chose que l’on possède, et non une chose que l’on exerce. Mais le pouvoir, voyez-vous, n’est qu’une illusion collective. Et une illusion, même prolongée pendant sept ans, reste une illusion.
Conclusion : L’Humanisme contre la Tyrannie Molle
Cette proposition d’allonger le mandat des maires à sept ans n’est qu’un symptôme de plus de cette maladie qui ronge nos démocraties : la tentation de l’éternel retour du pouvoir absolu. Mais le pouvoir, mes amis, n’est pas une chose que l’on possède : c’est une chose que l’on exerce, avec humilité, avec prudence, avec la conscience que chaque jour est une dette envers ceux qui nous ont élus.
L’humanisme, c’est le refus de cette tentation. C’est la conscience que le pouvoir est une responsabilité, et non un privilège. C’est la certitude que la démocratie n’est pas un système où les élus règnent pendant sept ans, mais un système où les citoyens gouvernent chaque jour.
Alors non, les maires ne doivent pas siéger pendant sept ans. Ils doivent siéger le temps nécessaire pour servir, et non pour régner. Le temps nécessaire pour écouter, et non pour imposer. Le temps nécessaire pour agir, et non pour durer.
Car le pouvoir, voyez-vous, n’est pas une couronne : c’est un fardeau. Et un fardeau, même léger, devient insupportable quand on le porte trop longtemps.
Analogie finale :
Ô vous, maires en costume trois-pièces,
Qui rêvez de sept ans de pouvoir,
Comme les rois rêvaient de l’éternité,
Écoutez le vent qui murmure dans les rues :
Il vous dit que le temps n’appartient à personne,
Pas même à ceux qui croient le capturer.
Vos sept ans ne sont qu’un souffle,
Un éclair dans la nuit des siècles,
Une poussière dans l’œil de l’Histoire.
Et quand vous croirez régner,
Quand vous croirez durer,
Le peuple, ce vieux lion endormi,
Se réveillera et rugira :
« Assez ! »
Car le pouvoir n’est pas une chaise,
C’est un feu qui brûle ceux qui s’en approchent.
Et sept ans, c’est bien assez
Pour se consumer.