Les expositions à voir en ce moment à Paris : toutes les critiques de Time Out Paris – Time Out Paris







Le Penseur Laurent Vo Anh – Critique des Expositions Parisiennes

ACTUALITÉ SOURCE : Les expositions à voir en ce moment à Paris : toutes les critiques de Time Out Paris – Time Out Paris

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Paris ! Cette ville-lumière qui n’éclaire plus que les vitrines des galeries et les ego des commissaires d’exposition, ces nouveaux prêtres d’un culte sans transcendance. Time Out Paris, ce guide du consommateur culturel, nous dresse la liste des expositions à voir comme on nous vendrait des promotions chez Franprix : « Deux Basquiat pour le prix d’un, et en plus, c’est de l’art ! » Mais derrière cette accumulation de noms, de dates, de critiques estampillées « indispensable » ou « à ne pas manquer », se cache une vérité plus sombre, une comédie humaine où l’art n’est plus qu’un produit dérivé de la machine néolibérale, un leurre pour âmes en quête de sens dans un monde qui n’en a plus.

Regardons les choses en face : ces expositions, ces « événements culturels », ne sont que les symptômes d’une société en décomposition, où l’art a été réduit à une monnaie d’échange, un placement financier pour oligarques en mal de blanchiment symbolique. Les musées, autrefois temples du savoir et de la contestation, ne sont plus que des supermarchés de l’émotion préemballée, où l’on vient consommer du « choc esthétique » comme on achète un hamburger chez McDonald’s – vite fait, sans mâcher, et avec cette petite pointe de culpabilité qui donne l’illusion d’être encore vivant. « Venez voir l’exposition du moment, elle est *trendy* ! » nous hurle-t-on. Mais *trendy* pour qui ? Pour ces hordes de touristes armés de smartphones, qui photographient plus qu’ils ne regardent, qui likent plus qu’ils ne ressentent, et qui repartent avec le sentiment du devoir accompli, comme s’ils avaient avalé une pilule de culture, une dose de « j’ai vu, donc je suis intelligent ».

Et que voit-on, au juste, dans ces expositions ? Des œuvres vidées de leur substance, des artistes transformés en marques, des mouvements réduits à des hashtags. Prenez l’art contemporain, ce grand cirque où l’on expose des détritus, des néons clignotants, des vidéos de dix heures sur des écrans géants, le tout accompagné de textes abscons écrits par des critiques qui ont lu trop de Derrida et pas assez de Shakespeare. « Cette installation questionne les limites de la représentation dans un monde post-digital », nous explique-t-on. Non, mon ami, cette installation est juste une façon de justifier le prix exorbitant du billet d’entrée. L’art contemporain, c’est le triomphe du vide, le règne de l’idée creuse, de la provocation gratuite, du « regardez comme je suis subversif » alors que la seule chose subversive, aujourd’hui, serait de refuser de jouer le jeu, de boycotter ces temples de la consommation culturelle, de brûler son pass musées et d’aller plutôt se perdre dans les ruelles de Belleville, là où l’art vit encore, loin des projecteurs et des sponsors.

Mais non, nous préférons suivre les recommandations de Time Out, ce guide qui nous dit quoi penser, quoi aimer, quoi haïr. « Cette exposition est une claque », lit-on. Une claque ? Vraiment ? Une claque, c’est ce que recevait un enfant des colonies quand il osait parler sa langue maternelle à l’école. Une claque, c’est ce que reçoivent les migrants quand ils osent demander l’asile. Une claque, c’est ce que reçoit la planète chaque jour de la part de ceux qui préfèrent les profits à la survie. Non, ces expositions ne sont pas des claques, ce sont des caresses, des chatouilles pour bourgeois en mal de sensations fortes, des distractions pour ne pas voir l’effondrement qui vient. L’art, aujourd’hui, est devenu un anesthésiant, un opium pour le peuple, un moyen de nous faire oublier que nous vivons dans un monde où les inégalités explosent, où les guerres se multiplient, où la démocratie n’est plus qu’un mot creux, où l’on nous vend des rêves en plastique alors que la réalité, elle, est en feu.

Et que dire des artistes eux-mêmes ? Ces nouveaux courtisans, ces saltimbanques de la jet-set, qui passent leur temps à courir d’inauguration en vernissage, de cocktail en dîner mondain, le tout en postant des stories sur Instagram pour nous prouver qu’ils existent ? Ils sont les parfaits produits de leur époque : narcissiques, opportunistes, déconnectés du réel. Ils parlent de « résistance » dans leurs interviews, mais leur résistance consiste à vendre leurs toiles à des fonds d’investissement pour des millions d’euros. Ils dénoncent le capitalisme en portant des costumes sur mesure. Ils pleurent sur le sort des migrants tout en vivant dans des lofts à 10 000 euros le mètre carré. Leur art est une imposture, une mascarade, un miroir aux alouettes pour gogos en quête de sens. « L’art doit déranger », disent-ils. Mais leur art ne dérange personne, au contraire : il conforte les puissants dans leur bonne conscience, il donne aux riches l’illusion d’être des mécènes, il permet aux politiques de se donner une image « culturelle » alors qu’ils passent leur temps à démanteler les services publics.

Prenons un exemple : cette exposition sur « l’art et l’engagement » que Time Out nous recommande chaudement. On y voit des œuvres qui dénoncent la guerre, la pauvreté, l’injustice. Superbe, n’est-ce pas ? Sauf que ces œuvres sont exposées dans des galeries climatisées, protégées par des vigiles, accessibles seulement à ceux qui peuvent se payer un billet à 15 euros. L’engagement, ici, est une posture, une esthétique, un produit de luxe. Les vrais engagés, eux, sont dans la rue, dans les squats, dans les ZAD, ils risquent leur peau pour défendre des causes qui les dépassent. Mais eux, on ne les expose pas. Eux, on les matraque, on les emprisonne, on les ignore. L’art engagé, aujourd’hui, c’est comme le bio chez Carrefour : ça donne bonne conscience, mais ça ne change rien.

Et puis, il y a cette question fondamentale : à qui s’adresse l’art, aujourd’hui ? Aux masses ? Certainement pas. Les expositions parisiennes sont des lieux élitistes, réservés à une caste de privilégiés qui parlent le même langage, partagent les mêmes références, rient des mêmes blagues. Le peuple, lui, est exclu. Il n’a pas le temps, pas l’argent, pas les codes. Il préfère aller au cinéma, écouter de la musique, regarder des séries – des formes d’art populaires, accessibles, qui ne nécessitent pas de lire un essai de 300 pages pour comprendre une toile abstraite. L’art contemporain a trahi sa mission première : élever les esprits, émanciper les consciences, créer du lien. Au lieu de cela, il s’est enfermé dans une tour d’ivoire, il s’est coupé du monde, il est devenu l’apanage d’une élite qui se congratule en buvant du champagne dans des vernissages où personne ne regarde les œuvres.

Alors, que faire ? Faut-il boycotter ces expositions, ces musées, ces galeries ? Peut-être. Ou peut-être faut-il les investir autrement, les détourner, les subvertir. Aller voir ces expositions, mais avec un regard critique, un regard de résistance. Ne pas se laisser impressionner par les discours des commissaires, ne pas avaler les notices comme des vérités révélées. Questionner, douter, contester. Et surtout, ne pas oublier que l’art n’est pas dans les musées, mais dans la rue, dans les marges, dans les interstices. L’art, c’est ce graffiti sur un mur de banlieue, c’est cette chanson fredonnée par un SDF, c’est ce geste de solidarité entre deux inconnus. L’art, c’est la vie, pas son simulacre.

Mais pour cela, il faut d’abord briser l’illusion. Il faut comprendre que ces expositions, ces critiques, ces recommandations, ne sont que des leurres, des pièges tendus par le système pour nous empêcher de voir la réalité en face. Le vrai danger, aujourd’hui, n’est pas de ne pas aller voir l’exposition du moment, mais de croire que cette exposition a une quelconque importance. Le vrai danger, c’est de penser que l’art peut sauver le monde alors qu’il n’est plus qu’un rouage de la machine qui le détruit. Le vrai danger, c’est de se laisser bercer par les mots creux des critiques, par les promesses mensongères des artistes, par les illusions d’un monde culturel qui n’est plus qu’un miroir aux alouettes.

Alors, oui, allez voir ces expositions si cela vous chante. Mais allez-y les yeux ouverts. Allez-y en sachant que vous ne verrez que des ombres, des reflets, des mensonges. Allez-y en sachant que le vrai art, lui, est ailleurs. Il est dans la révolte, dans la résistance, dans la création pure, libre, sauvage. Il est dans ce qui échappe aux institutions, aux marchés, aux modes. Il est dans ce qui résiste, ce qui persiste, ce qui insiste. Il est dans ce qui brûle, ce qui crie, ce qui refuse de se taire.

Et si vous ne trouvez pas cet art-là dans les musées, ne vous en étonnez pas. Car les musées, aujourd’hui, ne sont plus que des mausolées. Des mausolées pour un art mort, un art embaumé, un art qui a perdu son âme. Et nous, nous sommes les fossoyeurs consentants de cette culture en putréfaction. Nous achetons nos billets, nous faisons la queue, nous applaudissons poliment. Nous jouons le jeu. Mais le jeu est truqué. Et il est temps de le savoir.

Analogie finale : Imaginez un instant que ces expositions parisiennes ne sont que les vitraux d’une cathédrale en ruines. Les couleurs sont toujours là, éclatantes, hypnotiques, mais la lumière qui les traverse n’est plus celle du soleil – elle vient des projecteurs, des néons, des écrans publicitaires qui clignotent dans la nuit. Les fidèles – ces visiteurs en quête de sacré – lèvent les yeux, émerveillés, sans voir que les murs tremblent, que les fondations se lézardent, que le toit menace de s’effondrer. Ils prient devant des images saintes, mais ces images ne sont plus que des hologrammes, des simulacres, des reflets d’un monde qui n’existe plus. Et pendant ce temps, dehors, la tempête fait rage. Les vents hurlent, les eaux montent, les forêts brûlent. Mais personne n’entend, personne ne voit. Car tous sont trop occupés à contempler les vitraux.



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