Les expositions à découvrir à Paris pendant l’hiver – L’Éclaireur Fnac







L’Hiver Culturel à Paris – Une Analyse Radicalement Désenchantée

ACTUALITÉ SOURCE : Les expositions à découvrir à Paris pendant l’hiver – L’Éclaireur Fnac

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Paris l’hiver ! Cette ville qui se drape dans le givre comme une courtisane dans ses fourrures, offrant aux masses frileuses le mirage d’une culture « à découvrir » entre deux soldes et trois grèves. L’Éclaireur Fnac, ce temple du consumérisme éclairé, nous tend son guide des expositions hivernales comme on jette des morceaux de sucre à des pigeons affamés. Mais derrière les affiches lumineuses et les communiqués de presse enrobés de miel, que reste-t-il ? Une foire aux vanités, une machine à broyer les âmes sous prétexte de les élever, un cirque où l’on fait défiler les artistes comme des bêtes de foire, tandis que le public, docile, applaudit entre deux notifications Instagram. Analysons donc cette mascarade avec la rigueur d’un scalpel plongé dans le ventre mou de notre époque.

D’abord, il faut comprendre ce que signifie « découvrir une exposition » dans le Paris de 2024. Ce n’est plus une quête, ni même une expérience. C’est un acte de consommation, aussi stérile que l’achat d’un énième pull en cachemire made in Bangladesh. Les institutions culturelles, ces cathédrales du néolibéralisme, ont depuis longtemps troqué leur rôle de gardiennes de la mémoire contre celui de gestionnaires de flux. Une exposition, aujourd’hui, c’est d’abord un produit. Un produit avec son packaging (le vernissage médiatisé), son storytelling (le texte de salle rédigé par un ghostwriter en mal de reconnaissance), et son ROI (retour sur investissement, mesuré en nombre de selfies pris devant les œuvres). On ne va plus voir une exposition pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle représente : un badge de légitimité culturelle, un argument de conversation, une preuve de notre appartenance à la caste des « gens qui savent ». Comme le disait ce vieux fou de Nietzsche, « l’art est le grand stimulant de la vie », mais ici, il est réduit à un simple excitant, une drogue douce pour bourgeois en quête de sens.

Et puis, il y a cette illusion de la démocratisation culturelle, ce mensonge éhonté que nos élites nous ressassent depuis Malraux. « L’art pour tous ! » clament-ils, tandis qu’ils organisent des expositions à 15 euros l’entrée, avec des audioguides à 5 euros supplémentaires pour ceux qui osent encore penser que l’art se suffit à lui-même. La culture, autrefois subversive, est devenue un outil de domestication. Elle est ce que le pain et les jeux étaient à Rome : un moyen de maintenir le peuple dans un état de distraction permanente, de l’empêcher de voir les chaînes qui l’enserrent. Les expositions parisiennes de l’hiver 2024 ne font pas exception. Elles sont conçues pour flatter, pour rassurer, pour conforter le visiteur dans l’idée qu’il est un être sensible, un esprit ouvert, un citoyen du monde. Mais où est la provocation ? Où est la colère ? Où est cette capacité à déranger, à ébranler les certitudes, sans laquelle l’art n’est qu’un décor de plus dans le grand supermarché des idées ? Comme l’écrivait ce génie maudit de Pasolini, « l’art est une arme, et ceux qui en ont fait un divertissement sont des traîtres ».

Prenons un exemple concret : les expositions consacrées aux « grands maîtres » du passé. Rembrandt, Vermeer, Goya… Ces noms résonnent comme des incantations, des sésames ouvrant les portes d’un monde où la beauté aurait encore un sens. Mais que voit-on vraiment ? Des toiles accrochées comme des trophées, des cartels expliquant doctement la technique du clair-obscur, des foules se pressant pour prendre en photo un détail qui leur a été désigné comme « important » par un conservateur. L’art, ici, est momifié. Il est devenu un objet de vénération, un fétiche, une relique que l’on contemple avec la même ferveur que les touristes japonais devant la Joconde. Mais où est la vie ? Où est cette étincelle qui faisait dire à Van Gogh que « la peinture est une foi » ? Elle a été étouffée sous les couches de vernis du marketing culturel. L’exposition, aujourd’hui, est un mausolée où l’on enterre les œuvres sous les éloges et les analyses savantes, jusqu’à ce qu’elles ne soient plus que des ombres de ce qu’elles ont été.

Et que dire des expositions contemporaines, ces foires aux egos où des artistes en mal de reconnaissance viennent exposer leurs « installations » aussi creuses que les discours des politiques ? On nous vend du « conceptuel », du « performatif », de l’« immersif », comme si ces mots magiques suffisaient à donner une légitimité à ce qui n’est souvent que du vide habillé de néons. L’art contemporain, dans sa version parisienne, est le symptôme le plus criant de notre époque : une époque où l’on confond l’originalité avec le tapage, la profondeur avec le jargon, et la révolte avec un happening organisé par une marque de luxe. Comme le disait ce visionnaire de Guy Debord, « le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image ». Et c’est bien de cela qu’il s’agit : l’art n’est plus qu’une image, une surface lisse et brillante, un miroir où la société se contemple avec complaisance.

Mais le pire, peut-être, c’est cette façon qu’ont les expositions de nous infantiliser. On nous prend par la main, on nous explique, on nous guide, on nous rassure. « Regardez comme c’est beau ! » murmure la voix suave de l’audioguide. « Admirez comme c’est profond ! » susurre le cartel. On nous traite comme des enfants à qui l’on montre des images pieuses, en espérant qu’ils retiendront la leçon. Mais l’art, le vrai, n’est pas une leçon. C’est une confrontation, un choc, une blessure. C’est ce qui reste quand on a tout oublié, quand les explications se sont envolées, quand les théories se sont effondrées. Comme le disait ce géant de la pensée qu’était George Steiner, « l’art est ce qui résiste à la traduction ». Et pourtant, nos expositions modernes ne sont que traduction : traduction en mots, en concepts, en expériences « accessibles ». Elles tuent l’art en le rendant digeste, en le réduisant à une bouillie insipide que l’on peut avaler sans risque.

Alors, que faire ? Faut-il boycotter ces expositions, ces temples du mensonge et de la complaisance ? Non, car ce serait encore une forme de soumission, une façon de se couper du monde. Mais il faut y aller les yeux ouverts, avec la lucidité d’un chirurgien opérant à cœur ouvert. Il faut y aller pour voir, pour ressentir, pour se révolter. Il faut y aller comme on va au combat, armé de sa colère et de son désespoir, prêt à affronter cette machine à broyer les âmes. Et peut-être, au milieu de ce désert culturel, trouvera-t-on une œuvre, une seule, qui saura nous parler, nous toucher, nous réveiller. Une œuvre qui résistera à la traduction, à l’explication, à la récupération. Une œuvre qui sera, enfin, un acte de résistance.

Car c’est cela, la véritable fonction de l’art : résister. Résister à l’oubli, résister à la banalité, résister à la mort. Comme l’écrivait ce poète maudit de René Char, « l’art est le réel le plus réel, le seul qui résiste à la mort ». Et c’est cette résistance que nous cherchons, désespérément, dans les expositions parisiennes de l’hiver. Mais attention : cette résistance ne se trouve pas dans les blockbusters culturels, ces monstres froids et calculés qui attirent les foules comme des aimants. Elle se cache dans les marges, dans les petites galeries, dans les ateliers d’artistes inconnus, dans ces lieux où l’art est encore une aventure, un risque, une folie. C’est là, et seulement là, que l’on peut encore espérer trouver ce qui fait de l’art une nécessité vitale : sa capacité à nous sauver de nous-mêmes.

Analogie finale : Imaginez un instant que Paris soit une immense bibliothèque, où chaque exposition est un livre. Les rayons sont immenses, les étagères croulent sous les ouvrages, et les visiteurs déambulent comme des ombres, feuilletant distraitement les pages sans jamais s’arrêter. Certains livres sont magnifiques, d’autres médiocres, d’autres encore illisibles. Mais tous ont une chose en commun : ils sont couverts de poussière. Car personne ne les lit vraiment. Personne ne les ouvre avec cette faim, cette soif qui faisait dire à Kafka que « un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous ». Les expositions parisiennes de l’hiver sont ces livres poussiéreux. On les regarde, on les commente, on les photographie, mais on ne les lit pas. On ne les laisse pas nous transformer, nous bouleverser, nous détruire pour mieux nous reconstruire. Et c’est là le drame de notre époque : nous avons perdu le goût de la lecture. Nous avons oublié que l’art, comme la littérature, est une expérience totale, une plongée dans l’inconnu, un saut dans le vide. Alors, oui, allez voir ces expositions. Mais allez-y comme on part en guerre, comme on part en quête, comme on part à la recherche de ce qui nous manque. Et peut-être, au détour d’une salle, d’une œuvre, d’un détail, trouverez-vous ce que vous cherchiez sans le savoir : la preuve que l’art est encore vivant, et que, malgré tout, il peut encore nous sauver.



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