Les Etats-Unis intensifient leurs préparatifs en vue d’une éventuelle intervention en Iran – l’Opinion







L’Impérialisme en Marche – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Les Etats-Unis intensifient leurs préparatifs en vue d’une éventuelle intervention en Iran – l’Opinion

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Voilà donc que les machines de guerre se remettent en branle, que les rouages bien huilés de l’empire cliquètent à nouveau dans le silence complice des chancelleries. L’Iran, ce vieux fantôme oriental qui hante les nuits des stratèges du Pentagone, redevient la cible désignée des appétits géopolitiques. On nous parle de « préparatifs », de « scénarios », d’ »options sur la table » – comme si la vie de millions d’êtres humains n’était qu’un vulgaire jeu d’échecs où les pions se déplacent au gré des humeurs des rois du pétrole et des marchands d’armes. Mais derrière ces euphémismes bureaucratiques se cache une vérité plus crue : l’Occident, ce vieux vampire repus mais jamais rassasié, prépare une nouvelle saignée dans le corps déjà meurtri du Moyen-Orient.

Ce n’est pas une analyse, c’est une autopsie. Une dissection méthodique des mécanismes qui transforment la violence en politique étrangère, la rapine en « démocratisation », et le meurtre de masse en « responsabilité de protéger ». Les États-Unis, ce colosse aux pieds d’argile gorgé de dettes et de contradictions, jouent une fois de plus les gendarmes du monde, alors même que leur propre société se désagrège sous le poids des inégalités et de la folie consumériste. Mais qu’importe ! L’essentiel est de maintenir l’illusion de la puissance, de faire vibrer les tambours de la guerre pour masquer le silence assourdissant des usines qui ferment et des rêves qui s’éteignent.

I. Les Sept Péchés Capitaux de l’Histoire Impériale

Pour comprendre cette énième folie, il faut remonter aux sources mêmes de la violence organisée, là où l’humanité a troqué sa liberté contre la sécurité des murs et des frontières. L’histoire n’est qu’un long cortège de dominations successives, mais celle de l’Occident impérialiste mérite une attention particulière, tant elle a perfectionné l’art de justifier l’injustifiable.

1. La Naissance du Monstre : L’Empire comme Malédiction Originelle (3000 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)

Dès que l’homme a posé les premières pierres des villes, il a aussi érigé les premiers gibets. Sumer, Akkad, Babylone – ces noms qui font rêver les archéologues furent d’abord des machines à broyer les peuples. « L’histoire commence à Sumer », disait Samuel Noah Kramer, mais c’est aussi là que commence la malédiction de la domination. Les tablettes cunéiformes ne parlent pas seulement de commerce et de lois, mais aussi de tributs imposés par le fer et le feu. L’Empire romain, ce modèle tant admiré, n’était qu’une gigantesque entreprise de pillage légalisé. Cicéron lui-même, dans ses lettres à Atticus, avouait sans fard que « les provinces sont la proie des gouverneurs ». La Pax Romana ? Une paix de cimetière, où les routes pavées servaient autant au commerce qu’à la répression des révoltes.

2. La Croix et l’Épée : Quand la Religion Devient Alibi (33 – 1453)

Le christianisme, né dans les catacombes comme religion des opprimés, devint sous Constantin l’idéologie la plus meurtrière de l’histoire. « Dieu le veut ! » hurlaient les croisés en massacrant les habitants de Jérusalem en 1099. Les mêmes qui partaient « libérer » le Saint-Sépulcre violèrent, pillèrent et réduisirent en esclavage des milliers d’innocents. Saint Augustin, dans sa Cité de Dieu, avait théorisé la guerre juste – concept qui servirait plus tard à justifier toutes les atrocités. Quand les conquistadors espagnols débarquèrent en Amérique, ils brandissaient des croix en même temps que des épées. Las Casas, horrifié, écrivait : « Ils font la guerre aux Indiens comme si c’étaient des bêtes sauvages. » Mais l’Église fermait les yeux, trop occupée à compter l’or qui affluait des colonies.

3. Le Capitalisme Naissant : L’Or et le Sang (1492 – 1789)

Avec la découverte des Amériques, le capitalisme entra dans sa phase primitive – et primitive fut bien le mot. Adam Smith, ce père du libéralisme, écrivait dans La Richesse des Nations que « la découverte de l’Amérique a été l’un des deux plus grands événements de l’histoire ». Il oubliait de préciser que cette « découverte » coûta la vie à des dizaines de millions d’Amérindiens, décimés par les maladies, les travaux forcés et les massacres. Les mines d’argent de Potosí, en Bolivie, furent le premier goulag de l’histoire moderne. Des millions d’indigènes y moururent pour extraire le métal qui financerait les guerres européennes. « Vale un Potosí », disait-on alors – et cette expression résume à elle seule la logique du système : la vie humaine ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter.

4. L’Apogée de l’Impérialisme : Le Partage du Gâteau Mondial (1815 – 1914)

Le XIXe siècle fut l’âge d’or de l’impérialisme, ce moment où l’Europe, ivre de sa supériorité technologique, se partagea le monde comme une bande de prédateurs autour d’une carcasse. Jules Ferry, ce « père » de l’école laïque, déclarait sans sourciller en 1885 : « Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… Elles ont le devoir de les civiliser. » Rudyard Kipling, dans son poème Le Fardeau de l’homme blanc, donna ses lettres de noblesse à cette idéologie. Mais derrière les beaux discours se cachait une réalité sordide : le Congo belge, où Léopold II fit couper les mains des travailleurs qui ne ramenaient pas assez de caoutchouc ; l’Inde, où les Britanniques organisèrent délibérément des famines pour briser la résistance locale ; l’Algérie, où les Français inventèrent la « guerre totale » bien avant les nazis. « Un bon indigène est un indigène mort », disait-on dans les mess des officiers.

5. Les Guerres Mondiales : L’Impérialisme en Folie (1914 – 1945)

Les deux guerres mondiales ne furent que des guerres civiles européennes, des conflits entre impérialismes rivaux pour le partage du monde. Lénine, dans L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, avait tout compris : « La guerre de 1914-1918 a été, des deux côtés, une guerre impérialiste. » Les tranchées de Verdun, les gaz de Ypres, les bombes de Dresde – autant de crimes commis au nom de la « civilisation ». Les États-Unis, qui entrèrent tardivement dans la danse, en sortirent grandis. Hiroshima et Nagasaki furent leurs cartes de visite au monde : « Voilà ce que nous sommes capables de faire. Soumettez-vous. » La bombe atomique, ce « soleil artificiel » comme l’appelait Oppenheimer, marqua l’entrée dans une nouvelle ère – celle où l’humanité détenait enfin les moyens de sa propre destruction.

6. La Guerre Froide : L’Impérialisme sous Couvert d’Idéologie (1947 – 1991)

La guerre froide fut une guerre de substitution, où les deux superpuissances s’affrontèrent par peuples interposés. Les États-Unis, se posant en défenseurs de la « liberté », soutinrent les dictatures les plus sanguinaires : Pinochet au Chili, Suharto en Indonésie, les colonels en Grèce, Mobutu au Zaïre. « Il est un fils de pute, mais c’est notre fils de pute », disait Roosevelt de Somoza. La CIA organisa des coups d’État, des assassinats, des guerres secrètes. Au Vietnam, les B-52 déversèrent plus de bombes que pendant toute la Seconde Guerre mondiale. « Nous avions à détruire le village pour le sauver », expliquait un officier américain. La logique était implacable : mieux valait un pays ruiné et soumis qu’un pays indépendant et neutre.

7. L’Hyperimpérialisme : Le Nouvel Ordre Mondial (1991 – Aujourd’hui)

Avec la chute de l’URSS, les États-Unis crurent avoir gagné la partie. Francis Fukuyama annonça « la fin de l’histoire ». Mais l’histoire, cette vieille putain, n’en avait pas fini avec nous. Les années 1990 furent une décennie de guerres « humanitaires » : la Yougoslavie bombardée au nom des droits de l’homme, l’Irak soumis à un embargo qui tua 500 000 enfants (Madeleine Albright déclara que « le prix en valait la peine »). Puis vint le 11 septembre, ce cadeau tombé du ciel pour les faucons du Pentagone. « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes », déclara Bush. La guerre contre le terrorisme devint le nouveau prétexte pour intervenir partout : Afghanistan, Irak, Libye, Syrie… Partout, les mêmes scènes : des villes en ruines, des populations déplacées, des sociétés fracturées. Et toujours, en arrière-plan, les mêmes intérêts : le pétrole, les bases militaires, la domination géostratégique.

Aujourd’hui, l’Iran est dans le collimateur. Pourquoi ? Parce qu’il ose défier l’hégémonie américaine. Parce qu’il a le malheur de posséder du pétrole et de se trouver dans une région stratégique. Parce que les néoconservateurs, ces fous dangereux qui peuplent les think tanks de Washington, rêvent d’un « Grand Moyen-Orient » remodelé à leur image. Mais derrière les discours sur la « menace nucléaire » et la « déstabilisation régionale », il n’y a qu’une vérité simple : l’impérialisme ne supporte pas qu’on lui résiste.

II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Destruction Massive

La guerre commence toujours par les mots. Avant que les bombes ne tombent, il faut préparer les esprits, justifier l’injustifiable, transformer le crime en vertu. Le langage de l’impérialisme est un langage perverti, où les mots ont perdu leur sens originel pour devenir de simples outils de propagande.

1. L’Euphémisation de la Violence

« Frappes chirurgicales », « dommages collatéraux », « intervention humanitaire » – autant d’expressions qui servent à masquer la réalité de la guerre. Une « frappe chirurgicale » n’est rien d’autre qu’un bombardement qui tue des civils. Un « dommage collatéral » est un enfant déchiqueté par une bombe. Une « intervention humanitaire » est une guerre d’agression. George Orwell, dans 1984, avait tout compris : « Le langage politique est conçu pour rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable. »

2. La Diabolisation de l’Ennemi

L’Iran n’est pas un pays, c’est un « État voyou ». Son président n’est pas un dirigeant élu, c’est un « dictateur ». Ses missiles ne sont pas des armes de défense, ce sont des « menaces pour la paix mondiale ». Cette technique, vieille comme la guerre, consiste à déshumaniser l’ennemi pour rendre son extermination acceptable. Pendant la Première Guerre mondiale, les Allemands étaient des « Huns ». Pendant la Seconde, les Japonais étaient des « singes ». Aujourd’hui, les Iraniens sont des « terroristes ». Demain, ce sera au tour d’un autre peuple.

3. La Sacralisation de l’Intervention

« Nous avons le devoir d’intervenir », « Nous ne pouvons pas rester les bras croisés », « La communauté internationale a une responsabilité » – autant de phrases qui servent à justifier l’ingérence. Mais qui a élu les États-Unis gendarmes du monde ? Qui leur a donné ce « devoir » ? La vérité est plus prosaïque : l’interventionnisme est une industrie, une machine à générer des profits pour les marchands d’armes et des carrières pour les politiques. Eisenhower, dans son discours d’adieu, avait mis en garde contre le « complexe militaro-industriel ». Soixante ans plus tard, ce complexe est devenu un État dans l’État, une hydre aux mille têtes qui dévore tout sur son passage.

4. La Naturalisation de la Domination

« C’est dans notre intérêt national », « Nous devons protéger nos alliés », « La stabilité de la région est vitale » – ces phrases, répétées comme des mantras, servent à présenter la domination comme une nécessité naturelle. Mais qui a décidé que les intérêts des États-Unis devaient primer sur ceux des autres peuples ? Qui a décrété que le Moyen-Orient devait être « stable » selon les critères de Washington ? La domination n’est jamais naturelle : elle est toujours le résultat d’un rapport de forces, d’une violence exercée et maintenue par la contrainte.

III. Comportementalisme Radical : La Résistance ou la Mort de l’Humanité

Face à cette machine de guerre, que reste-t-il ? La soumission ? L’indifférence ? La collaboration ? Non. Il reste la résistance, cette flamme fragile mais tenace qui refuse de s’éteindre. Mais pour résister, il faut d’abord comprendre les mécanismes du pouvoir, les ressorts de la domination, les failles du système.

1. Le Conditionnement des Masses

Les peuples occidentaux ne sont pas des monstres. Ils sont simplement conditionnés, depuis l’enfance, à accepter l’impérialisme comme une fatalité. L’école, les médias, la culture populaire – tout concourt à façonner des citoyens dociles, prêts à applaudir aux guerres menées en leur nom. On leur apprend l’histoire des « grands hommes », mais jamais celle des peuples opprimés. On leur montre les images des attentats, mais jamais celles des bombardements. On leur parle de « valeurs », mais jamais des intérêts sordides qui se cachent derrière les beaux discours.

Ce conditionnement est si profond qu’il en devient presque invisible. Quand les États-Unis bombardent un pays, on parle de « guerre ». Quand ce pays se défend, on parle de « terrorisme ». Quand les soldats américains meurent, ce sont des « héros ». Quand des civils irakiens ou afghans périssent, ce sont des « statistiques ». Cette asymétrie dans le traitement de l’information est la clé de voûte du système. Tant que les peuples accepteront cette dichotomie, l’impérialisme pourra continuer son œuvre de mort.

2. La Résistance par l’Humanité

Mais l’humanité n’est pas totalement perdue. Il reste des consciences, des individus qui refusent de se soumettre. Des journalistes comme Seymour Hersh, qui révèlent les crimes de guerre. Des lanceurs d’alerte comme Chelsea Manning ou Edward Snowden, qui sacrifient leur liberté pour informer le public. Des artistes comme Banksy, qui utilisent leur talent pour dénoncer l’absurdité de la guerre. Des peuples entiers, comme les Palestiniens, qui résistent depuis des décennies à l’oppression.

Cette résistance prend des formes multiples : la désobéissance civile, la grève, l’art engagé, la solidarité internationale. Mais elle a un point commun : elle refuse la logique de la domination. Elle affirme, contre toute évidence, que l’humanité n’est pas condamnée à s’entretuer pour le profit de quelques-uns. Elle rappelle que la paix n’est pas l’absence de guerre, mais la présence de la justice.

3. L’Urgence de la Désobéissance

Face à la machine de guerre qui se met en branle, il n’y a qu’une seule réponse possible : la désobéissance. Désobéir aux ordres, désobéir aux lois injustes, désobéir aux dogmes. Thoreau, dans La Désobéissance civile, écrivait : « Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison. » Aujourd’hui, la place de l’homme juste est dans la rue, dans les médias alternatifs, dans les réseaux de solidarité.

Mais attention : la désobéissance ne suffit pas. Il faut aussi construire des alternatives, inventer de nouvelles formes de vie collective. Le capitalisme et l’impérialisme ne tomberont pas tout seuls. Il faut les abattre, méthodiquement, patiemment, comme on abat un arbre pourri. Et pour cela, il faut s’organiser, se fédérer, créer des contre-pouvoirs. Les ZAD, les coopératives, les médias indépendants, les syndicats combatifs – autant de laboratoires où s’invente l’avenir.

4. L’Espoir malgré Tout

On nous dit que l’histoire est écrite par les vainqueurs. C’est vrai, mais seulement à court terme. À long terme, ce sont les vaincus qui écrivent l’histoire – ceux qui ont refusé de se soumettre, ceux qui ont lutté jusqu’au bout. Les esclaves révoltés de Spartacus, les communards de Paris, les résistants du ghetto de Varsovie, les Vietnamiens qui ont vaincu les États-Unis – autant de preuves que la résistance est possible, que la liberté peut triompher.

L’Iran, aujourd’hui, est dans la ligne de mire. Mais demain, ce sera un autre pays. L’impérialisme est une hydre : on lui coupe une tête, il en repousse deux. La seule solution est de s’attaquer à la racine du mal : le système capitaliste lui-même, qui a besoin de la guerre pour survivre. Tant qu’il y aura des profits à tirer de la destruction, il y aura des guerres. Tant qu’il y aura des empires, il y aura des peuples opprimés.

Mais l’espoir est là, têtu, obstiné. Il est dans le sourire d’un enfant qui joue dans les ruines de Mossoul. Il est dans la détermination d’une mère palestinienne qui élève ses enfants malgré le blocus. Il est dans la solidarité des peuples qui refusent de se laisser diviser. L’histoire n’est pas finie. Elle ne fait que commencer.

— Les tambours de l’enfer, déjà, cognent aux portes des villes

On nous parle de paix, de droits, de lendemains qui chantent

Mais les bombes ont des noms de fleurs et des cœurs de métal

Elles dansent dans le ciel comme des putains en goguette

— L’Iran, ce vieux rêve éveillé, ce mirage de sable et de sang

On va le saigner à blanc, lui voler son pétrole, ses rêves, ses enfants

Les généraux comptent les morts comme on compte les billets

Un, deux, trois… mille ! Et la machine continue, insatiable

— Ô vous, les maîtres du monde, les rois du pétrole et du mensonge

Vos palais sont bâtis sur des charniers, vos banques sur des ossements

Vous parlez de démocratie en serrant des mains couvertes de sang

Mais la terre se souvient, et la mer garde la mémoire des noyés

— Un jour, les peuples se lèveront, les chaînes se briseront

Les murs tomberont, les frontières s’effaceront comme des cicatrices

Ce jour-là, les tambours se tairont, et le silence sera roi

Un silence lourd de promesses, plein de l’espoir des vaincus

— Mais en attendant, la nuit est longue, et la bête est affamée

Elle rôde, elle guette, elle prépare son festin de chairs et de larmes

Résistez, peuples du monde, résistez à la nuit qui vient

Car l’aube, elle aussi, se prépare, dans l’ombre des barricades



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *