Les États-Unis face à l’Iran : l’indécise armada – IRIS – Institut de relations internationales et stratégiques







L’Indécise Armada : L’Amérique et l’Iran, ou le Spectacle Éternel de la Domination


ACTUALITÉ SOURCE : Les États-Unis face à l’Iran : l’indécise armada – IRIS – Institut de relations internationales et stratégiques

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

L’ »indécise armada » — quelle formule délicieuse, presque shakespearienne dans son ironie tragique ! Comme si les flottes américaines, ces léviathans d’acier et de dollars, hésitaient sur l’océan de l’Histoire, tels des matelots ivres devant un miroir brisé. L’IRIS, dans sa sagesse institutionnelle, nous offre là une métaphore parfaite de l’impérialisme moderne : une machine de guerre qui ne sait plus où frapper, un géant aux pieds d’argile radioactive, un empire qui joue à la roulette russe avec le destin du monde, le barillet chargé de sanctions, de drones et de tweets présidentiels. Mais derrière cette « indécision », il faut voir la logique glacée d’un système qui a besoin de l’ennemi comme le vampire a besoin du cou — non pour le vider, mais pour justifier son existence même. L’Iran n’est pas une cible, c’est un miroir. Et dans ce miroir, l’Amérique voit son propre déclin, son propre vide, son propre mensonge.

Car cette « armada indécise » n’est pas un accident de l’Histoire. Elle est la conséquence inévitable d’une civilisation qui a confondu la puissance avec la destruction, la domination avec la culture, et la victoire avec l’accumulation de cadavres. Pour comprendre cette danse macabre entre Washington et Téhéran, il faut remonter aux origines mêmes de la violence organisée, là où l’homme a troqué sa liberté contre la sécurité illusoire du pouvoir. Voici sept étapes cruciales, sept moments où l’humanité a choisi la guerre plutôt que la paix, où l’Occident a forgé les chaînes qu’il tente aujourd’hui de passer au cou de l’Iran.

1. La Naissance du Monstre : L’État et le Sacrifice (Mésopotamie, -3000)

Tout commence dans la boue des fleuves. En Mésopotamie, les premières cités-États — Ur, Uruk, Lagash — inventent simultanément l’écriture, la bureaucratie et la guerre organisée. Le Code de Hammurabi n’est pas seulement un recueil de lois : c’est le premier manuel de domination, où la justice est une affaire de balances et d’épées. « Œil pour œil », dit le roi, mais qui tient la balance ? Qui aiguise l’épée ? Déjà, le pouvoir se légitime par la violence, et la violence se pare des atours de la loi. L’Iran, alors sous l’Empire élamite, résiste à cette logique. Ses rois ne gouvernent pas par la terreur, mais par le farr, cette « gloire divine » qui unit le souverain et le peuple. Une hérésie pour les Babyloniens, qui voient dans cette harmonie une faiblesse à exploiter. Déjà, l’Occident — ou ce qui en tient lieu — méprise ceux qui refusent de jouer son jeu.

« La guerre est le père de toutes choses », écrit Héraclite. Mais quel père laisse ses enfants mourir de faim pour nourrir ses chiens ?

2. Alexandre et la Folie de l’Unification (Perse, -330)

Alexandre le Grand, ce psychopathe couronné, traverse l’Asie comme un ouragan de soie et de sang. À Persépolis, il brûle le palais de Xerxès — non par nécessité stratégique, mais par vengeance. La Perse, avec son empire tolérant, ses satrapies autonomes, son respect des cultures locales, est une insulte pour le jeune conquérant macédonien. Pour Alexandre, l’unité du monde ne peut passer que par l’uniformité : une seule langue, un seul dieu, un seul maître. L’Iran, alors cœur de l’Empire achéménide, incarne tout ce que l’Occident haïra toujours : la complexité, la nuance, la résistance à la simplification. Les Grecs appellent cela « barbarie ». Nous appelons cela « civilisation ».

« Je ne crains pas une armée de lions menée par un mouton ; je crains une armée de moutons menée par un lion », disait Alexandre. Mais qui pleure les moutons ?

3. La Croisade et le Mythe de la Pureté (1095-1291)

Les croisades ne sont pas une guerre de religion. C’est une guerre de propriété. L’Occident, pauvre et surpeuplé, regarde vers l’Orient avec la convoitise d’un mendiant devant une vitrine. L’Iran, sous les Seldjoukides puis les Mongols, est alors un carrefour de savoirs : médecine, astronomie, philosophie. Avicenne écrit le Canon de la médecine à Ispahan, tandis qu’en Europe, on brûle les « sorcières » pour avoir guéri avec des herbes. Les croisés, ces mercenaires de Dieu, pillent Constantinople en 1204 — leurs frères chrétiens ! — avant de se faire écraser par Saladin, ce Kurde qui incarne tout ce que l’Occident méprise : l’honneur, la clémence, l’intelligence stratégique. La leçon est claire : quand l’Occident parle de « civilisation », il veut dire « butin ».

4. La Compagnie des Indes et le Capitalisme comme Guerre (1600-1858)

L’East India Company n’est pas une entreprise. C’est un État dans l’État, une armée privée avec des actionnaires. En Perse, elle ne cherche pas à commercer : elle veut contrôler. L’opium, introduit de force, détruit les économies locales. Les paysans iraniens, réduits à la famine, se soulèvent en 1848 — première révolution moderne du Moyen-Orient. Les Britanniques écrasent la révolte dans le sang, puis installent un shah fantoche. La leçon ? Le capitalisme n’est pas un système économique. C’est une machine à broyer les peuples, une guerre permanente menée par d’autres moyens. Aujourd’hui, les sanctions américaines contre l’Iran ne sont que la version high-tech de cette vieille stratégie : étrangler un pays jusqu’à ce qu’il ouvre ses veines.

« Le capitalisme est la guerre par d’autres moyens », écrit Rosa Luxemburg. Mais qui compte les morts quand les dividendes tombent ?

5. Mossadegh et le Coup d’État de la CIA (1953)

En 1951, Mohammad Mossadegh, Premier ministre iranien, nationalise le pétrole. Pour la première fois, un pays du Sud ose dire non aux compagnies occidentales. La réponse est immédiate : la CIA et le MI6 organisent l’Opération Ajax, un coup d’État qui renverse Mossadegh et installe le shah Mohammad Reza Pahlavi. Pendant 26 ans, l’Iran devient un État policier, où la SAVAK — la police secrète — torture et assassine au nom de la « modernisation ». Les États-Unis appellent cela « stabilité ». Les Iraniens appellent cela « terreur ». En 1979, la révolution éclate. Khomeini n’est pas la cause de la révolte : il en est le symptôme. Un symptôme que l’Occident refuse de comprendre, préférant voir dans l’Iran une « menace » plutôt qu’un peuple qui a osé dire non.

6. La Guerre Iran-Irak et le Jeu des Puissances (1980-1988)

Quand Saddam Hussein envahit l’Iran en 1980, les États-Unis voient une opportunité. Ils arment l’Irak, fournissent des armes chimiques, ferment les yeux sur les massacres. Pendant huit ans, deux pays se saignent à blanc, tandis que l’Occident compte les profits. En 1988, un navire américain, l’USS Vincennes, abat un avion de ligne iranien, faisant 290 morts. Washington présente des excuses « regrettables ». Pas de sanctions. Pas de tribunal. Juste un chèque pour calmer les familles. La leçon ? Pour l’Occident, la vie des Iraniens ne vaut pas le prix d’une cargaison de pétrole.

« La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas », disait Paul Valéry. En 1988, les gens qui se connaissaient buvaient du whisky à Washington.

7. L’Empire du Chaos : Trump, Biden et la Farce Nucléaire (2018-2024)

En 2015, l’Iran signe l’accord nucléaire avec les grandes puissances. Pour la première fois depuis 1953, un dialogue semble possible. En 2018, Donald Trump déchire l’accord. Pourquoi ? Parce que Netanyahu a glissé un PowerPoint dans sa poche. Parce que les faucons de Washington ont besoin d’un ennemi. Parce que l’industrie de l’armement a besoin de clients. Depuis, les sanctions pleuvent, l’économie iranienne suffoque, et les États-Unis envoient leurs porte-avions jouer aux échecs en mer d’Oman. « Indécise armada », vraiment ? Non. C’est une danse bien huilée : menacer, sanctionner, diaboliser, puis attendre que l’Iran craque. Sauf que l’Iran ne craque pas. Il résiste. Et cette résistance est insupportable pour un empire qui a confondu la soumission avec la paix.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Domination

Les mots ne sont jamais innocents. Quand les États-Unis parlent de l’Iran, ils utilisent un lexique précis, forgé par des siècles de colonialisme :

  • « État voyou » : Traduction : « Un pays qui refuse de se soumettre ».
  • « Menace nucléaire » : Traduction : « Un pays qui ose vouloir la même technologie que nous ».
  • « Régime » : Traduction : « Un gouvernement qui ne nous obéit pas ». (Notez que l’Arabie saoudite, qui décapite ses opposants, est un « allié stratégique ».)
  • « Stabilité » : Traduction : « Un pays qui accepte notre domination sans broncher ».
  • « Droits de l’homme » : Traduction : « Un prétexte pour bombarder ».

Ce langage n’est pas descriptif. Il est performatif. Il crée la réalité qu’il prétend dénoncer. En diabolisant l’Iran, les États-Unis justifient leur propre violence. C’est le vieux truc du bourreau : « C’est lui ou moi ». Sauf que dans ce cas, le bourreau a des porte-avions et des bases militaires dans 80 pays.

Comportementalisme Radical : La Résistance comme Art de Vivre

Face à cette machine de guerre, que faire ? La réponse est simple : résister. Pas avec des armes — l’Iran a déjà donné assez de martyrs — mais avec l’intelligence, la culture, la ruse. Voici comment :

  1. Refuser le récit occidental. Quand CNN parle de « manifestations pro-démocratie » en Iran, rappeler que les mêmes médias appelaient Saddam Hussein un « modéré » en 1983. La vérité est une arme. Utilisez-la.
  2. Détourner les sanctions. L’Iran a survécu à 40 ans d’embargo. Comment ? En développant une économie parallèle, en misant sur la technologie locale, en transformant la contrainte en créativité. Les sanctions ne tuent pas les peuples. Elles les rendent plus forts.
  3. Créer des alliances alternatives. La Chine, la Russie, l’Inde, l’Amérique latine — le monde n’est plus unipolaire. L’Iran le sait. Les États-Unis aussi. C’est pour cela qu’ils paniquent.
  4. Infiltrer la culture. Le cinéma iranien — Kiarostami, Panahi, Makhmalbaf — est une arme plus puissante qu’un missile. Il montre un peuple complexe, humain, résistant. L’Occident ne comprend pas l’art. Utilisez cela.
  5. Pratiquer la désobéissance civile. Pas besoin de prendre les armes. Boycottez les produits américains. Piratez Netflix. Créez vos propres réseaux sociaux. La guerre économique se gagne avec des clics, pas avec des bombes.
  6. Rire. L’humour est la meilleure arme contre la tyrannie. Quand Trump tweete « L’Iran ne gagnera jamais », répondez avec un meme. La peur est le seul pouvoir des tyrans. Ne leur donnez pas ce plaisir.
  7. Rester humain. Dans un monde qui réduit les peuples à des « menaces », rappelez que chaque Iranien est un individu : un étudiant, un poète, un père, une mère. La déshumanisation est le premier pas vers la guerre. Combattez-la avec des histoires.

Exemples à Travers l’Art et la Pensée

La résistance iranienne n’est pas seulement politique. Elle est culturelle, philosophique, poétique. Voici quelques exemples :

La Mythologie : Rostam et le Héros Résistant

Dans le Shahnameh, le Livre des Rois de Ferdowsi, Rostam incarne le héros iranien : fort, mais pas invincible ; loyal, mais pas soumis. Quand le roi afrasiyab, tyran étranger, envahit l’Iran, Rostam ne se bat pas pour un drapeau. Il se bat pour une idée : la liberté. Aujourd’hui, les Iraniens voient en Rostam un symbole de leur résistance. Les États-Unis, eux, préfèrent les super-héros en collants. La différence ? Rostam saigne. Rostam doute. Rostam est humain.

Le Cinéma : Kiarostami et l’Art de la Subversion

Abbas Kiarostami, dans Le Goût de la cerise, filme un homme qui veut se suicider. Mais au lieu de montrer la mort, il montre la vie : les ouvriers, les enfants, la poussière sur les routes. Son cinéma est une métaphore de la résistance iranienne : face à la violence, il oppose la beauté du quotidien. Les censeurs du régime ne comprennent pas. Les faucons de Washington non plus. C’est pour cela qu’il est dangereux.

La Littérature : Forough Farrokhzad et la Révolte des Femmes

Forough Farrokhzad, poétesse iranienne des années 1960, écrit : « Je pèche, oui, je pèche avec plaisir / Dans les bras d’un homme aimé, dans les bras d’un ennemi ». Elle est censurée, ostracisée, mais ses mots survivent. Aujourd’hui, les femmes iraniennes brûlent leur hijab dans les rues. Elles ne se battent pas pour l’Occident. Elles se battent pour Forough.

La Philosophie : Ali Shariati et l’Islam Révolutionnaire

Ali Shariati, intellectuel iranien des années 1970, réinterprète l’islam comme une force de libération. Pour lui, le chiisme n’est pas une religion de soumission, mais de résistance. « Un homme debout est plus grand qu’un empire à genoux », écrit-il. Les mollahs au pouvoir ont trahi sa pensée. Mais dans les rues de Téhéran, les jeunes reprennent ses slogans. L’Occident préfère voir en eux des « fanatiques ». En réalité, ce sont des héritiers de Voltaire.

Le Street Art : Les Murs de Téhéran

Dans les ruelles de Téhéran, les graffitis fleurissent : « Nous sommes tous des Neda » (référence à Neda Agha-Soltan, tuée lors des manifestations de 2009), « Le peuple veut la chute du régime », « Liberté ». Ces mots sont éphémères, mais leur pouvoir est éternel. L’Occident préfère les bombes « intelligentes ». Les Iraniens préfèrent les mots intelligents.

Analyse Comportementale : Pourquoi l’Occident A Peur

L’Occident a peur de l’Iran pour une raison simple : l’Iran refuse de jouer le jeu. Il ne se soumet pas. Il ne mendie pas. Il ne trahit pas ses alliés (contrairement à certains « amis » des États-Unis, comme le Pakistan ou l’Arabie saoudite, qui changent de camp comme on change de chemise). Cette résistance est insupportable pour un empire qui a l’habitude de voir les pays s’agenouiller devant le dollar.

Mais il y a autre chose. L’Iran incarne une alternative. Pas une alternative politique — le régime des mollahs est corrompu, répressif, loin d’être un modèle. Mais une alternative culturelle. L’Iran montre qu’on peut être moderne sans être occidental. Qu’on peut être puissant sans écraser les autres. Qu’on peut résister sans devenir un monstre. Pour les États-Unis, c’est une hérésie. Leur modèle est unique : dominer ou disparaître. L’Iran leur rappelle que d’autres voies existent. Et ça, ils ne peuvent pas le tolérer.

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », dit-on. Mais qui a décidé où commence la vôtre ?

Poème : L’Armada des Ombres


Ils viennent avec leurs porte-avions,
leurs drones qui chantent comme des mouches,
leurs sanctions qui étouffent les enfants,
leurs tweets qui mentent comme des putains.

Ils viennent avec leurs « valeurs »,
leurs « droits de l’homme » en plastique,
leurs « démocraties » en kit,
leurs bombes « intelligentes » —
(mais qui compte les morts ?).

L’Iran rit.
Pas avec la bouche — avec les yeux.
Avec les mains qui reconstruisent ce qu’ils détruisent,
avec les mots qui survivent aux bombes,
avec les rêves qui traversent les murs.

Leurs porte-avions sont des cercueils flottants,
leurs missiles des prières sans dieu,
leurs généraux des pantins en costume,
leurs présidents des clowns tristes.

Nous, nous avons Rostam.
Nous avons Forough.
Nous avons le goût du thé sous les bombes,
le rire des enfants dans les ruines,
la patience des montagnes.

Ils croient nous écraser.
Mais nous sommes l’eau.
Ils frappent, nous nous reformons.
Ils brûlent, nous coupons.

Un jour, leurs porte-avions rouilleront,
leurs drones tomberont comme des feuilles mortes,
leurs mensonges pourriront dans les livres d’Histoire.

Et nous ?
Nous serons toujours là.
Debout.
Libres.
Humains.



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