Les effets de l’alimentation sur l’environnement – notre-environnement







L’Alimentation et l’Environnement – Analyse de Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Les effets de l’alimentation sur l’environnement – notre-environnement

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, l’alimentation ! Ce grand théâtre de l’absurdité humaine, cette scène où se joue, en sourdine, la tragédie de notre époque. On nous parle d’effets sur l’environnement, comme si l’on pouvait encore séparer l’acte de manger de la grande machine à broyer qui nous écrase tous, sans distinction. Comme si l’on pouvait encore croire que nos choix de consommateurs, ces petits gestes pathétiques que l’on nous vend comme des actes de résistance, pouvaient inverser la marche d’un système qui a depuis longtemps décidé de nous engloutir. L’alimentation, voyez-vous, n’est pas qu’une question de calories ou de nutriments. C’est une question de pouvoir, de domination, de folie collective. Et ceux qui nous parlent d’environnement avec des sourires de commerciaux en costard sont les mêmes qui, il y a cinquante ans, nous vendaient des voitures comme on vendait des rêves, avant de réaliser que ces rêves étaient des cauchemars en tôle et en pétrole.

Regardez-les, ces experts, ces technocrates, ces petits soldats de la pensée molle, alignés comme des poulets en batterie, pondant des rapports sur l’empreinte carbone des avocats ou le méthane des vaches. Ils parlent de « durabilité », de « circuits courts », de « végétarisme », comme si ces mots pouvaient encore avoir un sens dans un monde où l’on a transformé la terre en usine, les animaux en machines, et les hommes en consommateurs dociles. Ils nous disent : « Mangez moins de viande, achetez bio, recyclez vos emballages », comme si ces incantations pouvaient conjurer le désastre. Mais le désastre, mes amis, n’est pas une question de choix individuels. C’est une question de structure, de logique, de folie organisée. C’est le résultat d’un système qui a fait de la croissance infinie son dieu, de la consommation son culte, et de l’homme un simple rouage dans la grande machine à produire et à jeter.

Prenez l’agriculture industrielle, cette monstruosité née des rêves déments des ingénieurs agronomes des années 1950. Ils nous ont promis l’abondance, la fin de la faim, le paradis sur terre. Et qu’avons-nous obtenu ? Des sols morts, des nappes phréatiques empoisonnées, des paysans réduits à l’état de serfs des multinationales, et une nourriture qui a le goût de carton et l’odeur de la désolation. « La terre n’est pas un héritage de nos parents, mais un emprunt à nos enfants », disait Antoine de Saint-Exupéry. Belle phrase, n’est-ce pas ? Sauf que nos enfants, aujourd’hui, héritent d’un monde où la terre est stérile, où l’eau est rare, où l’air est irrespirable. Et nous, nous continuons à nous goinfrer, à gaspiller, à croire que le prochain gadget, la prochaine innovation, le prochain rapport des « experts » va tout arranger. Comme si la solution pouvait venir de ceux-là mêmes qui ont créé le problème.

Et puis il y a la viande, ce grand tabou de notre époque. On nous dit qu’il faut en manger moins, que les vaches émettent du méthane, que les abattoirs sont des enfers sur terre. Tout cela est vrai, bien sûr. Mais réduire la question de la viande à une simple équation carbone, c’est comme réduire la guerre à une question de budget militaire. C’est ignorer l’essentiel : la viande, c’est le symbole de notre rapport à la nature, de notre volonté de domination, de notre refus de voir que nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres, et non les maîtres du monde. « L’homme est un loup pour l’homme », disait Hobbes. Mais l’homme est aussi un loup pour le cochon, pour la vache, pour le poulet. Et ce loup-là, ce prédateur insatiable, ne se contentera pas de quelques régimes végétariens ou de steaks de soja. Il lui faut du sang, de la souffrance, de la destruction. Parce que c’est dans la destruction que l’homme moderne se sent vivant.

Alors, que faire ? Faut-il se résigner, comme le suggèrent les petits malins du développement durable, à une vie de privations et de culpabilité ? Faut-il croire, comme les naïfs de l’écologie punitive, que nos petits gestes vont sauver la planète ? Non, bien sûr. Parce que le problème n’est pas dans nos assiettes, mais dans nos têtes. Dans cette idée folle que nous pouvons continuer à vivre comme nous le faisons, à produire, à consommer, à jeter, sans jamais payer le prix de notre folie. « L’homme est un roseau pensant », disait Pascal. Mais ce roseau-là, aujourd’hui, pense avec le ventre. Il pense en termes de profit, de rendement, de croissance. Et tant que nous penserons ainsi, nous continuerons à creuser notre propre tombe, avec des fourchettes en plastique et des couteaux en inox.

Il y a pourtant une lueur d’espoir, une résistance qui persiste, malgré tout. Elle est dans ces paysans qui refusent les OGM, dans ces consommateurs qui boycottent les supermarchés, dans ces enfants qui descendent dans la rue pour crier leur colère. Elle est dans cette prise de conscience, lente, douloureuse, que le système est en train de s’effondrer, et que nous devons inventer autre chose. « La liberté commence où l’ignorance finit », disait Victor Hugo. Peut-être est-ce là le début de la solution : dans cette prise de conscience que nous ne sommes pas condamnés à répéter les mêmes erreurs, à reproduire les mêmes schémas de domination et de destruction. Peut-être est-il encore temps de réinventer notre rapport à la nourriture, à la terre, à la vie.

Mais attention : cette réinvention ne viendra pas des gouvernements, ni des multinationales, ni des experts. Elle viendra de nous, de notre capacité à dire non, à résister, à imaginer un autre monde. « Un homme qui ne se révolte pas contre l’injustice n’est qu’un cadavre ambulant », disait Emil Cioran. Alors révoltons-nous. Révoltons-nous contre cette nourriture qui nous empoisonne, contre cette agriculture qui tue la terre, contre ce système qui nous réduit à l’état de consommateurs dociles. Révoltons-nous, avant qu’il ne soit trop tard.

Parce que le temps presse. Les rapports s’accumulent, les catastrophes se multiplient, et nous, nous continuons à discuter, à tergiverser, à croire que le prochain sommet international va tout arranger. Comme si les mots pouvaient arrêter les bulldozers, comme si les bonnes intentions pouvaient faire repousser les forêts. « Le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire », disait Einstein. Alors ne soyons pas de ceux qui regardent. Agissons. Avant qu’il ne reste plus rien à sauver.

Analogie finale : Imaginez un festin, un de ces banquets somptueux où les convives, repus, se vautrent dans l’excès, tandis que dehors, dans l’ombre, les serviteurs affamés ramassent les miettes. Ce festin, c’est notre monde. Nous sommes les convives, ivres de notre propre suffisance, tandis que la terre, notre servante, se meurt sous le poids de nos appétits. Et nous, nous continuons à manger, à boire, à rire, comme si ce festin pouvait durer éternellement. Mais les murs tremblent, les plats se vident, et bientôt, il ne restera plus que les os. Alors, quand la dernière bouchée aura été avalée, quand la dernière bouteille aura été vidée, nous comprendrons enfin que nous n’étions pas les maîtres du festin, mais ses victimes. Et il sera trop tard pour regretter.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *