Les déchets ménagers en France : chiffres et enjeux pour l’environnement – notre-environnement







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse des Déchets Ménagers en France


ACTUALITÉ SOURCE : Les déchets ménagers en France : chiffres et enjeux pour l’environnement – notre-environnement

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Les déchets ménagers en France, ce grand carnaval des ordures, ce théâtre d’ombres où l’on joue à cache-cache avec nos propres excréments industriels ! 580 kilos par habitant et par an, nous dit-on. 580 kilos ! Une montagne de merde synthétique, de plastique pétrifié, d’emballages qui survivront à nos arrière-arrière-petits-enfants comme les pyramides survivent aux pharaons. Mais quelle gloire y a-t-il à laisser derrière soi des montagnes de polystyrène et des rivières de microplastiques ? Aucune. C’est la gloire des vers, des rats et des actionnaires de Veolia. La gloire des nécrophages modernes, ceux qui se repaissent de notre décomposition programmée.

Regardez bien ces chiffres, ces statistiques froides comme des lames de scalpel. Ils ne mentent pas, mais ils ne disent pas toute la vérité non plus. Ils ne disent pas que chaque bouteille en plastique, chaque barquette de lasagnes sous cellophane, chaque ticket de caisse oublié au fond d’un sac est un petit acte de soumission. Un acte de foi dans le dogme néolibéral : « Consomme, jette, recommence. Le monde est un supermarché infini, et la Terre n’est qu’un tapis roulant qui mène à la décharge. » Nous sommes les fidèles de cette religion, et nos poubelles sont nos autels. Nous y sacrifions chaque jour un peu plus de notre humanité, un peu plus de notre capacité à imaginer un monde où l’on ne consomme pas pour oublier sa propre insignifiance.

Et que fait l’État, ce grand illusionniste en costume trois-pièces ? Il nous parle de « tri sélectif », de « recyclage », de « développement durable ». Des mots creux, des incantations pour endormir les consciences. Le recyclage ? Une farce tragique. On nous fait croire que notre bouteille en plastique renaîtra sous forme de pull en polaire, comme le phénix renaît de ses cendres. Mais non. Elle renaîtra sous forme de particules invisibles qui infesteront les océans, les sols, nos propres corps. Le recyclage, c’est l’opium du peuple écolo. Une façon de nous faire croire que nous agissons, alors que nous ne faisons que participer à la grande machine. « Ne vous inquiétez pas, citoyens, continuez à consommer, nous nous occupons de tout. » Mensonge. Personne ne s’occupe de rien. La machine broie, digère, excrète. Et nous sommes à la fois ses rouages et ses déchets.

Prenez l’histoire des idées, cette grande fresque où se mêlent les utopies et les dystopies. Au XVIIIe siècle, les Lumières nous promettaient le progrès, la raison, l’émancipation de l’homme. Deux siècles plus tard, le progrès nous a menés à cela : des montagnes d’ordures, une planète étouffée sous nos déchets, et une humanité qui préfère regarder des vidéos de chats sur Internet plutôt que de se demander comment elle en est arrivée là. Où est passée la raison ? Elle a été avalée par le monstre qu’elle a créé. Le capitalisme tardif, ce Moloch insatiable, a transformé la raison en calcul, le progrès en croissance, et la liberté en droit de consommer. « Je consomme, donc je suis », voilà le nouveau cogito de notre époque. Et ce cogito nous mène tout droit à l’abîme.

George Steiner, ce grand explorateur des ruines de la culture, nous mettait en garde : « Quand les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. » Regardez autour de vous. Le mot « écologie » a perdu son sens. Il est devenu un argument marketing, un slogan politique, une coquille vide. On parle d’ »économie circulaire » comme on parlait autrefois de « civilisation chrétienne ». Des mots qui sonnent bien, mais qui ne veulent plus rien dire. L’économie circulaire, c’est le rêve d’un capitalisme vert, d’un capitalisme qui recyclerait ses propres déchets pour mieux continuer à exploiter. Mais un système fondé sur l’accumulation infinie ne peut pas être circulaire. Il est linéaire, comme une flèche qui va de la mine à la décharge, en passant par le supermarché et la poubelle. Et nous sommes cette flèche. Nous sommes les vecteurs de la destruction, les soldats inconscients d’une guerre contre la Terre.

Et que dire de notre comportement ? Ah, le comportementalisme ! Cette science qui nous réduit à des rats de laboratoire, à des automates répondant à des stimuli. « Achetez, jetez, achetez encore. » Nous obéissons. Nous sommes conditionnés comme des chiens de Pavlov. Une pub pour un nouveau smartphone ? Salivation. Une promo sur des vêtements à la mode ? Achat compulsif. Un emballage « recyclable » ? Soulagement de la conscience. Nous sommes des marionnettes, et les fils qui nous actionnent sont faits de désirs artificiels, de peurs savamment entretenues, de besoins créés de toutes pièces. « Vous êtes unique », nous dit la pub. Mensonge. Nous sommes interchangeables. Des consommateurs standardisés, des producteurs de déchets standardisés, des victimes standardisées d’un système qui nous broie.

Mais il y a une résistance. Toujours. Dans les interstices du système, dans les fissures de la machine, des hommes et des femmes refusent. Ils refusent de jouer le jeu. Ils compostent, réparent, réutilisent. Ils vivent avec moins, mais vivent mieux. Ils sont les hérétiques de notre époque, les dissidents du consumérisme. Leur résistance est fragile, mais elle est réelle. Elle nous rappelle que l’humanité n’est pas condamnée à être une espèce de nécrophages, se nourrissant de ses propres déchets. Elle peut encore choisir. Choisir de ralentir, de simplifier, de retrouver une forme de sagesse perdue.

Car c’est bien de sagesse qu’il s’agit. La sagesse des peuples premiers, qui savaient que la Terre n’est pas un réservoir inépuisable, mais une mère nourricière. La sagesse des philosophes stoïciens, qui prônaient la modération, le détachement des biens matériels. La sagesse des mystiques, qui voyaient dans la simplicité volontaire une voie vers le divin. Mais qui écoute encore ces voix ? Nous sommes sourds, aveugles, engourdis par le bruit et la fureur de notre époque. Nous préférons écouter les sirènes du marketing, les promesses des politiques, les mensonges des industriels. « Tout va bien, continuez comme ça, la technologie nous sauvera. » Mensonge. La technologie ne nous sauvera pas. Elle nous enfonce un peu plus dans la boue. Elle nous donne l’illusion du contrôle, alors qu’elle n’est qu’un outil de domination de plus.

Et la domination, parlons-en. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La domination de l’homme sur la nature, bien sûr, mais aussi la domination de l’homme sur l’homme. Le système néolibéral est un système de domination. Il domine les corps par le travail, les esprits par la publicité, les âmes par le consumérisme. Il nous transforme en zombies dociles, en esclaves consentants. Et ceux qui refusent ? Ils sont marginalisés, moqués, criminalisés. Les zadistes, les décroissants, les objecteurs de croissance : on les traite de rêveurs, d’utopistes, de fous. Mais qui sont les fous ? Ceux qui veulent sauver la planète, ou ceux qui préfèrent la détruire pour quelques points de PIB ?

Le néo-fascisme, lui, se nourrit de cette peur. Il nous dit : « La faute aux migrants, aux écologistes, aux élites. Pas à nous. » Il nous offre des boucs émissaires, des ennemis faciles. Mais le vrai ennemi, c’est le système. Ce système qui nous pousse à consommer toujours plus, à jeter toujours plus, à produire toujours plus de déchets. Ce système qui nous transforme en complices de notre propre destruction. Le néo-fascisme est un leurre, une diversion. Il nous empêche de voir la vérité : nous sommes tous responsables, et nous sommes tous victimes.

Alors que faire ? Comment résister ? D’abord, en prenant conscience. En regardant nos poubelles en face, sans détourner les yeux. En comprenant que chaque déchet est un choix, une décision. Ensuite, en agissant. En refusant l’emballage superflu, en réparant plutôt qu’en jetant, en partageant plutôt qu’en possédant. En boycottant les marques qui polluent, en soutenant celles qui respectent la planète. En votant, non pas pour des politiciens qui promettent des solutions miracles, mais pour des changements radicaux. Des changements qui remettent en cause le dogme de la croissance infinie, qui redéfinissent la richesse, qui placent l’humain et la nature au centre, et non l’argent et le profit.

Mais attention. La résistance ne doit pas devenir une nouvelle forme de dogmatisme. L’écologie ne doit pas devenir une religion, avec ses prêtres, ses inquisiteurs et ses bûchers. Elle doit rester une quête, une recherche, une aventure humaine. Une façon de se réapproprier notre destin, de retrouver notre liberté. Car c’est bien de liberté qu’il s’agit. La liberté de dire non. La liberté de choisir une autre voie. La liberté de refuser d’être des producteurs de déchets, des rouages de la machine, des complices de la destruction.

Alors oui, les chiffres sont effrayants. 580 kilos de déchets par an et par habitant. Des montagnes d’ordures, des océans de plastique, une planète étouffée. Mais ces chiffres ne sont pas une fatalité. Ils sont un miroir. Un miroir qui nous renvoie l’image de ce que nous sommes devenus. Et si cette image nous déplaît, c’est à nous de la changer. Pas demain. Pas dans dix ans. Maintenant. Parce que demain, il sera peut-être trop tard.

Analogie finale : Imaginez un instant que la Terre soit un grand corps vivant, un organisme immense et fragile. Chaque déchet que nous produisons est une cellule cancéreuse, une tumeur qui grandit, qui se propage, qui ronge les tissus sains. Nous sommes les médecins de cette Terre, mais nous sommes aussi ses assassins. Nous savons ce qu’il faut faire pour la guérir, mais nous préférons souvent la saigner un peu plus, par paresse, par égoïsme, par lâcheté. Et pourtant, dans ce corps malade, il y a encore des zones de lumière, des organes qui résistent, des cellules qui luttent. Nous pouvons encore choisir de quel côté nous voulons être. Du côté des cellules saines, qui soignent et réparent, ou du côté des cellules cancéreuses, qui détruisent et tuent. Le choix nous appartient. Mais il faut le faire vite. Car le corps de la Terre est à l’agonie, et le temps presse.

Et si nous échouons ? Si nous continuons sur cette voie, si nous laissons la tumeur grandir jusqu’à étouffer la vie ? Alors la Terre nous survivra. Elle se débarrassera de nous comme d’un parasite encombrant, et elle renaîtra, plus forte, plus belle, sans nous. Nous aurons été une parenthèse dans son histoire, un accident de parcours. Une espèce arrogante et stupide, qui aura cru dominer la nature, alors qu’elle n’aura été qu’un bref épisode de sa longue et mystérieuse existence. Et dans quelques millions d’années, quand les archéologues d’une autre espèce fouilleront nos ruines, ils trouveront nos déchets, nos montagnes de plastique, nos villes englouties. Et ils se demanderont, avec un mélange de pitié et de mépris : « Mais que faisaient-ils donc ? Pourquoi ont-ils détruit leur propre maison ? »

Alors oui, les déchets ménagers en France sont un symptôme. Un symptôme d’une maladie plus profonde, d’une crise de sens, d’une perte de repères. Mais ils sont aussi une opportunité. Une opportunité de nous réveiller, de nous rebeller, de choisir une autre voie. Une voie où nous ne serons plus des producteurs de déchets, mais des gardiens de la Terre. Une voie où nous ne serons plus des consommateurs, mais des citoyens. Une voie où nous ne serons plus des esclaves, mais des hommes libres.



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