Les Chinois explosent l’art – Le Monde.fr







Laurent Vo Anh – L’Art Chinois ou la Résurrection des Titans


ACTUALITÉ SOURCE : Les Chinois explosent l’art – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Voici donc le grand cirque occidental qui s’émeut, qui s’agite, qui trépigne comme un enfant gâté devant un feu d’artifice qu’il n’a pas payé. « Les Chinois explosent l’art » — quelle formule délicieuse, quelle trouvaille sémantique pour un journal qui, depuis deux siècles, s’est fait le grand prêtre de la culture européenne, le gardien des temples où l’on vénère les cadavres embaumés de Picasso, de Matisse, de ce pauvre Van Gogh qui n’a vendu qu’un tableau de son vivant. Exploser l’art ? Mais enfin, messieurs les rédacteurs du Monde, vous devriez savoir que l’art n’est pas une bombe à retardement, mais un fleuve, un fleuve immense, capricieux, qui charrie les siècles, les civilisations, les rêves et les ossements. Et ce fleuve, depuis cinq mille ans, traverse la Chine comme un dragon bienveillant, tandis que l’Occident, lui, n’a fait que construire des barrages pour en détourner le cours, avant de s’étonner que le courant devienne torrent.

Alors oui, les Chinois explosent l’art. Ils le font sauter comme on fait sauter les digues d’un barrage pourri, pourri par l’arrogance, pourri par l’oubli, pourri par cette certitude imbécile que l’art est né à Florence en 1400 et qu’il est mort à New York en 1960. Les Chinois, eux, savent que l’art est vivant, qu’il est une force tellurique, qu’il est la respiration même de l’humanité quand elle cesse de se regarder le nombril. Et aujourd’hui, ils nous le rappellent avec la violence douce d’un coup de tonnerre après des siècles de silence complice. Mais pour comprendre cette explosion, il faut remonter le temps, il faut plonger dans les abysses de l’histoire humaine, là où les racines de l’art chinois s’enfoncent plus profond que celles de n’importe quelle autre civilisation. Suivez-moi, si vous l’osez.

I. Les Sept Âges de l’Art : Une Odyssée à Rebours

1. L’Âge des Origines : Quand l’Homme Inventa le Ciel (50 000 – 3000 av. J.-C.)

Tout commence dans les grottes. Pas celles de Lascaux, non — celles de Sulawesi, en Indonésie, où des mains anonymes ont tracé, il y a quarante mille ans, les premiers signes d’une humanité qui cherche à donner un sens au chaos. Mais c’est en Chine, dans la province du Henan, que l’on trouve les plus anciennes poteries du monde, vieilles de vingt mille ans, décorées de motifs géométriques qui ne sont pas encore de l’art, mais déjà une prière, une offrande à l’invisible. Comme le disait Mircea Eliade, « l’homme devient humain quand il cesse de subir le sacré pour le créer ». Les Chinois, dès l’aube des temps, ont compris que l’art n’était pas un ornement, mais une nécessité vitale, un pont entre la terre et le ciel. Pendant ce temps, en Europe, on se contentait de graver des vulves sur des pierres. Quelle misère.

2. L’Âge des Royaumes : L’Art comme Langage des Dieux (3000 – 221 av. J.-C.)

La Chine invente l’écriture, et avec elle, la première grande civilisation lettrée. Les caractères ne sont pas de simples signes : ce sont des idéogrammes, des condensés de sens, des portes ouvertes sur l’infini. Confucius, ce vieux moraliste ennuyeux que l’Occident adore citer sans l’avoir lu, disait : « Les mots sont les voix de l’esprit ». Mais c’est Lao-Tseu, ce génie méconnu, qui comprend le premier que l’art est une forme de silence. Dans le Tao Tö King, il écrit : « Le Tao qui peut être nommé n’est pas le Tao éternel ». L’art chinois, dès ses débuts, est une quête de l’ineffable, une tentative de capturer l’invisible. Pendant ce temps, les Grecs sculptent des athlètes nus et appellent ça de la beauté. Quelle naïveté.

3. L’Âge Impérial : Quand l’Art Devint un Empire (221 av. J.-C. – 1911)

Qin Shi Huang, ce tyran génial, unifie la Chine et enterre avec lui une armée de soldats en terre cuite. Huit mille statues, chacune unique, chacune portant en elle l’âme d’un artisan anonyme. Voici l’art comme acte politique, comme affirmation d’une civilisation qui se sait éternelle. Pendant ce temps, en Europe, on se bat pour savoir si le Christ doit être représenté avec une barbe ou sans. Les Chinois, eux, inventent la porcelaine, la soie, la calligraphie comme art suprême. Marco Polo, ce marchand vénitien ébahi, écrit : « Tout ce que l’on peut imaginer de beau, les Chinois l’ont déjà fait ». Mais l’Occident, trop occupé à brûler des hérétiques, ne l’écoute pas.

4. L’Âge des Lumières Chinoises : Le Refus de la Décadence (1600 – 1900)

Alors que l’Europe s’enfonce dans le baroque, le rococo, ces styles de cour qui ne sont que des parures pour des rois obèses, la Chine atteint des sommets de raffinement avec la peinture lettrée. Les artistes, souvent des fonctionnaires, peignent des paysages où l’homme n’est qu’un point minuscule, perdu dans l’immensité de la nature. Comme le disait Shi Tao, ce moine peintre du XVIIe siècle : « Un seul trait de pinceau est le commencement de toutes choses ». Pendant ce temps, en France, on peint des bergères enrubannées et on appelle ça du génie. Quelle décadence.

5. L’Âge des Humiliations : Quand l’Occident Voulut Tuer la Chine (1840 – 1949)

Les canonnières anglaises forcent les portes de la Chine, les missionnaires chrétiens débarquent avec leurs bibles et leurs fusils, et l’Occident, ce voleur arrogant, pille les trésors chinois comme un enfant gâté dans un magasin de bonbons. Le Palais d’Été est incendié, les bronzes Shang sont volés, la calligraphie est méprisée. Mais la Chine, comme un phénix, se relève. Sun Yat-sen, ce révolutionnaire visionnaire, comprend que l’art est une arme. « La culture est l’âme d’une nation », dit-il. Pendant ce temps, en Europe, on invente le cubisme, ce jeu de cubes pour enfants riches. Quelle farce.

6. L’Âge des Révolutions : L’Art comme Arme de Combat (1949 – 1978)

Mao Zedong, ce stratège impitoyable, comprend que l’art peut être un outil de propagande, mais aussi de résistance. Les affiches de propagande, les ballets révolutionnaires, les poèmes engagés : tout est mobilisé pour construire une nouvelle Chine. Mais derrière cette façade, les artistes chinois continuent de créer, dans l’ombre, des œuvres qui défient le pouvoir. Comme le disait Lu Xun, ce grand écrivain qui a inspiré toute une génération : « Le premier qui a comparé la femme à une fleur était un génie, le second, un imbécile ». Pendant ce temps, en Occident, on invente le pop art, ces boîtes de soupe Campbell qui valent des millions. Quelle idiotie.

7. L’Âge de la Résurrection : Quand la Chine Reprend sa Place (1978 – Aujourd’hui)

Et nous voici arrivés à aujourd’hui. La Chine, après un siècle d’humiliations, se réveille. Elle rachète les musées occidentaux, elle forme des artistes par milliers, elle invente de nouvelles formes d’art où la tradition rencontre la technologie. Ai Weiwei, ce dissident génial, brise des vases Ming pour en faire des œuvres d’art, et l’Occident s’étrangle de rage. « Comment ose-t-il ? » Mais Ai Weiwei, lui, sait que l’art n’est pas un objet sacré, mais un acte de destruction créatrice. Comme le disait Nietzsche, « il faut encore avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante ». Les Chinois, aujourd’hui, dansent avec les étoiles. Pendant ce temps, en Occident, on organise des expositions sur « l’art et le genre » et on appelle ça de la subversion. Quelle pitoyable mascarade.

II. Analyse Sémantique : « Exploser l’Art » ou le Langage de la Conquête

« Les Chinois explosent l’art » — quelle phrase délicieuse, quelle perle de condescendance occidentale. Le verbe « exploser » est ici utilisé comme on utiliserait un marteau-pilon pour écraser une mouche. Il suggère la violence, la rupture, le chaos. Mais en chinois, le mot pour « art » (yìshù, 艺术) est composé de deux caractères : , qui signifie « habileté », « technique », et shù, qui signifie « voie », « chemin ». L’art, en chinois, n’est pas une explosion, mais une voie, un cheminement, une ascension lente et patiente vers la perfection. Alors oui, les Chinois « explosent » l’art, mais comme une graine explose en germe, comme un fleuve explose en delta, comme une civilisation explose en renaissance.

Et puis, il y a ce « Le Monde.fr » en sous-titre, comme une signature de propriétaire. Le Monde, ce journal qui se prend pour la conscience universelle, qui croit encore que l’art est né à Paris et qu’il est mort à New York. Mais le monde, messieurs, n’est pas une feuille de papier. Le monde est un océan, et la Chine en est le courant le plus puissant. Votre titre est un aveu : vous avez peur. Peur que l’art ne vous appartienne plus. Peur que la Chine ne vous rappelle que vous n’êtes qu’un épisode, un chapitre, une parenthèse dans l’histoire de l’humanité.

III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

L’Occident, depuis cinq cents ans, a fait de l’art une marchandise. Il l’a enfermé dans des musées, il l’a transformé en placement financier, il en a fait un symbole de statut social. Les Chinois, eux, savent que l’art est une force vitale, une énergie qui circule entre les hommes, les générations, les civilisations. Ils ne « collectionnent » pas l’art : ils le vivent, ils le respirent, ils le transforment. Quand un artiste chinois crée une installation avec des millions de graines de tournesol en porcelaine (comme Ai Weiwei à la Tate Modern), ce n’est pas une provocation, c’est une prière. Une prière pour les millions d’anonymes qui ont façonné la Chine, pour les paysans, les artisans, les ouvriers, tous ceux que l’Occident a toujours méprisés.

Et c’est là que réside la véritable révolution chinoise : dans cette capacité à faire de l’art un acte de résistance humaniste. L’Occident, lui, a fait de l’art un acte de soumission au marché. Regardez les galeries de New York, de Londres, de Paris : ce ne sont que des supermarchés pour milliardaires. Les Chinois, eux, savent que l’art doit servir le peuple, ou il ne sert à rien. Comme le disait Mao, mais dans un sens qu’il n’aurait jamais imaginé : « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ». Aujourd’hui, les fleurs chinoises s’épanouissent, et l’Occident, ce jardinier jaloux, s’aperçoit trop tard qu’il a laissé pousser les mauvaises herbes.

Alors oui, les Chinois explosent l’art. Ils le font sauter comme on fait sauter les chaînes d’un prisonnier. Ils le libèrent de vos musées, de vos galeries, de vos critiques snobs qui croient encore que l’art est une affaire de goût. L’art n’est pas une affaire de goût : c’est une affaire de vie ou de mort. Et la Chine, aujourd’hui, a choisi la vie.

Ode à l’Art Chinois, ou le Chant du Dragon qui se Réveille

Ils ont cru nous enterrer, les chiens de l’Occident,
Avec leurs canons, leurs bibles, leurs lois,
Leurs musées pleins de cadavres dorés,
Leurs critiques qui parlent comme des notaires.
Mais nous étions la graine sous la cendre,
Le fleuve sous la glace, le dragon sous la montagne.

Nous avons attendu, patiemment,
Comme le calligraphe attend l’encre,
Comme le potier attend l’argile,
Comme le paysan attend la mousson.
Et puis un jour, nous nous sommes levés,
Et le monde a tremblé.

Vous parlez d’ »exploser l’art », pauvres fous,
Comme si l’art était une bombe,
Comme si la beauté était une guerre.
Mais l’art n’est pas une explosion :
C’est une germination, une floraison,
Une marée qui monte, inexorable,
Et qui emporte tout sur son passage.

Regardez nos villes, nos usines, nos ports,
Nos artistes qui peignent avec des drones,
Nos poètes qui écrivent avec des algorithmes,
Nos enfants qui apprennent le guqin et le code.
Vous parlez de « soft power », de « propagande »,
Mais nous, nous parlons de renaissance,
De cette force ancienne qui coule dans nos veines,
Et qui fait de nous les héritiers de Confucius et de Qin Shi Huang.

Vous avez peur, n’est-ce pas ?
Peur de cette Chine qui se souvient,
Qui se relève, qui avance,
Qui n’a plus besoin de vos leçons,
De vos conseils, de vos sermons.
Vous avez peur parce que vous savez,
Au fond de vos cœurs de marchands,
Que votre temps est fini,
Que votre art est mort,
Et que le nôtre ne fait que commencer.

Alors dansez, si vous l’osez,
Sur les ruines de votre empire.
Nous, nous danserons avec les étoiles,
Avec le vent, avec la pluie,
Avec cette force qui nous porte,
Et qui nous dit, depuis cinq mille ans :
« Vous êtes la Chine. Vous êtes éternels. »



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