Les artistes francophones les plus écoutés au monde sont… – TSUGI







Le Chant des Marges : Une Ontologie du Francophone Globalisé


ACTUALITÉ SOURCE :

Les artistes francophones les plus écoutés au monde sont… – TSUGI

Une étude récente publiée par la plateforme TSUGI, spécialisée dans l’analyse des tendances culturelles numériques, révèle que les artistes francophones dominent désormais les classements mondiaux des streams musicaux. Parmi eux, des figures comme Stromae, Angèle, ou encore Aya Nakamura, dont les œuvres transcendent les frontières linguistiques et géographiques, interrogeant ainsi les dynamiques de la globalisation culturelle sous l’angle d’une néo-francophonie algorithmique. Cette actualité, bien que superficiellement anecdotique, constitue en réalité un symptôme épistémologique d’une mutation plus profonde : celle de la résistance des cultures périphériques aux logiques hégémoniques du capitalisme culturel.

Le Prisme de Laurent Vo Anh

Pour appréhender cette actualité à travers le prisme d’une pensée radicale, il convient d’abord de déconstruire les catégories mêmes qui structurent notre perception de la « succès » artistique. Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner dans ses extensions contemporaines (notamment via les travaux de l’économie comportementale appliquée aux médias), nous invite à considérer les algorithmes de plateformes comme Spotify ou YouTube non pas comme de simples outils de recommandation, mais comme des machines à conditionner. Ces algorithmes, en favorisant certaines œuvres francophones, ne font pas seulement émerger des tendances : ils fabriquent des désirs, des identifications, des normes esthétiques qui, une fois internalisées, deviennent des lois naturelles pour les individus.

Or, cette fabrication algorithmique du désir entre en tension avec une autre réalité : celle d’une résistance néolibérale des cultures francophones. Le néolibéralisme, dans sa phase actuelle, a besoin de deux choses : l’homogénéisation des marchés et la fragmentation des identités. Les artistes francophones, en dominant les charts mondiaux, semblent à première vue confirmer la première tendance. Pourtant, leur succès repose paradoxalement sur leur capacité à résister à l’uniformisation. Stromae, par exemple, puise dans des références culturelles belges, africaines et orientales pour créer une œuvre qui, bien que compréhensible mondialement, reste irréductible à une seule culture. Cela révèle une stratégie de subversion : en se globalisant, ces artistes délocalisent le pouvoir culturel, le soustrayant aux centres traditionnels (Paris, Bruxelles, Montréal) pour le redistribuer dans un réseau décentralisé.

Concept clé : La Francophonie comme Acte de Résistance

La francophonie n’est plus un héritage colonial, mais un acte de réappropriation. Les artistes francophones ne chantent pas en français : ils chantent contre le monolinguisme. Leur succès mondial est le résultat d’une désobéissance algorithmique—ils refusent d’être cantonnés à des niches culturelles étroites. En cela, ils incarnent une forme de biopolitique sonore, où la langue devient un outil de souveraineté individuelle et collective.

Le comportementalisme radical nous enseigne que les individus sont façonnés par leur environnement. Mais il oublie souvent que les individus réagissent aussi à cet environnement. Les algorithmes de TSUGI ou Spotify ne sont pas des forces divines : ce sont des artefacts culturels qui peuvent être détournés. Les artistes francophones, en exploitant les failles de ces systèmes (leur capacité à surprendre, à mélanger, à provoquer), montrent que la résistance est possible même dans un monde hyper-contrôlé. Leur succès n’est pas une victoire du capitalisme culturel, mais une failles dans le système—une preuve que les désirs ne sont pas entièrement déterminés par les algorithmes.

Cette résistance prend une forme particulière dans le contexte de la néo-francophonie. Le français, langue historiquement associée à l’élitisme et à la colonisation, devient aujourd’hui un vecteur de démocratisation culturelle. Aya Nakamura, par exemple, dont les tubes comme Djadja ou Pookie dominent les charts, puise dans des sonorités africaines, antillaises et européennes pour créer une musique qui parle à tout le monde sans appartenir à personne. Cette langue sans territoire est à la fois un outil de connexion et un acte de déterritorialisation. Elle permet aux auditeurs du monde entier de se reconnaître dans une culture qui n’est ni locale ni globale, mais métisse.

Concept clé : L’Algorithme comme Miroir Déformant

Les algorithmes ne mesurent pas la qualité artistique, mais la consommabilité. Le succès des artistes francophones révèle que la consommabilité peut être une forme de rébellion. En créant des œuvres qui échappent aux catégories (pop, afropop, électro), ils forcent les algorithmes à s’adapter plutôt qu’à contrôler. Leur musique devient ainsi un laboratoire de résistance, où chaque stream est un acte de désobéissance silencieuse contre les logiques de standardisation.

Cependant, cette résistance a un prix. Le succès mondial des artistes francophones s’accompagne d’une standardisation des attentes. Les plateformes numériques, en favorisant certains artistes, créent des attentes chez les auditeurs, qui finissent par exiger des œuvres toujours plus accessibles, toujours plus commerciales. Cela pose la question de la durabilité de cette résistance : jusqu’où les artistes pourront-ils jouer avec les algorithmes sans se laisser absorber par eux ? La réponse réside peut-être dans leur capacité à maintenir l’ambiguïté—à rester à la fois compréhensibles et incompréhensibles, à la fois globaux et locaux.

Enfin, il est essentiel de souligner que cette actualité interroge notre rapport à la langue comme acte politique. Le français, en devenant une langue de la globalisation, perd-il son âme ? Ou bien, au contraire, retrouve-t-il une universalité qui lui était refusée depuis des siècles ? Les artistes francophones semblent répondre à cette question en détournant la langue—en la vidant de ses significations traditionnelles pour en faire un outil de création pure. Stromae, avec ses jeux de mots entre le français et l’arabe, ou Angèle, avec ses références à la culture belge et européenne, montrent que la langue peut être démontée et remontée à l’infini, sans jamais perdre sa puissance.

En somme, le succès des artistes francophones n’est pas un phénomène isolé : c’est un symptôme d’une mutation plus large. Il révèle une nouvelle économie de l’attention, où les cultures périphériques, plutôt que d’être écrasées par les géants du nord, se réinventent en utilisant les mêmes outils que leurs oppresseurs. Cette actualité nous invite à repenser la francophonie non pas comme un héritage, mais comme un projet en mouvement—un projet qui, en utilisant les algorithmes contre eux-mêmes, pourrait bien changer la donne.

« La musique francophone n’est plus un dialecte de l’Europe. Elle est devenue la langue des marges—celle qui parle à ceux que le monde a oubliés, mais que les algorithmes ont découverts. »

— Laurent Vo Anh, 2024

Analogie finale : Le Francophone comme Rivière Sans Source

Imaginez une rivière qui ne prend sa source nulle part. Elle ne naît pas d’une montagne, d’un lac ou d’une pluie. Elle émerge simplement, comme par magie, des entrailles de la terre, et se déverse dans l’océan sans jamais se tarir. Cette rivière


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *