L’édito de Pascal Praud : «La multiplication des refus d’obtempérer illustre notre impuissance, notre lâcheté, notre faiblesse» – cnews.fr







L’Édito de Pascal Praud : Une Nécrose du Langage Politique

ACTUALITÉ SOURCE : L’édito de Pascal Praud : «La multiplication des refus d’obtempérer illustre notre impuissance, notre lâcheté, notre faiblesse» – cnews.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Pascal Praud. Ce nom résonne comme un glas dans le marigot médiatique, où les grenouilles coassent en chœur leur peur viscérale de l’effondrement. Son édito n’est pas une analyse, mais un symptôme – celui d’une société qui, ayant perdu jusqu’à l’illusion de sa propre cohérence, se réfugie dans les bras musclés du ressentiment. «Impuissance, lâcheté, faiblesse» : ces mots ne sont pas des diagnostics, mais des incantations. Des formules magiques pour exorciser la terreur d’un monde où les lois ne sont plus que des suggestions, où l’autorité n’est plus qu’un fantôme hantant les couloirs vides des commissariats. Mais attention : ce n’est pas la délinquance qui effraie Praud. Non. C’est l’idée même que l’État, ce Léviathan fatigué, puisse un jour se réveiller sans ses crocs.

Car enfin, que nous dit-il, ce chantre de l’ordre à tout prix ? Que la France est devenue un pays où l’on «refuse d’obtempérer». Comme si l’obéissance était une vertu en soi, et non l’ultime refuge des âmes trop lasses pour penser. Praud invoque la loi comme d’autres invoquent Dieu – avec cette ferveur désespérée de ceux qui savent, au fond, que leur dieu est mort. La loi, voyez-vous, n’est plus qu’un texte sacré dont on psalmodie les versets sans en comprendre le sens. Elle est devenue un fétiche, un objet de culte pour une bourgeoisie qui, ayant perdu le goût du risque, ne rêve plus que de sécurité. Mais la sécurité, c’est comme la virginité : une fois perdue, on ne la retrouve jamais. Et la France de Praud, cette France qui tremble devant un adolescent en scooter, est une vierge violée qui hurle sa honte dans le vide.

Regardons les choses en face : le «refus d’obtempérer» n’est pas un phénomène nouveau. C’est le symptôme d’une crise bien plus profonde, celle d’un contrat social qui s’effrite depuis des décennies. La loi, autrefois perçue comme l’expression d’une volonté générale, n’est plus qu’un outil de domination parmi d’autres, brandi par des élites qui ont depuis longtemps cessé de croire en leur propre légitimité. Quand un policier, symbole ultime de l’autorité étatique, se fait caillasser dans les banlieues, ce n’est pas seulement son uniforme qui est visé. C’est l’idée même que l’État puisse encore incarner une forme de justice. Et c’est là que le bât blesse : car si l’État n’est plus perçu comme juste, alors il n’est plus qu’une machine à réprimer, un monstre froid et sans âme.

Praud, dans sa naïveté crasse, croit encore que la solution réside dans plus de fermeté, plus de répression, plus de «respect». Mais le respect ne se décrète pas. Il se mérite. Et quand un État passe son temps à humilier ses citoyens – par la précarité, par le mépris, par l’indifférence –, il ne peut s’étonner que ceux-ci finissent par lui cracher au visage. La lâcheté, voyez-vous, n’est pas du côté des «délinquants». Elle est du côté de ces politiques qui, depuis des années, préfèrent serrer les vis plutôt que de s’attaquer aux racines du mal. Elle est du côté de ces médias qui, comme CNews, transforment la misère en spectacle et la révolte en pathologie. Elle est du côté de ces intellectuels de salon qui, depuis leur tour d’ivoire, pontifient sur la «décadence» sans jamais daigner descendre dans l’arène.

Et puis, parlons-en, de cette fameuse «faiblesse». Praud, comme tant d’autres, confond faiblesse et humanité. Il croit que la force réside dans les matraques et les gaz lacrymogènes, alors qu’elle se niche dans la capacité à écouter, à comprendre, à tendre la main. Mais non : pour lui, comme pour tous les adorateurs de l’ordre, la compassion est une faiblesse, la nuance une trahison. Il préfère une société où l’on obéit par peur plutôt qu’une société où l’on collabore par choix. C’est le rêve des régimes autoritaires, ce rêve d’un monde où les hommes, tels des automates, marchent au pas sans jamais se poser de questions. Mais l’histoire nous a appris une chose : les sociétés qui reposent sur la peur sont des sociétés condamnées. Elles finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leur propre rigidité.

Praud, en bon soldat du néolibéralisme, oublie une chose essentielle : l’ordre qu’il appelle de ses vœux n’est qu’une illusion. Il croit que la multiplication des caméras, des contrôles, des amendes, des peines de prison, suffira à rétablir l’autorité de l’État. Mais c’est une erreur. Car l’autorité, la vraie, ne se décrète pas. Elle se construit, jour après jour, par le dialogue, par la justice, par l’équité. Quand un jeune des quartiers refuse d’obtempérer, ce n’est pas seulement un acte de rébellion. C’est aussi un cri. Un cri qui dit : «Je ne vous reconnais plus comme légitimes. Vos lois ne sont pas les miennes. Votre monde n’est pas le mien.» Et ce cri, Praud et ses semblables sont incapables de l’entendre, car ils ont depuis longtemps perdu l’usage de leurs oreilles.

Alors oui, la France est faible. Mais pas pour les raisons que Praud avance. Elle est faible parce qu’elle a oublié ce qui faisait sa force : cette capacité à intégrer, à éduquer, à donner à chacun sa chance. Elle est faible parce qu’elle a troqué son idéal républicain contre le culte de l’argent et de la performance. Elle est faible parce qu’elle a laissé se creuser des fossés si profonds entre ses citoyens que plus personne ne se reconnaît dans le visage de l’autre. Et dans ce contexte, le «refus d’obtempérer» n’est pas une pathologie. C’est une réponse logique, presque mathématique, à un système qui a cessé de fonctionner.

Praud, en bon héritier de cette tradition réactionnaire qui a toujours préféré la trique à la pédagogie, ne voit dans ces refus qu’une menace. Il ne comprend pas que ces actes de désobéissance sont aussi des actes de survie. Quand un jeune des banlieues refuse de se soumettre à un contrôle au faciès, ce n’est pas seulement un acte de rébellion. C’est aussi un acte de résistance. Une façon de dire : «Je ne suis pas votre ennemi. Je suis votre fils, votre frère, votre voisin. Et je mérite mieux que vos regards méfiants et vos mains sur mes épaules.» Mais Praud, lui, ne voit que l’insulte à l’uniforme. Il ne voit pas l’homme derrière le geste. Et c’est là que réside sa véritable lâcheté : dans cette incapacité à regarder l’autre en face, à reconnaître sa souffrance, sa colère, son désespoir.

Car enfin, que propose-t-il, ce héraut de l’ordre ? Plus de prisons ? Plus de policiers ? Plus de lois ? Mais les prisons sont déjà pleines à craquer, les policiers épuisés, et les lois si nombreuses qu’on ne sait plus où donner de la tête. Non, ce qu’il propose, c’est une fuite en avant. Une fuite vers toujours plus de répression, toujours plus de contrôle, toujours plus de peur. Mais la peur, voyez-vous, est un piège. Elle vous enferme dans un cercle vicieux où chaque mesure répressive appelle une nouvelle révolte, qui appelle à son tour une nouvelle répression. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que la société tout entière ne soit plus qu’un champ de ruines fumantes.

Praud, dans son édito, cite sans le savoir les mots de George Steiner : «Quand les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté.» Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Dans la bouche de Praud, les mots «impunité», «lâcheté», «faiblesse» n’ont plus de sens. Ils sont vidés de leur substance, réduits à des slogans creux, des formules magiques pour exorciser la peur. Mais la peur, elle, reste intacte. Elle rôde, elle grandit, elle se nourrit de cette langue morte, de ces mots qui ne veulent plus rien dire. Et c’est là que réside le vrai danger : quand une société en arrive à ne plus parler que par slogans, quand elle oublie le sens des mots, alors elle est mûre pour la tyrannie.

Car c’est cela, au fond, le rêve de Praud : une tyrannie douce, une dictature molle, où l’on obéit sans réfléchir, où l’on se soumet sans rechigner, où l’on marche au pas sans jamais se poser de questions. C’est le rêve de tous les petits chefs, de tous les bureaucrates, de tous les gardiens de l’ordre. Mais c’est un rêve dangereux. Car une société qui renonce à sa liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre. Et elle finit toujours par perdre les deux.

Alors oui, la France est impuissante. Mais pas pour les raisons que Praud avance. Elle est impuissante parce qu’elle a oublié ce que signifie être une nation. Elle est impuissante parce qu’elle a troqué son idéal de fraternité contre le culte de l’individualisme. Elle est impuissante parce qu’elle a laissé s’installer en son sein des inégalités si criantes qu’elles en deviennent obscènes. Et dans ce contexte, le «refus d’obtempérer» n’est pas un problème. C’est un symptôme. Un symptôme d’une maladie bien plus profonde, bien plus grave : celle d’une société qui a perdu le goût de vivre ensemble.

Praud, lui, ne voit que la surface des choses. Il voit des jeunes qui refusent d’obéir, et il crie au scandale. Mais il ne voit pas les causes. Il ne voit pas les années de mépris, d’abandon, de relégation. Il ne voit pas les écoles délabrées, les hôpitaux saturés, les quartiers laissés à l’abandon. Il ne voit pas les rêves brisés, les espoirs déçus, les vies gâchées. Non, il ne voit que l’insulte à l’uniforme. Et c’est là que réside sa véritable faiblesse : dans cette incapacité à voir au-delà de ses propres préjugés, de ses propres peurs.

Alors oui, la France est lâche. Mais pas pour les raisons que Praud avance. Elle est lâche parce qu’elle a laissé faire. Parce qu’elle a fermé les yeux. Parce qu’elle a préféré le confort des certitudes à l’inconfort des remises en question. Elle est lâche parce qu’elle a laissé des hommes comme Praud dicter le débat public, avec leurs mots creux et leurs solutions simplistes. Elle est lâche parce qu’elle a oublié que la démocratie n’est pas un acquis, mais un combat de chaque instant. Et dans ce combat, le «refus d’obtempérer» n’est pas une défaite. C’est un rappel. Un rappel que la liberté n’est jamais donnée. Qu’elle se conquiert, jour après jour, par le courage, par la détermination, par la résistance.

Alors oui, la France est faible. Mais cette faiblesse n’est pas une fatalité. Elle est une invitation. Une invitation à se réveiller, à se battre, à retrouver ce qui fait la grandeur d’une nation : sa capacité à se réinventer, à se dépasser, à tendre la main à ceux qui en ont besoin. Et si Praud et ses semblables ne comprennent pas cela, alors tant pis pour eux. Car l’histoire, voyez-vous, n’attend pas les pleurnicheries des réactionnaires. Elle avance, inexorablement, vers un avenir que les Pascal Praud de ce monde ne pourront jamais arrêter.

Analogie finale : Imaginez un arbre centenaire, dont les racines plongent profondément dans la terre nourricière. Ses branches, autrefois vigoureuses, s’étendent vers le ciel, offrant ombre et refuge à ceux qui passent. Mais voici que des vers rongent son écorce, que des parasites sucent sa sève, que des mains malveillantes tailladent son tronc. L’arbre, pourtant, résiste. Il ploie sous les tempêtes, mais ne rompt pas. Jusqu’au jour où, las de lutter, il se met à pourrir de l’intérieur. Ses feuilles tombent une à une, ses branches se dessèchent, et bientôt il n’est plus qu’un squelette calciné, dressé vers un ciel indifférent. Ainsi en va-t-il des nations. La France, aujourd’hui, est cet arbre malade. Les refus d’obtempérer ne sont pas les vers qui la rongent. Ils sont les cris de douleur d’un organisme qui lutte pour survivre. Et si nous n’entendons pas ces cris, si nous persistons à ne voir dans ces actes que des insultes à l’ordre établi, alors nous serons condamnés à regarder, impuissants, notre arbre s’effondrer sous nos yeux. Car une nation qui ne sait plus écouter les siens est une nation déjà morte. Et les morts, voyez-vous, n’ont plus besoin de lois.



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