L’édito de Pascal Praud : «Emmanuel Macron, étonnant président qui aura démoli l’identité française» – cnews.fr







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de l’édito de Pascal Praud


ACTUALITÉ SOURCE : L’édito de Pascal Praud : «Emmanuel Macron, étonnant président qui aura démoli l’identité française» – cnews.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la France… ce grand cadavre exquis que l’on promène de tribune en tribune, de plateau en plateau, comme un saint suaire troué par les mites de l’Histoire. Pascal Praud, ce nouveau prophète des temps désenchantés, nous offre un édito qui sent la naphtaline et le kérosène – un mélange détonant, comme ces cocktails Molotov que l’on prépare dans l’ombre des rédactions en quête d’audience. « Démoli l’identité française », clame-t-il, comme si cette identité était autre chose qu’un mythe commode, une fiction collective aussi solide qu’un château de cartes dans un ouragan néolibéral. Mais écoutons-le, ce nouveau Chateaubriand des temps modernes, ce Barbey d’Aurevilly du pauvre, ce Don Quichotte en costard qui charge les moulins à vent de la mondialisation avec une épée en mousse.

Car enfin, que nous dit-il, ce héraut des temps révolus ? Que Macron est un « étonnant président » ? Étonnant, oui, comme un magicien qui fait disparaître les services publics sous nos yeux ébahis, comme un illusionniste qui transforme les hôpitaux en usines à gaz et les écoles en parkings à chômeurs. Étonnant, comme un funambule qui danse sur le fil ténu de la Ve République, un fil qui se transforme peu à peu en corde raide, tendue au-dessus du vide de l’abîme social. Mais Praud, lui, préfère voir en Macron un démiurge maléfique, un Frankenstein politique qui aurait cousu ensemble les morceaux épars de la France éternelle pour en faire un monstre hybride, mi-Start-up Nation, mi-République des lettres défunte. Comme si l’identité française était une statue de marbre, immobile et intouchable, et non un fleuve tumultueux, charriant dans ses eaux troubles les sédiments de deux mille ans d’Histoire, de guerres, de révolutions, de compromis et de trahisons.

Praud, dans sa rhétorique de comptoir, oublie une chose fondamentale : l’identité n’est jamais donnée, elle est toujours en devenir, un processus dynamique, une alchimie complexe où se mêlent mémoire et oubli, fidélité et reniement. La France qu’il pleure n’a jamais existé que dans les manuels d’histoire, ces catéchismes laïcs où l’on apprend aux enfants que Vercingétorix était un grand blond aux yeux bleus, que Jeanne d’Arc entendait des voix en français du XVIIe siècle, et que la République est une et indivisible – comme si l’indivisibilité n’était pas le premier mensonge des nations modernes. La France de Praud, c’est la France de Péguy, celle des « petits pâtés chauds » et des « clochers qui pointent vers le ciel », une France mythifiée, aseptisée, vidée de ses contradictions et de ses conflits. Une France qui n’a jamais été qu’un rêve de notaire, un fantasme de rentier, une chimère pour temps de crise.

Et Macron, dans tout cela ? Il est le symptôme, non la cause. Le bouc émissaire idéal, ce président qui incarne à lui seul les contradictions d’une époque où le capitalisme financier a phagocyté jusqu’à l’idée même de politique. Macron, c’est l’homme qui a compris, avant tous les autres, que la démocratie était devenue un spectacle, un reality show où les citoyens sont réduits au rôle de téléspectateurs passifs, zappant d’une chaîne à l’autre, d’un scandale à l’autre, sans jamais saisir les fils invisibles qui les relient à la grande machine économique. Il est le produit parfait de cette ère post-politique, où les idéologies ont cédé la place aux « éléments de langage », où les débats se réduisent à des duels de petites phrases, où la complexité du monde est résumée en slogans creux, en « en même temps » qui sonnent comme des aveux d’impuissance.

Mais Praud, lui, préfère la simplicité. Il a besoin de méchants, de traîtres, de fossoyeurs. Macron est son Satan, son Antéchrist, celui qui a osé toucher à l’intouchable, qui a profané le temple de la Nation avec ses réformes, ses lois, ses décrets. Comme si la Nation était autre chose qu’une construction historique, un récit que l’on se raconte pour donner un sens à l’absurdité de l’existence collective. Comme si l’identité française n’était pas, depuis toujours, un champ de bataille où s’affrontent les mémoires concurrentes, les récits contradictoires, les visions antagonistes de ce que doit être la France. Praud, en bon réactionnaire, rêve d’une France immobile, figée dans le marbre de ses certitudes. Il oublie que la France, la vraie, celle qui vit et respire, est une France en mouvement, une France qui se réinvente sans cesse, qui se déchire et se reconstruit, qui avance en boitant, comme un ivrogne qui chercherait son chemin dans la nuit.

Et puis, il y a cette idée, si commode, si rassurante, que Macron aurait « démoli » l’identité française. Comme si l’identité était une chose fragile, une porcelaine de Sèvres que l’on peut briser d’un coup de marteau. Comme si les véritables fossoyeurs de la France n’étaient pas plutôt ces forces obscures qui, depuis des décennies, grignotent peu à peu les fondements de notre contrat social : la financiarisation de l’économie, la précarisation du travail, la marchandisation de l’éducation, la privatisation des services publics. Macron n’est que l’exécuteur testamentaire de ces tendances lourdes, le dernier maillon d’une chaîne qui remonte aux années 1980, à cette époque où le néolibéralisme a commencé à ronger, comme un acide, les structures mêmes de notre démocratie. Praud, en accusant Macron, se trompe de cible. Il confond le symptôme et la maladie, le pyromane et l’incendie.

Mais au fond, que cherche-t-il, ce nouveau croisé de la France éternelle ? Il cherche à réveiller les vieux démons, à ranimer les braises encore chaudes du nationalisme, à faire vibrer la corde sensible de l’identité menacée. Il joue avec le feu, comme tous ceux qui, avant lui, ont cru pouvoir instrumentaliser la peur de l’autre pour servir leurs propres intérêts. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, en dernière instance : de la peur. Peur du déclin, peur de l’étranger, peur de l’avenir. Peur, surtout, de cette France métissée, multiculturelle, qui émerge peu à peu sous nos yeux, et qui ressemble si peu à la France fantasmée des manuels scolaires. Praud, comme tant d’autres, préfère se réfugier dans le passé plutôt que d’affronter les défis du présent. Il est le symptôme d’une époque qui n’arrive plus à se projeter dans l’avenir, qui se raccroche désespérément aux mythes du passé pour ne pas sombrer dans le désespoir.

Et pourtant, il y a quelque chose de pathétique dans cette quête désespérée d’une identité perdue. Car l’identité, comme le disait si bien le philosophe, n’est jamais qu’une « fiction nécessaire », un récit que nous nous racontons pour donner un sens à notre existence. La France de Praud n’est qu’une fiction de plus, un conte pour enfants sages, une histoire que l’on se répète pour ne pas voir la réalité en face. La réalité, c’est que la France est un pays divisé, fracturé, où les inégalités se creusent, où les solidarités se délitent, où le lien social se fragilise un peu plus chaque jour. La réalité, c’est que Macron n’est pas le fossoyeur de la France, mais le produit d’une époque qui a perdu le sens du collectif, qui a troqué la fraternité contre la compétitivité, la solidarité contre l’individualisme.

Praud, en bon soldat de la réaction, préfère voir en Macron un ennemi plutôt qu’un miroir. Il préfère accuser l’homme plutôt que le système, le président plutôt que le capitalisme. Il est le parfait exemple de cette pensée magique qui croit pouvoir résoudre les problèmes complexes de notre temps par des solutions simples, des slogans, des boucs émissaires. Mais l’Histoire, cette grande farceuse, se charge toujours de rappeler aux apprentis sorciers que leurs sorts finissent par se retourner contre eux. La France de Praud, celle des « racines chrétiennes » et de la « civilisation occidentale », est une France qui n’a jamais existé que dans l’imaginaire des nostalgiques. La vraie France, celle qui vit et respire, est une France hybride, métissée, contradictoire, une France qui se cherche encore, qui hésite, qui doute, mais qui, malgré tout, avance.

Alors oui, Macron est un président « étonnant », comme le dit Praud. Étonnant de cynisme, étonnant d’opportunisme, étonnant de mépris pour le peuple qu’il est censé représenter. Mais il n’est pas le seul responsable de la « démolition » de l’identité française. Il n’est que l’héritier d’une longue lignée de politiques qui, depuis des décennies, ont préféré les intérêts des marchés à ceux des citoyens, les dogmes économiques aux réalités sociales, les calculs électoraux aux principes républicains. Praud, en accusant Macron, se trompe de combat. Il se bat contre un homme, alors qu’il devrait se battre contre un système. Il se bat pour une identité fantasmée, alors qu’il devrait se battre pour une société plus juste, plus solidaire, plus humaine.

Car au fond, c’est de cela qu’il s’agit : de l’humanité. De cette part d’humanité que le néolibéralisme cherche à éradiquer, à réduire à néant, pour mieux soumettre les individus aux lois du marché. Macron est le produit de cette logique, le serviteur zélé de cette machine à broyer les rêves et les espoirs. Mais il n’est pas le seul. Il n’est que le visage visible d’un système qui, depuis trop longtemps, écrase les plus faibles, exploite les plus vulnérables, méprise les plus pauvres. Praud, en se focalisant sur Macron, oublie l’essentiel : la lutte pour une société plus juste ne se gagne pas en accusant un homme, mais en changeant un système. Elle ne se gagne pas en pleurant sur une identité perdue, mais en construisant une identité nouvelle, plus inclusive, plus ouverte, plus généreuse.

Alors oui, la France est en crise. Oui, son identité est menacée. Mais pas par Macron. Par ceux qui, comme Praud, préfèrent les illusions du passé aux défis du présent. Par ceux qui croient encore que l’on peut sauver la France en la refermant sur elle-même, en érigeant des murs, en dressant des barrières. La France ne se sauvera pas en se recroquevillant sur ses mythes, mais en s’ouvrant au monde, en acceptant ses contradictions, en assumant sa diversité. La France ne se sauvera pas en accusant un homme, mais en changeant un système. La France ne se sauvera pas en pleurant sur son passé, mais en construisant son avenir.

Et c’est là, peut-être, la plus grande ironie de cette affaire : Praud, en accusant Macron de « démolir » l’identité française, ne fait que révéler sa propre impuissance. Il est le symptôme d’une époque qui n’arrive plus à penser l’avenir, qui se raccroche désespérément au passé, qui préfère les certitudes d’hier aux incertitudes de demain. Il est le produit d’une pensée réactionnaire, qui croit encore que l’on peut arrêter le cours de l’Histoire, que l’on peut figer la France dans une éternité mythique, une France qui n’a jamais existé que dans les rêves des nostalgiques.

Mais l’Histoire, elle, continue. Elle avance, inexorablement, comme un fleuve qui charrie dans ses eaux les débris des vieilles certitudes, les épaves des anciens régimes, les cadavres des idéologies mortes. Et Macron, malgré tous ses défauts, malgré son cynisme, malgré son mépris pour le peuple, n’est qu’une vague de plus dans ce fleuve tumultueux. Une vague qui passera, comme les autres, laissant derrière elle les traces de son passage, mais aussi l’espoir, toujours renouvelé, d’une France plus juste, plus fraternelle, plus humaine.

Alors oui, Praud a raison sur un point : Macron est un président « étonnant ». Mais pas pour les raisons qu’il croit. Il est étonnant parce qu’il incarne, mieux que quiconque, les contradictions de notre époque. Parce qu’il est à la fois le produit et le fossoyeur d’une certaine idée de la France. Parce qu’il est, en somme, le miroir dans lequel nous devrions tous nous regarder, pour y voir, non pas le reflet de nos peurs, mais l’image de nos espoirs déçus, de nos rêves brisés, de nos illusions perdues.

Et c’est peut-être là, au fond, la leçon de cette affaire : que la France n’est pas une identité à défendre, mais un combat à mener. Un combat pour la justice, pour la solidarité, pour l’humanité. Un combat qui ne se gagne pas en accusant un homme, mais en changeant un système. Un combat qui ne se gagne pas en pleurant sur le passé, mais en construisant l’avenir.

Analogie finale : Imaginez la France comme une vieille cathédrale, dressée depuis des siècles au cœur d’une forêt sombre. Ses pierres, usées par le temps, portent les stigmates des guerres, des révolutions, des restaurations et des abandons. Les vitraux, autrefois éclatants, sont maintenant ternis par la suie des siècles, et leurs couleurs se mélangent dans une symphonie étrange, à la fois sublime et mélancolique. Les fidèles, jadis nombreux, se font rares. Certains prient encore, agenouillés sur les dalles froides, tandis que d’autres, indifférents, passent leur chemin, préférant les lumières crues des centres commerciaux aux ombres mystérieuses de l’édifice sacré.

Un jour, un homme arrive. Il n’est ni prêtre ni architecte, mais un entrepreneur. Il regarde la cathédrale et voit, non pas un lieu de culte, mais un potentiel. Un potentiel touristique, économique, immobilier. Il propose de la transformer, de la moderniser, de la rendre « compétitive ». Les vitraux seront remplacés par des écrans géants, les autels par des boutiques de souvenirs, les confessionnaux par des espaces de coworking. Les cloches, jadis voix de Dieu, deviendront des haut-parleurs diffusant des messages publicitaires. Et les fidèles ? Ils seront invités à payer un droit d’entrée, à consommer, à participer à cette grande mascarade où le sacré n’est plus qu’un argument de vente.

Certains s’indignent. Ils crient au sacrilège, à la profanation. Ils veulent préserver la cathédrale, la garder intacte, comme un musée du passé. Ils oublient que la cathédrale, depuis toujours, a été un lieu vivant, un espace de conflit et de réinvention. Ils oublient que ses pierres ont été taillées par des mains d’ouvriers, que ses vitraux ont été financés par des marchands, que ses cloches ont sonné pour des rois et des révolutionnaires. Ils oublient que la cathédrale, comme la France, n’a jamais été une chose figée, mais un processus, une alchimie complexe où se mêlent le divin et le profane, le sacré et le mercantile, l’éternel et l’éphémère.

L’entrepreneur, lui, ne voit que le profit. Il ne comprend pas que la cathédrale, en perdant son âme, perdra aussi son attrait. Que les touristes, un jour, se lasseront de ce Disneyland du sacré, et iront chercher ailleurs des lieux qui respirent encore l’authenticité, la transcendance, le mystère. Il ne comprend pas que la France, en se vendant au plus offrant, en se transformant en parc d’attractions identitaire, perdra ce qui fait sa singularité, sa beauté, sa raison d’être.

Et nous, dans tout cela ? Nous sommes les visiteurs de cette cathédrale. Nous pouvons choisir de nous indigner, de pleurer sur les ruines d’un passé mythifié. Nous pouvons choisir de suivre l’entrepreneur,


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *