L’édito de Pascal Praud : «Bouée de sauvetage pour les uns, ami encombrant pour les autres : Donald Trump sera un acteur de l’élection présidentielle française en 2027» – cnews.fr







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de l’édito de Pascal Praud sur Donald Trump

ACTUALITÉ SOURCE : L’édito de Pascal Praud : «Bouée de sauvetage pour les uns, ami encombrant pour les autres : Donald Trump sera un acteur de l’élection présidentielle française en 2027» – cnews.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la France, ce vieux pays qui se croit encore le nombril du monde alors qu’il n’est plus qu’un musée à ciel ouvert, un Disneyland pour touristes chinois et américains, où l’on vend des macarons et des droits de l’homme en promo. Et voilà que Pascal Praud, ce petit soldat de la pensée unique, ce perroquet en costard qui répète les mantras du pouvoir avec la conviction d’un curé de campagne lisant son bréviaire, nous annonce que Donald Trump sera un « acteur » de la présidentielle française en 2027. Bien sûr. Comme si la France n’était qu’un théâtre de marionnettes, et que les ficelles étaient tirées depuis Washington, Moscou ou Pékin. Comme si nous n’étions que des figurants dans une pièce écrite par d’autres, où les rôles sont distribués d’avance : les uns en bouées de sauvetage, les autres en amis encombrants. Mais qu’est-ce que cela révèle, au fond, sinon l’effondrement définitif de notre souveraineté intellectuelle, de notre capacité à penser par nous-mêmes ?

Trump, ce clown milliardaire, ce bouffon mégalomane qui a transformé la politique en reality show, est devenu une figure messianique pour une partie de l’Europe. Pas seulement pour les fascistes en herbe qui rêvent de barbelés et de purges ethniques, mais aussi pour ces petits bourgeois aigris, ces cadres moyens en burn-out, ces retraités qui ont peur de perdre leur confort et qui voient en lui le dernier rempart contre « l’islamo-gauchisme », ce fantôme commode qui hante leurs cauchemars. Trump, c’est le symptôme d’une époque où la raison a été remplacée par l’émotion, où la complexité du monde est réduite à des slogans de 280 caractères, où l’on préfère les mensonges qui flattent nos préjugés aux vérités qui nous dérangent. Comme l’écrivait Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, « le mensonge organisé est devenu un substitut à la pensée ». Et Trump, avec ses « fake news », ses « alternative facts », est le grand prêtre de cette religion du mensonge. Il n’est pas un acteur de la présidentielle française, il en est le miroir déformant, le révélateur de nos propres lâchetés, de nos propres renoncements.

Mais pourquoi la France, ce pays qui a produit Voltaire, Diderot, Sartre, Foucault, pourquoi ce pays se laisserait-il dicter son agenda par un homme qui confond le Louvre et un casino de Las Vegas ? Parce que la France, comme le reste de l’Occident, est malade. Malade de son impuissance, malade de son incapacité à proposer un récit alternatif à celui du néolibéralisme triomphant. Trump, c’est la bouée de sauvetage pour ceux qui se noient dans le désespoir, ceux qui voient dans le chaos qu’il incarne une forme de rédemption. « Au moins, lui, il fait quelque chose », disent-ils. Comme si le fait de tweeter des insanités à 3h du matin était une forme d’action politique. Comme si le fait de casser les institutions, de mépriser les alliés, de flatter les dictateurs était une preuve de force. Non, c’est une preuve de faiblesse. Une faiblesse qui est aussi la nôtre, car nous avons laissé le champ libre à ces démagogues en refusant de proposer une véritable alternative. Nous avons préféré les petites combines, les arrangements entre amis, les compromis honteux, plutôt que de risquer de bousculer l’ordre établi. Et maintenant, nous en payons le prix : Trump n’est plus seulement un président américain, il est devenu une idéologie, un style, une façon de voir le monde. Et cette idéologie, cette façon de voir le monde, est en train de gangrener l’Europe.

Praud, dans son édito, joue les Cassandre, mais il se trompe de cible. Il croit que Trump est un danger extérieur, alors qu’il est le produit de nos propres renoncements. Il croit que la France peut se protéger en érigeant des murs, en durcissant les lois, en désignant des boucs émissaires. Mais la vérité, c’est que Trump est déjà parmi nous. Il est dans les discours de ceux qui veulent « remettre la France au travail », dans les propos de ceux qui dénoncent « l’assistanat », dans les mesures de ceux qui sacrifient les plus fragiles sur l’autel de la compétitivité. Trump, c’est l’aboutissement logique d’un système qui a fait de l’individu un consommateur, de la politique un marché, et de la démocratie une coquille vide. Comme l’écrivait George Orwell dans 1984, « la guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force ». Trump, c’est la version 2.0 de cette novlangue, où les mots n’ont plus de sens, où la vérité est ce que l’on décide qu’elle soit, où la réalité est ce que l’on veut bien voir.

Et que faire, alors, face à cette déferlante ? Comment résister à cette tentation du chaos, à cette fascination pour l’homme providentiel, pour le sauveur suprême ? D’abord, en refusant de jouer leur jeu. En refusant de croire que la politique se réduit à un choix binaire entre Trump et ses ennemis, entre le fascisme et le libéralisme, entre le nationalisme et le mondialisme. Car ces oppositions sont des leurres, des pièges tendus par ceux qui ont intérêt à ce que nous restions divisés, à ce que nous nous battions entre nous plutôt que contre eux. Ensuite, en réaffirmant la primauté de la raison sur l’émotion, de la complexité sur le simplisme, de la nuance sur le manichéisme. Comme le disait Albert Camus dans L’Homme révolté, « je me révolte, donc nous sommes ». La révolte, aujourd’hui, doit être une révolte contre l’abêtissement, contre la réduction de la pensée à des slogans, contre la transformation de la politique en spectacle. Elle doit être une révolte humaniste, une révolte qui refuse de sacrifier l’humain sur l’autel de l’efficacité, de la rentabilité, de la performance.

Enfin, en reconstruisant un récit collectif, une vision de l’avenir qui ne soit pas fondée sur la peur, mais sur l’espoir. Un espoir réaliste, concret, ancré dans le réel, mais qui refuse de se laisser enfermer dans le présent. Comme l’écrivait Walter Benjamin dans Sur le concept d’histoire, « l’histoire est l’objet d’une construction dont le lieu n’est pas le temps homogène et vide, mais un temps saturé d’à-présent ». Nous devons construire une histoire qui ne soit pas une répétition du passé, mais une projection vers l’avenir, une histoire qui intègre la complexité du monde, qui accepte les contradictions, qui refuse les solutions toutes faites. Trump, en ce sens, est un défi. Un défi à notre intelligence, à notre courage, à notre capacité à imaginer autre chose que ce que l’on nous propose. Il est une épreuve, une épreuve que nous devons surmonter si nous voulons éviter de sombrer dans la barbarie.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de choisir entre la civilisation et la barbarie. Pas entre Trump et ses ennemis, mais entre une vision du monde où l’humain est au centre, et une vision où il n’est qu’un rouage dans une machine qui le dépasse. Entre une politique qui cherche à émanciper, et une politique qui cherche à dominer. Entre une démocratie qui accepte le débat, la contradiction, la complexité, et une démocratie qui se réduit à un plébiscite permanent, à une succession de choix binaires, à une guerre de tous contre tous. Trump, en ce sens, est un symptôme. Un symptôme de notre époque, de notre incapacité à proposer une alternative crédible au néolibéralisme, de notre fascination pour les hommes forts, pour les solutions simples à des problèmes complexes. Mais il est aussi une opportunité. Une opportunité de nous réveiller, de refuser le fatalisme, de réaffirmer notre humanité.

Alors oui, Trump sera un acteur de la présidentielle française en 2027. Mais il ne le sera que si nous le permettons. Si nous acceptons de jouer son jeu, si nous acceptons de nous laisser diviser, si nous acceptons de renoncer à notre capacité à penser par nous-mêmes. La vraie question n’est pas de savoir si Trump sera une bouée de sauvetage ou un ami encombrant. La vraie question est de savoir ce que nous allons faire de cette opportunité. Allons-nous nous laisser entraîner dans le chaos, ou allons-nous choisir de construire un autre avenir ? Allons-nous nous contenter de subir, ou allons-nous décider d’agir ? La réponse à ces questions déterminera non seulement l’avenir de la France, mais celui de l’Europe, et peut-être même celui du monde.

Analogie finale : Trump, c’est comme ce vieux phare abandonné sur une côte bretonne, dont la lumière clignotante attire les navires en perdition. Certains voient en lui un guide, une lueur d’espoir dans la nuit, et se précipitent vers lui, croyant y trouver le salut. Mais le phare est en ruine, sa lumière est trompeuse, et les récifs qui l’entourent sont mortels. Les autres, ceux qui refusent de se laisser hypnotiser par cette fausse lumière, savent qu’il faut chercher ailleurs, plus loin, là où la mer est plus calme, là où l’horizon est plus clair. Mais pour cela, il faut accepter de naviguer à l’aveugle, de se fier à son instinct, à sa raison, à sa boussole intérieure. Il faut accepter de ne pas avoir de réponse toute faite, de ne pas savoir où l’on va, mais de savoir pourquoi on y va. Trump, c’est la tentation du phare, la facilité du chemin tout tracé, la sécurité illusoire du connu. Mais la vraie vie, la vraie politique, la vraie liberté, se trouvent ailleurs, dans l’inconnu, dans l’incertitude, dans l’aventure. Alors, choisirez-vous le phare ou la mer ?



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