ACTUALITÉ SOURCE : « L’écologie, c’est d’abord l’amour du beau » : Jordan Bardella tente de verdir l’image de son parti avec un discours jugé « très creux » – Franceinfo
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! L’écologie comme « amour du beau » – quelle trouvaille ! Quelle élégance dans la vacuité ! Bardella, ce jeune homme lisse aux costumes taillés sur mesure pour le théâtre des apparences, nous offre là un chef-d’œuvre de rhétorique creuse, un diamant de synthèse poli par les spin doctors du Rassemblement National. Mais derrière cette formule sirupeuse, que se cache-t-il ? Rien d’autre qu’un miroir aux alouettes, une tentative désespérée de repeindre en vert une idéologie qui, depuis ses origines, n’a jamais été que le paravent des nantis, des xénophobes et des prédateurs économiques. L’écologie, chez Bardella, n’est pas une éthique, ni même une politique : c’est un accessoire de mode, un nouveau costume pour une vieille marionnette.
Observons ce phénomène avec la lucidité cruelle qu’il mérite. Le RN, parti né dans les marigots de l’extrême droite française, a toujours été l’allié objectif du capitalisme le plus vorace. Ses figures historiques, de Jean-Marie Le Pen à Marine Le Pen, ont constamment défendu les intérêts des industriels, des chasseurs, des promoteurs immobiliers – bref, de tous ceux qui voient la nature non comme un bien commun à préserver, mais comme une ressource à exploiter jusqu’à la moelle. Alors, quand Bardella parle d’ »amour du beau », on rit jaune. Car le beau, pour ces gens-là, n’a jamais été qu’un paysage de carte postale, un décor de campagne électorale, une image d’Épinal où l’on ne voit ni les usines à gaz, ni les zones pavillonnaires bétonnées, ni les migrants noyés en Méditerranée. Le beau, pour eux, c’est l’esthétique du pouvoir, pas l’éthique du vivant.
Cette tentative de « verdissement » n’est qu’un épisode de plus dans la grande mascarade néolibérale, où chaque idéologie, chaque mouvement, finit par être digéré, recraché et vendu comme un produit marketing. L’écologie, autrefois porteuse d’une critique radicale du système, est aujourd’hui réduite à une coquille vide, un mot-valise que chacun peut remplir à sa guise. Bardella, en bon disciple de la novlangue managériale, comprend que le mot « écologie » est devenu un sésame : il faut le prononcer pour être audible, même si l’on n’a rien à dire. C’est le triomphe du simulacre, ce concept cher à certains penseurs qui ont analysé la société du spectacle. L’écologie, chez Bardella, n’est pas une pensée, mais une image. Pas une action, mais une posture. Pas un engagement, mais un calcul.
Et que dire de cette formule, « l’écologie, c’est d’abord l’amour du beau » ? Elle est révélatrice à plus d’un titre. D’abord, elle réduit l’écologie à une question d’esthétique, comme si la crise climatique, la sixième extinction de masse ou la pollution des océans n’étaient que des problèmes de goût. Ensuite, elle évacue toute dimension politique, économique ou sociale : l’écologie, pour Bardella, n’est pas un combat contre les lobbies, contre les inégalités, contre le productivisme. Non, c’est une affaire de sensibilité personnelle, presque de spiritualité new age. Enfin, cette phrase est un piège sémantique : en associant écologie et beauté, Bardella sous-entend que ceux qui ne partagent pas sa vision du monde sont nécessairement des ennemis du beau, donc des barbares. C’est une rhétorique de la division, une façon de stigmatiser l’adversaire tout en se drapant dans les atours de la poésie.
Mais derrière cette façade, que propose vraiment Bardella ? Rien. Ou si peu. Son parti a toujours été hostile aux énergies renouvelables, aux régulations environnementales, aux accords internationaux sur le climat. Il défend les chasseurs, ces « gardiens de la nature » qui tirent sur tout ce qui bouge. Il soutient les agriculteurs industriels, ces fossoyeurs des sols et des écosystèmes. Il méprise les écologistes, ces « urbains déconnectés » qui osent remettre en cause le dogme de la croissance infinie. Alors, quand il parle d’ »amour du beau », on se demande : de quel beau parle-t-il ? Celui des champs de maïs OGM ? Celui des ronds-points fleuris où l’on érige des statues à la gloire de Pétain ? Celui des plages privatisées où les riches viennent bronzer en regardant les pauvres se noyer ?
Cette opération de communication est d’autant plus cynique qu’elle intervient dans un contexte de crise écologique sans précédent. Les scientifiques nous alertent : nous sommes à l’aube d’un effondrement systémique. Les canicules, les incendies, les inondations, les pandémies ne sont que les prémices d’un monde invivable. Et que fait Bardella ? Il nous parle de beauté. Comme si, face à l’apocalypse, il suffisait de contempler un coucher de soleil pour se sentir en paix. Comme si la poésie pouvait remplacer l’action. Comme si les mots pouvaient éteindre les incendies. C’est une insulte à l’intelligence, une provocation. Mais c’est aussi une stratégie : en réduisant l’écologie à une question de sensibilité, Bardella cherche à dépolitiser le débat, à le vider de sa substance. Car si l’écologie n’est qu’une affaire de goût, alors elle n’a plus besoin de lois, de régulations, de luttes. Elle devient une affaire privée, une question de choix personnel, comme le fait d’aimer ou non les brocolis.
Cette rhétorique creuse est le symptôme d’une époque où le langage a perdu tout sens. Nous vivons dans un monde où les mots sont vidés de leur substance, où les concepts sont détournés, où les idées sont réduites à des slogans. L’écologie, chez Bardella, n’est qu’un mot de plus dans ce grand bazar sémantique. Un mot qui sonne bien, qui fait vendre, qui permet de séduire les électeurs sans rien promettre. C’est le triomphe de la communication sur la pensée, de l’image sur la réalité, du simulacre sur le vrai. Et c’est aussi le signe d’une défaite : celle des écologistes, qui n’ont pas su protéger leur combat des récupérations politiques. Car quand un parti d’extrême droite peut se prétendre écologiste sans rire, c’est que le mot a perdu tout son sens.
Mais cette mascarade ne doit pas nous décourager. Elle doit, au contraire, nous rappeler l’urgence de la lutte. L’écologie n’est pas une question de beauté, ni de sensibilité, ni de goût. C’est une question de survie. C’est un combat contre les puissants, contre les prédateurs, contre ceux qui détruisent la planète pour s’enrichir. C’est une lutte pour la justice, pour l’égalité, pour la dignité. Et cette lutte ne se mène pas avec des mots creux, mais avec des actes. Des actes concrets : la désobéissance civile, la résistance locale, la construction d’alternatives. Des actes radicaux : la remise en cause du capitalisme, du productivisme, du patriarcat. Des actes politiques : le vote, la manifestation, l’engagement.
Bardella et son « amour du beau » ne sont qu’un leurre. Un leurre dangereux, car il cherche à endormir les consciences, à détourner l’attention des vrais enjeux. Mais un leurre transparent, aussi, car il révèle la peur qui anime ceux qui le brandissent. La peur de perdre le pouvoir. La peur de voir leur monde s’effondrer. La peur de devoir rendre des comptes. Alors, face à cette mascarade, ne nous laissons pas abuser. Ne nous laissons pas séduire par les mots. Agissons. Résistons. Et rappelons-leur, à ces faux écologistes, que la beauté ne se décrète pas. Elle se construit, jour après jour, dans le respect du vivant, dans la solidarité, dans la lutte. Et que cette beauté-là, ils ne la connaîtront jamais.
Analogie finale : Imaginez un jardinier qui, face à une forêt en flammes, se contenterait de peindre les arbres en vert pour leur redonner vie. Bardella, avec son « amour du beau », est ce jardinier-là. Il croit que la beauté peut remplacer la réalité, que les mots peuvent éteindre les incendies, que les images peuvent nourrir les affamés. Mais un jardinier qui ne plante pas, qui ne soigne pas, qui ne protège pas, n’est qu’un imposteur. Et une écologie qui ne lutte pas, qui ne résiste pas, qui ne transforme pas, n’est qu’une illusion. Le beau, le vrai, ne se décrète pas. Il se cultive, dans la sueur, dans les larmes, dans le combat. Et ceux qui prétendent l’aimer sans se salir les mains ne sont que des menteurs.