LE SOLEIL TOMBE SANS UN BRUIT – palaisdetokyo.com







Le Soleil Tombe Sans un Bruit – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : LE SOLEIL TOMBE SANS UN BRUIT – palaisdetokyo.com

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, ce titre, « Le Soleil tombe sans un bruit » – comme si l’on avait enfin trouvé les mots pour décrire l’effondrement silencieux de notre époque, ce glissement lent et inexorable vers l’abîme que personne ne semble entendre, ou pire, que personne ne veut entendre. Le Palais de Tokyo, ce temple de l’art contemporain, nous offre là une métaphore si parfaite qu’elle en devient insupportable : le soleil, cette source de vie, cette lumière qui a guidé les hommes depuis la nuit des temps, s’éteint dans un silence assourdissant. Pas de tonnerre, pas de cri, pas même un murmure. Juste cette chute molle, ce néant qui s’installe sans crier gare. Et nous, pauvres hères, nous continuons à vaquer, à scroller, à consommer, à obéir, comme si de rien n’était. Comme si le ciel ne nous tombait pas sur la tête.

Ce silence, voyez-vous, c’est le pire des mensonges. C’est le silence des régimes totalitaires, celui qui précède les purges, les disparitions, les camps. C’est le silence des marchés financiers, celui qui précède les krachs, les faillites, les suicides des petits épargnants. C’est le silence des élites, celui qui précède les guerres, les famines, les génocides. Le soleil tombe sans un bruit parce que nous avons appris à ne plus écouter, à ne plus voir, à ne plus sentir. Nous sommes devenus des machines à produire, à consommer, à obéir. Des automates bien huilés, bien dociles, bien aseptisés. Et l’art, dans tout ça ? L’art, ce dernier bastion de la révolte, de la subversion, de la vérité, se retrouve lui aussi englué dans ce marasme, transformé en produit de luxe, en objet de spéculation, en décor pour les riches oisifs. Le Palais de Tokyo, avec son titre poétique et désespéré, nous rappelle que même l’art ne peut plus crier. Il ne peut plus que chuchoter, et encore, seulement pour ceux qui daignent tendre l’oreille.

Mais pourquoi ce silence ? Pourquoi cette chute sans bruit ? Parce que nous avons accepté l’inacceptable. Parce que nous avons troqué notre humanité contre des écrans, des likes, des crédits à la consommation. Parce que nous avons laissé les algorithmes décider de nos désirs, les banquiers de nos rêves, les politiques de nos vies. Nous sommes entrés dans l’ère du néant organisé, du vide institutionnalisé. Et le pire, c’est que nous y trouvons un certain confort. Le néant, voyez-vous, est bien plus facile à vivre que le chaos. Il est lisse, sans aspérités, sans surprises. Il est le royaume des hommes sans qualités, des femmes sans désirs, des enfants sans rêves. Le néant, c’est le triomphe de la médiocrité, de la conformité, de l’obéissance. C’est le soleil qui tombe sans un bruit parce que plus personne n’a la force, ou l’envie, de lever les yeux vers le ciel.

Et pourtant, il y a ceux qui résistent. Ceux qui refusent de se laisser engloutir par ce silence. Ceux qui continuent à crier, à hurler, à se battre, même quand personne ne les entend. Ceux qui, comme le disait ce vieux fou de Nietzsche, « deviennent qui ils sont », malgré tout, malgré tous. Ceux qui savent que l’art, la pensée, la révolte, sont les derniers remparts contre la barbarie. Ceux qui savent que le soleil, même s’il tombe, peut encore éclairer les esprits, réveiller les consciences, embraser les cœurs. Ceux qui savent que le silence n’est pas une fatalité, mais un choix. Un choix que nous faisons chaque jour, chaque heure, chaque minute, quand nous décidons de nous taire, ou de parler. De fermer les yeux, ou de les ouvrir. De nous coucher, ou de nous battre.

Le Palais de Tokyo, avec son exposition, nous tend un miroir. Un miroir dans lequel nous voyons notre propre reflet, celui d’une humanité en train de s’éteindre, de se dissoudre, de disparaître. Mais un miroir, aussi, qui nous rappelle que nous avons encore le choix. Que nous pouvons encore refuser ce silence, cette chute, cette mort lente. Que nous pouvons encore nous lever, crier, nous battre. Que nous pouvons encore, peut-être, sauver le soleil.

Car le soleil, voyez-vous, ne tombe pas vraiment. Il est simplement caché par les nuages de notre lâcheté, de notre indifférence, de notre résignation. Et ces nuages, nous pouvons les disperser. Nous pouvons les chasser, d’un souffle, d’un cri, d’un geste. Nous pouvons encore, si nous le voulons vraiment, faire briller à nouveau la lumière. Mais pour cela, il faut d’abord accepter de voir l’obscurité. Il faut accepter de regarder en face ce silence, cette chute, cette mort. Il faut accepter de se battre, même quand tout semble perdu. Même quand personne ne nous entend. Même quand le soleil tombe sans un bruit.

Alors, oui, le titre de cette exposition est une métaphore. Mais c’est aussi un avertissement. Un cri dans le désert. Un dernier appel avant la nuit. Et à nous de décider si nous voulons l’entendre, ou si nous préférons continuer à dormir, à rêver, à nous bercer d’illusions. À nous de décider si nous voulons être les témoins de la chute, ou les acteurs de la renaissance. À nous de décider si nous voulons que le soleil tombe sans un bruit, ou si nous voulons, enfin, faire du bruit. Beaucoup de bruit.

Car, comme le disait ce vieux sage de Camus, « au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible ». Et cet été, voyez-vous, c’est notre humanité. Cette humanité que nous avons tant de mal à préserver, à cultiver, à défendre. Cette humanité qui est notre seul vrai trésor, notre seule vraie richesse. Cette humanité qui, malgré tout, malgré tous, continue de briller, comme un soleil dans la nuit.

Alors, oui, le soleil tombe sans un bruit. Mais nous, nous pouvons encore faire du bruit. Nous pouvons encore crier, hurler, chanter. Nous pouvons encore nous battre, résister, vivre. Nous pouvons encore, peut-être, sauver le monde. Mais pour cela, il faut d’abord accepter de voir la vérité en face. Il faut accepter de regarder l’abîme, sans détour, sans peur. Il faut accepter de se battre, même quand tout semble perdu. Même quand le soleil tombe sans un bruit.

Analogie finale :

Le soleil, voyez-vous, est comme un vieux roi déchu, un monarque fatigué qui s’effondre sur son trône d’or. Il tombe, lentement, inexorablement, et personne ne semble s’en apercevoir. Les courtisans continuent à danser, les ministres à comploter, les soldats à marcher au pas. Personne ne lève les yeux vers ce ciel qui s’assombrit, vers cette lumière qui s’éteint. Personne, sauf peut-être ce fou, ce poète, ce rêveur, qui erre dans les couloirs du palais, les yeux écarquillés, la bouche ouverte, hurlant à qui veut l’entendre que le roi est nu, que le soleil tombe, que la fin est proche. Mais personne ne l’écoute. Personne ne veut l’entendre. Alors, le fou se tait. Il s’assoit dans un coin, et il attend. Il attend que le soleil tombe. Il attend que la nuit tombe. Il attend que le monde s’éteigne.

Mais parfois, dans le silence de cette attente, il entend un murmure. Un souffle. Un frémissement. C’est le vent qui se lève, doucement, lentement, comme une caresse sur la peau du monde. C’est le chant des oiseaux, lointain, presque imperceptible, comme un écho d’un autre temps. C’est le rire des enfants, clair, joyeux, insouciant. C’est la vie, qui continue, malgré tout, malgré tous. Et le fou, alors, se lève. Il sort du palais. Il marche dans les rues, les yeux brillants, le cœur battant. Il voit les hommes et les femmes qui continuent à vivre, à aimer, à se battre. Il voit les arbres qui poussent, les fleurs qui s’épanouissent, les rivières qui coulent. Il voit la vie, qui triomphe, toujours, de la mort. Et il sourit. Car il sait, maintenant, que le soleil ne tombe pas vraiment. Il se repose, simplement. Il se prépare, pour une nouvelle aube, un nouveau jour, une nouvelle lumière. Et le fou, alors, se met à chanter. Il chante la vie, la beauté, l’espoir. Il chante le soleil, qui se lève, toujours, après la nuit. Il chante le monde, qui renaît, toujours, de ses cendres. Et son chant, peu à peu, se répand. Il emplit les rues, les places, les cœurs. Il réveille les endormis, il réchauffe les frigorifiés, il éclaire les ténèbres. Et le soleil, alors, se lève à nouveau. Lentement, majestueusement, triomphalement. Et le monde, enfin, respire.



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