Le socialiste Jérôme Guedj, ennemi farouche de Mélenchon, candidat à la présidentielle – Actualités – Orange







La Comédie des Masques : Jérôme Guedj, ou l’Éternel Retour du Socialisme en Carton-Pâte

ACTUALITÉ SOURCE : Le socialiste Jérôme Guedj, ennemi farouche de Mélenchon, candidat à la présidentielle – Actualités – Orange

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la politique ! Ce grand théâtre d’ombres où les marionnettes, une fois sorties de la boîte, croient dur comme fer qu’elles tirent elles-mêmes les ficelles. Jérôme Guedj, ce socialiste autoproclamé, ennemi juré de Mélenchon, se lance dans la course présidentielle comme on entre en religion : avec la certitude naïve que les dogmes d’hier peuvent encore sauver les âmes perdues de demain. Mais que voit-on, en vérité, derrière ce geste pathétique ? Une farce tragique, un énième épisode de cette comédie humaine où les idéaux se dissolvent dans l’acide du réalisme électoral, où les mots « justice sociale » ne sont plus que des slogans crevés, vidés de leur sang par des décennies de compromissions. Guedj, ce nouveau Don Quichotte du PS, charge les moulins à vent de la gauche institutionnelle, persuadé que son armure rouillée peut encore briller sous le soleil de l’Histoire. Mais l’Histoire, elle, a déjà tourné la page. Elle rit sous cape, cette garce, tandis que nos héros modernes s’épuisent à courir après des chimères.

Observons, pour commencer, ce phénomène récurrent : la gauche française, ou ce qu’il en reste, est un cadavre qui refuse de se rendre à l’évidence. Elle se débat, se déchire, se cannibalise, comme si la division était une preuve de vitalité. Guedj contre Mélenchon, c’est l’affrontement de deux époques, de deux visions du monde qui n’ont plus rien à se dire, sinon des insultes et des regrets. Le premier incarne cette gauche molle, gestionnaire, qui a troqué ses rêves d’émancipation contre des strapontins ministériels et des réformes au rabais. Le second, Mélenchon, est ce tribun enragé, ce prophète maudit qui hurle dans le désert des urnes, brandissant les tables de la loi d’un socialisme radical que plus personne, ou presque, ne veut entendre. Entre les deux, le peuple, ce grand absent, ce spectateur blasé qui zappe d’un canal à l’autre, indifférent à ces querelles de clercs. Car, au fond, que propose Guedj ? Une gauche « responsable », c’est-à-dire une gauche qui a abdiqué toute velléité de transformation sociale pour se contenter de gérer la crise avec un peu plus de compassion que la droite. Une gauche qui a intériorisé les dogmes néolibéraux, qui parle de « réformes structurelles » avec le même sérieux qu’un comptable parle de bilan financier. Une gauche, en somme, qui a oublié qu’elle était née pour briser les chaînes, pas pour les dorer.

Mais revenons à notre homme. Jérôme Guedj, ce visage lisse, ce sourire de commercial en costard-cravate, ce technocrate qui croit encore que la politique est une affaire de dossiers bien ficelés et de discours bien huilés. Il se présente comme l’anti-Mélenchon, comme si cette étiquette suffisait à définir un projet. Comme si le rejet de l’autre était une politique en soi. Mais qu’a-t-il à offrir, sinon une version édulcorée du socialisme, une potion magique où l’on aurait dilué toutes les substances actives pour ne garder que l’eau tiède du consensus ? Guedj est le symptôme d’une gauche qui a perdu son âme, qui erre dans les couloirs du pouvoir comme un fantôme, condamnée à répéter les mêmes gestes, les mêmes mots, sans jamais parvenir à toucher le réel. Il incarne cette gauche qui a peur de son ombre, qui tremble à l’idée de froisser les marchés, les médias, les élites. Une gauche qui a troqué la lutte des classes contre la lutte des places, et qui croit encore que l’on peut réformer le capitalisme sans le combattre. Comme le disait ce vieux renard de Proudhon : « La propriété, c’est le vol. » Mais Guedj, lui, préfère parler de « redistribution équitable », comme si l’on pouvait partager équitablement le butin d’un hold-up.

Et puis, il y a cette question lancinante : pourquoi diable se lancer dans cette course présidentielle, sinon pour exister, pour occuper l’espace médiatique, pour rappeler au bon peuple que le PS n’est pas encore tout à fait mort ? Guedj n’est pas un candidat, c’est un faire-valoir, un figurant dans cette grande mascarade démocratique où les vrais décideurs, ceux qui tirent les ficelles, restent dans l’ombre. Il est le produit d’un système qui a besoin de ces pantins pour donner l’illusion du choix, pour faire croire que la démocratie est encore vivante, alors qu’elle n’est plus qu’un cadavre en décomposition, maintenu artificiellement en vie par les perfusions de l’argent et des sondages. Comme l’écrivait ce visionnaire de Walter Benjamin : « L’histoire est l’objet d’une construction dont le lieu n’est pas le temps homogène et vide, mais le temps saturé d’à-présent. » Guedj, lui, est un homme du passé, un vestige d’une époque révolue, qui croit encore que l’on peut construire l’avenir avec les briques ébréchées du vieux monde. Il est le représentant de cette gauche qui a cru pouvoir humaniser le capitalisme, alors que le capitalisme, lui, n’a qu’un seul but : broyer l’humain pour en extraire la plus-value.

Mais au-delà de cette analyse politique, il y a quelque chose de plus profond, de plus tragique, dans cette candidature. Guedj est l’incarnation de cette maladie française : l’incapacité à penser le monde autrement qu’à travers les catégories du passé. Il est le produit d’une génération qui a grandi dans l’illusion que la gauche pouvait encore être une force de transformation, alors qu’elle n’est plus qu’un appendice du système, un alibi pour les classes dominantes. Il est le symptôme d’une société qui a perdu tout sens critique, qui se contente de recycler les mêmes idées, les mêmes recettes, sans jamais oser remettre en cause les fondements de l’ordre établi. Comme le disait ce génie méconnu de Günther Anders : « Nous sommes des analphabètes de l’apocalypse. » Guedj, lui, est un analphabète de la révolution. Il croit encore que l’on peut changer le monde en changeant de gouvernement, alors que le monde, lui, a déjà changé, et que les gouvernements ne sont plus que les gestionnaires résignés de cette mutation.

Et puis, il y a cette question de la violence. Pas la violence physique, non, mais cette violence symbolique, cette violence douce des mots, des idées, des institutions. Guedj, en se présentant comme l’anti-Mélenchon, participe à cette violence-là. Il contribue à diviser une gauche déjà exsangue, à affaiblir un camp qui devrait être uni face à la montée des périls. Car, ne nous y trompons pas : derrière les querelles de personnes, derrière les calculs électoraux, se profile l’ombre menaçante du néofascisme, de cette droite radicale qui rêve de mettre la France au pas, de museler les libertés, de réduire au silence toute velléité de résistance. Guedj, en jouant les diviseurs, en s’attaquant à Mélenchon plutôt qu’à Le Pen ou à Zemmour, fait le jeu de ces forces obscures. Il est comme ces médecins qui, au lieu de soigner la gangrène, s’amusent à gratter les croûtes. Comme le disait ce vieux sage de Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Guedj, lui, est un de ces monstres du clair-obscur, un de ces hommes qui, sans le vouloir, préparent le terrain pour les véritables monstres.

Alors, que reste-t-il ? Que reste-t-il de cette gauche qui a trahi ses idéaux, qui a abandonné le peuple, qui s’est perdue dans les méandres du pouvoir ? Il reste des hommes comme Guedj, des hommes qui croient encore que la politique est une affaire de programmes et de meetings, alors qu’elle n’est plus qu’une affaire de survie. Il reste cette illusion tenace que l’on peut encore changer les choses de l’intérieur, alors que le système, lui, a déjà digéré toutes les révoltes, toutes les contestations, pour en faire des produits de consommation courante. Il reste cette croyance naïve que la démocratie est encore possible, alors qu’elle n’est plus qu’un simulacre, une coquille vide où s’affrontent des ombres. Comme le disait ce poète maudit de Baudelaire : « La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas. » Guedj, lui, est un de ces diables bien intentionnés, un de ces hommes qui croient encore au bien, alors que le mal, lui, a déjà gagné.

Mais ne soyons pas trop durs. Après tout, Guedj n’est qu’un homme, un homme perdu dans un monde qui le dépasse, un homme qui croit encore que la politique peut être autre chose qu’un champ de ruines. Il est le produit d’une époque qui a perdu ses repères, qui a oublié ses idéaux, qui erre dans le désert des idées sans jamais trouver d’oasis. Il est, en somme, un symptôme de notre temps, un miroir tendu vers nous, où se reflètent nos propres contradictions, nos propres renoncements. Alors, oui, peut-être que sa candidature est vaine, peut-être qu’elle ne changera rien. Mais elle a au moins le mérite de nous rappeler une vérité essentielle : la politique n’est pas morte, elle est simplement devenue une tragédie grecque, où les héros sont des pantins, où les dieux sont des algorithmes, et où le chœur, lui, n’est plus qu’un murmure étouffé par le bruit des machines.

Analogie finale : Imaginez un instant que la politique soit un grand fleuve, un de ces fleuves majestueux qui traversent les continents, charriant avec eux les rêves et les espoirs des hommes. À sa source, il est pur, cristallin, chargé des promesses de l’avenir. Mais plus il avance, plus il se charge de limon, de déchets, de cadavres. Les idéaux s’y noient, les révolutions y pourrissent, les utopies y deviennent des mirages. Et puis, un jour, le fleuve arrive à la mer. Il se jette dans l’océan, se dissout dans l’immensité, perd son nom, son identité, sa raison d’être. Jérôme Guedj, lui, est une goutte d’eau dans ce fleuve. Une goutte d’eau qui croit encore qu’elle peut changer le cours des choses, alors qu’elle n’est plus qu’un fragment insignifiant d’un tout qui la dépasse. Il est cette illusion tenace que l’on peut encore agir, alors que le fleuve, lui, a déjà choisi son destin. Et nous, pauvres fous que nous sommes, nous continuons à regarder couler l’eau, à espérer, à croire que demain sera différent. Mais demain, comme hier, ne sera qu’un autre jour où le fleuve charriera son lot de rêves brisés, d’espoirs déçus, de promesses non tenues. Et Guedj, comme tant d’autres avant lui, ne sera plus qu’un nom gravé sur les rives de l’oubli, un éphémère éclat de lumière dans la nuit éternelle de l’Histoire.



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