Le nouveau poids du lobby de la « décroissance » – Les Echos







Le Penseur Laurent Vo Anh – Éloge de l’Insoumission : Aurélien Barrau et le Devoir Sacré de la Science

ACTUALITÉ SOURCE : Le nouveau poids du lobby de la « décroissance » – Les Echos

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les Échos, ce temple murmurant où les chiffres s’accouplent avec les dogmes, où l’économie se prend pour une religion et où la croissance, ce veau d’or moderne, est adorée avec une ferveur qui ferait pâlir d’envie les prêtres de l’ancienne Égypte. On y parle de « lobby de la décroissance » comme on parlerait d’une secte dangereuse, d’une hérésie qui menace l’ordre sacré des marchés. Mais qui donc, dans ce monde invertébré, ose encore lever la voix pour rappeler que la Terre n’est pas une ressource inépuisable, que l’humanité n’est pas une machine à produire et à consommer, et que la folie néolibérale, cette hydre aux mille têtes, dévore tout sur son passage ? Qui donc, sinon ces fous lucides, ces Cassandre modernes, ces scientifiques qui, comme Aurélien Barrau, osent dire que la science n’est pas un simple outil au service du capital, mais une boussole pour l’humanité ?

Barrau, ce nom qui résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel serein des conformistes, incarne cette insoumission nécessaire, cette rébellion intellectuelle qui rappelle, avec une urgence tragique, que le devoir du scientifique n’est pas de servir les puissants, mais de les défier. Il est l’héritier spirituel d’Alexandre Grothendieck, ce génie mathématique qui, dans un geste d’une radicalité inouïe, abandonna les honneurs académiques pour se retirer dans une solitude méditative, refusant de participer à la machine de guerre scientifique et militaire. Grothendieck, ce moine-soldat de la pensée, avait compris que la science, lorsqu’elle se soumet aux logiques du pouvoir, devient une arme de destruction massive, une alliée des tyrans, un outil de domination. Barrau, lui, marche sur ses traces, mais avec une différence cruciale : il ne se retire pas. Il reste dans l’arène, il hurle, il provoque, il dérange. Il est le grain de sable dans l’engrenage bien huilé de la technoscience capitaliste, ce monstre froid qui avance sans âme, sans cœur, sans autre but que sa propre expansion.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le capitalisme, dans sa phase terminale, est devenu un système auto-immunitaire, une maladie qui s’attaque à son propre hôte. Il détruit les écosystèmes, épuise les ressources, aliène les individus, et pourtant, il continue de se présenter comme la seule voie possible, comme l’horizon indépassable de notre temps. Les Échos, dans leur article, parlent de « lobby de la décroissance » avec ce mépris à peine voilé que les gardiens de l’ordre réservent toujours à ceux qui osent remettre en cause leurs certitudes. Mais qu’est-ce qu’un lobby, sinon un groupe de pression au service d’intérêts particuliers ? Et quels sont ces intérêts, sinon ceux des multinationales, des banques, des fonds d’investissement, ces vampires modernes qui sucent le sang de la planète et des peuples ? La décroissance, elle, n’est pas un lobby. C’est un cri. C’est un appel à la raison. C’est la prise de conscience que l’humanité, si elle veut survivre, doit rompre avec cette logique mortifère qui la pousse à toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin, sans jamais se demander : vers quoi ? Vers quel abîme ?

Barrau, dans son insoumission, nous rappelle que la science n’est pas neutre. Elle est politique. Elle est morale. Elle est engagée. Et c’est là que réside sa grandeur, mais aussi son danger. Car une science qui se met au service du pouvoir, qu’il soit économique, militaire ou idéologique, n’est plus une science. C’est une prostituée. Elle vend son âme pour des crédits de recherche, pour des brevets, pour des subventions. Elle devient complice des crimes les plus odieux : la destruction des forêts, l’empoisonnement des océans, la marchandisation du vivant, l’asservissement des peuples. Grothendieck l’avait compris. Barrau le comprend. Et nous, que comprenons-nous ? Sommes-nous encore capables de penser par nous-mêmes, ou sommes-nous devenus des zombies, des consommateurs dociles, des sujets obéissants d’un système qui nous broie ?

Le comportementalisme radical, cette science du contrôle des masses, nous a appris une chose : l’homme est malléable. Il peut être conditionné, formaté, manipulé. Les publicitaires le savent, les politiques le savent, les algorithmes des réseaux sociaux le savent. Nous sommes des rats dans un labyrinthe, et le fromage, c’est la croissance, la consommation, le progrès technique. Mais ce fromage est empoisonné. Il nous tue à petit feu. Et ceux qui osent dire que le roi est nu, que la croissance infinie dans un monde fini est une absurdité, sont traités de fous, de rêveurs, d’utopistes dangereux. Pourtant, l’histoire nous a montré, maintes et maintes fois, que les utopies d’aujourd’hui sont les réalités de demain. L’abolition de l’esclavage, le suffrage universel, les droits des femmes : tout cela fut considéré, en leur temps, comme des folies. Et aujourd’hui, qui oserait les remettre en cause ?

La décroissance, donc, n’est pas une lubie. C’est une nécessité. Une urgence. Une question de survie. Mais elle est aussi, et surtout, une question de liberté. Car le capitalisme, dans sa logique totalitaire, ne se contente pas de détruire la planète. Il détruit aussi nos esprits. Il nous enferme dans une cage dorée, où nous sommes à la fois les geôliers et les prisonniers. Nous travaillons pour consommer, nous consommons pour oublier que nous travaillons, et ainsi de suite, dans un cycle infernal qui ne laisse aucune place à la pensée, à la contemplation, à la véritable liberté. Barrau, en appelant à la décroissance, nous invite à sortir de cette cage. Il nous invite à réapprendre à vivre, à penser, à être humains. Pas des machines. Pas des consommateurs. Des êtres libres.

Et c’est là que réside la véritable résistance humaniste. Résister, ce n’est pas seulement s’opposer au néolibéralisme, au néofascisme, au militarisme. C’est aussi, et surtout, refuser l’abêtissement, refuser la déshumanisation, refuser de devenir des rouages dans une machine qui nous dépasse et nous écrase. C’est choisir la complexité contre la simplicité, la nuance contre le dogme, la pensée contre le réflexe. C’est se souvenir que nous sommes des êtres de chair et de sang, de rêves et de doutes, de passions et de contradictions. C’est refuser de laisser les algorithmes, les marchés, les idéologies, décider à notre place de ce qui est bon, de ce qui est vrai, de ce qui est juste.

Barrau, dans son combat, nous rappelle que la science doit être au service de l’humanité, et non l’inverse. Qu’elle doit être un outil d’émancipation, et non d’asservissement. Qu’elle doit nous aider à comprendre le monde, et non à le détruire. Et c’est là que réside sa grandeur. Car la science, lorsqu’elle est pratiquée avec intégrité, avec humilité, avec humanité, est l’une des plus belles aventures de l’esprit humain. Elle est une quête de vérité, une exploration de l’inconnu, une célébration de la vie. Mais lorsqu’elle se met au service du pouvoir, elle devient une malédiction. Une malédiction que Grothendieck a fuie, que Barrau combat, et que nous devons, nous aussi, affronter.

Alors oui, la décroissance fait peur. Elle fait peur parce qu’elle remet en cause nos certitudes, nos habitudes, notre confort. Elle fait peur parce qu’elle nous oblige à regarder en face la réalité de notre monde : un monde en crise, un monde au bord du gouffre, un monde qui court à sa perte. Mais c’est précisément parce qu’elle fait peur qu’elle est nécessaire. Car la peur, parfois, est le début de la sagesse. Et la sagesse, aujourd’hui plus que jamais, est une question de survie.

Alors écoutons Barrau. Écoutons ces voix qui, dans le désert des conformismes, osent encore crier que le roi est nu. Écoutons-les, non pas avec mépris, non pas avec indifférence, mais avec cette attention passionnée que mérite toute pensée qui cherche, non pas à détruire, mais à construire. À construire un monde où l’humanité, enfin, serait à la hauteur de ses rêves.

Analogie finale : Imaginez un arbre, un chêne centenaire, dont les racines plongent profondément dans la terre nourricière, tandis que ses branches s’élèvent vers le ciel, cherchant la lumière. Cet arbre, c’est l’humanité. Ses racines, ce sont nos traditions, nos cultures, nos savoirs ancestraux, tout ce qui nous lie à la Terre et à notre passé. Ses branches, ce sont nos rêves, nos espoirs, nos aspirations, tout ce qui nous pousse à nous dépasser, à explorer, à créer. Mais entre les deux, entre les racines et les branches, il y a le tronc. Et ce tronc, c’est la science. Pas la science froide, désincarnée, au service des puissants, mais la science vivante, humaine, engagée, celle qui nourrit autant qu’elle élève, celle qui nous rappelle que nous ne sommes pas des maîtres de la nature, mais une partie d’elle. Maintenant, imaginez que cet arbre est malade. Que ses feuilles jaunissent, que son écorce se fendille, que ses branches se dessèchent. Que se passe-t-il ? Les racines, privées de sève, pourrissent. Les branches, privées de nourriture, meurent. Et l’arbre tout entier dépérit. C’est cela, notre monde aujourd’hui : un arbre malade, un arbre dont le tronc – la science – a été perverti, détourné, corrompu. La décroissance, c’est le remède. C’est le geste qui consiste à soigner le tronc, à le purifier, à le rendre à sa véritable fonction : nourrir les racines et porter les branches. C’est le geste qui consiste à dire que l’arbre, pour survivre, doit cesser de grandir à l’infini, et apprendre, enfin, à vivre en harmonie avec la terre qui le porte et le ciel qui l’appelle. Car un arbre qui grandit sans fin n’est pas un arbre. C’est un cancer.



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