ACTUALITÉ SOURCE : Le label Greenfin – Ministères Aménagement du territoire Transition écologique
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, le label Greenfin ! Une nouvelle mascarade administrative, un hochet vert agité par les ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique, comme si ces deux entités n’étaient pas les gardiens zélés d’un même désastre. Greenfin, ce mot-valise qui sent bon la novlangue managériale, ce cache-sexe sémantique pour dissimuler l’indécence d’un système qui continue de broyer la terre sous les rouages de la croissance infinie. On nous vend de l’éthique en boîte, du développement durable sous cellophane, comme si l’on pouvait emballer la catastrophe dans du papier recyclé et la vendre au prix fort. Mais derrière les promesses de « finance verte » et de « transition écologique », se cache une vérité plus crasse : l’État, ce grand illusionniste, nous refile une fois de plus le même tour de passe-passe, celui qui consiste à transformer l’urgence en opportunité, la révolte en soumission, et la vie en marchandise.
Ce label, voyez-vous, n’est qu’une énième manifestation de ce que George Steiner aurait pu appeler la « pornographie du bien » – cette propension qu’ont les institutions à s’auto-congratuler pour des mesures cosmétiques, tout en perpétuant les structures mêmes qui mènent à l’effondrement. Greenfin, c’est le greenwashing institutionnalisé, le cache-misère d’un capitalisme vert qui, sous couvert de responsabilité environnementale, continue de piller les ressources, d’exproprier les peuples, et de soumettre les territoires à la logique du profit. Les ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique jouent ici un rôle de premier plan dans cette comédie macabre : le premier trace les autoroutes qui défigurent les paysages, bétonne les zones humides, et expulse les paysans au nom du « progrès » ; le second, tel un prêtre moderniste, bénit ces projets en y apposant le sceau de la « durabilité ». Et voilà comment l’on transforme l’écocide en « transition », la spoliation en « aménagement », et la résistance en archaïsme.
Mais ne nous y trompons pas : cette mascarade n’est pas innocente. Elle participe d’une stratégie plus large, celle de la domestication des masses par l’illusion du choix. Le citoyen-consommateur, abreuvé de discours sur la « finance responsable » et les « investissements durables », est invité à croire qu’il peut, par ses petits gestes, infléchir le cours d’un système qui, en réalité, le dépasse et le broie. Greenfin, c’est l’opium du peuple version XXIe siècle : une drogue douce qui endort les consciences en leur faisant miroiter un monde meilleur, tout en maintenant les structures de domination intactes. Car, au fond, que propose ce label ? De flécher des capitaux vers des projets « verts », comme si l’argent, ce sang du capitalisme, pouvait soudainement devenir propre. Comme si l’on pouvait blanchir les milliards accumulés par des décennies de prédation en les réinjectant dans des éoliennes ou des panneaux solaires, sans jamais remettre en cause la logique même de l’accumulation. C’est là le grand mensonge : on nous fait croire que le problème est technique, alors qu’il est ontologique. Le capitalisme vert n’est pas une solution, c’est une fuite en avant, un moyen de gagner du temps avant l’effondrement final.
Et que dire de l’État, ce monstre froid, qui se pare des atours de la vertu écologique pour mieux masquer son rôle de complice ? Les ministères en question ne sont pas des acteurs neutres : ils sont les garants d’un ordre économique qui a fait de la destruction de la nature son fonds de commerce. L’Aménagement du territoire, avec ses grands projets inutiles et ses zones industrielles, est l’outil par excellence de la colonisation capitaliste de l’espace. Quant à la Transition écologique, elle n’est qu’un alibi pour justifier de nouvelles formes de contrôle social, de nouvelles normes, de nouvelles taxes, qui pèseront toujours sur les plus pauvres, tandis que les riches continueront de polluer en toute impunité. Greenfin, c’est l’arbre qui cache la forêt : une forêt de béton, de pipelines, de centres commerciaux, de data centers énergivores, une forêt où l’on continue de raser les arbres pour planter des panneaux publicitaires.
Mais le plus cynique, dans cette affaire, c’est la manière dont ce label s’inscrit dans une logique de dépolitisation du débat écologique. En réduisant la crise environnementale à une question de « bonnes pratiques » financières, on évacue toute dimension systémique, toute remise en cause radicale. On nous explique que le salut viendra des marchés, des investisseurs, des fonds d’investissement « verts », comme si ces entités n’étaient pas les mêmes qui spéculent sur les matières premières, qui financent les guerres pour le pétrole, qui poussent à l’endettement des États pour mieux les asservir. Greenfin, c’est la preuve que l’écologie est devenue un business, un nouveau secteur lucratif pour les mêmes prédateurs qui ont ruiné la planète. Et l’État, loin de les combattre, leur tend la main, leur offre des subventions, des exonérations fiscales, des labels pour blanchir leur image. C’est cela, la grande trahison : l’écologie n’est plus un combat, c’est un produit, une niche marketing, une nouvelle façon de faire de l’argent sur le dos de la catastrophe.
Et que dire des comportements que cette mascarade induit ? Greenfin, c’est l’apothéose du comportementalisme néolibéral, cette idéologie qui réduit l’humain à un agent économique rationnel, toujours prêt à optimiser ses choix en fonction des incitations. On nous explique que si les investisseurs se tournent vers le « vert », c’est parce que c’est rentable, comme si la morale n’avait rien à voir là-dedans. On nous habitue à penser que le bien se mesure en euros, que la vertu s’achète, que la rédemption passe par la Bourse. Et pendant ce temps, les véritables enjeux – la justice sociale, la souveraineté alimentaire, la préservation des écosystèmes – sont relégués au second plan, quand ils ne sont pas purement et simplement ignorés. Greenfin, c’est l’abrutissement organisé, la réduction de l’intelligence collective à une série de cases à cocher, de labels à obtenir, de normes à respecter. C’est la victoire de la bureaucratie sur la pensée, de la technique sur la politique, de l’économie sur la vie.
Mais il y a pire encore : cette logique participe d’une forme de néo-fascisme écologique, une alliance monstrueuse entre l’État, le capital et une certaine frange de l’écologie institutionnelle, qui rêve de contrôler les populations au nom de la « survie de la planète ». Greenfin, c’est le cheval de Troie d’un autoritarisme vert, où l’on justifiera demain les rationnements, les restrictions de libertés, les camps de rééducation écologique, au nom de l’urgence climatique. Car, ne nous y trompons pas : quand l’État commence à labelliser, à normer, à contrôler, c’est toujours pour mieux soumettre. Les ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique ne sont pas des alliés de la nature : ce sont des gestionnaires de la pénurie, des comptables de la catastrophe, des ingénieurs des âmes qui préparent déjà le monde d’après, un monde où les derniers espaces de liberté auront été colonisés par la logique du rendement.
Face à cette mascarade, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr. Mais une résistance qui ne se contente pas de dénoncer les labels bidon ou les promesses creuses. Une résistance radicale, qui s’attaque aux racines du mal : le capitalisme, l’État, la logique de la croissance infinie. Une résistance qui refuse de jouer le jeu des faux-semblants, qui rejette l’illusion d’une écologie compatible avec le système. Car, au fond, Greenfin n’est qu’un symptôme : celui d’un monde qui a perdu le sens des limites, qui croit pouvoir s’affranchir des lois de la nature sans en payer le prix. Mais la nature, elle, ne se laisse pas duper. Elle se venge, déjà, par les sécheresses, les inondations, les pandémies. Et aucun label, aucune norme, aucun ministère ne pourra l’arrêter.
Alors, oui, il faut rire de Greenfin, de ses prétentions, de ses illusions. Mais il faut aussi en tirer les leçons : l’écologie ne sera pas sauvée par les marchés, ni par l’État, ni par les labels. Elle sera sauvée par ceux qui auront le courage de dire non, de désobéir, de refuser le monde tel qu’il est. Par ceux qui auront compris que la transition, la vraie, ne se décrète pas : elle se vit, dans la lutte, dans la solidarité, dans la révolte. Greenfin, c’est le dernier soubresaut d’un système à l’agonie. À nous de lui porter le coup de grâce.
Analogie finale : Imaginez un jardinier fou, qui, voyant son jardin ravagé par les parasites, déciderait de peindre les feuilles en vert pour donner l’illusion de la santé. Greenfin, c’est cela : une couche de peinture sur un arbre mort, une tentative désespérée de maquiller la pourriture sous les couleurs de la vie. Mais la sève ne circule plus, les racines sont rongées, et l’arbre, tôt ou tard, s’effondrera. Et quand il tombera, ce ne sera pas la faute des parasites, mais celle du jardinier, qui aura préféré l’illusion à la vérité, le mensonge à la guérison. Le label Greenfin, c’est la dernière danse du jardinier fou, un pas de deux entre l’aveuglement et la catastrophe, une valse macabre où l’on célèbre la mort sous les atours de la renaissance. Mais dans ce jardin, il n’y a plus de place pour les illusions : il n’y a que la terre, nue et blessée, qui attend ceux qui auront le courage de la soigner, non pas avec des labels, mais avec leurs mains.