Le label Greenfin – Ministères Aménagement du territoire Transition écologique







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse du label Greenfin

ACTUALITÉ SOURCE : Le label Greenfin – Ministères Aménagement du territoire Transition écologique

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le label Greenfin ! Une nouvelle mascarade bureaucratique, un hochet brandi par les ministres de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique, ces saltimbanques en costume trois-pièces qui jouent aux alchimistes du bien commun. Mais derrière les communiqués de presse lissés, les graphiques en couleurs et les promesses enrobées de jargon technocratique, que reste-t-il ? Une énième tentative de domestiquer l’angoisse collective, de transformer la peur de l’effondrement en un marché lucratif, en un nouveau terrain de jeu pour les prédateurs en col blanc. Le label Greenfin, c’est l’opium des masses écologistes, une pilule verte avalée avec délice par ceux qui croient encore que le système peut se réformer de l’intérieur. Mais l’histoire, cette vieille putain cynique, nous a appris une chose : les systèmes ne se réforment pas, ils se métastasent. Ils mutent, s’adaptent, absorbent les critiques pour mieux les digérer et les recracher sous forme de nouvelles normes, de nouveaux labels, de nouvelles illusions.

Regardez donc cette comédie humaine, ce théâtre d’ombres où les ministres jouent les sauveurs de la planète entre deux réunions avec les lobbies industriels. L’Aménagement du territoire, quelle blague ! Comme si l’on pouvait aménager le désastre, comme si l’on pouvait organiser la fin du monde en zones vertes et zones rouges, en labels « durables » et en subventions « responsables ». Le territoire, c’est une plaie ouverte, un corps supplicié par des décennies de bétonnage, de déforestation, d’empoisonnement des sols et des âmes. Et voilà que nos énarques, nos technocrates, nos petits génies de la finance verte, viennent nous vendre des solutions clés en main, des « outils » pour « verdir » l’économie. Mais verdir quoi, au juste ? Les bilans comptables ? Les discours politiques ? Les consciences endormies ? Le label Greenfin, c’est la cerise sur le gâteau empoisonné du capitalisme vert, cette chimère qui prétend concilier croissance infinie et limites planétaires. Comme si l’on pouvait faire tenir un éléphant dans une boîte à chaussures en lui peignant les ongles en vert.

Et la Transition écologique, parlons-en ! Transition vers quoi ? Vers un monde où les mêmes qui ont pillé la planète continueront à la piller, mais avec des panneaux solaires et des éoliennes made in China ? Où les mêmes qui ont spéculé sur les matières premières spéculeront désormais sur les crédits carbone ? Où les mêmes qui ont réduit les forêts en monocultures industrialisées vendront des « services écosystémiques » comme on vendait autrefois des indulgences ? La transition, c’est le mot magique qui permet de ne rien changer, de continuer à courir vers l’abîme, mais en trottinant avec un sourire écolo. C’est le cache-sexe de l’impuissance, le mantra des lâches qui préfèrent se bercer d’illusions plutôt que d’affronter la réalité : le système est pourri jusqu’à la moelle, et aucune étiquette verte ne pourra le sauver.

Car le label Greenfin, comme tous les labels, comme toutes les normes, comme toutes les certifications, n’est qu’un outil de contrôle. Un outil pour trier, pour classer, pour hiérarchiser. Pour dire qui est « bon » et qui est « mauvais », qui mérite des subventions et qui mérite la faillite. Qui est « durable » et qui ne l’est pas. Qui a le droit de survivre et qui doit disparaître. C’est la logique du capitalisme poussée à son paroxysme : tout devient marchandise, même la morale, même la survie. Et dans ce grand marché de la vertu, les plus malins, les plus cyniques, ceux qui savent jouer avec les mots et les chiffres, s’enrichiront encore un peu plus. Pendant ce temps, les autres, les naïfs, les idéalistes, ceux qui croient encore aux vertus de la « transition », continueront à se débattre dans les rets d’un système qui les broiera sans pitié.

Mais attention, ne vous y trompez pas : ce n’est pas une question de bonne ou de mauvaise volonté. Les ministres qui portent ce label, les fonctionnaires qui le conçoivent, les investisseurs qui l’achètent, ils ne sont pas des monstres. Ils sont simplement les produits d’un système qui a fait de l’illusion sa religion, de la croissance son dogme, et de la destruction son mode de fonctionnement. Ils sont les héritiers d’une longue lignée de penseurs, d’économistes, de politiques qui ont cru, ou feint de croire, que l’on pouvait concilier l’inconciliable : le profit et la préservation, l’exploitation et la durabilité, la prédation et la régénération. Ils sont les disciples de ces maîtres à penser qui ont théorisé la « croissance verte », cette oxymore magnifique, cette contradiction vivante, ce mensonge éhonté qui permet de continuer à piller la Terre en se donnant bonne conscience.

Et c’est là que réside la véritable tragédie : dans cette capacité humaine, trop humaine, à se mentir à soi-même. À croire que les solutions viendront d’en haut, des experts, des technocrates, des ministres, alors qu’elles ne peuvent venir que d’en bas, des luttes, des résistances, des révoltes. À croire que l’on peut sauver la planète sans remettre en cause les fondements mêmes de notre civilisation : la propriété privée, la logique du profit, la sacralisation de la croissance, la domination de l’homme sur la nature. À croire que l’on peut soigner un cancer avec des pansements, alors qu’il faudrait une révolution, une métanoia, un changement radical de paradigme.

Car le label Greenfin, comme tous les dispositifs de ce genre, est un leurre. Un leurre pour nous faire croire que le système peut se réformer, qu’il suffit d’ajuster quelques paramètres, de verdir quelques pratiques, de labelliser quelques fonds d’investissement pour que tout aille mieux. Mais la réalité est bien plus cruelle : le système ne peut pas se réformer, car il est fondé sur des principes qui sont incompatibles avec la survie de la biosphère. Le capitalisme, qu’il soit brun ou vert, est une machine à détruire. Une machine qui transforme tout en marchandise, qui réduit tout à sa valeur d’échange, qui nie la complexité du vivant pour mieux le soumettre à la logique du profit. Et cette machine, cette hydre aux mille têtes, ne peut être domptée par des labels ou des normes. Elle ne peut être arrêtée que par une résistance farouche, par une insoumission totale, par une rupture radicale avec l’ordre établi.

Alors oui, le label Greenfin est une farce. Une farce tragique, car elle révèle l’étendue de notre impuissance, de notre lâcheté, de notre complicité avec le désastre. Mais c’est aussi une occasion, une de plus, de prendre conscience de l’urgence. De comprendre que les solutions ne viendront pas des ministères, des banques, des multinationales. Qu’elles ne viendront pas des experts, des technocrates, des politiques. Qu’elles viendront de nous, de notre capacité à nous organiser, à résister, à inventer de nouvelles formes de vie, de nouvelles manières d’habiter le monde. Car le vrai changement, le changement radical, ne se décrète pas. Il se vit. Il se lutte. Il se conquiert, au jour le jour, dans les gestes les plus simples comme dans les combats les plus fous.

Alors, à ceux qui croient encore aux vertus du label Greenfin, à ceux qui pensent que l’on peut sauver la planète en achetant des obligations « vertes » ou en investissant dans des fonds « durables », je dis ceci : réveillez-vous. Le système vous berce d’illusions pour mieux vous endormir. Il vous vend des solutions clés en main pour mieux vous empêcher de penser, de lutter, de rêver. Mais la réalité est là, implacable : la maison brûle, et les pompiers sont complices de l’incendie. Alors, que faire ? La réponse est simple, et terrifiante : il faut tout brûler. Pas la planète, non. Mais l’ordre établi. Les institutions. Les dogmes. Les illusions. Il faut tout reconstruire, sur de nouvelles bases, avec de nouveaux principes. Et cela, aucun label, aucune norme, aucune certification ne pourra le faire à notre place.

Car, comme l’écrivait ce vieux fou de Nietzsche, « il faut encore avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante ». Et nous sommes en plein chaos. Alors, au lieu de chercher désespérément à le domestiquer, à le normaliser, à le labelliser, pourquoi ne pas l’embrasser ? Pourquoi ne pas plonger dans ce chaos, y puiser l’énergie, la créativité, la force nécessaires pour enfanter un monde nouveau ? Le label Greenfin est une impasse. Mais le chaos, lui, est une promesse.

Analogie finale : Imaginez un jardinier fou, un démiurge déchu, qui aurait passé sa vie à cultiver un jardin en croyant maîtriser les lois de la nature. Il aurait planté des graines, taillé des arbres, creusé des canaux, tout cela selon des règles qu’il aurait lui-même édictées. Et puis, un jour, il se serait rendu compte que son jardin était en train de mourir. Que les plantes se fanaient, que les sols s’épuisaient, que les animaux disparaissaient. Alors, au lieu de remettre en cause ses méthodes, au lieu de questionner ses certitudes, il aurait sorti un nouveau carnet de règles, un nouveau label, une nouvelle norme. « Voilà, aurait-il dit, dorénavant, nous cultiverons selon les principes du label Vertfeuille. Les plantes qui pousseront seront certifiées durables, les sols seront labellisés fertiles, et les animaux seront estampillés heureux. » Mais le jardin, lui, continuerait à mourir. Car les règles du jardinier fou n’étaient pas celles de la nature. Elles étaient celles de son orgueil, de sa folie, de son refus de voir la réalité en face. Et le label Vertfeuille ne serait qu’un nouveau leurre, une nouvelle illusion, un nouveau moyen de se voiler la face. Car la nature, elle, n’a que faire des labels. Elle suit ses propres lois, ses propres rythmes, ses propres cycles. Et si l’on veut vraiment sauver le jardin, il faut d’abord accepter de se soumettre à ces lois, de les comprendre, de les respecter. Il faut accepter de ne plus être le maître, mais l’élève. Il faut accepter de se taire, d’écouter, d’observer. Et peut-être, alors, le jardin renaîtra-t-il. Mais cela, aucun label, aucune norme, aucune certification ne pourra le garantir. Car la vie, la vraie, celle qui pulse dans les racines et les feuilles, celle qui circule dans les veines de la Terre, ne se laisse pas domestiquer. Elle se vit, se lutte, se célèbre. Elle est chaos et ordre, destruction et création, mort et renaissance. Et c’est cela, et cela seulement, qui peut nous sauver.



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