Le grand écart de Donald Trump, entre frappes en Iran et promesses de paix – Le Monde.fr







Le Grand Écart de l’Empire : Trump, l’Iran et le Théâtre des Ombres

ACTUALITÉ SOURCE : Le grand écart de Donald Trump, entre frappes en Iran et promesses de paix – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le grand écart ! Ce mouvement de cirque où l’on s’étire jusqu’à la déchirure, où l’on feint l’équilibre alors que tout n’est que tension, mensonge et précipitation vers l’abîme. Donald Trump, ce clown tragique couronné par le hasard et l’argent, incarne aujourd’hui cette acrobatie politique avec une maestria qui n’a d’égale que sa vacuité. Frappes chirurgicales en Iran – ces mots sont une insulte à la chirurgie, qui, elle, au moins, tente de sauver des vies – puis promesses de paix, comme si l’on pouvait laver le sang des enfants de Téhéran avec des tweets en majuscules et des sourires de télévangéliste. Mais derrière ce numéro de dupes, il y a bien plus qu’un homme : il y a un système, une mécanique de domination qui broie les peuples sous le poids de ses contradictions, et dont Trump n’est que l’avatar le plus grotesque, le plus visible, le plus *honnête* dans sa malhonnêteté même.

Commençons par le commencement, c’est-à-dire par l’Histoire, cette grande putain qui se laisse violer par les puissants avant de leur cracher au visage des siècles plus tard. L’Empire américain, depuis 1945, n’a jamais été autre chose qu’une machine à projeter sa violence sous couvert de démocratie, de liberté, de « destin manifeste ». Truman larguant Little Boy sur Hiroshima, Reagan finançant les Contras au Nicaragua, Bush Jr. inventant des armes de destruction massive pour justifier l’invasion de l’Irak : chaque fois, c’est la même ritournelle. On bombarde, on tue, on détruit, puis on pleure des larmes de crocodile en parlant de « reconstruction », de « stabilité », de « paix ». Trump, lui, ne prend même plus la peine de pleurer. Il tweete. Il menace. Il frappe. Et puis, comme un enfant capricieux, il tend la main en disant : « Allez, on fait la paix maintenant ? » Comme si la paix était une monnaie d’échange, un contrat à signer entre deux parties égales, et non le résultat d’une justice rendue, d’une réparation, d’une reconnaissance de la souffrance infligée. Mais l’Empire ne connaît pas la justice. Il connaît le rapport de forces. Et Trump, ce marchand de tapis devenu président, est le parfait représentant de cette logique : tout se négocie, tout se monnaye, même la dignité des peuples.

Observons-le, ce Trump, dans son élément. Un jour, il ordonne l’assassinat de Qassem Soleimani, général iranien adulé par des millions de personnes, et présente cela comme une « victoire pour la paix ». Le lendemain, il déclare vouloir « mettre fin aux guerres sans fin » et retirer les troupes d’Afghanistan. Quel chef-d’œuvre de schizophrénie ! Mais attention : cette schizophrénie n’est pas celle d’un homme, c’est celle d’un système. Le néolibéralisme, ce cancer qui ronge le monde depuis quarante ans, a besoin de la guerre comme il a besoin de la dette, de la précarité, de l’aliénation. La guerre, c’est le marché ultime, celui qui ne connaît pas de crise, celui qui transforme les corps en chiffres, les vies en dividendes. Les frappes en Iran, c’est du pain béni pour les marchands d’armes, pour les lobbies militaro-industriels qui financent les campagnes électorales. Et les promesses de paix ? Une simple opération de communication, un leurre pour calmer les masses, pour faire croire que l’Empire a une conscience, un cœur, une once d’humanité. Mais l’humanité, voyez-vous, est une denrée rare dans les couloirs du pouvoir. On y trouve plutôt des hommes comme Trump, des hommes qui confondent la force avec la virilité, la domination avec la grandeur, et la paix avec la soumission.

Et puis, il y a cette question, lancinante, qui revient comme un leitmotiv : pourquoi ? Pourquoi frapper l’Iran ? Pourquoi maintenant ? Les raisons officielles – « Soleimani préparait des attaques contre des intérêts américains » – sentent le mensonge à plein nez, ce mensonge éhonté que les médias mainstream répètent en chœur, comme des perroquets bien dressés. Mais la vérité est plus simple, plus sordide : l’Iran résiste. L’Iran, depuis 1979, refuse de se plier aux diktats de Washington. Il nationalise son pétrole, soutient la Palestine, défie Israël, et surtout, il montre qu’un autre monde est possible, un monde où les peuples décident de leur destin, où les ressources ne sont pas pillées par les multinationales, où la dignité n’est pas une monnaie d’échange. Et ça, l’Empire ne peut le tolérer. Car un Empire, voyez-vous, ne survit que par la soumission des autres. Quand un pays résiste, il faut le briser, le humilier, le réduire en cendres. C’est la logique de la bête : si tu ne te soumets pas, tu seras détruit. Trump, avec ses frappes, n’a fait qu’appliquer cette logique à la lettre. Et ses promesses de paix ? Une simple carotte tendue après le bâton, pour faire croire que l’Empire est magnanime, qu’il peut pardonner, qu’il peut « tendre la main ». Mais une main tendue après avoir frappé, ce n’est pas une main tendue : c’est une insulte.

Regardons maintenant du côté des peuples, de ceux qui subissent cette folie. Les Iraniens, bien sûr, mais aussi les Irakiens, les Syriens, les Yéménites, tous ces peuples broyés par les guerres impérialistes, par les embargos, par les sanctions qui tuent plus sûrement que les bombes. Que pensent-ils, ces gens, quand ils voient Trump jouer les équilibristes entre la guerre et la paix ? Ils rient, probablement. Ils rient jaune, d’un rire amer, d’un rire de désespoir. Car ils savent, eux, ce que nous refusons souvent de voir : que la paix ne se décrète pas, qu’elle ne s’achète pas, qu’elle ne se négocie pas comme un contrat immobilier. La paix, c’est la justice. Et la justice, pour les peuples opprimés, passe par la fin de l’impérialisme, par la fin du capitalisme prédateur, par la fin de cette logique mortifère qui veut que les uns doivent dominer pour que les autres puissent exister. Trump, avec ses grands écarts, nous rappelle une vérité cruelle : l’Empire ne veut pas la paix. Il veut la soumission. Et tant que les peuples ne se soulèveront pas, tant qu’ils ne briseront pas les chaînes de la peur et de l’ignorance, l’Empire continuera à danser sur leurs cadavres, à frapper et à promettre, à tuer et à sourire, comme un boucher qui tendrait une fleur à sa victime avant de lui trancher la gorge.

Mais il y a une lueur d’espoir, une résistance qui gronde, qui monte, qui refuse de se laisser abattre. Partout dans le monde, des hommes et des femmes se lèvent contre cette logique de mort. En Irak, des manifestants ont brûlé des drapeaux américains après l’assassinat de Soleimani. Au Liban, en Algérie, au Chili, des peuples se soulèvent contre leurs dirigeants corrompus, contre les marionnettes de l’Empire. Et même aux États-Unis, malgré le lavage de cerveau médiatique, malgré la peur, malgré la propagande, des voix s’élèvent pour dire « non » à la guerre, « non » à l’impérialisme, « non » à cette folie qui menace de nous emporter tous. Ces voix sont encore trop faibles, trop isolées, trop facilement étouffées. Mais elles existent. Et c’est là, dans cette résistance, que se joue l’avenir de l’humanité.

Car au fond, le grand écart de Trump n’est qu’un symptôme, une manifestation grotesque d’un système à l’agonie. Un système qui sent la fin venir, qui se débat comme un animal blessé, qui frappe au hasard, qui ment, qui triche, qui tente désespérément de survivre. Mais un système à l’agonie est aussi un système dangereux. Plus il sent sa fin approcher, plus il devient violent, imprévisible, destructeur. Trump en est l’incarnation parfaite : un homme sans idéologie, sans principes, sans autre boussole que son ego démesuré, prêt à tout pour rester au pouvoir, prêt à sacrifier des millions de vies sur l’autel de sa vanité. Mais attention : cette agonie peut durer. Elle peut emporter des générations entières dans son sillage. Et c’est là que réside le vrai danger. Car l’Empire, même mourant, a encore les moyens de nous entraîner tous dans sa chute.

Alors que faire ? Comment résister à cette folie ? D’abord, en refusant de se laisser berner par les grands écarts de Trump et de ses semblables. En comprenant que la paix ne viendra pas des bombes, ni des promesses creuses, ni des mains tendues par ceux qui ont frappé. La paix viendra de la justice, et la justice viendra des peuples. Ensuite, en luttant, partout où nous le pouvons, contre cette logique de domination. En soutenant les résistances, en dénonçant les mensonges, en refusant de nous soumettre. Enfin, en gardant espoir. Car l’Histoire, cette grande putain, a aussi ses moments de grâce. Elle a vu tomber des empires bien plus puissants que celui des États-Unis. Elle a vu des peuples se libérer, des chaînes se briser, des murs s’effondrer. Et elle verra, un jour, la fin de cette folie. Mais pour cela, il faut se battre. Il faut refuser le grand écart, refuser la schizophrénie du pouvoir, refuser de croire que la paix peut naître de la guerre. Il faut choisir son camp : celui des dominants, ou celui des dominés. Celui de la mort, ou celui de la vie.

Comme l’écrivait Bertolt Brecht : « Celui qui lutte peut perdre. Celui qui ne lutte pas a déjà perdu. » Trump et ses semblables luttent, eux, avec leurs bombes, leurs mensonges, leurs grands écarts. À nous de lutter avec nos mots, nos idées, notre solidarité. À nous de refuser leur monde. À nous de construire le nôtre.

Analogie finale : Imaginez un homme debout sur un fil tendu au-dessus d’un précipice. D’un côté, la guerre, les bombes, la mort. De l’autre, la paix, la justice, la vie. Mais le fil est mince, et l’homme qui danse dessus n’est pas un funambule : c’est un clown, un bouffon ivre de pouvoir, qui saute d’un pied sur l’autre en riant, en criant, en menaçant de faire tomber tout le monde avec lui. Nous sommes les spectateurs de ce numéro macabre. Certains applaudissent, d’autres hurlent, d’autres encore ferment les yeux, espérant que le cauchemar finira par s’arrêter. Mais le clown continue de danser. Et le précipice, lui, ne bouge pas. Alors la question se pose : allons-nous rester spectateurs, ou allons-nous monter sur la corde, prendre le clown par le col, et lui dire, une fois pour toutes, que son numéro est terminé ? La réponse, mes amis, déterminera si nous tomberons dans l’abîme, ou si nous marcherons enfin vers la lumière.



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