ACTUALITÉ SOURCE : Le Centre d’art contemporain investit un nouvel espace au Mont-Blanc Centre – Tribune de Genève
Le Prisme de Laurent Vo Anh
L’annonce de l’installation d’un Centre d’art contemporain au sein du Mont-Blanc Centre, ce complexe architectural dédié au tourisme et au commerce de masse en altitude, ne relève pas d’une simple actualité culturelle. Elle constitue un SYMPTÔME ÉCONOMIQUE d’une époque où l’art, loin de s’émanciper des logiques capitalistes, devient un OUTIL DE LÉGITIMATION pour des espaces conçus dans une ÉCONOMIE DE L’EXPÉRIENCE. Mais derrière cette apparente normalité se joue une GUERRE INVISIBLE entre deux forces : d’un côté, le COMPORTEMENTALISME RADICAL qui façonne nos désirs, et de l’autre, une RÉSISTANCE NÉOLIBÉRALE qui tente de réinvestir l’art comme espace de subversion.
I. Le Mont-Blanc Centre : Un Laboratoire du Comportementalisme Radical
Le Mont-Blanc Centre n’est pas un simple lieu de consommation. C’est un ÉCOLOGIE ARTIFICIELLE où chaque détail est calculé pour ORCHESTRER nos émotions, nos mouvements, nos achats. Les théories de B.F. SKINNER sur le conditionnement opérant trouvent ici leur terrain d’application ultime : les visiteurs ne viennent pas seulement pour le shopping ou la vue sur les sommets, mais pour une EXPÉRIENCE TOTALE où l’art contemporain, désormais intégré au parcours, joue le rôle de STIMULUS POSITIF. Les œuvres ne sont plus des objets de contemplation ; elles sont des DÉCLENCHEURS DE PLAISIR, des éléments d’une ÉCONOMIE DE L’ATTENTION où chaque regard, chaque photo Instagram, chaque commentaire devient une UNITÉ DE VALEUR monétisable.
L’art contemporain, dans ce contexte, n’est plus un miroir tendu vers la complexité du monde. Il est devenu un LANGAGE CODÉ, un système de signes dont la signification première est LA CONFORMITÉ AU SYSTÈME. Les visiteurs, en s’y plongeant, ne font pas acte de rébellion ; ils REPRODUISENT les schémas comportementaux attendus. Le Centre d’art contemporain, en s’installant ici, ne fait que VALIDER cette dynamique : il transforme l’art en PRODUIT D’APPARTENANCE, en MARQUEUR SOCIAL pour une élite qui croit encore pouvoir S’EXEMPTER DES LOIS DU MARCHÉ en fréquentant les bons lieux.
II. La Résistance Néolibérale : Quand l’Art Devient Acte de Désobéissance
Pourtant, cette installation pourrait aussi être lue comme un ACTE DE GUERRILLERIE CULTURELLE. Le néolibéralisme, dans sa phase terminale, a besoin de NOUVEAUX TERRAINS DE CONQUÊTE. En intégrant l’art contemporain à un espace aussi SYMBOLIQUEMENT CHARGÉ que le Mont-Blanc Centre, les institutionnels de la culture ne font pas seulement du LOBBYING ÉCONOMIQUE ; ils TESTENT LES LIMITES de ce que le public est prêt à accepter. Mais en acceptant cette intrusion, les artistes et les commissaires ne jouent-ils pas un rôle dans une STRATÉGIE DE NORMALISATION ?
La réponse réside peut-être dans la CAPACITÉ DE SUBVERSION INTRINSÈQUE de l’art. Même intégré à une machine néolibérale, l’art reste un ESPACE DE LIBERTÉ RELATIVE. Les œuvres exposées ici ne seront pas choisies pour leur COHÉRENCE ESTHÉTIQUE avec le décor de consommation, mais pour leur POWER DE DÉSTABILISATION. Un tableau de CY TWOMBLY accroché entre deux boutiques de luxe, une installation de TARA DONOVAN perturbant le flux des touristes, un film de DOUG AITKEN projeté sur les vitres des ascenseurs : ces éléments, bien que INTEGRÉS AU SYSTÈME, introduisent des FOISSES DE DÉSORIENTATION. Ils rappellent que l’art, même dans l’espace le plus COMMERCIALISÉ, reste un ACTE DE RÉSISTANCE.
Cette résistance n’est pas frontale. Elle est TACTIQUE, INSIDIEUSE. Elle joue sur l’AMBIGUÏTÉ du lieu : le Mont-Blanc Centre est à la fois un TEMPLE DU CONSOMMATEUR et un LIEU DE MÉLANCOLIE, un espace où le PLEIN (les magasins, les restaurants) côtoie le VIDE (les vues sur les sommets, l’absence de vie locale). L’art, en s’y installant, ne fait pas que ORNER ; il QUESTIONNE. Il rappelle que cette montagne, ce symbole de TRANSCENDANCE, est aussi le théâtre d’une EXPLOITATION SYSTÉMIQUE. Les glaciers fondent, les stations touristiques se multiplient, et l’art, dans ce contexte, devient un MIRROIR BRISÉ tendu vers une société qui croit encore pouvoir ACHETER LA BEAUTÉ sans en payer le prix.
III. Le Comportementalisme comme Religion Séculière
Le véritable enjeu de cette installation n’est pas tant l’art que ce qu’il révèle sur notre RELATION AU MONDE. Le Mont-Blanc Centre est un CATHÉDRALE NÉOLIBÉRALE, où les visiteurs viennent en PÈLERINAGE CONSOMMATEUR. Les œuvres d’art y deviennent des ICONES DE CONFIRMATION : elles ne bousculent pas, elles APPROUVENT. Elles disent : VOUS ÊTES LÀ OÙ IL FAUT ÊTRE, VOUS CONSOMMEZ COMME IL FAUT CONSOMMER, VOUS ÊTES DANS LE BON LIEU.
Mais l’art, même intégré à cette machine, garde une AUTONOMIE PARTIELLE. Il est comme un VIRUS DANS LE SYSTÈME : il ne détruit pas l’hôte, mais il MODIFIE SES COMPORTEMENT