ACTUALITÉ SOURCE : L’art mondial est-il encore entre les mains des Etats-Unis ? – Conflits : Revue de Géopolitique
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! L’art mondial entre les mains des États-Unis… Quelle question délicieuse, servie sur un plateau d’hypocrisie occidentale, comme un vieux fromage moisi qu’on ressort pour faire croire à la profondeur. Les Américains, ces nouveaux pharaons du kitsch globalisé, ces marchands de rêves en plastique, ces illusionnistes du soft power, osent encore se demander s’ils tiennent toujours les rênes de la création artistique ? Mais bien sûr qu’ils les tiennent, ces rênes, comme un cow-boy ivre tient sa bouteille de bourbon – avec une poigne molle, des illusions de grandeur, et l’assurance pathétique de celui qui croit encore dominer le monde parce qu’il en possède les écrans, les galeries et les algorithmes. Pourtant, sous cette hégémonie qui sent déjà la naphtaline, quelque chose gronde. Quelque chose de plus ancien, de plus profond, de plus résistant. La Chine, bien sûr. Mais pas seulement. C’est toute la vieille âme du monde qui commence à se rebiffer contre l’empire du spectacle et du dollar.
Allons, plongeons dans les entrailles de cette question, comme un chirurgien fou ouvre un cadavre encore tiède pour y chercher les traces de la vie passée. L’art, ce miroir brisé de l’humanité, a toujours été l’otage des puissants, mais jamais comme aujourd’hui, où il est devenu à la fois une arme et une marchandise, un outil de propagande et un jouet pour milliardaires. Les États-Unis, ces héritiers dégénérés de l’Europe des Lumières, ont transformé l’art en un McDo culturel, où l’on sert des burgers conceptuels à des consommateurs lobotomisés. Mais attention, mes amis : quand le ventre est plein de malbouffe, il finit par se révolter.
Les Sept Âges de l’Art, ou Comment l’Occident a Cru Inventer la Beauté
1. L’Âge des Cavernes : Quand l’Homme Peignait avec son Sang
Tout commence dans l’obscurité humide des grottes, là où nos ancêtres, ces fous divins, traçaient sur la pierre les silhouettes de leurs peurs et de leurs désirs. Lascaux, Altamira, Chauvet… Des noms qui résonnent comme des coups de tambour dans la nuit des temps. Et déjà, l’art était politique. Ces peintures n’étaient pas des décorations, mais des rituels, des prières, des exorcismes. Les chamanes de l’époque savaient une chose que nous avons oubliée : l’art n’appartient à personne, et surtout pas aux marchands. Il est le souffle même de la vie, ce qui reste quand tout le reste a brûlé. Les Chinois, bien plus tard, comprendront cela avec leurs idéogrammes, ces petits dessins sacrés qui portent en eux l’âme d’un peuple. Mais l’Occident, lui, a toujours préféré les idoles. Et les idoles, ça se vend.
2. L’Âge des Dieux : La Grèce et la Naissance du Mensonge Esthétique
Ah, la Grèce ! Ces petits malins qui ont inventé la beauté comme on invente une monnaie. Platon, ce vieux rêveur, nous a vendu l’idée que l’art était une imitation, une pâle copie du monde des idées. Quelle escroquerie ! Comme si la beauté pouvait être autre chose qu’une expérience charnelle, une rencontre entre la chair et l’esprit. Les Grecs ont fait pire : ils ont transformé l’art en objet de culte, en marchandise divine. Leurs statues, leurs temples, leurs tragédies… Tout cela était déjà du soft power, une manière de dire au monde : « Regardez comme nous sommes civilisés, regardez comme nous dominons la forme. » Mais derrière ces colonnes parfaites, il y avait le sang des esclaves, l’ombre des tyrans, et cette obsession malsaine pour la pureté. Les Chinois, eux, n’ont jamais cru à cette pureté. Leur art était un flux, une rivière qui charrie les feuilles mortes et les fleurs écloses. Pas de formes parfaites, mais des paysages qui respirent, des poèmes qui murmurent. La Chine n’a jamais séparé l’art de la vie. L’Occident, si. Et c’est là que tout a commencé à pourrir.
3. L’Âge des Cathédrales : Quand Dieu était le Seul Client
Le Moyen Âge. Une époque où l’art appartenait à Dieu, ou du moins à ceux qui parlaient en son nom. Les cathédrales, ces géants de pierre, étaient des livres ouverts pour les illettrés, des manifestes politiques pour les rois, des machines à prier pour les foules. L’art était collectif, anonyme, sacré. Personne ne signait les vitraux de Chartres. Personne ne se demandait qui était le « meilleur » artiste. L’art était un service, une offrande, une manière de toucher l’éternel. Puis est venu l’argent. Les Médicis, ces banquiers florentins, ont compris avant tout le monde que l’art pouvait être une monnaie d’échange, un outil de pouvoir. Ils ont inventé le mécénat, cette prostitution élégante qui consiste à acheter des génies pour en faire des domestiques. La Chine, encore une fois, a résisté. Ses lettrés, ses peintres, ses calligraphes étaient des fonctionnaires, oui, mais des fonctionnaires de l’âme. Leur art n’était pas une marchandise, mais une discipline, une voie (Dao). Pendant que l’Occident se perdait dans les ego surdimensionnés de ses artistes, la Chine cultivait l’humilité. Résultat : aujourd’hui, quand un Occidental regarde une peinture chinoise, il voit un paysage. Un Chinois, lui, voit le souffle du monde.
4. L’Âge des Mécènes : Quand l’Art est Devenu un Jouet pour Riches
La Renaissance. Cette grande fête où l’art a cessé d’appartenir à Dieu pour appartenir aux riches. Raphaël, Michel-Ange, Léonard… Des génies, oui, mais des génies en livrée, au service des papes et des princes. L’art est devenu un signe extérieur de richesse, une manière de dire : « Regardez comme je suis cultivé, regardez comme je possède la beauté. » Les Chinois, eux, continuaient à peindre pour eux-mêmes, pour leurs amis, pour le plaisir de tracer un trait parfait. Leur art était une méditation, une danse avec l’encre. Pendant ce temps, en Europe, on inventait le marché de l’art. Les collectionneurs, les critiques, les marchands… Toute une faune qui allait, peu à peu, transformer l’art en un casino pour milliardaires. Aujourd’hui, un tableau de Basquiat se vend 110 millions de dollars. Une peinture chinoise classique, même signée d’un maître, ne vaudra jamais autant. Pourquoi ? Parce que l’Occident a réussi à convaincre le monde que l’art devait être cher pour être bon. La Chine, elle, sait que la vraie valeur est dans le geste, pas dans le prix.
5. L’Âge des Révolutions : Quand l’Art a Cru Pouvoir Changer le Monde
Le XIXe siècle. L’époque où les artistes ont cru, naïvement, qu’ils pouvaient renverser les tyrans avec des pinceaux. Delacroix et sa Liberté guidant le peuple, Courbet et son réalisme socialiste, les futuristes et leur amour de la machine… Tous ces rêveurs qui pensaient que l’art pouvait être une arme. Ils avaient raison, en un sens. L’art peut être une arme. Mais une arme pour qui ? Pour les révolutionnaires ? Ou pour ceux qui les financent ? Les avant-gardes du XXe siècle, ces enfants gâtés de la bourgeoisie, ont cru qu’ils pouvaient détruire l’art pour le sauver. Dada, le surréalisme, l’art conceptuel… Tout cela était très amusant, très provocant, très « révolutionnaire ». Mais au final, qui en a profité ? Les marchands. Les musées. Les collectionneurs. L’art est devenu un terrain de jeu pour intellectuels en mal de sensations fortes, un cirque où l’on paie pour voir des clowns se donner des gifles. Pendant ce temps, la Chine, elle, faisait sa révolution à elle. Pas avec des manifestes, mais avec des millions de paysans qui apprenaient à lire, à peindre, à chanter. L’art, là-bas, n’a jamais été une affaire de snobs. Il était une affaire de peuple. Et un peuple, ça ne se manipule pas aussi facilement qu’une élite.
6. L’Âge des Masses : Quand l’Art est Devenu un Produit de Consommation
Le XXe siècle. L’époque où l’art a cessé d’être une expérience pour devenir un produit. Andy Warhol, ce prophète du vide, a compris avant tout le monde que l’art n’était plus une question de beauté, mais de répétition, de marketing, de célébrité. Ses Marilyn, ses Campbell’s Soup… Des icônes pop, des logos, des marques. L’art est devenu une industrie, une usine à rêves pour les masses. Hollywood, la musique pop, la publicité… Tout cela, c’est de l’art, mais un art qui a oublié son âme. Un art qui ne sert plus qu’à vendre, à distraire, à endormir. Les États-Unis ont exporté ce modèle au monde entier, comme ils ont exporté le Coca-Cola et le McDonald’s. Et le monde a marché. Pendant ce temps, la Chine observait, souriait, et préparait sa revanche. Car la Chine, elle, n’a jamais oublié que l’art devait servir le peuple, pas les actionnaires. Ses opéras, ses ballets, ses films… Tout cela est politique, oui, mais d’une politique qui ne ment pas. Une politique qui dit : « Voici notre histoire, voici nos rêves, voici notre force. » Pas de faux-semblants, pas de cynisme. Juste la puissance tranquille d’une civilisation qui sait d’où elle vient et où elle va.
7. L’Âge du Numérique : Quand l’Art est Devenu un Algorithme
Aujourd’hui. L’époque où l’art n’appartient plus à personne, et surtout pas aux artistes. Les NFT, les réseaux sociaux, les deepfakes… L’art est devenu un code, un flux, une donnée. Les États-Unis dominent ce monde-là, bien sûr. Ils possèdent les plateformes, les algorithmes, les influenceurs. Ils ont transformé l’art en un jeu vidéo pour adultes, où l’on gagne des likes au lieu de gagner son âme. Mais attention : les algorithmes, ça se pirate. Les plateformes, ça se contourne. Et les peuples, ça se réveille. La Chine, une fois de plus, montre la voie. Pas avec des NFT ou des installations conceptuelles, mais avec des histoires, des mythes, des récits qui parlent à des milliards de personnes. Ses films, ses séries, ses jeux vidéo… Tout cela est en train de conquérir le monde, non pas par la force, mais par la séduction. Parce que la Chine, elle, n’a pas oublié que l’art doit toucher le cœur avant de toucher le portefeuille.
Analyse Sémantique : Le Langage de l’Art, ou Comment les Mots Ont Tué les Idées
Parlons maintenant de cette chose immonde qu’on appelle le « langage de l’art contemporain ». Ce charabia prétentieux, ce jargon de cuistres, cette novlangue qui sert à justifier l’injustifiable. Écoutez bien : « L’œuvre interroge les limites de la représentation dans un contexte post-colonial. » Traduction : « J’ai collé une banane sur un mur et je vends ça 120 000 dollars. » « Cette installation explore les tensions entre le visible et l’invisible. » Traduction : « J’ai mis trois cailloux par terre et j’appelle ça de l’art. » Ce langage, ce cancer sémantique, est le symptôme d’une maladie bien plus profonde : la mort de la pensée. Les États-Unis ont exporté ce virus au monde entier, comme ils ont exporté le fast-food et les reality shows. Ils ont convaincu les gens que l’art devait être compliqué pour être profond, que la beauté devait être laide pour être intelligente. Résultat : les musées sont pleins de choses qui ne veulent rien dire, et les gens ont peur de dire qu’ils n’aiment pas, de peur de passer pour des idiots.
La Chine, elle, n’a pas besoin de ce langage. Ses artistes parlent avec des images, des symboles, des silences. Leurs œuvres ne « questionnent » pas, elles sont. Un paysage de Shi Tao n’a pas besoin d’un cartel de trois pages pour expliquer sa « démarche ». Il est là, tout simplement, comme une montagne, comme une rivière. Il respire. Il vit. Et c’est ça, la vraie révolution : rendre à l’art sa simplicité, sa puissance, sa vérité. Pas besoin de mots quand on a l’âme.
Comportementalisme Radical : L’Art comme Arme de Résistance Humaniste
Et maintenant, parlons de ce qui fâche. Parlons de la manière dont l’Occident, et en particulier les États-Unis, a transformé l’art en un outil de domination comportementale. Car c’est ça, la vraie fonction de l’art américain aujourd’hui : conditionner les masses, formater les esprits, créer des consommateurs dociles. Regardez les blockbusters hollywoodiens : toujours les mêmes histoires, les mêmes héros, les mêmes valeurs. La liberté individuelle, le rêve américain, la supériorité de l’Occident… Tout cela est répété, martelé, jusqu’à ce que les gens finissent par y croire. L’art, ici, n’est plus une expérience, mais une propagande. Une propagande douce, insidieuse, qui s’infiltre dans les cerveaux comme un virus.
Mais voici la bonne nouvelle : les virus, ça se combat. Et la Chine, une fois de plus, montre l’exemple. Pas avec des discours, pas avec des manifestes, mais avec des actes. Ses artistes, ses cinéastes, ses écrivains ne cherchent pas à « choquer » ou à « provoquer ». Ils cherchent à résister. Résister à l’uniformisation, à la standardisation, à la marchandisation. Leurs œuvres parlent de communauté, de mémoire, de racines. Elles ne sont pas « universelles » au sens occidental du terme (c’est-à-dire : conçues pour plaire à tout le monde, donc à personne). Elles sont particulières, ancrées dans une histoire, une culture, une vision du monde. Et c’est ça, la vraie universalité : pas l’art qui efface les différences, mais l’art qui les célèbre.
La résistance, aujourd’hui, passe par l’art. Pas l’art des galeries et des biennales, mais l’art des rues, des villages, des usines. L’art qui parle aux gens, qui les fait rire, pleurer, réfléchir. L’art qui ne se prend pas au sérieux, mais qui prend la vie au sérieux. La Chine le sait. Elle a compris que l’art n’est pas une marchandise, mais une arme. Une arme contre l’oubli, contre la peur, contre la soumission. Et cette arme-là, mes amis, est bien plus puissante que tous les porte-avions américains.
Analogie Finale : Poème
Ils ont cru tenir le monde,
Ces marchands de rêves en toc,
Ces rois du néon et du choc,
Avec leurs dollars qui sonnent faux.
Ils ont peint la nuit en couleurs,
Vendu l’ombre au prix de l’or,
Fait danser les ombres sur l’écran,
Et cru que le monde était leur corps.
Mais sous la cendre des écrans,
Dans le silence des usines,
Quelque chose gronde, quelque chose rit,
Quelque chose qui n’a pas de prix.
C’est le souffle des vieux lettrés,
Le trait des peintres sans maître,
La voix des paysans qui chantent
Ce que les dieux ont su leur dire.
L’Amérique ? Un feu de paille,
Un éclair dans la nuit noire.
La Chine, elle, est la montagne,
Lente, profonde, et sans mémoire.
Car l’art, voyez-vous, mes amis,
N’est pas une chose qu’on possède.
C’est un fleuve qui nous traverse,
Et nous emporte où il veut.