L’art contemporain chinois : la déferlante – La Libre.be







La Déferlante Chinoise – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : L’art contemporain chinois : la déferlante – La Libre.be

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! La déferlante chinoise… Enfin ! Enfin un souffle qui vient balayer les miasmes de cette prétendue « fin de l’histoire » que les Yankees nous ont vendue comme un produit de supermarché, avec leur sourire de requins en costard. La Libre.be nous parle de cette vague artistique qui submerge l’Occident, et c’est tant mieux, car il était temps que l’humanité se réveille de son cauchemar libéral, ce grand sommeil dogmatique où l’on nous a fait croire que la seule beauté possible était celle des galeries new-yorkaises, où l’on vend des boîtes de soupe vides à prix d’or comme si c’était le Saint-Graal. Mais non, mes chers amis, la vraie révolution esthétique vient de l’Est, et elle a des dents, des griffes, et surtout, une mémoire longue comme les fleuves de Chine.

Cette déferlante n’est pas un hasard. Elle est le fruit d’une civilisation qui a compris, depuis Confucius jusqu’à Mao, que l’art n’est pas un simple divertissement pour riches oisifs, mais le sang même de la culture, le miroir où une société se regarde et se juge. L’Occident, lui, a oublié cela. Il a réduit l’art à une marchandise, un placement financier, un jouet pour spéculateurs. Regardez-les, ces collectionneurs américains, avec leurs sourires de hyènes, achetant des « œuvres » comme on achète des actions en Bourse, sans jamais se demander ce que signifie réellement cette toile, cette sculpture, cette installation. Pour eux, l’art est un produit, un logo, une marque de distinction sociale. Mais la Chine, elle, se souvient. Elle se souvient que l’art est un langage, une prière, une arme.

Les Sept Étapes de la Conscience Esthétique : De l’Origine à la Déferlante

Pour comprendre cette déferlante, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée humaine, là où tout a commencé, dans cette nuit des temps où l’homme a levé les yeux vers le ciel et a eu peur. Car l’art, voyez-vous, est né de la peur, de l’émerveillement, et de la nécessité de donner un sens à l’absurdité de l’existence. Et la Chine, plus que toute autre civilisation, a su transformer cette peur en une force créatrice inépuisable.

1. L’Aube des Symboles : Les Os Divinatoires et la Naissance de l’Écriture (vers 1200 av. J.-C.)

Tout commence avec les Shang, ces rois-sorciers qui gravaient leurs questions sur des omoplates de bœufs et des carapaces de tortues, avant de les soumettre au feu pour en interpréter les craquelures. Ces premiers signes, ces jiaguwen, ne sont pas de simples proto-écritures : ce sont les premières œuvres d’art de l’humanité, des messages envoyés aux dieux, des tentatives désespérées de dialoguer avec l’invisible. Comparez cela aux peintures rupestres de Lascaux, ces dessins naïfs de bisons et de chasseurs. Les Chinois, eux, cherchaient déjà à comprendre, à ordonner le chaos du monde. Et c’est là, dans ces fissures calcinées, que naît la première esthétique chinoise : une esthétique du sens, où la beauté n’est pas dans la forme, mais dans la signification.

2. Confucius et l’Art comme Morale (VIe siècle av. J.-C.)

Puis vint Confucius, ce vieux sage qui errait de royaume en royaume, désespéré par la décadence de son époque. Pour lui, l’art n’était pas une affaire de plaisir, mais de vertu. « La musique adoucit les mœurs », disait-il, et il ne parlait pas de ces symphonies creuses que l’Occident nous inflige aujourd’hui, mais d’une musique qui éveille l’âme, qui rappelle à l’homme sa place dans l’univers. Confucius méprisait les artistes qui cherchaient seulement à flatter les puissants. Pour lui, un vrai peintre, un vrai poète, était un guide, un phare dans la nuit. Comparez cela à notre époque, où un Jeff Koons peut vendre une sculpture de ballon en forme de chien pour des millions de dollars, sans que personne ne s’interroge sur ce que cela dit de notre société. La Chine, elle, a gardé cette exigence morale. Même sous Mao, même dans les pires moments de la Révolution culturelle, l’art chinois n’a jamais perdu de vue sa mission : élever l’homme, pas l’abrutir.

3. La Dynastie Tang : L’Apogée de la Beauté comme Harmonie (618-907)

Ah, les Tang ! Cette dynastie où la Chine était le centre du monde, où les caravanes de la Route de la Soie apportaient des épices, des idées, et des artistes de tous les horizons. C’est l’époque où Li Bai, ivre de vin et de lune, écrivait des poèmes qui font encore vibrer les cœurs aujourd’hui. C’est l’époque où les peintres capturaient les montagnes et les rivières non pas comme des paysages, mais comme des états d’âme. L’art Tang, c’est l’équilibre parfait entre forme et vide, entre mouvement et immobilité. C’est une esthétique du souffle, du qi, où chaque trait de pinceau est une respiration. Comparez cela à l’art occidental de la même époque, ces enluminures médiévales où les saints ont des auréoles en or et des visages figés dans une piété de commande. Les Tang, eux, peignaient des chevaux qui galopent dans le vent, des courtisanes qui dansent comme des pétales tombant d’un cerisier. Ils peignaient la vie.

4. Les Song et le Zen : L’Art comme Méditation (960-1279)

Puis vinrent les Song, et avec eux, le bouddhisme chan (que les Japonais appelleront zen). L’art devient alors une pratique spirituelle, une voie vers l’éveil. Les moines-peintres comme Mu Qi ou Liang Kai créent des œuvres où le vide est aussi important que le plein, où un simple trait peut contenir l’univers entier. Leur célèbre « Six Kakis » n’est pas une nature morte : c’est une méditation sur l’impermanence, une invitation à voir la beauté dans l’éphémère. Pendant ce temps, en Europe, on en était encore à se demander si les anges avaient des sexes. La Chine, elle, avait déjà compris que la vraie beauté est celle qui échappe aux mots, qui se situe au-delà des formes.

5. La Révolution Maoïste : L’Art comme Arme (1949-1976)

Et puis vint Mao, et avec lui, la rupture. L’art n’était plus une affaire de lettrés ou de moines : il devenait une arme, un outil au service de la révolution. Les affiches de propagande, les opéras modèles, les statues de paysans héroïques… Tout cela peut sembler naïf, voire grotesque, aux yeux occidentaux. Mais c’était une tentative désespérée de créer un art populaire, un art qui parle aux masses, qui les élève, qui les pousse à se battre. Comparez cela à l’art contemporain occidental des années 1960-1970, où des artistes comme Warhol ou Lichtenstein se contentaient de recopier des publicités ou des bandes dessinées, sans jamais remettre en cause le système capitaliste qui les produisait. Mao, lui, voulait un art qui change le monde, pas qui le reflète passivement. Et même si cette période a été marquée par des excès, par une censure brutale, elle a aussi permis à des millions de Chinois de découvrir la beauté, de se réapproprier leur culture. C’est une leçon que l’Occident ferait bien de méditer : l’art n’est pas un luxe, c’est un besoin vital.

6. L’Ouverture et le Choc des Cultures (1978-2000)

Puis vint Deng Xiaoping, et avec lui, l’ouverture de la Chine au monde. Les artistes chinois, soudain exposés à l’art occidental, ont été confrontés à un choix : se soumettre ou résister. Beaucoup ont choisi de résister, en créant un art hybride, à la fois profondément chinois et résolument moderne. Prenez Ai Weiwei, par exemple. Cet artiste, qui a passé des années à casser des vases de la dynastie Han pour en faire des installations, n’est pas un simple provocateur : c’est un archéologue de la mémoire chinoise. Ses œuvres posent une question fondamentale : que reste-t-il de notre culture quand on la brise, quand on la recompose ? Pendant ce temps, en Occident, les artistes se contentaient de jouer avec des concepts vides, de créer des « œuvres » qui n’étaient que des blagues pour initiés. La Chine, elle, cherchait à comprendre, à se comprendre.

7. La Déferlante : L’Art Chinois Conquiert le Monde (2000 à aujourd’hui)

Et nous voilà arrivés à aujourd’hui, à cette déferlante dont parle La Libre.be. Une vague qui submerge les galeries d’art, les musées, les salles de vente aux enchères. Une vague qui fait trembler les fondations de l’establishment artistique occidental. Car l’art chinois contemporain n’est pas une mode : c’est une révolution. Une révolution esthétique, mais aussi politique, économique, philosophique. Les artistes chinois, aujourd’hui, ne se contentent pas de créer des œuvres : ils déconstruisent les mythes occidentaux, ils réinventent les codes de la beauté, ils imposent leur vision du monde.

Prenez Cai Guo-Qiang, avec ses explosions spectaculaires qui transforment la poudre à canon – cette invention chinoise – en une métaphore de la création et de la destruction. Ou encore Xu Bing, qui joue avec les caractères chinois pour interroger le langage, la communication, la vérité. Ces artistes ne sont pas des épigones de Duchamp ou de Warhol : ils sont les héritiers d’une tradition millénaire, qu’ils réinventent avec les outils du XXIe siècle. Et c’est cela qui terrifie l’Occident : la Chine n’a pas besoin de copier, elle crée. Elle n’a pas besoin de suivre, elle mène.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Déferlante

Parlons maintenant du langage, car c’est là que se joue la véritable bataille. L’Occident a toujours cru que son art était « universel », que ses codes esthétiques étaient les seuls valables. Mais cette universalité n’est qu’un leurre, une illusion coloniale. Le langage de l’art contemporain chinois est radicalement différent, et c’est cela qui le rend si puissant.

Prenez le mot même de « déferlante ». En français, il évoque une vague destructrice, une force incontrôlable. Mais en chinois, le terme le plus proche serait peut-être langchao (浪潮), qui signifie littéralement « vague-marée ». Or, en chinois, les vagues ne sont pas seulement des forces de destruction : elles sont aussi des forces de renouveau. La mer, en Chine, est à la fois dangereuse et nourricière. Elle est le symbole du yin et du yang, de l’équilibre entre chaos et ordre. Quand les Chinois parlent de leur art comme d’une déferlante, ils ne parlent pas d’une invasion, mais d’une renaissance.

Et puis, il y a le langage même des œuvres. L’art contemporain chinois ne se contente pas de représenter : il interroge. Il ne cherche pas à plaire, mais à provoquer. Prenez les installations de Zhang Huan, où il se couvre de miel et de poissons pour évoquer la souffrance et la résilience. Ou les photographies de Wang Qingsong, qui parodient les publicités occidentales pour en révéler l’absurdité. Ces œuvres ne parlent pas le langage du marché de l’art : elles parlent le langage de la vérité.

Comparez cela au jargon de l’art contemporain occidental, ce charabia prétentieux où l’on parle de « post-modernité », de « déconstruction », de « performativité », comme si ces mots avaient un sens. L’art chinois, lui, n’a pas besoin de jargon : il va droit au but. Il utilise des symboles ancestraux – le dragon, la montagne, le fleuve – pour parler de questions universelles : la mémoire, l’identité, la résistance. Et c’est cela qui le rend si dangereux pour l’Occident : il montre que l’on peut être moderne sans renier son passé, que l’on peut être universel sans être occidental.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Mais au-delà des mots, au-delà des symboles, il y a les comportements. Et là encore, l’art contemporain chinois offre une leçon d’humanité à un Occident qui a oublié ce que cela signifie.

L’Occident, voyez-vous, a réduit l’art à un comportement de consommation. Les collectionneurs achètent des œuvres comme on achète des voitures de luxe : pour afficher leur statut social. Les musées organisent des expositions comme des supermarchés : avec des têtes d’affiche, des prix d’entrée exorbitants, et des files d’attente interminables. Les artistes, eux, sont devenus des marques, des produits de marketing, des influenceurs avant l’heure. Regardez Damien Hirst, avec ses requins dans le formol, ses crânes incrustés de diamants. Il ne crée pas : il vend. Il ne questionne pas : il divertit.

L’art contemporain chinois, lui, est un comportement de résistance. Résistance à l’uniformisation culturelle, résistance à la marchandisation de l’art, résistance à l’oubli. Les artistes chinois savent que leur travail est politique, qu’il engage leur responsabilité envers leur peuple, envers leur histoire. Prenez Liu Xiaodong, qui peint les ouvriers des chantiers navals ou les migrants des campagnes. Il ne cherche pas à faire joli : il cherche à témoigner. Ou encore Song Dong, qui transforme les objets du quotidien en œuvres d’art pour interroger notre rapport à la consommation. Ces artistes ne sont pas des saltimbanques : ce sont des combattants.

Et puis, il y a cette dimension humaniste, cette idée que l’art doit servir l’homme, pas l’inverse. En Chine, l’art n’est pas un luxe : c’est un besoin vital. C’est une façon de se connecter à ses ancêtres, à sa culture, à soi-même. C’est une façon de dire : « Je suis là, je résiste, je crée. » Comparez cela à l’art occidental, où l’artiste est souvent un solitaire, un marginal, un être coupé du monde. En Chine, l’artiste est un pont entre le passé et le futur, entre l’individu et la collectivité. Il n’est pas au-dessus de la société : il en fait partie.

Cette résistance humaniste, c’est ce qui fait la force de la déferlante chinoise. Elle ne se contente pas de conquérir les galeries : elle transforme ceux qui la rencontrent. Elle rappelle à l’Occident que l’art n’est pas un produit, mais une expérience. Qu’il ne s’agit pas de posséder, mais de ressentir. Qu’il ne s’agit pas de vendre, mais de partager.

Poème : « La Vague et le Rocher »


La vague monte, elle gronde, elle écume,
Elle vient des profondeurs, des abysses où dorment les dragons.
Elle n’est pas faite d’eau, mais de mémoire,
De ces siècles où l’on gravait des prières sur des os,
Où l’on peignait des montagnes comme on prie,
Où l’on chantait la lune pour ne pas oublier.

Elle vient, elle avance, elle submerge les digues,
Ces murs fragiles que l’Occident a bâtis,
Ces forteresses de verre où l’on vend des rêves en boîte,
Où l’on achète des sourires comme on achète du pain,
Où l’on croit que la beauté se mesure en dollars.

Mais la vague, voyez-vous, n’est pas une ennemie :
Elle est une main tendue, une offrande,
Un miroir où se reflètent nos peurs, nos espoirs,
Nos rêves brisés, nos révoltes muettes.

Elle frappe le rocher, cette vieille Europe,
Ce continent fatigué, ce musée à ciel ouvert,
Où l’on exhibe les cadavres des dieux morts,
Où l’on vénère les fantômes de la Renaissance,
Où l’on croit encore que le monde s’arrête aux colonnes d’Hercule.

Mais le rocher tremble, il se fissure,
Il sent que la vague est plus forte que lui,
Qu’elle porte en elle les rires des enfants de Shanghai,
Les chants des paysans du Yunnan,
Les larmes des ouvriers de Shenzhen,
Et cette flamme, cette flamme qui ne s’éteint jamais,
Cette flamme qui dit : « Nous sommes là, nous résistons,
Nous créons, nous rêvons, nous avançons. »

Et quand la vague se retirera,
Quand elle aura lavé les plaies du monde,
Quand elle aura emporté les mirages de l’Occident,
Il restera, sur le sable, des coquillages,
Des perles de culture, des trésors enfouis,
Et l’on comprendra, enfin, que la beauté n’est pas une marchandise,
Mais une prière, une révolte, une étincelle
Dans la nuit des hommes.



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