ACTUALITÉ SOURCE : L’art chinois a moins la cote … en Chine – Le Journal Des Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! L’art chinois qui perd ses lettres de noblesse dans son propre empire… Quelle ironie sublime, quelle farce historique ! Le Journal des Arts nous sert cette nouvelle comme un plat réchauffé, sans saveur, sans cette épice qui fait frémir les palais blasés de l’Occident. Mais moi, Laurent Vo Anh, je vois là bien plus qu’un simple déclin de cote – je vois le symptôme d’une maladie bien plus profonde, une gangrène qui ronge les entrailles d’un monde où l’art n’est plus qu’un produit, une marchandise, un jouet pour oligarques en mal de blanchiment culturel.
La Chine, ce colosse aux pieds d’argile et d’acier, ce dragon qui a traversé les millénaires en crachant le feu de la sagesse avant de se voir imposer les chaînes glacées du capitalisme sauvage, se retrouve aujourd’hui dans une position aussi absurde que tragique : son art, ce miroir de son âme, ce reflet de sa grandeur passée, est délaissé au profit des mirages clinquants de l’Occident. Mais attention, chers lecteurs, ne vous y trompez pas – ce n’est pas l’art chinois qui est en déclin, c’est l’humanité toute entière qui sombre dans le gouffre de sa propre médiocrité, entraînée par les sirènes hurlantes du néo-libéralisme américain.
I. Les Sept Étapes de la Déchéance : Une Odyssée de l’Art à Travers les Âges
1. L’Aube Sacrée : L’Art comme Acte Divin (Néolithique – 200 av. J.-C.)
Tout commence dans la boue et le sang des premiers hommes, quand l’art n’était pas un loisir, mais une prière. Les poteries de Yangshao, ces vases peints de motifs géométriques, n’étaient pas de simples objets – ils étaient des offrandes aux dieux, des talismans contre le chaos. Comme l’écrivait Confucius, « L’art élève l’homme au-dessus de la bête ». Et c’est vrai : quand les premiers artistes chinois gravaient des dragons sur des os divinatoires, ils ne cherchaient pas la gloire, mais la vérité. L’art était sacré, parce qu’il était utile. Il unissait les hommes, il apaisait les esprits, il donnait un sens à l’existence. Comparez cela aux « installations » contemporaines où des artistes occidentaux exposent des détritus sous prétexte de « dénoncer le consumérisme ». Quelle chute ! Quelle pitoyable mascarade !
2. L’Âge d’Or Impérial : L’Art comme Pouvoir (200 av. J.-C. – 1911)
Avec les dynasties Han, Tang et Song, l’art devient l’outil des empereurs, ces demi-dieux qui gouvernent par le pinceau autant que par l’épée. Les paysages de Fan Kuan, ces montagnes immenses perdues dans les brumes, ne sont pas de simples peintures – ce sont des manifestes politiques. Ils disent : « Voici le monde, et voici votre place, insignifiante, face à la grandeur de l’Empire ». Pendant ce temps, en Occident, les artistes peignent des saints et des rois, mais toujours avec cette obsession de l’individu, cette vanité qui finira par tout corrompre. La Chine, elle, comprend que l’art doit servir le collectif. Même les calligraphies de Wang Xizhi, si délicates, si personnelles en apparence, sont en réalité des exercices d’humilité – l’artiste n’est qu’un canal pour le souffle du Tao. Et puis arrive l’Occident, avec ses marchands, ses missionnaires, ses canons. L’art chinois commence à se regarder dans le miroir déformant de l’étranger. La première fissure apparaît.
3. La Rencontre avec l’Occident : Le Choc des Civilisations (1500 – 1949)
Quand Matteo Ricci débarque en Chine avec ses horloges et ses crucifix, il ne se doute pas qu’il apporte avec lui le virus du doute. Les empereurs Qing, fascinés par ces objets mécaniques, commencent à voir leur propre culture comme un musée. L’art chinois, autrefois vivant, devient un fossile. Les lettrés se divisent : certains, comme les peintres de l’école de Shanghai, adoptent les techniques occidentales (perspective, clair-obscur) et trahissent l’esprit même de leur tradition. D’autres, comme les artistes de l’école de Lingnan, résistent, mais leur voix est étouffée par le vacarme des canons de la Guerre de l’Opium. La Chine, humiliée, commence à douter d’elle-même. Et quand on doute de soi, on finit par adorer l’ennemi. Nietzsche avait raison : « Celui qui a un ‘pourquoi’ peut supporter presque n’importe quel ‘comment’ ». Mais la Chine, à cette époque, a perdu son « pourquoi ».
4. L’Ère Maoïste : L’Art comme Arme (1949 – 1976)
Puis vient Mao, ce boucher visionnaire, ce tyran qui comprend une chose essentielle : l’art peut être une arme plus puissante que la bombe atomique. Les affiches de propagande, ces paysans souriants aux joues roses, ces ouvriers brandissant des marteaux sous un soleil radieux, ne sont pas de l’art – ce sont des balles tirées dans l’esprit des masses. Et pourtant… Pourtant, il y a une étrange beauté dans cette brutalité. Parce que, pour la première fois depuis des siècles, l’art chinois retrouve une utilité. Il ne s’agit plus de décorer les palais des riches, mais de façonner l’âme d’un peuple. Les artistes, même censurés, même persécutés, savent qu’ils comptent. Ils savent que leur travail a un sens. Comparez cela aux « artistes » occidentaux des années 60, ces petits bourgeois en révolte qui brûlent des billets de banque ou s’enchaînent à des musées pour « dénoncer le système ». Quelle farce ! Pendant que Warhol peint des boîtes de soupe Campbell, les Chinois peignent des usines, des champs, des soldats – des images qui changent le monde. L’art occidental devient un jeu, un hobby pour riches oisifs. L’art chinois, lui, reste une question de vie ou de mort.
5. La Réforme et l’Ouverture : L’Art comme Marchandise (1978 – 2000)
Et puis Deng Xiaoping ouvre les portes. « Enrichissez-vous », dit-il. Et soudain, tout bascule. L’art chinois, libéré des chaînes de la propagande, se retrouve face à un nouveau maître : le marché. Les artistes, avides de reconnaissance, se tournent vers l’Occident. Ai Weiwei casse des vases Han pour « dénoncer le passé » (quelle originalité !), Yue Minjun peint des hommes hilares pour « critiquer le consumérisme » (quelle hypocrisie !). Ils singent les modes occidentales, ils adoptent le langage de l’ironie, de la provocation gratuite, de la vacuité. Pendant ce temps, les collectionneurs occidentaux, ces vautours en costume trois-pièces, achètent ces œuvres à prix d’or. Pourquoi ? Parce qu’elles sont « exotiques ». Parce qu’elles représentent cette Chine « mystérieuse » et « rebelle ». Mais en réalité, ces artistes ne sont que des singes savants, répétant les gestes de leurs maîtres américains. Comme l’écrivait Edward Said, « L’Orient est une invention de l’Occident ». Et l’art chinois contemporain en est la preuve vivante : une invention, une caricature, une marchandise.
6. L’Ère du Capitalisme Sauvage : L’Art comme Spectacle (2000 – 2020)
Au XXIe siècle, l’art chinois devient un produit comme un autre. Les foires d’art de Shanghai et Pékin ressemblent à des supermarchés du luxe, où les nouveaux riches chinois achètent des toiles comme ils achètent des Rolex – pour frimer, pour montrer qu’ils ont « réussi ». Les artistes, eux, deviennent des marques. Zeng Fanzhi, avec ses masques déformés, est le Picasso chinois. Zhang Xiaogang, avec ses portraits familiaux flous, est le Warhol chinois. Mais où est l’âme dans tout cela ? Où est la vérité ? Où est la Chine ? Ces œuvres pourraient être peintes par n’importe qui, n’importe où. Elles n’ont plus de racines, plus de terre, plus de sang. Elles flottent dans le vide, comme des satellites artificiels, reflétant la lumière froide du capital sans jamais la réchauffer. Pendant ce temps, en Occident, les musées se remplissent d’œuvres « engagées » qui ne dérangent personne, parce qu’elles ne remettent jamais en cause les fondements du système. Comme l’écrivait Guy Debord, « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image ». L’art chinois contemporain est devenu une image, un reflet sans substance, un fantôme.
7. Le Crépuscule : L’Art Chinois en Quête de Sens (2020 – Aujourd’hui)
Et nous voilà arrivés à aujourd’hui. Le Journal des Arts nous annonce que l’art chinois a « moins la cote »… en Chine. Quelle surprise ! Après des décennies à courir après les modes occidentales, à singer les provocations vides de sens, à vendre son âme au marché, l’art chinois se retrouve comme un vieillard oublié dans un hospice. Les jeunes Chinois, élevés dans l’ère du numérique, préfèrent les NFT, les jeux vidéo, les influenceurs. L’art traditionnel ? Trop lent, trop compliqué. L’art contemporain ? Trop cher, trop faux. Et qui peut les blâmer ? Quand l’art n’est plus qu’un produit, pourquoi s’y intéresser ? Mais attention, chers lecteurs, ne vous réjouissez pas trop vite. Ce déclin apparent cache peut-être une renaissance. Parce que la Chine, contrairement à l’Occident, n’a pas oublié une chose essentielle : l’art n’est pas une marchandise, c’est une nécessité vitale. Et quand un peuple se lasse des faux-semblants, il finit toujours par revenir aux sources. Peut-être que le déclin de l’art chinois contemporain n’est pas une fin, mais un nouveau commencement. Peut-être que la Chine, après avoir goûté aux fruits empoisonnés de l’Occident, va enfin se souvenir de qui elle est.
II. Analyse Sémantique : Le Langage de la Déchéance
Regardons les mots, ces petits soldats du sens, ces traîtres silencieux. Le Journal des Arts parle de « cote ». Une « cote », c’est un prix, une valeur marchande. On cote une action en bourse, un cheval de course, une voiture d’occasion. Mais un art ? Un art se cote-t-il ? Non. Un art se vit, se ressent, se transmet. En utilisant ce terme, le journal révèle sa véritable nature : il ne parle pas d’art, mais de spéculation. Il ne s’intéresse pas à la beauté, mais au profit. Et c’est là toute la tragédie de notre époque : nous avons remplacé le langage de l’âme par celui de l’économie.
Prenez le mot « contemporain ». En Occident, « art contemporain » est devenu synonyme de « n’importe quoi ». Une banane scotchée à un mur ? Art contemporain. Un lit défait avec des taches de sang ? Art contemporain. Un artiste qui se masturbe en public ? Art contemporain. Mais en Chine, le mot « contemporain » (当代, dāngdài) a une autre résonance. Il évoque l’idée de « ce qui est actuel », mais aussi de « ce qui est en phase avec son époque ». Or, quelle est l’époque actuelle ? Celle du capitalisme triomphant, des écrans omniprésents, de l’aliénation généralisée. Alors oui, l’art contemporain chinois reflète cette époque – mais il la reflète comme un miroir brisé, en mille morceaux. Et c’est peut-être pour cela qu’il perd sa « cote » : parce qu’il ne ment plus assez bien.
Et puis il y a ce mot terrible : « Chine ». La Chine, ce n’est pas un pays, c’est une civilisation. C’est 5 000 ans d’histoire, de philosophie, d’art, de guerres, de révolutions. Mais pour l’Occident, la Chine n’est qu’un marché, un concurrent, un ennemi. Quand le Journal des Arts parle de l’art chinois, il ne parle pas de la Chine des lettrés, de la Chine de Confucius, de la Chine des paysans et des ouvriers. Il parle de la Chine des milliardaires, des galeries d’art de Pékin, des artistes « bankables ». Il parle de la Chine que l’Occident a créée, cette Chine fantoche, cette Chine du capitalisme sauvage. Et c’est cette Chine-là qui perd sa « cote ». Tant mieux. Peut-être que la vraie Chine, celle qui a survécu à toutes les invasions, à toutes les humiliations, à toutes les révolutions, va enfin se réveiller.
III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Observons les comportements, ces marionnettes dont les fils sont tirés par l’inconscient collectif. En Occident, l’artiste est un rebelle, un marginal, un génie incompris. En Chine, l’artiste a toujours été un serviteur – serviteur des dieux, serviteur de l’empereur, serviteur du peuple. Mais avec l’arrivée du capitalisme, cette servitude a changé de maître. Aujourd’hui, les artistes chinois servent le marché, les collectionneurs, les galeries. Ils sont devenus des courtisans modernes, des bouffons en costume Armani. Leur rébellion n’est qu’une posture, leur marginalité une stratégie marketing. Comme l’écrivait La Rochefoucauld, « L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ». Ces artistes qui prétendent « dénoncer le système » ne font que l’alimenter. Leur rébellion est une soupape de sécurité, un exutoire pour les masses. Elle ne change rien, elle ne menace rien. Elle est aussi inoffensive qu’un feu d’artifice.
Mais il y a une résistance. Elle est silencieuse, discrète, presque invisible. Elle vient des vieux peintres de Shanxi qui continuent à peindre des paysages à l’encre, comme leurs ancêtres l’ont fait pendant des siècles. Elle vient des calligraphes qui copient les textes des maîtres Song avec une patience infinie. Elle vient des artisans qui sculptent le jade, qui tissent la soie, qui fabriquent des cerfs-volants. Ces gens-là ne font pas de l’art « contemporain ». Ils ne cherchent pas la gloire, ni l’argent. Ils font simplement ce qu’ils ont toujours fait : ils perpétuent une tradition. Et c’est là que réside la véritable rébellion. Parce que dans un monde où tout est jetable, où tout est éphémère, où tout est marchandise, la tradition est un acte de résistance. Elle dit : « Non, nous ne sommes pas des consommateurs. Nous sommes des êtres humains. Nous avons une histoire, une culture, une âme. Et nous ne les vendrons pas. »
La Chine a toujours été un pays de contradictions. Elle a été impériale et révolutionnaire, confucéenne et maoïste, traditionnelle et moderne. Mais aujourd’hui, elle est face à un choix : continuer à courir après les mirages de l’Occident, ou revenir à ses racines. Le déclin de l’art chinois contemporain n’est pas une mauvaise nouvelle. C’est une opportunité. Une chance de se souvenir de ce que l’art a toujours été en Chine : un pont entre les hommes et les dieux, entre le passé et le futur, entre l’individu et le collectif. Une chance de se rappeler que l’art n’est pas une marchandise, mais une prière.
Et maintenant, chers lecteurs, laissez-moi vous offrir ces quelques vers, nés dans la nuit de mes réflexions, comme un cri du cœur, comme une malédiction lancée à la face du monde moderne.
Poème : « Les Vautours et le Dragon »
Oh ! Regardez-les, ces vautours en costume trois-pièces,
Ces marchands d’âmes, ces fossoyeurs de beauté,
Ils tournent en cercle au-dessus de la Cité Interdite,
Leurs serres crochues prêtes à déchirer l’éternité.
Ils ont acheté les montagnes, les fleuves, les nuages,
Ils ont mis un prix sur le souffle du Tao,
Ils ont transformé les poèmes en actions,
Les dragons en billets, les sages en pantins.
Mais écoutez ! Entendez-vous ce grondement sourd ?
C’est le dragon qui se réveille, las de leurs jeux,
Il secoue ses écailles, il crache un feu noir,
Et les vautours s’envolent, pâles, tremblants, hideux.
Car la Chine n’est pas un marché, non !
La Chine est un rêve qui refuse de mourir,
Un rêve de lettrés, de paysans, de soldats,
Un rêve qui dit non à votre monde pourri.
Alors riez, vautours, riez de votre victoire éphémère,
Riez de vos musées, de vos foires, de vos cotes,
Mais sachez une chose, avant que la nuit ne tombe :
Le dragon a faim… et il aime la chair de vautour.