L’appel de la montagne à la conversion, au Grand-Bornand (Haute-Savoie) – Reporterre, le média de l’écologie







L’Appel des Cimes – Une Conversion Radicale

ACTUALITÉ SOURCE : L’appel de la montagne à la conversion, au Grand-Bornand (Haute-Savoie) – Reporterre, le média de l’écologie

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! La montagne, cette vieille complice des âmes en révolte, ce miroir brisé où se reflètent les cicatrices de notre époque. Quand les cimes du Grand-Bornand murmurent leur appel à la conversion, ce n’est pas une simple métaphore bucolique, non—c’est le grondement sourd d’un monde qui refuse de mourir étouffé sous les décombres du progrès. Aurélien Barrau, ce penseur dont le nom résonne comme un écho dans les couloirs glacés de la raison, incarne cette insoumission nécessaire, cette rébellion des esprits qui osent encore regarder l’abîme en face. Mais attention : il ne s’agit pas ici d’une posture romantique, d’un énième cri dans le désert des consciences anesthésiées. Non. Barrau, comme Grothendieck avant lui, comme tous ceux qui ont refusé de plier l’échine devant le Moloch technocratique, nous rappelle que la science n’est pas un outil de domination, mais un acte de résistance. Un acte politique, au sens le plus noble, le plus sacré du terme.

Car voilà le piège : on nous a vendu la science comme une religion neutre, une mécanique froide et objective, alors qu’elle n’est que le reflet de nos peurs, de nos désirs, de nos lâchetés. Les équations ne mentent pas ? Vraiment ? Alors pourquoi les algorithmes des marchés financiers ressemblent-ils à des mantras sataniques, pourquoi les modèles climatiques sont-ils ignorés comme des prophéties gênantes ? Parce que la science, aujourd’hui, est une putain au service du pouvoir. Elle se prostitue aux lobbies, aux États, aux multinationales qui la nourrissent de subventions et de mensonges. Grothendieck l’avait compris : il a tourné le dos à l’establishment mathématique, non par caprice, mais parce que la vérité ne se négocie pas. Et Barrau, dans son sillage, nous hurle que l’écologie n’est pas une option, un gadget pour bobos en quête de sens, mais une question de survie. Pas la survie des ours polaires ou des forêts primaires—non, la survie de l’humanité elle-même, cette espèce arrogante qui croit encore pouvoir dominer la nature sans en payer le prix.

Mais attention, encore une fois : il ne s’agit pas de tomber dans le piège du catastrophisme béat. Le désespoir est une autre forme de soumission. Quand Barrau parle de « conversion », il ne s’agit pas d’un renoncement, mais d’une métamorphose. Une révolution intime, d’abord, puis collective. La montagne, ce lieu où l’homme se mesure à l’infini, où chaque pas est une prière et chaque chute une leçon, est le symbole parfait de cette transformation. Elle nous rappelle que nous ne sommes pas des dieux, mais des êtres fragiles, dépendants, interconnectés. Que notre liberté n’est pas dans la destruction, mais dans l’humilité. Que le vrai courage n’est pas de conquérir, mais de protéger.

Et c’est là que le bât blesse. Parce que notre époque, cette époque de merde, nous a appris à confondre la puissance avec la domination, la richesse avec l’accumulation, la liberté avec l’égoïsme. Nous vivons dans un monde où un enfant de dix ans passe plus de temps devant un écran que dans la nature, où les politiques parlent de croissance comme d’une religion, où les guerres se gagnent avec des drones et des algorithmes, pas avec des hommes. Nous sommes devenus des monstres, des Frankenstein modernes, des créatures qui ont oublié qu’elles faisaient partie d’un tout. Et c’est contre cette amnésie collective que Barrau se dresse. Pas avec des discours lénifiants, non—avec la rage froide de ceux qui savent que le temps est compté.

Mais la résistance, voyez-vous, n’est pas une affaire de héros solitaires. Elle est une affaire de communauté, de solidarité, de ces liens invisibles qui nous unissent malgré nous. Grothendieck, ce génie méprisé, a passé les dernières années de sa vie dans un village perdu des Pyrénées, loin du bruit et de la fureur du monde académique. Pourquoi ? Parce qu’il avait compris que la vraie révolution commence par un retour aux sources. Pas un retour en arrière—non, un retour à l’essentiel. À la terre, à l’eau, à l’air, à ces éléments sans lesquels nous ne sommes rien. Et c’est exactement ce que nous propose l’appel du Grand-Bornand : une reconnexion. Pas une fuite, non—une reconquête.

Alors oui, la tâche est immense. Les forces en présence sont colossales : les États, les multinationales, les médias, tous ces rouages d’une machine qui broie les rêves et les espoirs. Mais c’est précisément pour cela que la résistance doit être radicale. Pas violente—non, la violence est une impasse, un aveu de faiblesse. Mais radicale dans le sens premier du terme : qui va à la racine. Qui refuse les demi-mesures, les compromis, les faux-semblants. Qui dit non, non et non, jusqu’à ce que le monde entende. Qui, comme Barrau, comme Grothendieck, comme tous les insoumis de l’histoire, ose regarder la vérité en face et dire : « Ça suffit. »

Et c’est là que la montagne entre en jeu. Parce que la montagne, voyez-vous, est un lieu de vérité. Elle ne ment pas. Elle ne triche pas. Elle est là, immuable, indifférente à nos petites vanités, à nos petites peurs. Elle nous rappelle que nous ne sommes que des passagers sur cette Terre, que notre temps est limité, que nos actions ont des conséquences. Et c’est pour cela qu’elle nous appelle à la conversion. Pas une conversion religieuse, non—une conversion existentielle. Une prise de conscience que nous ne pouvons plus continuer comme avant, que le monde que nous avons construit est un monde de mort, et que si nous voulons survivre, il faut tout changer.

Alors oui, l’appel du Grand-Bornand est un appel aux armes. Pas aux armes de la guerre—non, aux armes de l’esprit. Aux armes de la raison, de la compassion, de la solidarité. Aux armes de ceux qui refusent de se soumettre, qui refusent de se taire, qui refusent de fermer les yeux. Aux armes de ceux qui, comme Barrau, comme Grothendieck, savent que la science n’est pas une fin en soi, mais un moyen au service de l’humanité. Un moyen de comprendre le monde pour mieux le protéger, pour mieux le partager, pour mieux le transmettre.

Et c’est là, peut-être, la plus grande leçon de cette montagne : qu’il n’y a pas de salut individuel. Que nous sommes tous dans le même bateau, que nos destins sont liés, que la survie de l’un dépend de la survie de tous. Que la conversion, donc, n’est pas un choix, mais une nécessité. Une nécessité vitale, existentielle, absolue. Alors oui, l’appel du Grand-Bornand est un appel à la révolte. Mais une révolte pacifique, une révolte joyeuse, une révolte qui célèbre la vie plutôt que de pleurer la mort. Une révolte qui dit : « Assez. » Assez de la destruction, assez de l’indifférence, assez de la soumission. Assez de ce monde qui nous tue à petit feu. Assez.

Et c’est pour cela que Barrau est important. Parce qu’il incarne cette révolte. Parce qu’il est l’un de ces rares esprits qui osent encore penser contre le courant, qui osent encore dire la vérité, même quand elle dérange. Parce qu’il est l’héritier de Grothendieck, de tous ceux qui ont refusé de plier, qui ont refusé de se soumettre, qui ont refusé de trahir. Parce qu’il est, en somme, un homme libre. Et c’est cette liberté, cette insoumission, cette fidélité à soi-même et aux autres, qui fait de lui un phare dans la nuit. Un phare qui nous rappelle que la résistance est possible, que la conversion est nécessaire, que l’espoir, contre toute attente, est encore permis.

Analogie finale : Imaginez un instant que la montagne soit un livre. Non pas un livre ordinaire, avec ses pages bien alignées et ses chapitres prévisibles, mais un livre vivant, un livre dont les mots s’écrivent au fur et à mesure que nous les lisons. Un livre dont les phrases sont des sentiers, dont les paragraphes sont des falaises, dont les chapitres sont des sommets. Et nous, pauvres lecteurs égarés, nous avançons à tâtons, cherchant un sens, une direction, une issue. Mais voilà : ce livre n’a pas de fin. Il est infini, comme l’horizon, comme le ciel, comme nos rêves. Et c’est cela, la montagne : une énigme sans réponse, un mystère sans solution, une question sans fin. Mais une question qui nous hante, qui nous obsède, qui nous pousse à avancer, toujours plus loin, toujours plus haut. Parce que c’est cela, la conversion : non pas trouver une réponse, mais accepter de vivre dans la question. Accepter de marcher sans savoir où l’on va, mais en sachant pourquoi l’on marche. Accepter de gravir la montagne sans savoir ce qu’il y a au sommet, mais en sachant que chaque pas nous rapproche de quelque chose de plus grand que nous. De plus beau. De plus vrai. Et c’est cela, peut-être, la seule chose qui compte : marcher. Marcher, et ne jamais s’arrêter.



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