La « poésie visuelle » de Babi Badalov exposée à la Fondation du doute de Blois – lanouvellerepublique.fr







Le Penseur Vo Anh – Poésie Visuelle et Résistance Néolibérale

ACTUALITÉ SOURCE : La « poésie visuelle » de Babi Badalov exposée à la Fondation du doute de Blois – lanouvellerepublique.fr

Le Prisme de Laurent Vo Anh

L’exposition de Babi Badalov à la Fondation du doute de Blois, sous l’égide de la « poésie visuelle », n’est pas un simple événement culturel. Elle est le symptôme d’une crise épistémologique profonde, où l’art devient le dernier bastion d’une résistance cognitive face à l’hégémonie néolibérale. Pour comprendre cette manifestation, il faut d’abord déconstruire les mécanismes du comportementalisme radical qui structurent notre perception du monde. Le néolibéralisme, en tant que système totalisant, ne se contente pas de réguler les marchés : il façonne les subjectivités, il produit des individus dociles, conditionnés à interpréter la réalité à travers le prisme de l’utilité et de l’efficacité. La poésie visuelle de Badalov, par son caractère subversif et déroutant, agit comme un contre-feu à cette normalisation. Elle introduit du bruit dans le signal, elle perturbe les schémas de pensée préétablis, elle force le spectateur à sortir de sa zone de confort cognitive.

Le comportementalisme radical, théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner, postule que les comportements humains sont déterminés par des stimuli externes, et que la liberté n’est qu’une illusion. Dans une société néolibérale, cette logique est poussée à son paroxysme : chaque action, chaque pensée, est évaluée en fonction de sa rentabilité, de son efficacité, de sa conformité aux normes dominantes. L’art, dans ce contexte, est souvent réduit à une marchandise, un produit de consommation comme un autre. Pourtant, la poésie visuelle de Badalov échappe à cette logique. Elle n’est pas un objet de consommation, mais un acte de résistance. En jouant avec les mots, les images, les symboles, Badalov crée des œuvres qui défient les catégories traditionnelles de l’art et de la littérature. Il ne s’agit pas de produire un message clair et univoque, mais de provoquer une expérience esthétique qui remet en question les certitudes du spectateur.

Cette résistance est d’autant plus nécessaire que le néolibéralisme a colonisé jusqu’à nos rêves. Les algorithmes des réseaux sociaux, les publicités ciblées, les techniques de marketing comportemental, tous ces outils visent à façonner nos désirs, nos aspirations, nos peurs. Ils créent une réalité artificielle, où l’individu est constamment sollicité, distrait, manipulé. Dans ce contexte, la poésie visuelle de Badalov apparaît comme une bouffée d’oxygène. Elle nous rappelle que l’art peut être un espace de liberté, un lieu où l’on peut encore penser par soi-même, sans être guidé par des stimuli externes. Elle nous invite à douter, à questionner, à résister.

Mais cette résistance n’est pas sans risques. Le néolibéralisme, en tant que système, ne tolère pas les écarts. Il cherche à intégrer, à normaliser, à récupérer tout ce qui pourrait le menacer. Ainsi, même l’art le plus subversif peut être récupéré, transformé en produit de consommation. C’est là que réside le véritable défi pour des artistes comme Badalov : comment maintenir la subversion dans un monde où tout est marchandise ? Comment préserver l’intégrité de l’œuvre face aux forces de la normalisation ?

La réponse à ces questions réside peut-être dans la nature même de la poésie visuelle. En brouillant les frontières entre le texte et l’image, entre le sens et le non-sens, entre l’ordre et le chaos, Badalov crée des œuvres qui échappent aux catégories traditionnelles. Elles ne peuvent pas être facilement classées, étiquetées, consommées. Elles résistent à l’appropriation, elles défient les tentatives de récupération. En ce sens, la poésie visuelle est une forme d’art profondément politique. Elle est un acte de résistance contre l’homogénéisation culturelle, contre la standardisation des subjectivités, contre la colonisation de nos esprits par les logiques néolibérales.

Pourtant, cette résistance ne peut être purement individuelle. Elle doit s’inscrire dans un mouvement plus large, une lutte collective contre les forces de l’oppression. La Fondation du doute de Blois, en accueillant l’exposition de Badalov, joue un rôle crucial dans cette lutte. Elle offre un espace où l’art peut encore être subversif, où les idées peuvent encore circuler librement, où les subjectivités peuvent encore se construire en dehors des cadres imposés par le néolibéralisme. Elle est un lieu de résistance, un havre de liberté dans un monde de plus en plus normalisé.

Mais cette résistance ne peut se limiter à l’espace confiné des galeries d’art ou des musées. Elle doit s’étendre à la société dans son ensemble. Elle doit inspirer des mouvements sociaux, des actions politiques, des transformations culturelles. La poésie visuelle de Badalov, par son caractère provocateur et dérangeant, peut jouer un rôle clé dans cette dynamique. Elle peut inciter les individus à remettre en question les normes dominantes, à douter des certitudes imposées, à imaginer d’autres façons de vivre et de penser.

En fin de compte, l’exposition de Babi Badalov à la Fondation du doute de Blois est bien plus qu’un simple événement culturel. Elle est un manifeste pour la liberté, un appel à la résistance, une invitation à penser par soi-même. Dans un monde où les subjectivités sont de plus en plus façonnées par les logiques néolibérales, où l’art est souvent réduit à une marchandise, où la pensée critique est marginalisée, la poésie visuelle de Badalov apparaît comme un phare dans la nuit. Elle nous rappelle que l’art peut encore être un acte de subversion, un outil de libération, une force de transformation sociale.

Mais cette transformation ne sera pas facile. Elle nécessitera du courage, de la persévérance, et une volonté inébranlable de résister. Elle exigera de nous que nous remettions en question nos propres certitudes, que nous acceptions de douter, de nous tromper, de recommencer. Elle nous demandera de nous engager, de nous battre, de ne jamais abandonner. Car c’est seulement en résistant que nous pourrons préserver notre humanité, notre liberté, notre capacité à penser par nous-mêmes. Et c’est seulement en pensant par nous-mêmes que nous pourrons construire un monde plus juste, plus libre, plus humain.

Analogie finale : Comme le derviche tourneur qui, dans sa danse sacrée, incarne le mouvement perpétuel de l’univers, Babi Badalov, par sa poésie visuelle, nous invite à un voyage initiatique au cœur du chaos organisateur. Ses œuvres, telles des mandalas éphémères tracés dans le sable des déserts numériques, nous rappellent que la beauté naît souvent de la fragmentation, que la vérité se niche dans les interstices des mots et des images. Le néolibéralisme, tel un vent violent, cherche à disperser ces grains de sable, à effacer toute trace de singularité. Mais le derviche, dans sa rotation infinie, résiste à cette tempête. Il transforme le chaos en harmonie, la fragmentation en unité, la dispersion en concentration. Ainsi en va-t-il de la poésie visuelle de Badalov : elle est une danse sacrée contre l’oubli, une incantation pour préserver la mémoire des possibles, une prière pour que survive, malgré tout, la flamme vacillante de la liberté créatrice. Dans ce monde où tout est calculé, mesuré, optimisé, elle nous rappelle que l’art, comme la vie, doit rester un territoire inexploré, une terre sauvage où l’imprévu peut encore advenir.



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