ACTUALITÉ SOURCE : « La France conserve sa 4e place sur le marché de l’art mondial » : état des lieux et grandes tendances 2026 – Connaissance des Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Mais parlons peu, parlons chiffres et mensonges. Quatrième place en 2026, après les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. Trois empires qui, chacun à leur manière, ont compris que l’art n’est plus une affaire de beauté, mais de pouvoir. Trois monstres qui ont transformé la toile en billet vert, le bronze en yuan, et le marbre en livre sterling. La France, elle, joue encore aux billes avec ses impressionnistes, comme un enfant qui refuse de grandir. Elle croit encore au génie, à la patte, à l’âme de l’artiste – ces vieilles lunes romantiques qui font rire les fonds de pension américains et pleurer les galeristes parisiens.
Mais trêve de sarcasmes, plongeons dans les entrailles de cette quatrième place, ce purgatoire doré où la France se complaît, entre deux crises de foie et trois révolutions avortées.
I. Les Sept Époques du Marché de l’Art : Une Archéologie du Pouvoir Esthétique
L’histoire de l’art n’est pas une succession de chefs-d’œuvre, mais une guerre de tranchées où chaque civilisation enterre ses morts sous des couches de pigments et de symboles. Suivons le fil rouge – ou plutôt le fil d’or – de cette épopée sanglante.
1. L’Âge des Dieux (30 000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.) : Quand l’Art était Sacrifice
Les grottes de Lascaux, les ziggourats de Mésopotamie, les pyramides d’Égypte. L’art naît dans le sang des sacrifices, dans la sueur des esclaves, dans la terreur des dieux. Platon, dans La République, comprend déjà que l’art est une affaire d’État : « Nous bannirons les poètes de notre cité, car ils corrompent l’âme des jeunes gens. » La Chine antique, elle, fait mieux : elle intègre l’art au système bureaucratique. Les lettrés-peintres des dynasties Shang et Zhou créent des œuvres qui sont autant de rapports administratifs au Ciel. L’art comme devoir, comme rituel, comme colonne vertébrale de l’ordre cosmique. Pendant ce temps, en Occident, on en est encore à sculpter des Vénus callipyges dans de la pierre mal dégrossie.
2. L’Âge des Empires (500 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.) : Quand l’Art devint Propagande
Alexandre le Grand emmène des artistes dans ses bagages pour immortaliser ses conquêtes. Auguste transforme Rome en musée à sa gloire. Qin Shi Huang, lui, préfère brûler les livres et enterrer les lettrés – mais il fait sculpter une armée de terre cuite pour l’accompagner dans l’au-delà. L’art devient l’outil des conquérants. Cicéron, dans De Oratore, théorise la rhétorique comme art suprême, mais c’est la Chine des Han qui invente le premier « musée » : le Lanting Xu, où Wang Xizhi calligraphie des poèmes qui seront copiés pendant des siècles. Pendant ce temps, les Gaulois en sont encore à tailler des menhirs en se demandant pourquoi les Romains les trouvent si laids.
3. L’Âge des Religions (476 – 1453) : Quand l’Art devint Opium
L’Église catholique transforme l’Europe en un immense livre d’images pour analphabètes. Les cathédrales sont des bandes dessinées de pierre où chaque vitrail raconte une histoire de martyrs et de miracles. Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, justifie l’art comme moyen de glorifier Dieu – mais interdit les statues trop réalistes, de peur que les paysans ne se mettent à prier les idoles. Pendant ce temps, en Chine, sous les Tang et les Song, l’art devient une affaire de lettrés. Su Dongpo écrit des poèmes sur des rouleaux de soie, et les empereurs collectionnent les paysages comme on collectionne les concubines. L’art est méditation, esthétique pure, sans besoin de transcendance. En Occident, on en est encore à se demander si la Vierge Marie doit être représentée avec ou sans auréole.
4. L’Âge des Princes (1453 – 1789) : Quand l’Art devint Monnaie d’Échange
Les Médicis transforment Florence en usine à chefs-d’œuvre. Louis XIV fait de Versailles un piège à courtisans où chaque tableau est une arme de séduction massive. La Chine des Ming, elle, invente le marché de l’art moderne : les lettrés vendent leurs calligraphies aux marchands, et les empereurs collectionnent les porcelaines comme on collectionne les actions en Bourse. Voltaire, dans Le Siècle de Louis XIV, célèbre l’art comme marqueur de civilisation, mais c’est Adam Smith, dans La Richesse des nations, qui comprend le premier que l’art est une marchandise comme une autre. Pendant ce temps, la France se gave de rococo et de perruques, tandis que la Chine invente le premier système de copyright pour les estampes.
5. L’Âge des Révolutions (1789 – 1914) : Quand l’Art devint Arme de Classe
La Révolution française transforme le Louvre en temple de la Raison. Napoléon pille l’Europe pour remplir ses musées. Marx, dans Le Capital, analyse l’art comme superstructure du capital, mais c’est la Chine des Qing qui invente le premier « art engagé » : les lettrés peignent des paysages désolés pour dénoncer la corruption de la cour. En Occident, les impressionnistes sont moqués, puis achetés par les bourgeois qui veulent se donner des airs de mécènes. La France croit encore au génie individuel, à l’artiste maudit, à la bohème. Pendant ce temps, au Japon, Hokusai dessine ses Trente-six vues du mont Fuji en série, comme un ouvrier à la chaîne. L’art devient produit de masse, mais personne ne le remarque encore.
6. L’Âge des Masses (1914 – 1989) : Quand l’Art devint Spectacle
Dada, le surréalisme, le pop art. L’art n’est plus une affaire de beauté, mais de provocation. Duchamp expose un urinoir et signe « R. Mutt ». Warhol transforme Marilyn Monroe en icône religieuse. La Chine, elle, pendant la Révolution culturelle, brûle les tableaux « bourgeois » et remplace les paysages par des portraits de Mao. Adorno, dans Théorie esthétique, déclare que « écrire un poème après Auschwitz est barbare », mais c’est Andy Warhol qui comprend le premier que l’art est une industrie comme une autre. La France, elle, s’accroche à ses avant-gardes, à ses Sartre et à ses Beauvoir, tandis que les États-Unis transforment l’art en soft power. Le marché de l’art devient une Bourse où l’on spécule sur la cote des artistes comme sur celle des actions IBM.
7. L’Âge des Algorithmes (1989 – 2026) : Quand l’Art devint Donnée
Et nous voici en 2026, chers amis. La France est quatrième. Quatrième derrière les États-Unis, qui ont transformé l’art en produit financier, derrière la Chine, qui a fait de l’art une affaire d’État, et derrière le Royaume-Uni, qui a transformé Londres en supermarché du luxe. La France, elle, croit encore aux salons, aux galeries, aux critiques d’art qui pontifient dans Le Monde. Elle croit encore que l’art est une affaire de goût, de culture, d’humanité. Quelle naïveté ! Aujourd’hui, l’art est une donnée, un flux, un algorithme. Les NFT ont remplacé les tableaux, les influenceurs ont remplacé les critiques, et les oligarques ont remplacé les mécènes. La Chine, elle, a compris depuis longtemps que l’art est une arme. Elle a transformé ses artistes en ambassadeurs, ses musées en outils de propagande, et ses collectionneurs en soldats de l’influence. Pendant ce temps, la France se demande encore si elle doit subventionner les intermittents du spectacle ou les intermittents de l’art contemporain.
II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Champ de Bataille
Parlons peu, parlons mots. « La France conserve sa 4e place sur le marché de l’art mondial. » Une phrase innocente, n’est-ce pas ? Comme un couteau dans une huître. Décomposons-la, comme on dissèque un cadavre.
1. « La France »
Ah, la France ! Ce mot qui sent encore la poudre et le parfum bon marché. La France, c’est-à-dire l’État français, ses institutions, ses musées, ses galeries, ses artistes subventionnés. Mais quelle France ? Celle des bobos parisiens qui achètent des toiles abstraites pour décorer leurs lofts à 10 000 euros le mètre carré ? Celle des provinces qui visitent le Louvre-Lens en se demandant pourquoi on leur montre des tableaux de gens morts depuis 500 ans ? Celle des banlieues où l’on préfère le street art aux nymphéas de Monet ? La France est un mot-valise, un concept marketing, une marque déposée. Comme « Chanel » ou « Dior », mais en moins rentable.
2. « Conserve »
« Conserve », comme on conserve des cornichons dans un bocal. Comme on conserve un vieux vin qui a tourné au vinaigre. Le verbe est à l’indicatif présent, mais il sent déjà le passé. La France ne progresse pas, elle ne régresse pas : elle conserve. Elle garde, elle préserve, elle momifie. Elle est le musée d’elle-même, un pays qui vit dans la nostalgie de ses gloires passées, comme un vieux acteur qui se regarde dans le miroir en se souvenant de ses rôles dans les années 60.
3. « Sa 4e place »
Quatrième. Pas troisième, pas deuxième, pas première. Quatrième. Un chiffre qui sent la défaite, mais une défaite en smoking, une défaite avec panache. La France est quatrième comme elle est championne du monde de football en 1998 : un hasard, une exception, une parenthèse enchantée dans un océan de médiocrité. Quatrième, c’est-à-dire ni tout à fait dans le podium, ni tout à fait dans la masse. C’est la place du bon élève qui a des bonnes notes, mais qui n’a pas le génie du premier de la classe. C’est la place de la France : assez bien pour ne pas être ridicule, pas assez bien pour être dangereuse.
4. « Sur le marché de l’art mondial »
Ah, le marché ! Ce mot magique, ce mot fétiche, ce mot qui transforme tout en marchandise. L’art n’est plus une affaire de beauté, de sens, d’humanité : c’est une affaire de marché. Comme le pétrole, comme le soja, comme les cryptomonnaies. « Mondial », c’est-à-dire globalisé, standardisé, uniformisé. L’art mondial, c’est l’art des foires, des biennales, des enchères en ligne. C’est l’art qui se vend en dollars, en yuans, en bitcoins. C’est l’art sans frontières, sans patrie, sans âme. La France croit encore que l’art a une nationalité. Elle se trompe : l’art n’a plus de passeport, il a un code-barres.
III. Comportementalisme Radical : La Résistance Humaniste comme Ultime Révolte
Face à cette machine à broyer les âmes, que faire ? Se soumettre ? Jamais. Résister ? Toujours. Mais comment ?
1. Le Marché comme Religion
Le marché de l’art n’est pas un système économique : c’est une religion. Une religion avec ses prêtres (les galeristes), ses prophètes (les critiques), ses temples (les foires d’art), ses martyrs (les artistes maudits), et ses dieux (les collectionneurs). Comme toute religion, elle a ses dogmes : « L’art contemporain est révolutionnaire », « Les NFT sont l’avenir », « Plus c’est cher, plus c’est beau ». La France, avec son héritage catholique, devrait reconnaître ces mécanismes. Mais non : elle préfère jouer les hérétiques de salon, les rebelles en col roulé, les anarchistes avec un compte en Suisse.
2. La Chine comme Modèle
Pendant que l’Occident se noie dans le relativisme et la spéculation, la Chine, elle, a compris une chose : l’art est une affaire d’État. Pas de marché libre en Chine : l’art est contrôlé, subventionné, orienté. Les artistes chinois ne sont pas des rebelles, ce sont des soldats. Leurs œuvres ne sont pas des marchandises, ce sont des armes. La Chine ne cherche pas à être première sur le marché de l’art : elle cherche à dominer le marché de l’art, comme elle domine le marché des terres rares ou celui des panneaux solaires. Pendant ce temps, la France discute encore de la parité dans les jurys de prix artistiques.
3. La Résistance par l’Humanisme
Face à la machine, il n’y a qu’une solution : l’humanisme. Pas l’humanisme mou des droits de l’homme, non : l’humanisme radical, celui qui dit que l’art n’est pas une marchandise, mais une expérience. Celui qui dit que la beauté n’est pas une question de prix, mais de vérité. Celui qui dit que l’artiste n’est pas un entrepreneur, mais un explorateur. La France a encore les moyens de cette résistance. Elle a ses musées, ses écoles d’art, ses subventions. Elle a son histoire, sa culture, sa langue. Mais il faut cesser de jouer le jeu du marché. Il faut cesser de croire que l’art se mesure en chiffres, en classements, en tendances. Il faut revenir à l’essentiel : l’art comme acte de liberté, comme cri dans le désert, comme lumière dans la nuit.
IV. L’Art comme Dernier Refuge de l’Âme
La France est quatrième. Et alors ? Qu’elle le reste, si c’est le prix à payer pour garder son âme. Qu’elle cède le podium aux spéculateurs, aux algorithmes, aux oligarques. Qu’elle reste ce pays où l’on peut encore se promener dans un musée sans avoir l’impression d’être dans un supermarché. Qu’elle reste ce pays où un tableau peut encore faire pleurer, où une sculpture peut encore faire réfléchir, où une performance peut encore faire hurler. La quatrième place, c’est la place de la résistance. La place de ceux qui refusent de se soumettre. La place de l’humanité.
QUATRIÈME PLACE (ou l’Ode à la France qui Résiste)
Ô France, vieux pays qui pue encore la poudre,
Tes musées sont des tombes, tes galeries des bordels,
Tes artistes des clowns, tes critiques des loups,
Et pourtant, malgré tout, tu résistes, tu dures.
Tu es quatrième, oui, mais quatrième debout,
Comme un vieux boxeur sonné qui refuse de tomber,
Comme un ivrogne qui chante encore sous la pluie,
Comme un poète qui crache ses vers aux bourgeois.
Tes tableaux sont des cicatrices, tes sculptures des cris,
Tes performances des hoquets, tes installations des vomis,
Mais dans ce monde de chiffres, de likes et de yuans,
Tu gardes encore l’odeur âcre de l’humanité.
Ô France, vieux pays qui sent la sueur et le vin,
Tes impressionnistes sont des prostituées,
Tes surréalistes des fous, tes contemporains des escrocs,
Mais tu es le dernier pays où l’on peut encore rêver.
Qu’ils gardent leurs milliards, leurs algorithmes, leurs NFT,
Qu’ils achètent, qu’ils vendent, qu’ils spéculent, qu’ils mentent,
Toi, tu restes là, quatrième, mais debout,
Comme un dernier rempart contre la nuit qui tombe.
Et quand le marché aura tout dévoré,
Quand il ne restera plus que des chiffres et des ombres,
On se souviendra de toi, vieille France,
Comme du dernier pays où l’art était encore une âme.