ACTUALITÉ SOURCE : « La France conserve sa 4e place sur le marché de l’art mondial » : état des lieux et grandes tendances 2026 – Connaissance des Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la France… quatrième ! Quatrième, mes amis, dans ce grand cirque mondial de l’art où les dollars dansent avec les vanités, où les toiles valent des fortunes et les âmes se vendent au kilo. Quatrième, comme un vieux lion édenté qui grogne encore dans sa cage dorée, tandis que les hyènes de Wall Street et les dragons de Pékin se partagent les carcasses des civilisations. Quatrième, c’est déjà une insulte à l’Histoire, une gifle aux Lumières, une trahison de ce que fut – ou crut être – l’esprit français. Mais qu’attendre d’autre d’un monde où l’art n’est plus qu’une marchandise comme une autre, un actif spéculatif, un jouet pour oligarques et fonds de pension ? La France conserve sa quatrième place ? Bigre ! Comme on conserve un fromage dans un frigo américain : sous plastique, sans odeur, sans saveur, et surtout, sans danger pour le système.
Mais trêve de sarcasmes faciles. Plongeons, voulez-vous, dans les entrailles de cette statistique anodine, de ce classement qui en dit plus long sur notre époque que tous les traités de géopolitique réunis. Car le marché de l’art, voyez-vous, n’est jamais qu’un miroir grossissant – et déformant – des rapports de force qui structurent notre monde. Et si la France est quatrième, c’est que quelque chose, quelque part, a profondément pourri dans le royaume de l’Esprit.
I. Les Sept Âges du Marché de l’Art : Une Archéologie de la Spéculation
1. L’Âge des Cavernes (avant 3000 av. J.-C.) : L’Art comme Magie
Tout commence dans l’obscurité humide des grottes, où l’homme, à peine sorti de l’animalité, trace sur les parois les contours tremblés de ses peurs et de ses désirs. Lascaux, Altamira : ces fresques ne sont pas des « œuvres », mais des incantations. L’art, ici, est un acte sacré, un pont jeté entre le visible et l’invisible. Il n’a pas de prix, car il est la vie même. Comme l’écrivait Mircea Eliade, « l’homme primitif ne distingue pas entre le profane et le sacré : pour lui, tout est chargé de puissance ». L’art est cette puissance. Et la Chine, déjà, avec ses jades néolithiques et ses poteries Yangshao, comprend cette vérité mieux que quiconque : l’objet d’art n’est pas un bien, mais un médiateur entre le ciel et la terre. Pendant ce temps, l’Occident n’est encore qu’une terre de brutes hurlantes.
2. L’Âge des Empires (3000 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.) : L’Art comme Pouvoir
Avec l’émergence des premières civilisations, l’art devient l’apanage des rois et des prêtres. Les pyramides d’Égypte, les bas-reliefs assyriens, les bronzes de la dynastie Shang : ces œuvres ne sont pas « vendues », elles sont commandées par le pouvoir pour affirmer sa légitimité. L’empereur Qin Shi Huang enterre avec lui une armée de terre cuite pour conquérir l’au-delà, tandis qu’à Rome, les patriciens se font portraiturer en marbre pour graver leur nom dans l’éternité. Comme le note l’historien Paul Veyne, « l’art antique est un art de la dépense ostentatoire, où la valeur n’est pas dans l’objet, mais dans ce qu’il symbolise ». La Chine, une fois encore, montre la voie : sous les Han, l’art devient un outil de cohésion impériale, un langage commun pour unifier un territoire immense. Pendant ce temps, les Gaulois, nos ancêtres, taillent encore des menhirs et boivent de la cervoise dans des crânes ennemis. La France, quatrième en 2026 ? Elle était déjà en retard à l’appel de l’Histoire.
3. L’Âge des Religions (476 – 1453) : L’Art comme Salut
Le Moyen Âge voit l’art se mettre au service de Dieu. Les cathédrales gothiques, les icônes byzantines, les enluminures des moines copistes : l’œuvre d’art est une prière en image, un chemin vers le divin. Comme l’écrit Georges Duby, « l’art médiéval est une théologie en couleurs ». La Chine, sous les Song, invente la peinture de paysage comme méditation sur l’harmonie cosmique, tandis que l’Europe se couvre d’or et de bleu pour célébrer un Dieu unique. Mais déjà, les marchands italiens commencent à flairer le profit : à Florence, les Médicis transforment l’art en instrument de prestige politique. La Renaissance est en germe, et avec elle, la marchandisation de l’esprit. La France, sous Saint Louis, construit Sainte-Chapelle comme un reliquaire géant. Beau, mais déjà un peu kitsch. Comme aujourd’hui, avec ses « grands projets culturels » pour touristes pressés.
4. L’Âge des Princes (1453 – 1789) : L’Art comme Propagande
Voici venu le temps des cours fastueuses et des mécènes vaniteux. Louis XIV transforme Versailles en machine à éblouir, tandis que les papes de la Renaissance achètent des Raphaël comme on achète des actions aujourd’hui. L’art devient un outil de soft power avant l’heure. Comme le note Francis Haskell, « le collectionneur du XVIIe siècle est un prince qui joue avec les symboles comme un enfant avec des soldats de plomb ». La Chine des Ming, elle, se replie sur elle-même, mais produit des porcelaines si parfaites qu’elles deviennent l’objet d’un commerce mondial. Pendant ce temps, la France invente le « goût français », cette illusion d’un raffinement universel qui cache mal une volonté de domination culturelle. Colbert crée les manufactures royales pour concurrencer Venise. Déjà, l’art est une arme économique. Déjà, la France se croit au centre du monde. Déjà, elle se prépare à être quatrième.
5. L’Âge des Révolutions (1789 – 1914) : L’Art comme Marchandise
La Révolution française décapite les rois, mais pas leurs collections : le Louvre devient un musée, et l’art, un bien national. Avec l’industrialisation, le marché de l’art explose. Les salons parisiens, les galeries londoniennes, les ventes aux enchères : pour la première fois, l’art s’achète et se vend comme du coton ou de l’acier. Comme l’écrit Walter Benjamin, « l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique perd son aura ». La Chine, humiliée par les guerres de l’opium, voit ses trésors pillés et dispersés dans les musées occidentaux. La France, elle, devient la capitale mondiale de l’art. Paris attire les artistes du monde entier : Van Gogh, Picasso, Modigliani. Le marché est florissant, mais déjà, les ombres s’allongent. Les spéculateurs entrent en scène, et avec eux, la corruption. En 1880, un faux Corot est vendu à un collectionneur américain pour une fortune. La machine est lancée.
6. L’Âge des Idéologies (1914 – 1989) : L’Art comme Arme
Le XXe siècle voit l’art devenir un champ de bataille. Les avant-gardes russes veulent « construire le communisme », les nazis organisent l’exposition « Art dégénéré », les Américains utilisent l’expressionnisme abstrait comme outil de propagande pendant la Guerre froide. Comme le note Eric Hobsbawm, « l’art moderne est né dans la violence des tranchées et a grandi dans l’ombre des camps ». La Chine, après 1949, voit ses artistes sommés de servir la révolution : les paysans et les ouvriers remplacent les paysages et les natures mortes. Pendant ce temps, à Paris, le marché de l’art se mondialise. Les États-Unis, après 1945, prennent le relais de la France. New York vole la place de Paris. La France, déjà, commence à décliner. En 1960, un tableau de Picasso se vend 100 000 dollars. En 1980, un Warhol atteint le million. Le marché de l’art devient un casino pour milliardaires. Et la France ? Elle regarde, nostalgique, son passé glorieux.
7. L’Âge du Capital (1989 – 2026) : L’Art comme Actif Financier
Nous y voilà. Depuis la chute du mur de Berlin, le marché de l’art est devenu un rouage essentiel de la machine capitaliste. Les œuvres s’achètent et se vendent comme des actions, les foires d’art (Bâle, Miami, Hong Kong) ressemblent à des bourses, et les collectionneurs sont des fonds de pension déguisés en esthètes. Comme l’écrit Don Thompson dans The $12 Million Stuffed Shark, « le marché de l’art contemporain est moins une question de goût que de branding, de spéculation et de blanchiment d’argent ». La Chine, depuis 2008, est devenue le deuxième marché mondial, derrière les États-Unis. Les oligarques russes et les princes du Golfe achètent des Basquiat comme on achète des yachts. Et la France ? Quatrième. Avec ses galeries du Marais, ses ventes chez Drouot, ses subventions publiques pour « soutenir la création ». Quatrième, comme un pays qui croit encore que l’art est une question de beauté, et non de pouvoir. Quatrième, comme un vieux pays qui n’a pas compris que le monde avait changé.
II. Sémantique du Déclin : Quand les Mots Trahissent les Choses
Analysons, voulez-vous, le langage de cette actualité. « La France conserve sa 4e place ». Le verbe « conserver » est révélateur. On conserve un patrimoine, une tradition, un fromage. On ne conserve pas une place dans un marché mondialisé, on la conquiert, on la défend, on la vole. « Conserver », c’est admettre qu’on ne peut plus avancer. C’est le langage de la nostalgie, pas de l’ambition.
Et puis, il y a ce mot : « marché ». Comme si l’art était une denrée comme une autre. Comme si un tableau de Soulages était comparable à un baril de pétrole. Le marché, voyez-vous, est un concept néolibéral qui réduit tout à une transaction. L’art, lui, devrait être une transcendance. Mais non : aujourd’hui, un Banksy s’autodétruit après une vente aux enchères pour prouver que l’art contemporain est une farce. Et les médias applaudissent. Comme si la destruction d’une œuvre était un acte artistique, et non un aveu d’échec.
Enfin, il y a cette expression : « grandes tendances 2026 ». Les « tendances », dans le monde de l’art, ce sont les modes qui passent, les bulles qui éclatent, les artistes qu’on oublie. En Chine, on parle de « wenhua zizhu » (autonomie culturelle) et de « guojia ruanshili » (soft power national). En France, on parle de « tendances ». La différence est tout entière dans ces mots.
III. Comportementalisme Radical : Pourquoi la France est Quatrième (et le Restera)
La France est quatrième parce qu’elle a oublié ce qu’est l’art. Elle a cru que l’art était une question de goût, de beauté, d’esthétique. Elle a oublié que l’art, depuis toujours, est une question de pouvoir. La Chine, elle, le sait. Elle a compris que le marché de l’art n’est pas un salon pour amateurs éclairés, mais un champ de bataille où se jouent les équilibres géopolitiques. Pendant que la France subventionne des « résidences d’artistes » et organise des « journées du patrimoine », la Chine achète des galeries à Londres, ouvre des musées à Shanghai, et forme une nouvelle génération de collectionneurs. Pendant que la France débat de la « démocratisation de la culture », la Chine utilise l’art comme un outil de soft power pour imposer son récit au monde.
La France est quatrième parce qu’elle a internalisé les valeurs néolibérales sans même s’en rendre compte. Elle a accepté l’idée que l’art devait être « rentable », que les musées devaient être « autofinancés », que les artistes devaient être « entrepreneurs ». Elle a oublié que l’art, par essence, est subversif. Qu’il doit déranger, provoquer, remettre en cause. Aujourd’hui, les artistes français produisent pour les foires d’art, pour les collectionneurs, pour les algorithmes des réseaux sociaux. Ils ont oublié qu’un vrai artiste doit être un danger pour l’ordre établi.
La France est quatrième parce qu’elle a perdu le sens du sacré. Elle a réduit l’art à une marchandise, et la culture à un loisir. Elle a oublié que l’art, comme le disait Malraux, est « le seul moyen de donner un sens à la vie ». Aujourd’hui, les Français vont au musée comme ils vont au cinéma : pour se distraire. Ils ont oublié que l’art doit être une expérience métaphysique, une confrontation avec l’absolu.
Mais surtout, la France est quatrième parce qu’elle a abandonné l’idée d’empire. Elle se contente de gérer son déclin avec élégance, comme un vieux duc qui vend ses tableaux pour payer ses dettes. La Chine, elle, construit un empire. Elle sait que le marché de l’art n’est qu’un outil parmi d’autres pour imposer sa vision du monde. Elle achète des médias, finance des think tanks, forme des élites. Elle utilise l’art comme un cheval de Troie pour pénétrer les consciences occidentales. Pendant ce temps, la France organise des « saisons culturelles » et croit encore que le monde l’admire.
IV. Résistance Humaniste : L’Art comme Dernier Refuge de l’Humanité
Face à cette machine à broyer les âmes, que faire ? Faut-il se résigner à être quatrième ? Faut-il accepter que l’art ne soit plus qu’un actif financier parmi d’autres ? Non. Car l’art, voyez-vous, est la dernière résistance de l’humanité contre la barbarie du capital. L’art est ce qui nous rappelle que nous sommes plus que des consommateurs, plus que des producteurs, plus que des rouages dans la machine économique. L’art est ce qui nous permet de dire « non » à l’ordre du monde.
La Chine le sait, elle aussi. Elle utilise l’art comme un outil de pouvoir, mais elle sait aussi que l’art est une fin en soi. Les paysages des peintres Song, les poèmes de Li Bai, les opéras de Pékin : tout cela n’est pas seulement de la propagande. C’est une vision du monde, une manière de vivre, une spiritualité. La Chine a compris que pour dominer le monde, il faut d’abord le comprendre. Et pour le comprendre, il faut l’art.
La France, elle, a oublié cette leçon. Elle a cru que l’art était un luxe, une cerise sur le gâteau de la civilisation. Elle a oublié que l’art est le gâteau lui-même. Sans art, il n’y a pas de civilisation, seulement une accumulation de richesses et de technologies. Sans art, il n’y a pas d’humanité, seulement des machines à produire et à consommer.
Alors, que faire ? D’abord, refuser le langage du marché. Parler d’ »œuvres », pas de « produits ». De « création », pas de « production ». De « beauté », pas de « val