ACTUALITÉ SOURCE :
La délégation iranienne a atterri à Oman, en vue des pourparlers avec les États-Unis vendredi – Le Figaro
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc le grand théâtre des ombres où s’agitent, tels des pantins désarticulés, les diplomates d’un monde en putréfaction avancée. L’Iran, ce vieux lion aux crocs usés par les siècles de trahisons, pose ses griffes sur le sable d’Oman, terre neutre entre deux abîmes, tandis que l’aigle américain, ce rapace aux serres enduites de pétrole et de sang séché, daigne enfin accorder audience. Pourparlers, disent-ils. Comme si ce mot n’était pas déjà une insulte à l’intelligence des peuples, une mascarade où l’on négocie non pas la paix, mais le degré acceptable de soumission. Regardez-les bien, ces messieurs en costume trois-pièces, sourire de requin et poignée de main gluante : ils ne viennent pas pour discuter, mais pour mesurer l’étendue de leur pouvoir respectif sur les cadavres encore chauds du Moyen-Orient. La paix ? Connais pas. La guerre, oui, mais économique, larvée, celle qui ne fait pas de bruit, celle qui tue les enfants dans les hôpitaux avant qu’ils n’aient appris à haïr.
Pour comprendre cette farce tragique, il faut remonter le fil visqueux de l’Histoire, ce long cauchemar dont nous ne parvenons pas à nous éveiller. Sept étapes cruciales, sept chutes dans l’abîme de la domination, où l’Occident, ce vampire aux dents longues, a toujours su se parer des atours de la civilisation pour mieux sucer le sang des autres.
I. La Chute Originelle : Babel et la Malédiction des Langues
Tout commence à Babel, ce mythe fondateur où l’humanité, dans un élan de démesure, voulut toucher le ciel. Yahvé, dans sa sagesse infiniment cruelle, brisa leur tour et dispersa les langues. Mais qui donc a jamais vu dans cette malédiction autre chose qu’une bénédiction déguisée pour les futurs empires ? Car la division des langues, c’est la division des peuples, et un peuple divisé est un peuple facile à conquérir. Les Grecs, ces premiers impérialistes de la pensée, le savaient bien : leur « barbaros » n’était pas seulement celui qui balbutiait, mais celui qui ne parlait pas comme eux, donc qui ne pensait pas comme eux. Aristote, ce cher Aristote, enseignait déjà à Alexandre que les Perses n’étaient que des esclaves par nature. La langue comme outil de domination ? Les Romains, plus tard, en feront un art : « Graecia capta ferum victorem cepit », mais c’est le latin qui s’imposera comme langue de l’administration, étouffant les dialectes locaux sous le poids des lois et des impôts. La tour de Babel n’est pas tombée : elle a été dynamitée par ceux qui voulaient régner sans partage sur ses ruines.
II. Les Croisades ou l’Invention du « Barbare Civilisateur »
Ah, les croisades ! Ces « guerres saintes » où l’Occident chrétien, sous prétexte de libérer Jérusalem, pilla, viola et massacra tout sur son passage. Mais le plus beau, le plus cynique, c’est la façon dont ces bouchers se présentèrent en libérateurs. Urbain II, ce pape qui lança la première croisade, parlait de « pèlerinage armé » – quelle poésie ! Comme si la violence pouvait être un acte de foi. Et les chroniqueurs de l’époque, ces bons moines aux mains tachées d’encre et de sang, décrivaient les musulmans comme des « infidèles », des « sauvages », alors que Bagdad, à l’époque, était la capitale des sciences et des arts. Ibn Sina y écrivait son Canon de la médecine pendant que les croisés brûlaient les bibliothèques. Mais peu importe : l’important, c’était de justifier le vol, le viol, le meurtre. « Dieu le veut ! » hurlaient-ils en égorgeant des enfants. La rhétorique de la « mission civilisatrice » était née, et elle n’a jamais cessé depuis.
III. La Renaissance : Quand l’Humanisme Servit de Paravent à la Conquête
La Renaissance ! Cette époque bénie où l’homme, enfin, devint « la mesure de toute chose ». Sauf que cet homme-là, c’était l’homme blanc, européen, chrétien. Les autres ? Des curiosités exotiques, des bêtes de foire. Montaigne, dans ses Essais, s’émerveillait des « cannibales » brésiliens, mais c’était pour mieux souligner leur « sauvagerie » et, par contraste, la supériorité de la civilisation européenne. Et que dire de Christophe Colomb, ce « découvreur » qui, en réalité, ne fit que débarquer sur des terres déjà peuplées depuis des millénaires ? « Ils sont si naïfs, ces Indiens, qu’ils ne connaissent même pas le fer ! » écrivait-il dans son journal. Naïfs ? Ou simplement humains, vivant en harmonie avec leur environnement, sans cette soif de possession qui caractérise l’Occident ? La Renaissance, c’est l’époque où l’on redécouvre les textes antiques, où l’on célèbre la raison, mais où l’on invente aussi la traite négrière. L’humanisme, oui, mais à géométrie variable : un humanisme pour les maîtres, un autre pour les esclaves.
IV. Les Lumières : La Raison au Service de l’Exploitation
Les Lumières ! Ce grand mouvement qui devait libérer l’humanité des ténèbres de l’ignorance. Sauf que ces ténèbres, c’étaient celles des autres, bien sûr. Voltaire, ce champion de la tolérance, investissait dans la traite négrière et écrivait des pièces où les Noirs étaient représentés comme des êtres inférieurs. Kant, ce parangon de la raison pure, affirmait que les Noirs étaient « incapables de culture ». Rousseau, lui, pleurnichait sur l’inégalité entre les hommes, mais seulement entre les hommes blancs. Et que dire de la Déclaration d’Indépendance américaine, ce chef-d’œuvre d’hypocrisie, où l’on proclame que « tous les hommes sont créés égaux » alors que des millions d’Africains croupissent dans les fers ? Les Lumières, c’est l’époque où l’on invente les « droits de l’homme », mais où l’on justifie aussi la colonisation au nom du « progrès ». La raison, oui, mais une raison qui calcule, qui pèse, qui mesure – et qui, au final, légitime l’exploitation de l’homme par l’homme.
V. Le Siècle des Empires : Quand l’Occident se Parait des Oripeaux de la Science
Le XIXe siècle ! L’apogée de l’impérialisme occidental, où l’on justifie la conquête au nom de la science. Darwin, ce pauvre Darwin, dont on a détourné les théories pour en faire un outil de domination : la « sélection naturelle » devient la « survie des plus aptes », et les plus aptes, bien sûr, ce sont les Blancs. Gobineau, ce charlatan, écrit son Essai sur l’inégalité des races humaines, et voilà que la supériorité de l’homme blanc devient une vérité scientifique. Les missionnaires partent évangéliser l’Afrique, mais c’est l’Afrique qu’ils dépouillent de ses richesses. Les explorateurs « découvrent » des terres déjà connues de leurs habitants, et les cartes se couvrent de noms européens. Livingstone, Stanley, ces « héros » de la colonisation, sont célébrés comme des aventuriers, alors qu’ils ne sont que les fourriers de la spoliation. Et que dire de la conférence de Berlin, en 1884, où les puissances européennes se partagent l’Afrique comme un gâteau, sans se soucier le moins du monde des peuples qui y vivent ? La science, la religion, la civilisation : autant de prétextes pour masquer l’appétit vorace d’un Occident insatiable.
VI. Le XXe Siècle : La Guerre Éternelle et l’Invention de l’ennemi Permanent
Le XXe siècle ! Le siècle des génocides, des guerres mondiales, de la bombe atomique. Mais aussi le siècle où l’Occident a perfectionné l’art de se présenter en victime alors qu’il était le bourreau. La Première Guerre mondiale ? Une boucherie entre impérialismes rivaux. La Seconde ? Une croisade contre le « mal absolu », sauf que ce mal absolu, c’était l’Allemagne nazie, un monstre créé par les traités iniques de Versailles, imposés par les vainqueurs de 14-18. Et après 1945 ? La Guerre froide, cette guerre sans fin où les États-Unis et l’URSS se disputent le monde, semant la mort et la désolation en Corée, au Vietnam, en Afghanistan. Les États-Unis, ce « phare de la démocratie », soutiennent des dictateurs sanguinaires en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Asie, au nom de la « lutte contre le communisme ». Et que dire de la création d’Israël, ce cadeau empoisonné fait aux Juifs sur le dos des Palestiniens ? Le XXe siècle, c’est l’époque où l’Occident a inventé l’ennemi permanent : d’abord le communiste, puis le terroriste, toujours le même prétexte pour justifier les guerres, les coups d’État, les embargos meurtriers.
VII. Le Néolibéralisme : La Dictature du Marché et la Fin de l’Histoire
Et nous voici au XXIe siècle, l’ère du néolibéralisme triomphant, cette idéologie qui a transformé les hommes en consommateurs et les États en entreprises. Fukuyama, ce prophète de pacotille, annonçait « la fin de l’histoire », comme si le capitalisme était le stade ultime de l’humanité. Mais quelle fin de l’histoire ? Celle où les États-Unis, ce gendarme du monde, imposent leur loi par la force des armes et la puissance du dollar ? Celle où les multinationales pillent les ressources de la planète au nom du « libre-échange » ? Celle où les peuples sont endettés jusqu’au cou, où les services publics sont privatisés, où les inégalités atteignent des sommets inégalés ? Le néolibéralisme, c’est la guerre de tous contre tous, mais une guerre asymétrique, où les puissants ont tous les droits et les faibles tous les devoirs. Et quand un pays résiste, comme l’Iran, on lui impose des sanctions, on le prive de médicaments, on affame sa population, tout cela au nom de la « démocratie ». La démocratie, bien sûr, cette démocratie à l’américaine, où l’on vote pour choisir son maître entre deux candidats également inféodés aux lobbies. La fin de l’histoire ? Non, la fin de l’humanité, réduite à l’état de marchandise.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Domination
Regardez comme ils jouent avec les mots, ces maîtres du double langage ! « Pourparlers », disent-ils, alors qu’il s’agit de chantage. « Sanctions », alors qu’il s’agit de blocus. « Démocratie », alors qu’il s’agit de soumission. Le langage, cette invention humaine pour communiquer, est devenu l’outil privilégié de la domination. George Orwell l’avait bien compris : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. » Les États-Unis, ces champions de la novlangue, parlent de « guerre préventive » pour justifier leurs agressions, de « dommages collatéraux » pour désigner les civils tués, de « libération » pour masquer l’occupation. Et les médias, ces chiens de garde du système, répètent ces mensonges en boucle, jusqu’à ce qu’ils deviennent des vérités. L’Iran ? Un « État voyou ». La Corée du Nord ? Un « régime totalitaire ». La Russie ? Un « empire du mal ». Mais les États-Unis, eux, sont les « gendarmes du monde », les « défenseurs de la liberté ». Quelle farce ! Le langage, c’est comme la monnaie : ceux qui le contrôlent contrôlent le monde. Et aujourd’hui, ce sont les marchands qui dictent les mots, donc les pensées.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Face à cette machine de guerre, que faire ? Se soumettre ? Jamais. Résister, oui, mais pas avec les armes des maîtres. Le comportementalisme radical, c’est refuser de jouer leur jeu. C’est boycotter leurs produits, leurs médias, leurs élections truquées. C’est créer des réseaux parallèles, des économies locales, des systèmes d’entraide. C’est refuser la logique de la croissance infinie, du profit à tout prix. C’est retrouver le sens de la communauté, de la solidarité, de l’humanité. La résistance humaniste, c’est aussi cela : refuser de haïr, même quand on vous pousse à la haine. L’Iran, les États-Unis, ce ne sont pas des entités abstraites, ce sont des peuples, des hommes, des femmes, des enfants. Les dirigeants mentent, les médias manipulent, mais les peuples, eux, souffrent. Et c’est à eux qu’il faut tendre la main, pas aux puissants. La vraie révolution, c’est celle des cœurs, pas celle des barricades. C’est celle qui dit non à la guerre, non à l’exploitation, non à la peur. C’est celle qui dit oui à la vie, à la liberté, à la fraternité.
Mais attention : cette résistance ne doit pas être naïve. Elle doit être lucide, impitoyable envers les mensonges, les hypocrisies, les faux-semblants. Elle doit démasquer les imposteurs, qu’ils soient en costume-cravate ou en treillis militaire. Elle doit refuser les faux débats, les fausses alternatives, les pièges tendus par ceux qui veulent nous diviser. Elle doit être internationale, parce que l’ennemi est mondial. Elle doit être radicale, parce que les demi-mesures ne servent à rien. Et surtout, elle doit être joyeuse, parce que la joie est la plus belle des réponses à la barbarie.
LES NÉGOCIATEURS
Ils sont venus en avion, les messieurs en noir,
Avec leurs dossiers, leurs sourires, leurs dents en or.
« Pourparlers », qu’ils disent, « dialogue », « paix »,
Mais dans leurs valises, c’est la guerre qu’ils ont glissée.
L’un vient de Téhéran, l’autre de Washington,
L’un parle de Dieu, l’autre du dollar qui sonne.
Entre eux, le sultan d’Oman, sourire de chat,
Qui compte les points en sirotant son thé à la menthe.
Ils parlent de sanctions, de centrifugeuses,
De missiles, de pétrole, de dettes, de ruses.
Mais personne ne parle des enfants affamés,
Des hôpitaux sans médicaments, des rêves brisés.
« Vous nous étranglez ! » crie l’un.
« Vous nous menacez ! » répond l’autre.
Et pendant ce temps, dans l’ombre, les banques,
Les multinationales, les marchands de canons,
Rient sous cape en comptant leurs profits.
La paix ? Connais pas.
La guerre ? Trop cher.
Alors on négocie, on tergiverse, on ment,
On signe des traités qui ne valent pas le papier
Sur lequel on les écrit.
Et quand tout sera fini, quand les caméras seront parties,
Quand les diplomates seront rentrés chez eux,
Les bombes continueront de tomber,
Les enfants continueront de mourir,
Et le monde, ce grand cadavre,
Tournera, tournera, tournera,
Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.