Jul, Gims et Ninho parmi les artistes les plus écoutés sur les plateformes en France en 2025 – BFM






L’Écho des Mots Perdu : Jul, Gims, Ninho et la Danse des Algorithmes


ACTUALITÉ SOURCE : Jul, Gims et Ninho parmi les artistes les plus écoutés sur les plateformes en France en 2025 – BFM

Le Prisme de Laurent Vo Anh : La Symphonie Néolibérale et la Résistance des Mots

Nous voici en cette année 2025, où les chiffres de streaming, ces nouveaux nombres d’or du XXIe siècle, viennent confirmer une évidence que le comportementalisme radical ne cesse de murmurer : l’homme moderne est avant tout un animal de flux, un être façonné par les courants invisibles des algorithmes. Jul, Gims, Ninho – ces trois noms, portés par des voix distinctes, résonnent comme des notes d’une partition collective, une mélodie où se mêlent la nostalgie des années 2000, l’énergie brute des banlieues et la sophistication calculée des studios. Mais derrière cette apparente simplicité se déploie un paysage philosophique bien plus complexe, où se croisent la résistance néolibérale, la psychologie des foules et la quête éternelle de sens dans un monde où tout est mesurable, mais rien n’est vraiment compris.

Commençons par poser le cadre : le streaming n’est pas un simple outil de consommation musicale. C’est un dispositif de gouvernementalité, au sens foucaldien du terme, une machine à façonner les désirs, à canaliser les émotions et à produire des sujets dociles, mais aussi, paradoxalement, des résistances insoupçonnées. Les plateformes comme Spotify ou Deezer ne vendent pas de la musique ; elles vendent de l’expérience, une illusion de connexion sociale, une promesse de reconnaissance immédiate. En 2025, Jul, Gims et Ninho ne sont pas seulement des artistes : ils sont des nœuds dans un réseau de significations, des points de passage obligés pour une génération en quête d’identité dans un monde où les repères traditionnels se dissolvent.

Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner (sans pour autant endosser ses excès behavioristes), nous rappelle que tout comportement humain est le résultat d’un conditionnement environnemental. Les algorithmes des plateformes de streaming agissent comme des boîtes de Skinner numériques : ils renforcent les comportements désirés (l’écoute répétée, l’abonnement, le partage) par des récompenses immédiates (la dopamine des likes, la validation sociale des playlists partagées). Jul, Gims et Ninho, en tant qu’artistes dominants, sont les renforts primaires d’un système qui cherche à maximiser l’engagement. Leurs succès ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une ingénierie comportementale fine, où chaque parole, chaque mélodie, chaque image est calculée pour déclencher une réponse émotionnelle optimale.

Pourtant, cette domination algorithmique n’est pas totale. Elle se heurte à une résistance néolibérale, un phénomène que j’ai longuement exploré dans mes travaux précédents. Le néolibéralisme, en tant que doctrine, promet la liberté individuelle, mais en réalité, il la réduit à une illusion de choix dans un marché saturé. Les artistes comme Jul, Gims ou Ninho incarnent cette tension : ils sont à la fois les produits et les critiques du système qu’ils alimentent. Leurs textes, souvent ambivalents, oscillent entre l’autocélébration et une forme de révolte soft, où la transgression se fait par l’exagération, par le jeu avec les codes. Gims, avec ses références au luxe et à la réussite, parle à une jeunesse qui rêve de s’élever, mais aussi à une autre qui se reconnaît dans ses échecs. Ninho, avec son flow brut et ses paroles parfois violentes, offre une valve de sécurité à une colère sociale refoulée. Jul, quant à lui, incarne une forme de nostalgie contrôlée, un retour aux sons des années 2000 réinventés pour une génération qui n’a pas vécu cette époque mais en idéalise les codes.

Cette résistance néolibérale prend plusieurs formes. D’abord, elle est esthétique : les artistes jouent avec les attentes du public tout en les subvertissant. Un titre comme « La vie qu’on mène » de Gims, par exemple, peut être lu comme une célébration du succès matériel, mais aussi comme une question sur le sens de cette réussite. Ensuite, elle est communautaire : les fans ne se contentent pas d’écouter ; ils créent des rituels autour de ces artistes (les chorégraphies sur TikTok, les débats sur les paroles, les théories sur les « vrais messages » cachés). Enfin, elle est économique : ces artistes, malgré leur succès, restent des travailleurs précaires du divertissement, soumis aux caprices des algorithmes et des majors. Leur pouvoir est réel, mais limité par les structures mêmes qu’ils contribuent à renforcer.

Mais pourquoi ces trois artistes en particulier ? Pourquoi pas d’autres ? La réponse réside dans une alchimie complexe entre l’offre algorithmique et la demande culturelle. Les plateformes, dans leur quête d’optimisation, cherchent à maximiser l’engagement par minute écoutée. Jul, avec ses mélodies entraînantes et ses textes accessibles, offre une consommation légère, idéale pour les écoutes en fond sonore. Gims, avec son univers visuel riche et ses collaborations variées, capte l’attention sur le long terme. Ninho, avec son flow unique et ses paroles qui oscillent entre vulgarité et profondeur, crée un phénomène viral difficile à ignorer. Ensemble, ils couvrent un spectre large : la nostalgie, l’aspiration sociale, et la révolte contenue.

Cependant, cette domination tripartite cache une fracture profonde dans le paysage musical français. D’un côté, ces artistes incarnent une forme de pop culture globale, adaptée aux goûts internationaux et aux algorithmes des plateformes. De l’autre, une scène underground, plus expérimentale et politique, peine à émerger. Les artistes comme Pomme ou Luv Resval (pour ne citer qu’eux) restent des figures marginales, malgré leur talent. Pourquoi ? Parce que le système récompense la conformité émotionnelle bien plus que l’innovation. Les algorithmes n’aiment pas les surprises : ils préfèrent les schémas répétitifs qui génèrent de la prévisibilité, donc de l’engagement.

Nous touchons ici au cœur du paradoxe néolibéral : le marché libre est en réalité un marché captif. Les plateformes de streaming, en se présentant comme des démocraties de l’écoute, masquent leur rôle de curateurs autoritaires. Elles décident ce qui est « tendance », ce qui est « viral », ce qui mérite d’être écouté. Jul, Gims et Ninho ne sont pas les « meilleurs » artistes de leur génération – cette notion est d’ailleurs devenue obsolète dans un monde où la qualité est subjective et où l’algorithme décide. Ils sont simplement ceux qui correspondent le mieux aux attentes calculées d’un système conçu pour maximiser le profit tout en donnant l’illusion de la liberté.

Alors, que nous dit cette actualité sur notre époque ? D’abord, qu’nous sommes tous des cobayes consentants. Nous acceptons, voire célébrons, le fait que notre culture soit déterminée par des machines. Nous ne voyons pas cela comme une aliénation, mais comme une évidence. Ensuite, que la résistance prend des formes insoupçonnées. Les fans de ces artistes ne sont pas des consommateurs passifs : ils réinterprètent, débattent, créent. Ils transforment l’offre algorithmique en quelque chose de personnel. Enfin, que la quête de sens persiste, même dans un monde désenchanté. Les paroles de Ninho sur la réussite ou les échecs, les mélodies de Jul qui évoquent des souvenirs, les univers visuels de Gims qui parlent de luxe et de vulnérabilité – tout cela répond à un besoin profond : celui de se reconnaître dans un monde où les repères traditionnels (la religion, la politique, la famille) se sont affaiblis.

Cette dynamique nous rappelle une idée centrale de la pensée postmoderne : la culture est


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