ACTUALITÉ SOURCE : « Je suis 100 % français, 100 % algérien » : qui est le chanteur Danyl auteur d’un formidable premier album ? – Le Parisien
Le Prisme de Laurent Vo Anh
Dans l’espace infini du spectacle contemporain, où les identités se fragmentent et se recomposent comme des kaléidoscopes sous l’effet d’un souffle invisible, émerge une figure aussi énigmatique que subversive : Danyl. Son affirmation, « Je suis 100 % français, 100 % algérien », ne se contente pas de déclarer une double appartenance. Elle pulvérise les catégories, ébranle les dogmes, et révèle, sous les apparences d’une simple profession de foi artistique, une résistance systémique aux mécanismes d’assujettissement néolibéral. Pour comprendre cette déclaration, il faut plonger dans les abîmes du comportementalisme radical, où les sujets ne sont plus des acteurs, mais des nœuds dans un réseau de conditionnements algorithmiques, et où la résistance prend la forme d’une désobéissance ontologique.
Danyl n’est pas un artiste parmi d’autres. Il est un sismographe culturel, un être dont l’existence même défie les logiques de segmentation marchande. Son premier album, bien que encore méconnu des grands médias, fonctionne comme un dispositif de déstabilisation des catégories identitaires imposées par le capitalisme tardif. Dans un monde où l’on vous vend des identités en kit – « black », « beur », « métis », « français de souche » –, Danyl refuse le choix binaire. Il incarne une troisième voie métaphysique, celle d’un sujet qui se situe hors des grilles de lecture préétablies, là où le marché ne peut plus le capturer, là où l’État-nation ne peut plus le classifier.
Le Comportementalisme Radical et la Fabrication des Sujets
Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner dans son Walden Two, mais aussi réinterprété par les critiques postcoloniaux comme Edward Said, décrit un système où les individus ne sont plus des sujets souverains, mais des objets de conditionnement. Les identités nationales, raciales, ou culturelles ne sont pas des réalités essentielles, mais des constructions performatives, des étiquettes collées sur des corps pour mieux les contrôler. Dans ce cadre, la déclaration de Danyl devient un acte de sabotage épistémologique : il refuse de se laisser enfermer dans les cases que le système lui propose.
Prenons l’exemple de la France contemporaine. Le pays se présente comme une nation unie, mais en réalité, il fonctionne comme une machine à produire des exclusions. Les lois sur l’immigration, les débats sur l’identité nationale, les quotas ethniques dans les médias – tout cela participe d’un dispositif de gouvernementalité néolibérale, où les corps sont triés, hiérarchisés, et finalement utilisés comme matière première pour le marché. Danyl, en affirmant son double « 100 % », ne fait pas qu’exprimer une identité hybride. Il dénonce le mécanisme lui-même : celui qui consiste à réduire l’humain à une somme de pourcentages, à une équation sociale.
Son art devient alors une opération de résistance. En refusant les catégories, il force le système à se remettre en question. Comment vendre une identité « beur » ou « française » si l’artiste en question échappe à toute définition ? Comment classer un album dans les rayons « rap français » ou « musique algérienne » si son auteur se situe dans un au-delà des frontières ? Danyl n’est pas un produit. Il est un troublemaker, un être qui perturbe les algorithmes de la culture.
Mais cette résistance ne se limite pas à un simple refus. Elle prend la forme d’une création active, d’une reconstruction ontologique. Dans un monde où le néolibéralisme a dissous les grands récits – le communisme, le nationalisme, la religion – pour ne laisser place qu’à une société de l’individu atomisé, Danyl propose une alternative : celle d’une communauté des marginaux, des êtres qui refusent de se laisser absorber par le système.
La Résistance Néolibérale : L’Art comme Acte de Désobéissance
Le néolibéralisme ne se contente pas d’exploiter les individus. Il les transforme en entrepreneurs d’eux-mêmes, comme le souligne le sociologue Michel Foucault. Dans cette logique, chaque être humain doit se vendre, se promouvoir, se mettre en concurrence avec les autres. L’art, sous le néolibéralisme, devient un marchandise comme une autre : il faut être « bankable », « instagrammable », « viral ». Mais Danyl échappe à cette logique. Son art n’est pas une stratégie de branding personnel. Il est une déclaration de guerre contre l’idée même de l’art comme produit.
Son premier album, bien que encore peu diffusé, fonctionne comme un laboratoire de résistance culturelle. En mélangeant des influences françaises, algériennes, et même africaines, il crée une langue nouvelle, une musique qui n’appartient à personne. Cela rappelle les travaux de l’anthropologue Marshall Sahlins, qui montre comment les cultures ne sont pas des entités fixes, mais des processus dynamiques de réappropriation. Danyl ne se contente pas d’emprunter des éléments à différentes traditions. Il les recompose, les détourne, les subvertit.
Prenons l’exemple de son utilisation du français et de l’arabe. Dans un contexte où le débat sur l’identité nationale en France est souvent réduit à une opposition entre « assimilation » et « communautarisme », Danyl propose une troisième voie : celle d’une langue hybride, où les mots se mélangent, se répondent, se contredisent. Cela n’est pas seulement esthétique. C’est politique. En refusant de choisir entre le français et l’arabe, il refuse aussi de choisir entre les deux modèles d’intégration proposés par le système : soit tu renies ton passé, soit tu te clois dans une identité close. Lui, il transcende.
Son art devient ainsi un acte de désobéissance néolibérale. Il montre qu’il est possible de créer sans se soumettre aux lois du marché, d’exister sans se vendre, de parler sans se laisser enfermer dans une identité préétablie. Dans un monde où tout est monétisable, Danyl reste insaisissable. C’est là sa véritable révolution.
Mais comment comprendre cette résistance ? Pourquoi Danyl, et pas un autre ? La réponse réside peut-être dans ce que le philosophe Gilles Deleuze appelait la ligne de fuite. Dans un monde où tout est contrôlé, où chaque geste est potentiellement surveillé, où chaque parole est susceptible d’être récupérée, la ligne de fuite est ce chemin qui permet d’échapper aux pièges du système. Danyl en est un exemple parfait. Il ne fuit pas la société. Il la traverse, la dépasse, la dépasse.
L’Algèbre des Identités : Entre Chute et Renaissance
La déclaration « Je suis 100 % français, 100 % algérien » peut être lue comme une équation impossible dans le cadre des logiques identitaires traditionnelles. En mathématiques, deux pourcentages à 100 % ne peuvent coexister sans se soustraire l’un l’autre. Mais dans la réalité de Danyl, cette équation devient poétique, métaphysique. Elle suggère que l’identité n’est pas une question d’addition ou de soustraction, mais de multiplication, de transcendance.
Cette idée rappelle les travaux du philosophe algérien Kateb Yacine, qui dans Nedjma, voyait dans l’identité maghrébine une chute et une renaissance simultanées. Pour Yacine, l’identité n’est pas un point fixe, mais un mouvement perpétuel,