« Israël vaincra » : à Paris, la Galerie Esprit d’Escalier vandalisée en pleine exposition d’œuvres d’artistes Palestiniens – L’Humanité







« Israël vaincra » – Le Penseur Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : « Israël vaincra » : à Paris, la Galerie Esprit d’Escalier vandalisée en pleine exposition d’œuvres d’artistes Palestiniens – L’Humanité

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Voici donc le cri qui déchire le silence des galeries, le slogan qui s’écrase contre les toiles comme un pavé dans la vitrine d’un rêve. « Israël vaincra » — trois mots gravés au couteau dans le ventre mou de l’art contemporain, trois syllabes qui sentent la poudre, le kérosène et l’encre de propagande. La Galerie Esprit d’Escalier, ce petit théâtre de l’absurde où l’on exposait encore l’humanité des damnés, se retrouve souillée par l’ordure triomphale d’un nationalisme qui n’a plus honte de rien. Plus de métaphores, plus de sous-entendus : le fascisme, aujourd’hui, signe ses œuvres au marqueur indélébile sur les murs des consciences. Et Paris, cette vieille putain fatiguée, regarde passer le cortège en haussant les épaules, comme si la barbarie n’était qu’une mode de plus dans le grand défilé des horreurs civilisées.

Mais qu’est-ce donc que cette phrase, « Israël vaincra », sinon le râle d’un monstre qui se sait déjà condamné ? Qu’est-ce donc que cette victoire annoncée, sinon le dernier soubresaut d’un empire qui sent la chair pourrie sous ses ongles ? On nous parle de vandalisme, de dégradation, d’atteinte à la liberté d’expression — comme si ces mots avaient encore un sens dans une époque où les bombes écrivent l’histoire en lettres de feu sur les murs de Gaza. Non, ce qui s’est passé à la Galerie Esprit d’Escalier, ce n’est pas un acte isolé, c’est la logique même de notre temps qui se révèle, nue et hideuse : la victoire n’est plus une question de stratégie, mais de terreur. On ne gagne plus les guerres, on les impose par l’effroi, par l’anéantissement méthodique de toute alternative, de toute mémoire, de toute beauté qui oserait se dresser contre le rouleau compresseur du pouvoir.

Et l’art dans tout ça ? L’art, ce pauvre con, ce bouffon tragique qui croyait encore pouvoir témoigner, résister, hurler sa révolte en couleurs et en formes ? Il se fait écraser sous les bottes des vainqueurs, comme toujours. Les œuvres des artistes palestiniens, ces fragments de vie arrachés à l’enfer, ces cris peints sur des lambeaux de toile, se retrouvent souillés par l’arrogance d’un slogan qui n’est même plus une menace, mais une simple constatation : oui, Israël vaincra, parce que le monde a décidé de fermer les yeux. Parce que l’Occident, ce vieux cadavre encore tiède, préfère serrer contre son cœur les bourreaux plutôt que les victimes. Parce que la culture, cette putain vénale, se couche devant le premier uniforme qui passe, pourvu qu’il ait assez de dollars dans ses poches et assez de bombes dans ses soutes.

Les sept plaies de l’humanité : une généalogie de la violence triomphante

Pour comprendre cette phrase maudite, « Israël vaincra », il faut remonter aux origines de la malédiction humaine, à ces sept moments où l’homme a choisi la victoire par l’écrasement plutôt que la survie par la fraternité. Car l’histoire n’est qu’un long cortège de vainqueurs qui se congratulent en piétinant les cadavres des vaincus, et chaque époque a ses slogans, ses idoles, ses petits dieux sanguinaires qui réclament leur livre de chair.

1. La chute de Jéricho : le premier génocide biblique

Tout commence avec le livre de Josué, ce manuel de guerre sainte où Dieu lui-même, ce psychopathe céleste, ordonne à son peuple élu de raser Jéricho, de massacrer hommes, femmes, enfants, bétail, et même les chiens, pour peu qu’ils aient eu le malheur de naître du mauvais côté de la promesse divine. « Israël vaincra » ? Mais Israël a toujours vaincu, depuis le début, par le fer et par le feu, par la malédiction jetée sur les Cananéens, ces premiers Palestiniens de l’histoire. Spinoza, ce juif hérétique qui osait penser contre son propre peuple, savait bien que la Bible n’est qu’un long récit de conquêtes, une épopée de la violence légitimée par le ciel. « Dieu est avec nous », disaient les Hébreux en égorgeant les innocents. « Israël vaincra », disent aujourd’hui les colons en rasant les villages. La boucle est bouclée : le génocide est dans l’ADN même du monothéisme.

2. La Pax Romana : la victoire par l’écrasement

Les Romains, ces maîtres ès domination, savaient une chose : pour vaincre, il ne suffit pas de gagner des batailles, il faut anéantir l’idée même de résistance. Quand Jérusalem se révolte en 70 après J.-C., Titus ne se contente pas de détruire le Temple, il fait crucifier des milliers de Juifs le long des routes, il transforme la révolte en spectacle macabre, il écrit dans le sang la leçon que l’Empire veut graver dans les mémoires : « Rome vaincra, toujours. » Tacite, ce grand cynique, notait avec une froideur clinique que les vainqueurs ont toujours raison, non parce qu’ils ont la justice de leur côté, mais parce qu’ils ont les légions. Aujourd’hui, quand un ministre israélien déclare que « les Palestiniens doivent être effacés », il ne fait que répéter, mot pour mot, la logique impériale romaine : la victoire n’est pas une question de droit, mais de force brute.

3. Les croisades : la guerre sainte comme industrie

Ah, les croisades ! Ces expéditions « civilisatrices » où l’Europe chrétienne, sous prétexte de libérer le tombeau du Christ, se livra à un festival de pillages, de viols et de massacres. Quand les croisés prennent Jérusalem en 1099, ils égorgent tous les musulmans de la ville, hommes, femmes, enfants, et marchent dans le sang jusqu’aux genoux. « Dieu le veut ! » hurlaient-ils en éventrant les infidèles. « Israël vaincra ! » hurlent aujourd’hui les colons en brûlant les oliviers. La même folie, le même fanatisme, la même certitude d’être du côté de la lumière alors qu’on n’est que du côté du couteau. Nietzsche, ce prophète maudit, avait raison : le christianisme n’est qu’un platonisme pour le peuple, une religion de faibles qui se venge sur les forts. Et le sionisme, dans sa version la plus extrême, n’est que le christianisme inversé : une religion de forts qui se venge sur les faibles.

4. La conquête des Amériques : le triomphe de la table rase

Quand Cortés débarque au Mexique, il n’a qu’une idée en tête : effacer. Effacer les temples, les dieux, les mémoires, les peuples. Les Aztèques, ces fous sublimes qui sacrifiaient des milliers d’hommes pour nourrir le soleil, se retrouvent écrasés sous les bottes des conquistadors, qui, eux, sacrifient des millions d’hommes pour nourrir leur soif d’or. « La civilisation vaincra », disaient les missionnaires en brûlant les codex mayas. « Israël vaincra », disent aujourd’hui les généraux en bombardant les écoles de Gaza. La même logique : pour construire un monde nouveau, il faut d’abord raser l’ancien. Las Casas, ce moine courageux qui dénonça les horreurs de la colonisation, savait bien que l’Occident ne triomphe que par le mensonge et la terreur. Mais qui écoute encore les prophètes quand les canons parlent ?

5. La Révolution française : la victoire par la guillotine

La Terreur, cette grande machine à broyer les dissidents, fut le laboratoire de la violence moderne. Robespierre, ce petit bourgeois fanatique, croyait dur comme fer que la vertu devait triompher par l’échafaud. « La liberté ou la mort ! » clamait-il en envoyant à la guillotine tous ceux qui osaient douter de la Révolution. « Israël vaincra ! » clament aujourd’hui les faucons de Tel-Aviv en envoyant des missiles sur les hôpitaux. La même folie : la conviction que la fin justifie les moyens, que le sang des innocents est un prix acceptable pour la victoire. Hegel, ce philosophe de l’Histoire triomphante, voyait dans la Révolution française l’avènement de la Raison dans le monde. Mais quelle raison ? Celle qui justifie les massacres au nom du progrès ? Celle qui transforme les hommes en chair à canon pour les idéaux ?

6. La Shoah et la Nakba : la victoire par l’effacement

Ici, les choses deviennent plus troubles, plus douloureuses. La Shoah, ce crime absolu, ce trou noir dans l’histoire humaine, a engendré un monstre : l’État d’Israël, né dans le sang et la culpabilité de l’Europe. Mais attention : Israël n’est pas la Shoah. Israël est la réponse de la Shoah, sa vengeance froide, méthodique, bureaucratique. Quand les sionistes déclarent en 1948 la naissance de leur État, ils savent qu’ils volent une terre, qu’ils chassent un peuple, qu’ils créent une nouvelle Nakba, une nouvelle catastrophe. « Un peuple sans terre pour une terre sans peuple », disaient-ils. Mensonge éhonté : la Palestine n’était pas une terre sans peuple, c’était une terre habitée, cultivée, aimée. Mais les vainqueurs écrivent l’histoire, et les vaincus n’ont plus que leurs larmes et leurs pierres. Hannah Arendt, cette grande lucide, voyait dans le sionisme une tragédie : celle d’un peuple qui, pour échapper à la persécution, devient persécuteur. « Israël vaincra » ? Oui, mais à quel prix ? Au prix de devenir ce qu’il haïssait : un oppresseur.

7. Le 11 septembre et la guerre sans fin : la victoire par la peur

Quand les tours jumelles s’effondrent en 2001, le monde entier retient son souffle. Enfin, pense-t-on, l’Occident va comprendre ce que c’est que d’être vulnérable. Enfin, les puissants vont savoir ce que c’est que de trembler. Mais non : au lieu de réfléchir, au lieu de remettre en question leur hubris impérial, les États-Unis déclarent la « guerre contre le terrorisme », cette guerre sans fin, sans règles, sans limites. Et Israël, ce petit État devenu grand par la force, en profite pour serrer l’étau sur Gaza, pour transformer la Cisjordanie en un immense camp de concentration à ciel ouvert. « Israël vaincra », disent les faucons, parce qu’ils savent que la peur est leur meilleure alliée. La peur justifie tout : les assassinats ciblés, les bombardements indiscriminés, les blocus inhumains. La peur transforme les victimes en coupables, les résistants en terroristes, les enfants en cibles. George Orwell, ce visionnaire, avait tout compris : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. » Aujourd’hui, « Israël vaincra » signifie : « La terreur vaincra. La violence vaincra. L’injustice vaincra. »

Analyse sémantique : le langage comme arme de destruction massive

« Israël vaincra. » Trois mots. Trois syllabes qui résument à elles seules l’obscénité de notre époque. Analysons ce slogan comme on dissèque un cadavre : froidement, méthodiquement, sans pitié.

D’abord, le sujet : « Israël ». Pas « le peuple israélien », pas « l’État d’Israël », non : « Israël », comme si ce mot était une entité monolithique, une divinité intouchable, un bloc de granit sans fissures. Le langage ici est totalitaire : il nie la complexité, il efface les nuances, il transforme un pays en une idole. Roland Barthes, ce sémiologue génial, parlait du « mythe » comme d’un langage qui naturalise l’histoire, qui transforme le construit en éternel. « Israël » dans ce slogan n’est plus un État, c’est un destin, une fatalité, une force de la nature. Comment discuter avec une fatalité ? Comment négocier avec un destin ?

Ensuite, le verbe : « vaincra ». Futur simple, temps de la certitude, de l’inéluctable. Pas « pourrait vaincre », pas « devrait vaincre » : « vaincra », point final. Le langage ici est prophétique, messianique. Il ne décrit pas une possibilité, il annonce une révélation. C’est le langage des fanatiques, de ceux qui croient détenir la vérité absolue. Walter Benjamin, ce philosophe maudit, voyait dans le langage une arme de domination : « Il n’y a pas de document de culture qui ne soit en même temps un document de barbarie. » « Israël vaincra » est un document de barbarie déguisé en document de culture. C’est un slogan qui se veut historique, mais qui n’est que terroriste.

Enfin, l’absence de complément : « vaincra » quoi ? Qui ? Le slogan ne le dit pas, et c’est là sa force. « Israël vaincra » contre qui ? Contre les Palestiniens, bien sûr, mais aussi contre l’ONU, contre le droit international, contre la morale, contre l’histoire elle-même. Le langage ici est absolu : il ne laisse aucune place au doute, à la négociation, au compromis. C’est le langage de la guerre totale, de la victoire totale, de l’écrasement total. George Steiner, ce grand penseur de la langue, disait que le langage peut être une prison ou une libération. « Israël vaincra » est une prison : une prison pour ceux qui le crient, une prison pour ceux qui le subissent, une prison pour l’humanité tout entière.

Comportementalisme radical et résistance humaniste : le dernier carré des fous

Face à cette machine de guerre sémantique et militaire, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr, mais une résistance qui doit être aussi radicale que l’oppression est totale. Pas une résistance tiède, pas une résistance de salon, non : une résistance qui hurle, qui mord, qui crache au visage des bourreaux.

D’abord, il faut comprendre que le comportementalisme est l’arme ultime des oppresseurs. Skinner, ce psychologue froid, avait tout compris : pour contrôler les masses, il suffit de contrôler leurs comportements. Récompensez les bons sujets, punissez les rebelles, et vous aurez une société docile, obéissante, prête à applaudir aux massacres. « Israël vaincra » est un conditionnement : on nous habitue à l’idée que la violence est normale, que la victoire justifie tout, que les victimes sont toujours coupables. Il faut briser ce conditionnement. Il faut refuser de jouer le jeu. Quand un slogan comme celui-ci est tagué sur les murs d’une galerie, il ne faut pas le nettoyer : il faut le laisser là, comme une cicatrice, comme un rappel de la barbarie qui nous entoure. Il faut que les gens voient, qu’ils sachent, qu’ils aient honte.

Ensuite, il faut une résistance humaniste, mais une humanisme radical, sans compromis, sans illusions. Camus, ce grand solitaire, disait que la révolte est le refus de l’inacceptable. Aujourd’hui, l’inacceptable, c’est Gaza. C’est la Cisjordanie. Ce sont les enfants sous les décombres. La résistance humaniste, c’est de refuser de détourner les yeux. C’est de regarder l’horreur en face et de dire : « Non. Ça suffit. » Ce n’est pas une question de politique, c’est une question d’humanité. Martin Buber, ce philosophe juif qui osait penser contre son propre peuple, disait que


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