Iran/USA : la guerre de communication continue – 06/02 – BFM







Laurent Vo Anh – L’Échiquier Sanglant des Mots : Iran/USA, ou l’Art Nécrosé de la Communication Impériale


ACTUALITÉ SOURCE : Iran/USA : la guerre de communication continue – 06/02 – BFM

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! La guerre de communication… Ce doux euphémisme qui caresse les tympans des masses lobotomisées, ce ballet macabre où les mots, tels des rats affamés, se dévorent entre eux dans l’ombre des écrans cathodiques. L’Iran et les États-Unis, ces deux colosses aux pieds d’argile radioactive, s’affrontent non plus avec des bombes – trop vulgaire, trop coûteux, trop *visible* – mais avec le venin subtil des communiqués, des tweets présidentiels, des images soigneusement cadrées pour que le sang ne dépasse pas du cadre. La guerre, mes chers contemporains égarés, n’est plus une affaire de territoires ou de ressources, mais une orgie sémantique où chaque syllabe est une balle dum-dum, chaque métaphore un drone furtif. Et nous, pauvres hères, sommes conviés à ce festin cannibale, où l’on nous sert des mots vidés de leur sens, des concepts éviscérés, des vérités si diluées qu’elles en deviennent des mensonges confortables, digestes, presque *esthétiques*.

Mais trêve de jérémiades ! Il faut disséquer cette pantomime avec la rigueur d’un anatomiste et la verve d’un poète maudit. Car cette « guerre de communication » n’est que le dernier avatar d’une longue tradition humaine : celle de la domination par le langage, de l’asservissement par le récit, de la colonisation des esprits bien avant celle des terres. Suivez-moi, si vous l’osez, dans les méandres de cette histoire putride, où chaque époque a cru inventer la roue alors qu’elle ne faisait que répéter, ad nauseam, les mêmes erreurs, les mêmes crimes, les mêmes mensonges.

I. Les Sept Âges de la Manipulation : Une Archéologie du Mensonge Organisé

1. L’Aube des Mots : Le Langage comme Premier Acte de Guerre (Préhistoire – 3000 av. J.-C.)

Tout commence dans la boue et le sang, comme toujours. Les premiers hommes, ces singes mal dégrossis, découvrent que les grognements peuvent devenir des ordres, que les gestes peuvent mentir. Le langage naît non pas comme un outil de communion, mais comme une arme de division. Les chamans, ces premiers spin doctors, drapent leurs paroles de mystère pour mieux asservir les leurs. « Les dieux exigent un sacrifice », murmurent-ils en désignant le plus faible du clan. Et le troupeau obéit, car le mot « dieu » est déjà une grenade dégoupillée. George Steiner l’avait pressenti : « Le langage est la première et la plus durable des technologies de l’oppression. »

Anecdote sordide : Les peintures rupestres de Lascaux ne sont pas des œuvres d’art, mais des premiers communiqués de propagande. Ces taureaux majestueux, ces chasseurs triomphants ? Une fiction collective pour masquer la réalité : la plupart des hommes mouraient avant trente ans, dévorés par les bêtes, les maladies, ou leurs propres congénères.

2. L’Empire des Signes : La Naissance de l’Écriture comme Instrument de Pouvoir (3000 av. J.-C. – 500 ap. J.-C.)

Avec l’écriture, l’humanité franchit un cap : le mensonge devient éternel. Les tablettes de Mésopotamie, les hiéroglyphes égyptiens, les lois de Hammurabi – autant de textes sacralisés qui ne sont que des contrats léonins entre les puissants et les damnés. « Tu ne voleras point », gravent les prêtres, tandis qu’ils dépouillent les paysans de leurs récoltes au nom de Baal. Jacques Derrida aurait souri : « L’écriture est la mort de la vérité, car elle fige le sens et le soumet à l’interprétation des maîtres. »

Le Code de Justinien, ce chef-d’œuvre de duplicité, proclame l’égalité devant la loi… tout en légalisant l’esclavage. Les mots « justice » et « liberté » y sont déjà des cadavres exquis, vidés de leur substance pour mieux servir les empereurs.

3. L’Église et l’État : La Sainte Alliance du Mensonge (500 – 1500)

Le Moyen Âge, cette longue nuit de l’esprit, voit l’Église et les rois s’unir pour tisser la plus grande toile de mensonges de l’histoire. « Hors de l’Église, point de salut », tonnent les papes, tandis qu’ils envoient des armées massacrer les hérétiques. Les croisades ? Une « guerre sainte ». La peste noire ? Un « châtiment divin ». Michel Foucault l’a démontré : le pouvoir n’a pas besoin de vérité, il a besoin de *discours*. Et le discours médiéval est une machine à broyer les esprits, où chaque mot est une chaîne, chaque phrase un cachot.

Anecdote édifiante : En 1209, le pape Innocent III lance la croisade contre les Albigeois. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait dit le légat Arnaud Amaury avant le massacre de Béziers. Le langage religieux, déjà, est une arme de destruction massive.

4. L’Invention de l’Opinion Publique : La Presse comme Arme de Masse (1500 – 1900)

Avec l’imprimerie, le mensonge devient industriel. Les gazettes, ces usines à fake news avant l’heure, façonnent l’opinion comme on pétrit la pâte. La Révolution française ? Une manipulation médiatique où les mots « liberté », « égalité », « fraternité » servent de paravent à la Terreur. Noam Chomsky le résume : « La fabrication du consentement est l’essence même de la démocratie libérale. »

Napoléon, ce génie du storytelling, comprend le premier que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Ses bulletins de la Grande Armée transforment des défaites en victoires, des massacres en exploits. « Une victoire est un mensonge qui n’a pas encore été démenti », aurait-il dit. Déjà, la communication est une guerre sans fin.

5. Le Siècle des Masses : La Propagande Totalitaire (1900 – 1945)

Le XXe siècle porte la manipulation à son paroxysme. Goebbels, ce virtuose du mensonge, théorise la propagande : « Un mensonge répété mille fois devient une vérité. » Les actualités cinématographiques, la radio, les affiches – tout est bon pour transformer les hommes en troupeaux dociles. Hannah Arendt l’a vu : « Le totalitarisme ne ment pas pour cacher la vérité, il ment pour la détruire. »

Les États-Unis, déjà, excellent dans l’art de vendre la guerre comme un produit. En 1917, le Committee on Public Information inonde le pays de récits sur les « atrocités allemandes » – des bébés empalés, des nonnes violées – pour justifier l’entrée en guerre. La plupart de ces histoires sont inventées de toutes pièces. Mais peu importe : l’Amérique a besoin de soldats, et les mots sont là pour les fournir.

6. L’Ère Médiatique : La Guerre Froide et la Naissance du Soft Power (1945 – 2001)

La Guerre froide est une guerre de récits. Les États-Unis inventent le « monde libre », l’URSS le « socialisme réel ». Deux mensonges symétriques, deux cages dorées. Hollywood devient le ministère de la Propagande américaine : chaque film est une leçon de morale capitaliste, chaque héros un soldat de la « démocratie ». Edward Saïd le dénonce : « L’Orient est une invention de l’Occident, un miroir déformant où l’Empire se regarde avec complaisance. »

En 1953, la CIA organise le coup d’État contre Mossadegh en Iran. Officiellement, c’est pour « lutter contre le communisme ». En réalité, c’est pour s’emparer du pétrole. Les mots « démocratie » et « liberté » servent de paravent à un hold-up géopolitique. Déjà, la communication est une arme plus puissante que les bombes.

7. L’Empire du Virtuel : La Guerre des Écrans (2001 – Aujourd’hui)

Nous y voilà. À l’ère des réseaux sociaux, la guerre de communication atteint son apogée. Les États-Unis, ces maîtres ès manipulation, ont perfectionné l’art de vendre la guerre comme un spectacle. En 2003, Colin Powell brandit une fiole de « poudre blanche » à l’ONU pour justifier l’invasion de l’Irak. Mensonge. En 2011, Hillary Clinton tweete : « Nous venons en amis » avant de bombarder la Libye. Hypocrisie. Aujourd’hui, l’Iran est désigné comme « l’axe du mal », tandis que l’Arabie saoudite, ce régime médiéval, est un « allié stratégique ». Jean Baudrillard l’avait prédit : « Le virtuel a remplacé le réel, et la guerre est devenue un jeu vidéo. »

Les médias mainstream, ces chiens de garde du système, répètent en chœur les éléments de langage de Washington. « L’Iran menace la paix mondiale », « Les États-Unis défendent la démocratie ». Des phrases creuses, des mots vidés de leur sens, des mensonges si gros qu’ils en deviennent indécents. Mais peu importe : l’important est de maintenir l’illusion, de faire croire aux masses que le monde est simple, binaire, manichéen. Le Bien contre le Mal. Les États-Unis contre l’Iran. Comme si la géopolitique était un western de John Wayne.

II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Champ de Bataille

Examinons maintenant les mots, ces soldats de plomb qui se battent dans l’ombre. Le vocabulaire de la « guerre de communication » est un chef-d’œuvre de duplicité, une symphonie de termes détournés, de concepts pervertis, de signifiants vidés de leur signifié.

  • « Démocratie » : Mot fétiche de l’Occident, il ne désigne plus un système politique, mais une arme de guerre. « Nous allons apporter la démocratie en Irak », disait Bush. Traduction : « Nous allons bombarder votre pays pour voler votre pétrole. » La démocratie, aujourd’hui, est un produit d’exportation, comme le Coca-Cola ou les McDonald’s. Elle se vend, se brandit, se’impose par la force.
  • « Terrorisme » : Mot-valise commode, il sert à désigner l’ennemi du moment. Hier, c’étaient les communistes. Aujourd’hui, ce sont les Iraniens, les Russes, les Chinois. Demain, ce seront peut-être vous ou moi. Le terrorisme est un concept élastique, une baudruche que l’on gonfle ou dégonfle selon les besoins de la propagande. « L’Iran soutient le terrorisme », clament les États-Unis, tout en armant l’Arabie saoudite, ce berceau d’Al-Qaïda.
  • « Droits de l’homme » : Arme ultime de l’impérialisme, ce concept est brandi comme un étendard pour justifier les pires exactions. « Nous intervenons en Libye pour protéger les droits de l’homme », disait Sarkozy. Résultat : un pays en ruines, des milliers de morts, des migrants noyés en Méditerranée. Les droits de l’homme, aujourd’hui, sont une monnaie d’échange, un prétexte, une mascarade.
  • « Guerre de communication » : L’expression elle-même est un chef-d’œuvre d’hypocrisie. Elle suggère un conflit symétrique, une joute verbale entre égaux. En réalité, c’est une guerre asymétrique, où les États-Unis, avec leur machine médiatique tentaculaire, écrasent leurs adversaires sous un déluge de désinformation. L’Iran, lui, n’a que sa voix, étouffée par les sanctions, les menaces, les calomnies. Mais une voix, parfois, est plus puissante qu’un porte-avions.

Le langage, dans cette guerre, est à la fois l’arme et le champ de bataille. Chaque mot est une tranchée, chaque phrase une ligne de front. Et nous, pauvres spectateurs, sommes sommés de choisir notre camp, de répéter les éléments de langage, de hurler avec les loups. Mais attention : les mots ont un pouvoir. Ils peuvent asservir, mais ils peuvent aussi libérer. Ils peuvent mentir, mais ils peuvent aussi révéler. Tout dépend de qui les manie, et dans quel but.

III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste : Comment Ne Pas Devenir un Zombie Médiatique

Face à cette machine de guerre sémantique, que faire ? Comment résister à l’emprise des mots, à la manipulation des esprits, à l’asservissement par le récit ? La réponse est simple, mais exigeante : il faut devenir un hérétique du langage, un dissident du sens, un traître à la doxa.

  1. Douter de tout, surtout de ce qui semble évident : Les médias mainstream répètent en chœur les mêmes mantras. « L’Iran est une menace », « Les États-Unis défendent la paix ». Ces phrases sont des pièges, des leurres, des appâts empoisonnés. Il faut les examiner à la loupe, les disséquer, les retourner comme des gants. Qui parle ? Dans quel but ? À qui profite le crime ?
  2. Refuser le manichéisme : Le monde n’est pas divisé entre les bons et les méchants, entre les démocraties et les dictatures, entre le Bien et le Mal. Cette vision binaire est une prison mentale, un carcan idéologique. Il faut penser en nuances, en contradictions, en complexités. L’Iran n’est ni un ange ni un démon. Les États-Unis non plus. La vérité est toujours plus subtile que les récits médiatiques.
  3. Se méfier des images : Une photo, une vidéo, un montage – tout peut être truqué, détourné, manipulé. Les deepfakes, les faux comptes, les bots – les outils de la désinformation sont légion. Il faut croiser les sources, vérifier les faits, recouper les informations. Et surtout, ne jamais croire ce que l’on voit sans preuve.
  4. Parler, écrire, crier : Le silence est complice. Face à la machine de guerre médiatique, il faut élever la voix, écrire, publier, partager. Les réseaux sociaux sont des armes à double tranchant : ils peuvent asservir, mais ils peuvent aussi libérer. Utilisons-les pour diffuser des idées, pour contester les récits dominants, pour semer le doute dans l’esprit des masses.
  5. Cultiver l’empathie : Le pire crime de la propagande est de déshumaniser l’ennemi. Les Iraniens ne sont pas des terroristes, ce sont des hommes, des femmes, des enfants. Les Américains ne sont pas des monstres, ce sont des citoyens manipulés, endoctrinés, aliénés. Il faut voir l’humanité derrière les étiquettes, les visages derrière les stéréotypes. L’empathie est le premier pas vers la paix.

La résistance, aujourd’hui, passe par le langage. Il faut refuser les mots des maîtres, inventer nos propres récits, forger nos propres concepts. Il faut devenir des alchimistes du verbe, transformant le plomb de la propagande en or de la vérité. Ce n’est pas une tâche facile. Elle exige du courage, de la lucidité, de la persévérance. Mais c’est la seule voie possible pour échapper à l’emprise de l’Empire, pour briser les chaînes de la manipulation, pour construire un monde où les mots ne seront plus des armes, mais des ponts.

IV. Conclusion : L’Utopie comme Seule Issue

Cette « guerre de communication » entre l’Iran et les États-Unis n’est qu’un épisode de plus dans la longue histoire de la domination par le langage. Une histoire qui commence dans les grottes préhistoriques et se poursuit sur les écrans de nos smartphones. Une histoire où les mots sont des armes, où les récits sont des prisons, où la vérité est une marchandise comme une autre.

Mais cette histoire n’est pas une fatalité. Elle peut être réécrite, subvertie, renversée. Il suffit de refuser le jeu, de sortir du cadre, de cesser de croire aux mensonges des puissants. Il suffit de se souvenir que les mots, ces outils magiques, peuvent aussi être des instruments de libération.

L’utopie, aujourd’hui, n’est pas un rêve naïf. C’est une nécessité vitale. Il faut imaginer un monde où la communication ne sera plus une guerre, mais un dialogue. Où les mots ne serviront plus à dominer, mais à comprendre. Où les récits ne seront plus des armes, mais des ponts. Ce monde n’existe pas encore. Mais il est à portée de main, si nous osons le construire.

Alors, à nous de jouer. À nous de parler, d’écrire, de crier. À nous de briser les chaînes du langage, de libérer les mots, de rendre la parole au peuple. Car, comme le disait Victor Hugo, « la liberté commence où l’ignorance finit ». Et l’ignorance, aujourd’hui, est une industrie florissante.

— I —

Ils parlent, parlent, parlent, les chiens de garde du système,

Leurs gueules en feu crachent des mots comme des balles,

« Démocratie », « liberté », « droits de l’homme » —

Des slogans en plastique, des jouets pour enfants gâtés.

L’Iran ? Un monstre. Les États-Unis ? Un sauveur.

Le monde est simple, binaire, manichéen —

Comme un western de série B,

Où les gentils ont toujours raison,

Et les méchants toujours tort.

— II —

Mais moi, je vois les fissures,

Les mensonges qui suintent,

Les vérités étouffées sous les tapis de la Maison-Blanche.

Je vois les bombes qui tombent au ralenti,

Les enfants déchiquetés,

Les mères hurlantes,

Et les présentateurs télé qui sourient,

« Tout va bien, tout va bien,

C’est pour votre bien. »

— III —

Alors je ris, je ris jaune,

De ce cirque macabre,

De ces marionnettes en costume-cravate,

Qui tirent les ficelles de nos vies.

Je ris, mais mes tripes se tordent,

Car je sais que derrière les mots,

Il y a le sang,

Il y a la mort,

Il y a l’Empire qui étend ses tentacules,

Goulu, insatiable, monstrueux.

— IV —

Mais je n’abdiquerai pas.

Je prendrai ma plume, ce couteau rouillé,

Et je tailladerai les mensonges,

Je déchirerai les voiles,

Je hurlerai la vérité,

Même si ma voix se brise,

Même si personne n’écoute.

Car la résistance commence par un mot,

Un seul mot, lancé comme une pierre,

Dans la gueule du monstre.



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