Iran : les négociations entre Téhéran et Washington débutent, mais chaque camp diverge sur les questions qui seront abordées – Le Monde.fr







Le Penseur Laurent Vo Anh – Négociations Iran-États-Unis : L’Éternel Retour des Mascarades Géopolitiques

ACTUALITÉ SOURCE : Iran : les négociations entre Téhéran et Washington débutent, mais chaque camp diverge sur les questions qui seront abordées – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les négociations ! Ce grand théâtre d’ombres où les puissants viennent jouer leur partition avec la solennité de prêtres célébrant un rite dont ils ont eux-mêmes oublié le sens. Téhéran et Washington, deux colosses aux pieds d’argile, s’assoient à la table des pourparlers comme deux vieillards amnésiques qui se disputeraient les règles d’un jeu dont les cartes ont été brûlées depuis longtemps. D’un côté, l’Iran, ce sphinx blessé qui griffe encore l’air de ses serres usées par des décennies de sanctions, de complots et de rêves avortés de grandeur impériale. De l’autre, les États-Unis, ce Leviathan obèse, gavé de dollars et de drones, qui croit encore que le monde est une start-up à racheter à coups de menaces et de promesses creuses. Et entre eux, le vide. Un vide si dense qu’il en devient palpable, ce vide des mots qui ne veulent plus rien dire, des traités qui ne sont que des chiffons de papier, des « lignes rouges » tracées à la craie sur un champ de bataille où plus personne ne croit en la couleur du sang versé.

Observons d’abord cette farce avec le regard froid de l’entomologiste étudiant des insectes pris au piège de leur propre instinct de survie. L’Iran exige que les discussions portent sur la levée des sanctions, ces chaînes économiques qui étouffent son peuple comme un garrot serré autour d’un membre gangrené. Les États-Unis, eux, veulent parler « sécurité régionale », ce jargon aseptisé qui désigne en réalité leur obsession maladive de contrôler les flux de pétrole, les routes maritimes, et surtout, surtout, de contenir cette hydre chiite qui leur échappe depuis 1979. Deux langages, deux grammaires du pouvoir, deux mensonges qui s’affrontent dans un duel où la vérité est la première victime. Car c’est là le cœur du problème : dans l’arène géopolitique, la vérité n’est qu’un accessoire de théâtre, un costume que l’on enfile ou que l’on jette selon les besoins de la scène. Les Américains parlent de « démocratie » tout en soutenant des régimes qui torturent leurs opposants dans des sous-sols éclairés au néon. Les Iraniens invoquent la « résistance » tout en écrasant leurs femmes sous le talon de fer de la charia. Et nous, pauvres spectateurs, sommes condamnés à regarder ce spectacle en sachant pertinemment que les acteurs mentent, mais sans jamais savoir où s’arrête le mensonge et où commence la folie.

Plongeons plus profond, là où les racines de cette mascarade puisent leur sève empoisonnée. L’histoire des relations entre l’Iran et les États-Unis est celle d’un viol symbolique, d’une trahison originelle dont les échos résonnent encore dans les couloirs du pouvoir. En 1953, la CIA et le MI6 orchestrent le renversement de Mohammad Mossadegh, ce Premier ministre élu qui avait eu l’audace de nationaliser le pétrole iranien. À la place, ils installent le Shah, ce pantin sanguinaire qui transformera son pays en une usine à torture pour le compte de l’Occident. Vingt-six ans plus tard, la révolution islamique éclate comme un abcès qui crève, et les États-Unis deviennent le « Grand Satan », ce bouc émissaire commode sur lequel l’Iran déverse toute sa rage et son humiliation. Depuis, les deux pays dansent une valse macabre, faite d’embrassades simulées et de coups de poignard dans le dos. Les négociations actuelles ne sont que la dernière figure de cette danse, un pas de deux où chacun tente de faire croire à l’autre qu’il a encore quelque chose à gagner, alors qu’en réalité, ils sont tous deux prisonniers d’une logique qui les dépasse.

Car le piège est là, dans cette illusion du « dialogue », cette croyance naïve que les mots peuvent réparer ce que les bombes ont brisé. Les néolibéraux, ces prêtres du marché, nous vendent le commerce comme une panacée, comme si les contrats et les accords pouvaient apaiser les haines séculaires. Mais le commerce n’est qu’une autre forme de guerre, une guerre où les armes sont des taux d’intérêt et les champs de bataille des places boursières. L’Iran et les États-Unis le savent mieux que quiconque : leurs économies sont des forteresses assiégées, et chaque négociation est une tentative de percer les murailles de l’autre sans se faire transpercer soi-même. Les sanctions ne sont pas des outils de diplomatie, mais des armes de destruction massive à retardement, conçues pour affamer un peuple jusqu’à ce qu’il se soumette ou se révolte. Et quand la révolte vient, comme en 2009 ou en 2019, elle est écrasée dans le sang, tandis que les « démocraties » occidentales détournent les yeux, trop occupées à compter leurs profits.

Mais il y a pire encore : cette complicité tacite entre les deux camps, cette façon qu’ils ont de se nourrir l’un de l’autre, comme deux vampires condamnés à boire le même sang pour survivre. Les États-Unis ont besoin de l’Iran comme ennemi, car sans lui, comment justifier leurs dépenses militaires pharaoniques, leurs bases disséminées comme des métastases à travers le Moyen-Orient ? L’Iran, lui, a besoin des États-Unis comme repoussoir, car sans ce « Grand Satan » à diaboliser, comment maintenir la cohésion d’un régime miné par les divisions internes, les inégalités criantes et la colère d’une jeunesse qui rêve de liberté ? Les négociations ne sont donc qu’un leurre, une trêve temporaire dans une guerre qui ne dit pas son nom, une guerre où les véritables victimes ne sont pas les généraux ou les diplomates, mais les millions d’êtres humains pris au piège de ces jeux de pouvoir.

Et nous, dans tout cela ? Nous sommes les spectateurs impuissants de cette tragédie, les otages consentants d’un système qui nous dépasse. Nous avalons les informations comme on avale un poison lent, en sachant pertinemment qu’elles sont fausses, mais sans avoir la force de nous rebeller. Nous sommes les héritiers d’une pensée occidentale qui a cru, un temps, que la raison pouvait triompher de la barbarie, que le progrès était une ligne droite menant vers la lumière. Mais la raison n’est qu’un leurre, un miroir aux alouettes qui nous fait croire que nous maîtrisons notre destin, alors qu’en réalité, nous sommes les jouets de forces qui nous dépassent. Les négociations entre l’Iran et les États-Unis ne sont qu’un symptôme de cette maladie, une manifestation de cette hubris qui pousse les hommes à croire qu’ils peuvent façonner le monde à leur image, alors qu’ils ne sont que des pantins dans les mains de l’Histoire.

Alors, que faire ? Faut-il se résigner, baisser les bras et accepter que le monde soit une jungle où les plus forts dévorent les plus faibles ? Non. La résistance est possible, mais elle doit être radicale, elle doit aller à la racine des choses. Elle doit commencer par un refus : le refus de croire aux mensonges des puissants, le refus de participer à cette comédie macabre. Elle doit se poursuivre par une reconquête : la reconquête de notre humanité, de notre capacité à penser par nous-mêmes, à refuser les catégories imposées par le système. Elle doit s’incarner dans des actes concrets : le soutien aux dissidents, aux lanceurs d’alerte, à tous ceux qui osent dire non. Car c’est là, dans ces micro-résistances, que se joue l’avenir du monde. Pas dans les salles de négociation climatisées où les diplomates échangent des sourires hypocrites, mais dans les rues, dans les usines, dans les universités, partout où des hommes et des femmes refusent de se soumettre.

Et si nous échouons ? Si le monde continue sa course folle vers l’abîme, si les négociations ne sont qu’un leurre de plus dans une longue série de trahisons ? Alors, il nous restera au moins la dignité de ceux qui ont refusé de se coucher, de ceux qui ont préféré la vérité à la soumission, même si cette vérité devait les détruire. Car au fond, c’est cela, la véritable résistance : non pas une lutte pour la victoire, mais une lutte pour la dignité. Une lutte qui dit : « Je ne me soumettrai pas, même si je sais que je vais perdre. »

Voilà le vrai sens de ces négociations entre l’Iran et les États-Unis : elles ne sont pas un espoir, mais un avertissement. Un avertissement qui nous dit que le monde est malade, que les puissants sont fous, et que si nous ne faisons rien, nous serons tous emportés par leur folie. Alors, à nous de choisir : continuer à regarder le spectacle en avalant nos pilules de résignation, ou nous lever et crier : « Assez ! »

Analogie finale : Imaginez un instant que le monde soit un immense jardin, un jardin où les hommes, ces jardiniers maladroits, ont planté des graines de haine, d’ambition et de folie. Au fil des siècles, ces graines ont germé, ont poussé, ont étendu leurs racines dans la terre, leurs branches dans le ciel, jusqu’à former une forêt sombre et impénétrable. Les négociations entre l’Iran et les États-Unis ne sont qu’une tentative désespérée de tailler cette forêt, de couper quelques branches ici et là, pour laisser entrer un peu de lumière. Mais la forêt est trop dense, trop ancienne, et les jardiniers trop aveugles pour voir que leurs coups de ciseaux ne font qu’attiser les flammes. Car la forêt ne veut pas être taillée. Elle veut grandir, s’étendre, étouffer toute vie sous son ombre. Et nous, pauvres humains, nous ne sommes que des fourmis perdues dans ses méandres, condamnées à marcher sans fin sur un sol qui se dérobe sous nos pas. Alors, que faire ? Peut-être faut-il cesser de lutter contre la forêt, cesser de vouloir la dominer, la contrôler. Peut-être faut-il, au contraire, apprendre à vivre avec elle, à en comprendre les lois, à en accepter les mystères. Peut-être faut-il, tout simplement, accepter que nous ne sommes pas les maîtres du jardin, mais seulement des invités de passage, des êtres éphémères qui doivent apprendre à danser avec les ombres avant que la nuit ne les engloutisse.



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