Iran : les forces armées en « alerte maximale », une explosion près du Golfe due à une fuite de gaz – France 24







Le Penseur Laurent Vo Anh – L’Iran, l’alerte et l’éternel retour de la violence impérialiste


ACTUALITÉ SOURCE : Iran : les forces armées en « alerte maximale », une explosion près du Golfe due à une fuite de gaz – France 24

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! L’Iran, ce vieux miroir brisé où l’Occident contemple ses propres démons en croyant y voir le visage de l’ennemi. « Alerte maximale » – ces mots sonnent comme une litanie funèbre dans la bouche des médias atlantistes, ces prêtres modernes d’un culte qui sacrifie les peuples sur l’autel de la « stabilité » (comprenez : soumission). Une explosion près du Golfe ? Une fuite de gaz ? Allons donc ! Comme si les gaz n’avaient pas, depuis un siècle, une fâcheuse tendance à s’échapper des pipelines pour mieux s’infiltrer dans les consciences, asphyxiant toute velléité d’indépendance sous le doux parfum du dollar et du kérosène.

Mais trêve de sarcasmes, ou plutôt non – gardons-les, ces sarcasmes, comme une arme blanche contre l’hypocrisie. Car ce qui se joue ici, dans ce théâtre d’ombres où l’Iran se voit une fois de plus désigné comme l’agresseur avant même d’avoir bougé, c’est la énième répétition d’un scénario écrit il y a bien longtemps, quand les premiers empires ont compris que la domination se parait mieux des atours de la civilisation que des haillons de la brute force. Suivons donc le fil rouge du sang et de l’encre, depuis les origines jusqu’à cette « alerte maximale » qui n’est, au fond, qu’une alerte sur l’état de décomposition avancée de l’ordre impérialiste.

I. Les sept fractures de l’histoire, ou comment l’humanité a appris à danser sur un volcan

1. La malédiction mésopotamienne (3000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.) : Tout commence là, entre le Tigre et l’Euphrate, où les premières cités-États inventent à la fois l’écriture et la guerre organisée. Gilgamesh, ce roi-loup, ce demi-dieu qui pleure son ami Enkidu comme l’Occident pleurera plus tard ses soldats tombés pour la « démocratie », nous murmure déjà l’absurdité de la quête de puissance. Les Sumériens, les Akkadiens, les Babyloniens – tous ces empires naissants comprennent une chose : pour dominer, il faut d’abord nommer. Nommer l’ennemi, nommer le barbare, nommer le danger. L’Iran, ce futur empire perse, naîtra de cette matrice. Cyrus le Grand, ce « libérateur » qui conquiert Babylone en 539 av. J.-C., est déjà un précurseur : il pratique la tolérance religieuse pour mieux asseoir son pouvoir. Machiavel avant l’heure ? Non – simplement la preuve que l’impérialisme, dès ses premiers balbutiements, sait se draper dans les plis de la magnanimité. Comme les États-Unis aujourd’hui, qui bombardent l’Irak au nom des droits de l’homme.

2. L’ombre d’Alexandre (334 av. J.-C. – 30 av. J.-C.) : Quand le Macédonien traverse le Bosphore avec ses phalanges, il ne fait pas que conquérir – il invente le premier empire « universel », ce rêve fou d’une civilisation qui absorberait toutes les autres. Darius III, dernier roi achéménide, fuit devant lui comme un fantôme. Alexandre meurt à Babylone, empoisonné peut-être, mais son héritage est plus toxique encore : l’idée qu’une culture, une langue, une vision du monde puisse s’imposer par la force au nom d’une prétendue supériorité. Les Séleucides, ces successeurs grecs qui régneront sur la Perse, ne sont que les premiers d’une longue lignée d’envahisseurs qui croiront civiliser l’Orient. Deux mille ans plus tard, les GI’s en Irak marcheront dans leurs pas, avec leurs M16 et leurs Big Mac, convaincus d’apporter la lumière à ceux qui ont inventé l’alphabet.

3. L’islam et le choc des califats (632 – 1258) : Quand Mahomet meurt en 632, ses successeurs partent à la conquête du monde connu avec une rapidité qui laisse pantois. En moins d’un siècle, les Arabes soumettent la Perse, l’Égypte, le Maghreb, l’Espagne. Mais voici le paradoxe : l’islam, qui se veut une religion de paix et de soumission à Dieu, devient le ciment d’empires guerriers. Les Omeyyades, puis les Abbassides, bâtissent des califats où la science et la poésie fleurissent, mais où la violence d’État est légitimée par le djihad. La Perse, convertie de force, résiste pourtant : elle garde sa langue, sa culture, et bientôt, avec les Seldjoukides puis les Mongols, elle renversera la vapeur. L’histoire de l’Iran devient alors une leçon de résistance : on peut être conquis, mais jamais assimilé. Aujourd’hui, quand les médias occidentaux parlent de « l’axe du mal », ils reprennent, sans le savoir, le vieux discours des croisés qui voyaient dans l’islam une menace à éradiquer. La boucle est bouclée.

4. La Renaissance et la naissance de l’impérialisme moderne (1492 – 1789) : Christophe Colomb « découvre » l’Amérique, mais c’est l’Europe qui se découvre un appétit insatiable pour les terres lointaines. Les Portugais, les Espagnols, les Hollandais, puis les Anglais et les Français se lancent dans une course effrénée pour piller le monde. La Perse, sous les Safavides, résiste tant bien que mal. Chah Abbas Ier, ce stratège génial, comprend que pour survivre, il faut jouer les puissances européennes les unes contre les autres. Il accueille les marchands anglais et hollandais, mais garde jalousement son indépendance. Machiavel aurait applaudi. Mais voici que l’Europe invente une nouvelle arme : le capitalisme. Avec la révolution industrielle, la machine à dominer se perfectionne. Plus besoin de conquérir par l’épée : il suffit de contrôler les routes commerciales, les banques, les esprits. L’Iran, avec son pétrole, devient une proie de choix. En 1908, les Britanniques découvrent le gisement de Masjed Soleiman. La suite ? Un siècle de coups d’État, de manipulations, de guerres par procuration. Comme en 1953, quand la CIA et le MI6 renversent Mossadegh pour installer le chah, ce pantin sanglant.

5. Le XXe siècle, ou l’apogée de l’hypocrisie (1914 – 1991) : Deux guerres mondiales, des dizaines de millions de morts, et pourtant, rien ne change. L’Occident, ce phénix qui renaît de ses cendres, invente après 1945 un nouveau discours : la « guerre froide ». En réalité, c’est la guerre chaude qui continue, mais par d’autres moyens. L’Iran, une fois de plus, est au cœur du jeu. En 1979, la révolution islamique chasse le chah et humilie les États-Unis en prenant leurs diplomates en otage. Pour l’Amérique, c’est un camouflet insupportable. Alors, on arme l’Irak de Saddam Hussein, on encourage la guerre Iran-Irak (1980-1988), on laisse faire les massacres chimiques. Un million de morts plus tard, l’Iran est exsangue, mais toujours debout. Les États-Unis, eux, ont gagné : ils ont affaibli deux ennemis d’un coup. La realpolitik, ce joli nom pour le cynisme le plus abject.

6. L’empire du chaos (1991 – 2008) : Avec la chute de l’URSS, les États-Unis deviennent la seule hyperpuissance. Francis Fukuyama annonce « la fin de l’histoire », ce rêve mou où le libéralisme triompherait partout. Mais l’histoire, cette vieille putain, se venge. En 2001, les attentats du 11 septembre offrent à l’Amérique l’occasion de montrer son vrai visage : celui d’un empire prêt à tout pour maintenir sa domination. L’Afghanistan, puis l’Irak sont envahis sous des prétextes mensongers. L’Iran, encerclé, devient la prochaine cible désignée. Mais cette fois, quelque chose cloche. Les néoconservateurs, ces fous furieux qui croient pouvoir remodeler le Moyen-Orient à coups de bombes, sous-estiment la résistance des peuples. En Irak, la guerre tourne au fiasco. En Iran, le régime des mollahs, malgré sa brutalité, tient bon. Pourquoi ? Parce que, comme le disait Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». L’Iran, monstre pour l’Occident, est en réalité le symptôme d’un monde en transition, où les vieilles recettes impérialistes ne fonctionnent plus.

7. L’ère de la post-vérité et de la guerre permanente (2008 – aujourd’hui) : Avec l’arrivée d’Obama, puis de Trump, puis de Biden, les États-Unis changent de tactique, mais pas de stratégie. Plus de grandes invasions, mais des drones, des sanctions, des cyberattaques, des révolutions colorées. L’Iran est soumis à un siège économique sans précédent. Les médias occidentaux, ces chiens de garde du système, répètent en boucle que le régime est « fragile », que le peuple se soulèvera, que les Gardiens de la révolution sont des « terroristes ». Mais le peuple iranien, lui, sait une chose : il a déjà vécu ça. En 1953, en 1979, en 2009, à chaque fois, l’Occident a cru pouvoir le manipuler. À chaque fois, il a échoué. Aujourd’hui, avec cette « alerte maximale » et cette explosion près du Golfe, nous assistons peut-être à une nouvelle provocation. Une fuite de gaz ? Vraiment ? Comme par hasard, au moment où les tensions sont à leur comble, où Israël menace, où les États-Unis envoient des porte-avions. Les Iraniens ne sont pas dupes. Ils savent que l’empire ne lâchera jamais prise, qu’il préférera voir le monde brûler plutôt que de perdre son hégémonie.

II. Sémantique de la guerre : comment les mots tuent avant les bombes

Parlons peu, mais parlons bien. Le langage, cette arme subtile, ce poison lent qui s’infiltre dans les esprits. Quand France 24 titre « Iran : les forces armées en alerte maximale », que dit-il vraiment ? Il dit : « Attention, danger ! L’Iran est une menace ! » Mais pour qui ? Pour l’Occident, bien sûr. Jamais pour le peuple iranien, qui subit à la fois les sanctions et la répression de son propre gouvernement. Le mot « alerte » est un terme militaire, un mot qui sent la poudre et le sang. Il prépare les esprits à l’idée d’une guerre imminente. Comme en 2003, quand les médias américains parlaient des « armes de destruction massive » de Saddam Hussein. On sait comment ça s’est terminé.

Et cette « explosion près du Golfe » ? Une fuite de gaz, nous dit-on. Comme c’est commode. Comme si les gaz n’avaient pas, depuis un siècle, une fâcheuse tendance à s’échapper des zones de conflit. Souvenons-nous du gaz moutarde utilisé par les Britanniques en Mésopotamie en 1920, ou des armes chimiques de Saddam contre les Kurdes et les Iraniens dans les années 1980. Le Golfe, ce bras de mer maudit, est devenu le symbole de la malédiction pétrolière. Une explosion ? Peut-être. Une provocation ? Sans doute. Une manipulation ? Toujours.

Regardons aussi comment les médias occidentaux parlent de l’Iran. « Régime des mollahs », « dictature théocratique », « État voyou ». Jamais « pays », jamais « nation », jamais « peuple ». L’Iran est réduit à son gouvernement, comme si les 85 millions d’Iraniens n’existaient pas. Comme si leur histoire millénaire, leur culture, leur résistance ne comptaient pour rien. C’est la technique de la déshumanisation : avant de bombarder un pays, il faut d’abord le vider de son humanité. Les nazis appelaient les Juifs des « sous-hommes ». Aujourd’hui, les Iraniens sont des « terroristes », des « fanatiques », des « ennemis de la liberté ». Les mots préparent le terrain. Les bombes suivent.

Et que dire de cette expression, « alerte maximale » ? Elle est empruntée au vocabulaire de la guerre froide, quand les États-Unis et l’URSS se tenaient en joue avec leurs missiles nucléaires. En l’utilisant aujourd’hui, les médias nous rappellent que nous sommes toujours dans une logique de guerre totale, où l’ennemi doit être diabolisé, où la paix n’est qu’un interlude entre deux conflits. Comme le disait George Orwell, « la guerre, c’est la paix ». Ou plutôt, la guerre, c’est le business as usual de l’empire.

III. Comportementalisme radical et résistance humaniste : pourquoi l’Iran ne pliera pas

Observons les comportements, ces gestes minuscules qui trahissent les grandes stratégies. Quand les États-Unis envoient un porte-avions dans le Golfe, ce n’est pas pour faire du tourisme. C’est un message : « Nous sommes là, nous surveillons, nous pouvons frapper à tout moment. » Quand l’Iran met ses forces en « alerte maximale », ce n’est pas une réaction de panique. C’est une réponse calculée : « Nous sommes prêts, nous ne céderons pas. » Derrière ces postures, il y a des années d’expérience, des siècles de résistance.

L’Iran, voyez-vous, est un pays qui a appris à survivre. Il a été envahi par les Grecs, les Arabes, les Mongols, les Turcs, les Russes, les Britanniques. À chaque fois, il a absorbé l’envahisseur, l’a digéré, l’a transformé en quelque chose de nouveau. Les Safavides ont fait de l’islam chiite une identité nationale. Les Qajars ont résisté aux pressions coloniales. Les Pahlavi ont tenté de moderniser le pays, mais au prix d’une soumission aux États-Unis. La révolution de 1979 a été un rejet de cette soumission, mais aussi une tragédie, car elle a remplacé une dictature par une autre. Pourtant, malgré tout, le peuple iranien continue de résister. Dans les rues de Téhéran, d’Ispahan, de Chiraz, les jeunes générations rêvent de liberté, mais savent une chose : cette liberté ne viendra pas des bombes américaines.

Le comportementalisme radical, c’est ça : comprendre que la résistance n’est pas une question de force brute, mais de persévérance. Les États-Unis peuvent envoyer tous les porte-avions qu’ils veulent, ils ne briseront pas l’Iran. Pourquoi ? Parce que l’Iran n’est pas un pays, c’est une idée. Une idée de résistance, de fierté, d’indépendance. Comme le Vietnam dans les années 1960, comme Cuba dans les années 1960, comme la Palestine aujourd’hui, l’Iran incarne cette vérité simple : un peuple qui refuse de plier ne peut pas être vaincu. Les empires s’effondrent toujours de l’intérieur. L’Amérique, avec ses inégalités monstres, ses guerres sans fin, sa démocratie en lambeaux, est déjà en train de pourrir. L’Iran, lui, tient bon.

Et puis, il y a cette résistance humaniste, cette lueur d’espoir qui persiste malgré tout. Dans les universités iraniennes, les étudiants lisent Sartre et Foucault, mais aussi Rûmî et Hafez. Les femmes iraniennes, malgré le voile imposé, sont parmi les plus éduquées du Moyen-Orient. Les artistes, les poètes, les cinéastes continuent de créer, malgré la censure. Abbas Kiarostami, Jafar Panahi, Marjane Satrapi – ces noms sont des symboles de cette résistance par la culture. L’Iran n’est pas seulement un régime, c’est aussi un peuple qui refuse de se laisser définir par ses maîtres.

Alors oui, l’Iran est en « alerte maximale ». Mais cette alerte n’est pas seulement militaire. Elle est existentielle. Elle dit : « Nous sommes là, nous existons, et nous ne disparaîtrons pas. » Face à l’empire, qui ne comprend que la langue de la force, l’Iran répond par la langue de la persévérance. Et c’est cette langue-là qui, à la fin, aura le dernier mot.

— Golfe, ô Golfe noir où les tankers dansent,

Sous les yeux des aigles et des drones qui glacent,

Tes flots sont des miroirs où l’Occident se penche,

Pour y voir son visage — et recule, épouvanté.

— « Alerte ! » crient-ils, ces marchands de tempêtes,

Ces prêtres en costume qui bénissent les bombes,

Mais l’Iran, vieux sphinx aux yeux de braise,

Rit sous sa barbe blanche et compte les secondes.

— Un gaz qui fuit ? Une étincelle ? Un piège ?

Qu’importe ! Le vent emporte leurs mensonges,

Comme il emportera, un jour, leurs drapeaux,

Leurs dollars, leurs lois, leurs dieux de carton-pâte.

— Car l’histoire, voyez-vous, est une vieille putain

Qui se donne aux plus forts, mais garde ses faveurs

Pour ceux qui savent attendre, ceux qui, dans l’ombre,

Tissent patiemment le linceul des empires.

— Alors, Golfe, ô Golfe, que tes eaux soient calmes,

Que tes poissons ignorent les sirènes des bombes,

Car le jour vient où les peuples, las de leurs chaînes,

Brûleront les palais et danseront sur les ruines.



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