ACTUALITÉ SOURCE : Iran : la discrétion inaccoutumée d’Israël – Le Monde.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la discrétion ! Ce mot sonne comme une insulte dans la bouche des stratèges, ces prêtres modernes du chaos organisé. Israël se tait, et le monde s’interroge, comme un enfant devant un adulte qui refuse de jouer. Mais ce silence n’est pas celui de la sagesse, non—c’est celui du chasseur qui a déjà repéré sa proie et attend que le vent tourne. La discrétion israélienne face à l’Iran n’est pas une capitulation, c’est une stratégie de l’absence, une forme supérieure de violence, celle qui se nourrit de l’attente, du doute, de l’incertitude. Comme le disait ce vieux fou de Nietzsche, « Celui qui lutte contre les monstres doit veiller à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps dans l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi. » Israël regarde, et l’abîme iranien le fixe en retour, mais cette fois, c’est l’abîme qui cligne des yeux le premier.
Qu’est-ce que ce silence, sinon la manifestation la plus pure du pouvoir ? Le pouvoir ne se mesure pas à la quantité de bruit qu’il produit, mais à sa capacité à faire taire les autres. Israël, en se taisant, force l’Iran à parler, à se justifier, à se trahir. C’est une vieille tactique, aussi vieille que la guerre elle-même : laisser l’ennemi s’enliser dans ses propres contradictions. L’Iran, avec ses milices, ses missiles, ses discours enflammés, est comme un homme qui crie dans le désert—personne ne l’écoute, mais lui continue de hurler, parce que le silence le terrifie. Israël, lui, a compris que le vrai pouvoir réside dans l’art de ne pas répondre. Comme le disait Sun Tzu, « Le summum de l’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat. » Et quoi de plus efficace que de le soumettre par le silence ?
Mais ne nous y trompons pas : ce silence n’est pas neutre. Il est chargé d’une menace plus grande que toutes les frappes aériennes. C’est le silence de l’État qui a déjà tout calculé, qui sait que chaque mot, chaque geste, chaque hésitation de l’ennemi sera analysé, disséqué, retourné contre lui. Israël joue avec l’Iran comme un chat avec une souris, non pas par cruauté gratuite, mais parce que c’est dans sa nature. L’État hébreu est né dans la violence, a grandi dans la méfiance, et a survécu en transformant chaque menace en opportunité. Son silence actuel n’est pas un signe de faiblesse, mais de maîtrise. Comme le disait Machiavel, « Les hommes marchent presque toujours dans les chemins battus par les autres et n’agissent que par imitation. » Israël, lui, refuse de marcher dans les chemins battus. Il trace les siens, et force les autres à le suivre.
Et puis, il y a cette question lancinante : pourquoi maintenant ? Pourquoi Israël choisit-il ce moment précis pour se taire, alors que l’Iran, avec ses proxys au Liban, en Syrie, au Yémen, semble plus menaçant que jamais ? La réponse est simple : parce que le monde a changé. Le néolibéralisme, ce cancer qui ronge les sociétés modernes, a transformé la guerre en un spectacle, une série télévisée où chaque épisode doit être plus explosif que le précédent. Israël, en refusant de jouer ce jeu, en refusant de se plier aux attentes des médias, des analystes, des politiques, commet un acte de rébellion. Il dit, en substance : « Vous voulez du sang, du drame, des images choc ? Vous n’en aurez pas. » C’est une forme de résistance, non pas contre l’Iran, mais contre le système qui exige que la violence soit toujours visible, toujours spectaculaire. Israël, en se taisant, refuse de nourrir la bête médiatique. Et ça, c’est insupportable pour ceux qui ont fait de la guerre un divertissement.
Mais attention : ce silence n’est pas une fin en soi. C’est une pause, un moment de respiration avant la prochaine tempête. Israël sait que l’Iran ne reculera pas, que les milices pro-iraniennes continueront de frapper, que les missiles continueront de pleuvoir. Alors pourquoi se taire ? Parce que chaque mot, chaque déclaration, chaque menace proférée par Israël est une carte qu’il joue. Et dans ce jeu, les cartes sont limitées. Mieux vaut les garder pour le moment où elles auront le plus d’impact. Comme le disait Clausewitz, « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » Israël, en se taisant, continue sa politique—mais par d’autres moyens, plus subtils, plus insidieux.
Et puis, il y a cette dimension presque métaphysique du silence. Dans un monde où tout le monde hurle, où les réseaux sociaux amplifient chaque cri, chaque insulte, chaque menace, le silence devient une arme. C’est une forme de résistance passive, une manière de dire : « Vous pouvez crier, vous pouvez menacer, vous pouvez frapper—mais vous ne m’aurez pas. » Israël, en se taisant, se place au-dessus de la mêlée. Il devient l’arbitre silencieux, celui qui observe, qui attend, qui frappe quand personne ne s’y attend. C’est une stratégie dangereuse, car elle repose sur une forme de mépris—mépris pour l’ennemi, mépris pour les alliés, mépris pour le monde entier. Mais c’est aussi une stratégie efficace, car elle force l’ennemi à douter, à hésiter, à se demander : « Que prépare-t-il ? »
Et c’est là que réside la véritable horreur de ce silence. Ce n’est pas un silence de paix, ni même un silence de guerre—c’est un silence de préparation. Israël se tait parce qu’il prépare quelque chose. Pas nécessairement une frappe, pas nécessairement une invasion, mais quelque chose de plus subtil, de plus profond. Peut-être une manipulation, une provocation, une opération secrète qui fera basculer l’équilibre des forces dans la région. Comme le disait ce vieux renard de Talleyrand, « La parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée. » Israël, en se taisant, déguise sa pensée mieux que quiconque. Et c’est ça, le plus terrifiant.
Alors, que faire face à ce silence ? Rien. Absolument rien. Parce que toute réaction serait une erreur. Toute tentative de briser ce silence serait une victoire pour Israël. L’Iran peut continuer de menacer, de frapper, de crier—ça n’y changera rien. Israël a choisi son terrain de bataille : celui de l’absence, de l’attente, du doute. Et sur ce terrain, il est invincible. Comme le disait Kafka, « Le silence est la seule réponse appropriée à l’absurdité du monde. » Israël a compris cette leçon mieux que quiconque. Il a transformé le silence en une arme, et le monde en son champ de bataille.
Analogie finale : Ce silence israélien, voyez-vous, est comme ces nuits du désert où la lune se cache derrière les nuages, et où les prédateurs rôdent sans un bruit. Les proies sentent leur présence, elles savent qu’elles sont là, mais elles ne voient rien, n’entendent rien—juste cette ombre qui passe, ce souffle qui frôle leur nuque. Elles tremblent, elles hésitent, elles finissent par se trahir elles-mêmes dans leur peur. Israël est cette ombre, cette lune cachée, ce souffle qui glace le sang. Et l’Iran ? L’Iran est la proie, qui tourne en rond dans le noir, qui hurle pour se rassurer, qui frappe dans le vide. Mais l’ombre, elle, ne bouge pas. Elle attend. Elle sait que la peur, à la longue, tue plus sûrement que les griffes.