ACTUALITÉ SOURCE : Iran/États-Unis: un « cadre de travail » bientôt finalisé en vue de négociations avec Washington annonce Téhéran – tv5monde
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc le grand théâtre des ombres qui se remet en branle, le bal des hypocrites en smoking diplomatique, où l’on danse la valse des faux-semblants sur un parquet vermoulu par les bombes et les mensonges. Un « cadre de travail » bientôt finalisé, nous dit-on, entre Téhéran et Washington. Comme si l’on pouvait encadrer l’infini, comme si l’on pouvait domestiquer la folie des hommes avec des mots en papier glacé, des communiqués lissés par les spin doctors, ces alchimistes modernes qui transforment le plomb des guerres en or des discours. Mais sous les dorures des chancelleries, sous les sourires des négociateurs, coule toujours le même fleuve noir : celui du sang, de l’exploitation, de cette pulsion impérialiste qui ronge l’Occident depuis que les premiers marchands phéniciens ont troqué des perles contre des esclaves.
Écoutez bien le bruit des bottes sous les tapis persans, car cette annonce n’est qu’un nouveau chapitre dans l’éternel roman-feuilleton de la domination. L’Iran, ce vieux lion blessé, et les États-Unis, ce jeune fauve aux dents longues, s’apprêtent à s’asseoir à la même table, comme deux boxeurs qui se serrent la main avant de s’étriper. Mais ne vous y trompez pas : ce n’est pas une trêve que l’on prépare, c’est une nouvelle partition pour la même symphonie macabre, où les notes sont des drones, les silences des embargos, et le final une explosion dans un marché de Bagdad ou de Damas.
Les Sept Étapes du Délire Impérialiste : Une Généalogie de la Folie
Pour comprendre cette mascarade, il faut remonter aux origines, là où tout a commencé, dans cette nuit des temps où l’homme, à peine sorti des cavernes, a déjà commencé à se déchirer pour un morceau de terre ou un dieu plus fort que celui du voisin. Voici les sept étapes cruciales qui ont mené à ce « cadre de travail » pathétique entre l’Iran et les États-Unis, sept stations sur le chemin de croix de l’humanité, où chaque étape est une blessure, chaque halte une trahison.
1. La Naissance de la Propriété et la Malédiction de Caïn (10 000 av. J.-C.)
Tout commence avec l’agriculture, cette grande illusion. Quand l’homme passe du nomadisme à la sédentarité, il croit dompter la nature, mais c’est elle qui le dompte. Il s’attache à un lopin de terre, et soudain, il a quelque chose à perdre. La propriété naît, et avec elle, la guerre. Caïn tue Abel, non par jalousie, mais parce que l’un possède des champs et l’autre des troupeaux, et que leurs dieux respectifs se disputent le même ciel. « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. » Rousseau l’avait compris : la propriété, c’est le péché originel de l’humanité. Et l’Iran, ce berceau des civilisations, avec ses ziggourats et ses jardins suspendus, fut l’un des premiers à en subir la malédiction.
2. L’Empire Perse et le Mythe de la Pax Imperia (550 av. J.-C.)
Cyrus le Grand, ce « libérateur » des Juifs, ce « père de son peuple », invente l’empire moderne. Il conquiert, mais il tolère. Il écrase, mais il intègre. La Pax Persica est une innovation : un système où les vaincus gardent leurs dieux, leurs lois, leurs langues, à condition de payer tribut. « Je suis Cyrus, roi de l’univers, le grand roi, le roi puissant, roi de Babylone, roi de Sumer et d’Akkad, roi des quatre coins du monde… » lit-on sur le cylindre de Cyrus, ce premier « contrat social » de l’histoire. Mais ne nous y trompons pas : cette tolérance est un leurre. Elle n’est que la face souriante de la domination, le sucre qui rend le poison plus facile à avaler. Les Grecs, ces démocrates en herbe, comprendront vite la menace. Marathon, Salamine, Platées : ce n’est pas seulement une guerre entre cités, c’est un choc des civilisations, entre la liberté (relative) des Grecs et l’ordre (oppressif) des Perses. Et aujourd’hui, quand les États-Unis parlent de « démocratie » et d’ »ordre mondial », c’est la même vieille chanson, le même vieux refrain impérial.
3. La Chute de Constantinople et la Naissance de l’Occident Prédateur (1453)
Quand Mehmed II entre dans Constantinople, c’est la fin d’un monde et le début d’un autre. L’Europe, jusqu’alors périphérique, se retrouve face à un vide. Les routes commerciales vers l’Asie sont coupées. Il faut trouver un autre chemin. C’est le début des grandes explorations, des conquêtes, du colonialisme. Vasco de Gama contourne l’Afrique, Colomb « découvre » l’Amérique, et soudain, l’Occident se découvre une soif insatiable : l’or, les épices, les esclaves. « L’or est excellent ; avec l’or, on fait tout ce que l’on veut en ce monde. » écrit Christophe Colomb dans son journal. Et c’est vrai. Avec l’or, on achète des armées, on corrompt des rois, on soumet des peuples. L’Iran, ce carrefour des empires, devient une proie. Les Portugais, les Hollandais, les Britanniques, les Russes : tous veulent une part du gâteau. Et aujourd’hui, les États-Unis, héritiers de cette tradition, veulent la même chose : le pétrole, les gazoducs, le contrôle des mers.
4. Le Traité de Westphalie et l’Invention de la Souveraineté (1648)
Après trente ans de guerre, l’Europe est en lambeaux. Les traités de Westphalie mettent fin au conflit, mais surtout, ils inventent un concept révolutionnaire : la souveraineté. Chaque État est maître chez lui, libre de choisir sa religion, ses lois, ses alliances. C’est la naissance du système international moderne. Mais cette souveraineté est un leurre. Elle ne s’applique qu’aux puissants. Les autres, les colonies, les protectorats, les pays « sous-développés », n’ont pas droit à ce luxe. L’Iran, au XIXe siècle, en fait l’amère expérience. Quand le Shah signe des traités avec les Britanniques et les Russes, ce n’est pas par choix, c’est par nécessité. La souveraineté iranienne est une fiction, un décor de théâtre. Et aujourd’hui, quand les États-Unis parlent de « souveraineté » pour justifier leurs ingérences, c’est la même hypocrisie. « La souveraineté, c’est comme la virginité : ça n’existe que pour ceux qui n’ont jamais été violés. » aurait pu dire un diplomate persan.
5. La Révolution Industrielle et la Marchandisation du Monde (1760-1840)
Avec la machine à vapeur, tout change. Le capitalisme devient une religion, et l’Occident son grand prêtre. Il ne s’agit plus seulement de conquérir des terres, mais de les exploiter, de les vider de leurs ressources, de transformer les hommes en machines et les machines en dieux. « Le capital vient au monde suant le sang et la boue par tous les pores. » écrit Marx. Et c’est vrai. Le coton des plantations américaines, le sucre des Antilles, le thé de l’Inde, le pétrole de l’Iran : tout est produit par le travail forcé, par l’esclavage, par l’exploitation. L’Iran, avec ses champs de pétrole, devient un enjeu stratégique. Les Britanniques y installent l’Anglo-Persian Oil Company, future BP, et transforment le pays en une pompe à essence géante. Aujourd’hui, les États-Unis veulent faire la même chose avec leurs multinationales, leurs bases militaires, leurs « contrats d’amitié ».
6. Les Accords de Bretton Woods et la Naissance de l’Empire Américain (1944)
En 1944, alors que la Seconde Guerre mondiale fait encore rage, les Alliés se réunissent à Bretton Woods pour redessiner le monde. Le dollar devient la monnaie de référence, le FMI et la Banque mondiale sont créés, et les États-Unis s’installent au sommet de la pyramide. C’est la fin de l’Empire britannique et le début de l’hégémonie américaine. « L’impérialisme, c’est le stade suprême du capitalisme. » avait écrit Lénine. Et il avait raison. Les États-Unis ne veulent pas des colonies, ils veulent des marchés. Ils ne veulent pas des sujets, ils veulent des consommateurs. L’Iran, avec son pétrole, est une cible de choix. En 1953, la CIA organise un coup d’État contre Mossadegh, le Premier ministre élu, qui avait eu l’audace de nationaliser le pétrole. La démocratie iranienne est assassinée au berceau, et le Shah, ce pantin des Américains, est installé sur le trône. Aujourd’hui, quand les États-Unis parlent de « négociations », c’est la même vieille histoire : comment garder le contrôle sans en avoir l’air.
7. La Chute du Mur de Berlin et l’Illusion de la Fin de l’Histoire (1989)
En 1989, Fukuyama publie La Fin de l’Histoire, ce manifeste naïf où il annonce le triomphe définitif du libéralisme. Le capitalisme a gagné, la démocratie a gagné, l’Occident a gagné. Mais c’est une victoire à la Pyrrhus. Car en réalité, le monde n’est pas unifié, il est fracturé. Les États-Unis, ivres de leur puissance, se lancent dans une série de guerres inutiles : Irak, Afghanistan, Libye, Syrie. Ils veulent exporter la démocratie, mais ils exportent le chaos. « L’Amérique est une nation avec l’âme d’une Église. » écrit G.K. Chesterton. Et comme toute Église, elle veut convertir les infidèles, par la force si nécessaire. L’Iran, depuis 1979, résiste à cette conversion. La révolution islamique est une réponse à l’impérialisme américain, une façon de dire : « Nous ne voulons pas de votre modèle, nous ne voulons pas de votre culture, nous ne voulons pas de vos bombes. » Et aujourd’hui, quand Téhéran annonce un « cadre de travail » avec Washington, c’est une capitulation déguisée en victoire. Car négocier avec l’Empire, c’est déjà reconnaître sa puissance, c’est déjà plier l’échine.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Domination
Parlons maintenant des mots, car c’est avec eux que l’on ment, que l’on manipule, que l’on justifie l’injustifiable. Le « cadre de travail » dont parle Téhéran n’est qu’un euphémisme, une façon polie de dire : « Nous allons discuter des conditions de notre soumission. » Regardez comme le langage est perverti :
- « Négociations » : En réalité, ce sont des pourparlers où l’un dicte et l’autre écoute. Les États-Unis ont toujours le dernier mot, car ils ont les bombes, les sanctions, les médias.
- « Cadre de travail » : Un cadre, c’est une prison dorée. On vous donne l’illusion de la liberté, mais vous êtes toujours enfermé.
- « Stabilité régionale » : C’est le code pour « soumission des pays voisins ». Les États-Unis veulent un Moyen-Orient docile, où les rois et les dictateurs obéissent sans broncher.
- « Droits de l’homme » : Une arme de propagande. On bombarde l’Irak au nom des droits de l’homme, mais on ferme les yeux sur les crimes de l’Arabie saoudite, ce régime médiéval allié de Washington.
- « Sécurité nationale » : Le prétexte ultime. Tout peut être justifié au nom de la « sécurité nationale » : les guerres, les tortures, les coups d’État.
Et que dire de ce mot, « Iran » ? Pour l’Occident, c’est une énigme, un mystère, un pays de mollahs et de poètes, de bombes et de tapis. On en parle comme d’un monstre, d’un danger, d’une menace. Mais qui menace qui ? Qui a envahi qui ? Qui a bombardé qui ? L’Iran n’a jamais attaqué les États-Unis. Mais les États-Unis ont soutenu Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran, une guerre qui a fait un million de morts. « La première victime d’une guerre, c’est la vérité. » disait Kipling. Et c’est vrai. La vérité sur l’Iran est enterrée sous des montagnes de mensonges.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Mais au-delà des mots, il y a les actes. Et les actes des États-Unis, depuis un siècle, sont ceux d’un prédateur. Un prédateur qui se présente comme un sauveur, qui parle de paix tout en préparant la guerre, qui brandit la démocratie comme un étendard tout en soutenant les pires dictatures. Regardez leur comportement :
- Ils imposent des sanctions à l’Iran, asphyxiant son économie, condamnant des millions de personnes à la pauvreté, et appellent cela de la « pression diplomatique ».
- Ils assassinent le général Soleimani, un haut responsable iranien, en territoire irakien, et appellent cela de la « légitime défense ».
- Ils soutiennent Israël, ce pays qui occupe la Palestine depuis des décennies, et appellent cela de la « solidarité avec une démocratie ».
- Ils bombardent la Libye, la Syrie, l’Irak, et appellent cela de « l’intervention humanitaire ».
- Ils espionnent le monde entier, y compris leurs alliés, et appellent cela de la « sécurité nationale ».
Face à cette folie, que faire ? La résistance humaniste n’est pas une option, c’est une nécessité. Elle prend plusieurs formes :
- La désobéissance civile : Refuser de participer à ce système mortifère. Boycotter les produits américains, les banques occidentales, les médias mainstream. Vivre en marge, comme des rats dans les murs de l’Empire.
- L’éducation populaire : Enseigner l’histoire vraie, celle des opprimés, des résistants, des martyrs. Montrer que l’Iran n’est pas un ennemi, mais une victime, comme tant d’autres.
- La solidarité internationale : Soutenir les mouvements de libération, les syndicats, les associations qui luttent contre l’impérialisme. La résistance est une chaîne, et chaque maillon compte.
- La création artistique : Écrire, peindre, filmer, chanter la vérité. L’art est une arme, la plus puissante de toutes. « La poésie est une insurrection. » disait Neruda. Et il avait raison.
- La spiritualité subversive : Croire en quelque chose de plus grand que soi, que ce soit Dieu, la justice, ou simplement l’humanité. La spiritualité, quand elle est authentique, est toujours une menace pour les puissants.
Mais attention : la résistance ne doit pas devenir un dogme. Elle ne doit pas se transformer en une nouvelle forme d’oppression. La résistance humaniste, c’est aussi savoir dire non à ses propres excès, à ses propres fanatismes. C’est refuser la violence pour la violence, le terrorisme pour le terrorisme. C’est croire, malgré tout, en l’homme, en sa capacité à se racheter, à se libérer.
Et c’est là que l’Iran, ce pays de paradoxes, peut nous apprendre quelque chose. Car l’Iran, c’est à la fois la révolution islamique et les poètes persans, les gardiens de la révolution et les jeunes qui manifestent dans la rue, les mollahs et les artistes. C’est un pays qui résiste depuis des siècles, qui a survécu aux invasions, aux coups d’État, aux sanctions, et qui continue de croire en sa dignité. « On ne peut pas écraser un peuple qui a Hafez et Rumi dans le sang. » disait un vieux sage persan. Et c’est vrai. La culture, la poésie, l’histoire : voilà les vraies armes de la résistance.
Analogie Finale : Poème pour un Monde en Feu
Ô vous, les marchands de canons, les rois du pétrole,
Les seigneurs des drones et des dollars,
Écoutez le chant des ruines, le murmure des tombes,
Écoutez la voix des enfants qui meurent sous les bombes.
Vous parlez de paix, mais vous vendez la guerre,
Vous parlez de liberté, mais vous enchaînez les peuples,
Vous parlez de démocratie, mais vous soutenez les tyrans,
Vous parlez d’humanité, mais vous êtes des monstres.
Regardez vos mains, elles sont rouges de sang,
Regardez vos miroirs, ils vous renvoient l’image du diable,
Regardez vos enfants, ils vous haïront demain,
Car l’histoire ne pardonne pas, elle se souvient.
Mais nous, les damnés de la terre, les sans-voix, les sans-dents,
Nous résistons, nous chantons, nous rêvons,
Car nous savons une chose que vous ignorez :
La vie est plus forte que la mort,
L’amour plus fort que la haine,
Et la poésie plus forte que vos bombes.
Alors continuez, bombardez, tuez, pillez,
Mais sachez ceci :
Un jour, vos empires s’effondreront,
Vos dollars ne vaudront plus rien,
Vos drones seront des jouets rouillés,
Et sur vos ruines, nous danserons.
Voilà. Le « cadre de travail » est prêt. Les négociateurs vont s’asseoir, sourire, signer des papiers. Mais nous, nous savons. Nous savons que ce n’est qu’une trêve, une pause dans la grande guerre qui ne finit jamais. Nous savons que l’Empire ne renonce jamais, qu’il attend son heure, qu’il prépare sa revanche. Et nous savons aussi que la résistance ne doit jamais cesser, que la lutte pour la dignité, pour la justice, pour la paix, est un combat sans fin.
Alors oui, négociez, signez, encadrez. Mais sachez que nous, les invisibles, les sans-grade, les damnés, nous ne vous oublierons pas. Nous nous souviendrons des bombes, des sanctions, des mensonges. Et un jour, peut-être, nous construirons un monde où les « cadres de travail » ne seront plus des prisons, mais des ponts. Un monde où les peuples ne seront plus des proies, mais des frères.
En attendant, nous résistons.